HISTOIRE (lfto
crut qu'un sortil^e Tavait jetë dans cette léthargie. Les barons anglais ^ las de perdre leur temps dans une pareille oisiveté , et d être témoins des progrès qiHon laissait faire sans résistance aux armes françaises , quittèrent leurs drapeaux^ et se rimèrent secrètement dans leur pays. Personne ne songea plus a défendre un prince qui semblait s'oublier le premier, et ses sujets re« gardèrent le sort qui Faltendait avec la même indifférence qu^ils le virent totale* ment abandonné dans une situation si près* santé.
Tandis que Jean négligeait toutes les ressources domestiques qu'il aurait pu employer pour sa sûreté, il avait la bassesse d^en mendier d'étrangères. Il eut recours au pape Innocent m , et le soUicita d'inter* poser son autorité entre lui et le roi de France. Le souverain pontife ^ charmé
d'une occasion d'exercer sa supériorité, envoya ordre à Philippe de mettre bas les armes et de faire la paix avec le roi d'An** gleterre ; mais les barons français n'appri* .rent cette démarche du pape qu^avec indi* gnation; ils s'élevèrent contre le pouvoir temporel qu'il s'arrogeait ^ et jurèrent de*
servir leur souverain jusqu^à la dernière extrémité contre tous ses ennemis. Philippe seconda Tardeur de la noblesse, et, au lieu d'obéir au bref du pape , assiégea Château-Gaillard, la plus considérable for* teresse qui restât pour garder les frontières 4e la ^Normandie.
Château-Gaillard j situé partie sur une île de la Seine , et partie sur un roc opposé, était fortifié de tout ce que fart et la nature pouvaient fournir à sa sAreté. Le feu roi, ayant jeté les yeux sur Tavantage de sa situation, n'avait épargné ni soins ni dépenses pour tâclier de le rendre imprenable j et Roger de Lacy, gouverneur de Chester, le défendait à la tête d'une gar* nisoa nombreuse. Philippe, désespérant de pouvoir s^emparer de cette place par la force , résolut de la réduire par la famine, et, afin de lui couper toute communication avec les contrées voisines , jeta un pont sur la rivière , tandis qu à la tctc de son armée il en fit lui-même le blocus par terre. Le comte de Pembroke , l'homme le plus capable et le plus courageux qu^il y eut à la cour d'Angleterre , forma le plan hardi de fondre sur les trs^vaux des Prançais, et de
I^Mr Ai «boonts^M b plMe« Htatwdim
doric avec quatre mille hommes d'infanterie et Irais mâk depaTakrièi et ii^rcoup sur le camp de PhSippe , peildant r obscurité de la iiuît^ arec le plus ^^:and saccès» n svait iaissë IWdre que Mixanlfe et dix bateaux plats remontassent la Seine ^ et alla»eut dans le inéme moment détruire le peut; mak le yent et les eèteraiis de la rivière retardèrent les bateaux y et par là déconcertèrent ee plAnd'opératioiit Le jour parut avanj; la flotte : Pcrabroke, quoique heunux au commencement de l aeliea« était akm repoussé ayeo une perte CDosi* dérabie ; et le roi de France eut le loisir de ae défendre contre ces nouyeaax assiâ^ ians , qu'il repoussa aussi. Jean ne fit plus aucune tentative pour secourir ChàteasH Gaillard apiès cet échec, et Philippe eat tout le temps d en continuer le si^e. Roger de Lacy le souiintim an ayek beaaeoup de fermeté : après avoir courageusement ré-* aisté aux attaques des assi^eans, et sup^ porté patiemment les rigueim de la disetie^ il fut enfin forcé dans un assaut donné la nnit , et fait prisonnier de guerre atec tonte la garnison. Le monarque français^ qui»
sâVait èstîmèr îk valeiit mêmè àaïis àdh éh- Hèmi , iràit^ l^ogér avec tous teà égatd^
f>rfsoti.
Loi*fique cë Bbidévàrd lié Ift ïformaftdié
fut une foîs renversé, toute la provincè tut oûvbrte aux aimes de Philippe ^ iet le roi d'Àngléteii^ se vit hors d'ëtàt dé là dèfetidie plus long-temps. U fit préparer Sécrètemeht de$ vâd^^eaux p'ôui: prendirë tihé fuite honteuse ; et afin que les Normands île doiitàîssent point qu'il étâit résolu dé les abàfadonneir , il fit détaiôirries fdrttUcàtîotis du Pout-de-r Arche, de Moulin eaux tt de Moûtifort-r Anialir jr. tômàlé il H'é^i coihpt'er sur la fidélité d^aucun des barons, qti'il crojait tous engagés dans unie conspiration contre lliL, il Confia le goiiveiiie^ ment de la province à Archâs Martin et à Lupicair^ , déut Bràbailbons mércèhàlreà ^^ÏL âVail engagés â S^ôtt ^elpvîce* t^hiïippe, assuré alors de sa prôié, pbii^sâ vîgoureusenieiit ste^ àyàntàgëâ lut lé$ Blorinanà^ consternés, îl assiégea d^abordFàlaîSej Luicaire y qui commandait dans ï^ette }>iàcè npténàblé, h rendit, et 'eut ëhsuîte la basse perfidie de passer lui et ses trôujpéï^
msTômB (iftoS)
au service du roi de France ^ et de £aâre lui-même des hostilités contre son ancien maître. Gaen , Goutances , Séez , Evreux et Bayeux tombèrent aussitôt entre les mains de Philippe , et toute la Basse-Normandie fut soumise à sa domination* Pour étendre ses succès sur les autres parties de la pro* viace. Gui de Thouars, à la téte des Bretons 9 fondit dans tout le territoire qui en dépendait, et prit le Mont-Saint-Michel , Avrauches, et toutes les places fortes des enyirons. Les Normands , qui abhorraient le joug de la France, et qui se seraient défendus jusqu'à la dernière extrémité si leur souverain s^était mis à leur tête, ne trouvèrent plus de ressource que daus la soumission au vainqueur^ et toutesles villes ouvrirent leurs portes dès que Philippe s'y présenta. Rouen , Arques et Yerneuil résolurent seules de maintenir leur Uberté y et se liguèrent ensemble pour se prêter une assistance imutuelle. Il commença par attaquer Rouen. Leshabitans étaient si enflammés de haine contre la France , qu au premier aspect de son armée ik tombèrent sur tous les Français qui se trouvèrent dans
leurs murs y et les massacrèrent. Mais lors-
(iao5) d'Angleterre. 2^5
*que Philippe eat mtsmé ses opérations
avec succès , et emporté les dehors de la plaee, les citoyens, ne se voyant plus d'espoip de lui échapper , oflFrirent de capituler j ils demandèrent seulement trente -jours pour avertir leur souverain du danger où ils étaient, et pour lui donner le temps de les secourir* A Texpiration de ce terme, aucun secours n'étant arrivé , ils ouvrirent leurs portes à Tennemi, et tout le reste de la province , suivant leur exemple , passa sous sa domination. C'est ainsi que ce territoire important fut réuni à la couronne de France, trois siècles après la cession que Charles-le-Simple en avait faite à RoUo , le premier duc. * Les Normands , ne doutant pas que cette réunion ne fut désormais indestructible, sollicitèrent le privilège 4'étre gouvernés par les lois françaises; ce qu'en faisant quelques altérations légères aux anciennes coutumes normandes , le roi leur 'accorda promptcment. Mais le génie et l'ambition de ce prince étaient trop vastes pour soufirir quHl sVrrétât au milieu de sa carrière j il porta ses armes victorieuses dans les provinces occidentales , et rangea bientôt T Anjou, le Maine, la Touraine
2^6 mwwum
ut partie du PoitMi6oii6 obéisfâàâtse^ celte maoSère là couromie de Fcance acquit sous le règne d'un monarque si actif et si habflè un degré de gnûidetf et de
puissance que , suivant le cours ordinaire
des choses y elle ne devait acquérir <iu'eu plusieurs siècles»
JeaQ| à son arrivée en Angleterre , s^e£- IbrçsL de yoiler la honte de sa prqpie coiifduite eu se plaignant hautement des ba* rons, qu'il accusa d'avoir causé tous sm Budheuxsen rabandoiinant en Notmandie^ il extorqua d'eux despotiquement la sep^ tièmeparûedeleiii»bieumobîlierst€oniBie ua châtiment de leur faute. Peu de temps après j il les força wcore de lui accorder la levée de deus marcs et demi sor chaque fief de chevaliers, pour aider aux frais d'une expédition en Normandie} et il ne songea seulement pas à &ire de cette somme Tem^ ploi pour lequel il l'avait exigée* L'année suivimte , il convoqua tous les barwa de
son royaume pour le servir dans Fexécution de ce même projet ^ et rass«nbla les vaisseauK de tous les ports de mer à cet
effet î mais quelques uns de ses ministre
f'oppoièrent à sa réwlutionj lui-mloie m
repentit dé i'avbir foribéé^ kl il 'CdngMi^ séti èiMSée et ^ ffdtte , én ihetibilt^kiit eb^ core ses mùhnùies conlté les baions, auxquds il 1 epirocha dte i'&ftnd'dnhër* Ènstiiië il se mit eii mer avec un petit corps dé troupes , et ses sujets crurent qu'il était d^^ ïertAm cé(^ fois à r«îtpo$ër atii ffltii grands hasards pbût défendre et pbilr rètouVtet sès étatè ^ itiàiâ ih fateht MirpHs dtj
le voir, quelques jours après^ rentrer danâ le port sans avoir rien entrepris; Il feut enfin le courage
plus vers lé but de reconquérii: ses pos- 8es8ioi& dahs k Sàteôflt éùiVanté. 6ùi dé ThdUarè,- qui gôùvërnàit la Bretagne^ loux des prdgrèis rapides du i^oi de France iùA dUé, pTûùAi dé se jomdrë éVëë tdiitëë ' ses forces au roi d'Angleterre j Jean â'avehtura pour lors à sé àiëttrë ën eampàgné à
dit k La Rochelle. 11 marcha énstiitfe à An- ' ^ers, 4ù'il prit^ et quHl réduisit èh këhârë&; L'approche de Philippe et tle son armée lui rendit ses premières terreurs j il se hâta dë faire deè proposition^ de pak , ét tnai^qu^ un lieu d'entrevue avec soti etinèmij înais, «I lititi de iJèûiHt Ëèt engageUtefai, il dé^
ddS Hisxoiai; . (1206)
campa suivi de ses troupes, s^embarqua à La Rochelle , et retourna en Angleterre ^ chargé à^nn nouvel opprobre et d^une nouvelle disgrâce* La médiation du pape lui procura enfin une trêve de deux ans avec le roi de France : presque toutes les provinces françaises furent enlevées à Jean; et les barons anglais , déjà fatigués et vexés par tant d'expéditions infructueuses, et des taxes arbitraires , eurent encore la douleur de se voir, eux et leur pairie, joués et avilis dans toutes les entreprises* . Dans un siëde où la valeur était regardée comme la première des vertift, une conduite semblable à celle du roi d'Angle* terre, déshonorante en tous temps, devait rêtre encore davantage alors, et ce prince ne pouvait désormais espérer de gouverner ses vassaux inquiets qu avec une autorité très-incertaine. Mais les princes normands - avaient porté la puissance royale à un si haut degré , et si au-delà des bornes marquées par les institutions féodales , qa^il fallait que de nouveaux affronts et de nouveaux revers rabaissassent jusqu'à ce que les barons pussent former le dessein de conspirer contre leur souverain ^ et de res-
serrer ses prérogatives exhorbitantès. UE«
glise , qui dans ce temps^^là ne refusait pas d^entrer en lice contre les monarques les plus puissans et les plus absolus , mit bientôt à profit rimbéciUité de Jean, et lui im« posa son joug avec tout Tappareil de Far* rogauce et du mépris.
La chaire pontificale était remplie par Innocent 111, parvenu à cette dignité à Tàge de trente-sept ans. Ce pape , né avec un génie vaste et entreprenant, donna un libre essor à son ambition , et tenta , peutêtre plus ouvertement qu'aucun de ses pré^ décesseurs, de convertir la prééminence que tous les princes européens lui cédaient en une domination rédUe sur eux.
La hiérarchie , protégée par le pontife romain , avait déjà énormément étendu ses usurpations sur la puissance civile ; mais * afin de les pousser encore plus loin , et de les rendre utiles à la cour de Rom.e , il était nécessaire de réduire les ecclésiastiques mêmes sous une monarchie absolue , et de les rendre totalement dépendans de leur chef spirituel. Pour cet elTet, Innocent essaya d^abord d'imposer des taxes ^bitraires sur le clergé. JDès la première
aSo fiisTOiBB (}ài^7)
adbëe 4e M rièdè ^ le mii^père ^ fmfiwM
de la frénésie populaire des croisadëâ, avait «Ivoyé des orilefctl^m dftHs toute TEurope, <jtii exigeaient par son ordre le quarantième dé» ^revenus eocléfii&dtitiùes péw lé seMUHi de le TérM»4âfnte , èt iqui rëcevalent^ à titre de contributions vblontai^ Vès , uti tlfllut {Mireiî de la pàirt de^ léï^es. La même année , Hubert , archevêque de Cianterburf , leâtautie àfttre iililêVàtîoti étk êà^ést du pottroit* eoeli&idStique ët pontifioai: pendant Tabsence dit r^i, il convo- ^ ) m Tétttt de édn autorité dé lëgat , tiH synode de toiit le clergé anglais , malgré ^opposition de Geoffrëi Fitz^'eter ^ graâd jtmider; ei le ^utemekfieM geida tèdf,
jours le silence sur cet attentat à la puis-^
ffiiuee- rojrele , le ^mier de èmk espèeë»
Une occasion favorable se piésenta peit de temps après y qiû mil un pontité austt . ftuddeieuic qulnnocent à portée d'empiéter encore davantage sur un prince aussi mé-*prisaUe que Jean.
Le primat Hubert était mort en i2o5} et comme les moines ou le chapitre du CktiBt de Gaïf terbur^^ pdteedaieiil le drcdt de voter dans rëleclioa de kor arehevéqu6|
quelques uns des plus jeunes d'entre eux^ qfd guettaiéai cet ëvéaemeiit | a^fiasémUë** reut dandestinraient la ittiil mèmé ai riva ^ et , sans al tendre un congé d'élire de la piart du roi, choiareat R^gioÎÉldi leur gous-prieur, pour remplir le siège vacant ^ l'iastallèrent avant Huauii^ et lui ayant re^ commandé le plus grand l^e^ret ^ rënvoyè» areut à Kome sur-le-nsbamp pour j soUici*ter la confinàatîoa. d^ 6oi| âecdon* Im, vanité de Aéginald Temporta sur sa pnr» denee j il ne fut pas pltis ti&t euFlandre qu'il révéla si indiscrètement le sujet de ioA voyage 9 qu'on le sut aus^l6t en Angles terre. Le roi n^apprit quVvéd la plus grande colère l'entreprise aussi nouvelle • que téméraire de remplir uu si^ége si impor^ tant à son itisu et sans sa permission i les évéques sufiragans de Ganterbury, accou^ imnés k concourir aù dboix de leur pr»^
mat^ ne furent pas moins irrités d'avoii: été exclus de son élection : les plus au* cîens moines de Téglise du Christ s^ofien^ sèrent aussi du procédé irrégulier des plus jeunes $ céiït^ci même rougirent de leur
propre conduite , et, mécontensde la légè-
fif^ âe ft^mld^ 4ui Iwx avait mwqu^
s3ci * HiSTom ' (1^7)
de parolci consentirent à ce que son élection iut regardée comme nulle ; et tout le
monde parut d'accord sur le dessein de remédier aux fausses mesures qu^on avait . prises* Mais eomme Jean savait que cette affaire serait discutée devant un tribunal supmear oit rinterposition de Fautorité royale à la nomination aux bénéfices ecclésiastiques était odieuse, où la cause des lévéques suffiragans mêmes serait moins fa-* vorisée que celle des moines , il résolut de tâcher que la nouvelle élection put être à Fabri de tout reproche. Il Tabandonna entièrement au chapitre de Téglise du Christ^ et, se désistant du droit réclamé par ses prédécesseurs , se réduisit à dire à chacun des membres en particulier qu'ils feraient une chose qui lui serait très-agréable s^ils choisissaient John de Gray, évéque de IVorwich / pour leur primat. Ce prélat fut en effet nommé d'une voix exactement unanime ; et afin d'éviter toutes contesta* tiens , le roi fit ses efforts pour persuader aux évêques suffragans de ne pas insister sur leurs droits de concourir à Téleotion ; mais ces prélats persévérèrent dans leurs prétentions ^ et dépêchèrent un agent pour
les défendre en présence dn pape , tandis
que le roi et le chapitre de l'église du Christ envoyèrent douze moines de oet ordre .
chargés de soutenir devant le même tribunal la nomination de TéTeque de ]>forwich.
Ainsi le pape se trouirait avoir à juger trois causes différentes, dont les parties s^accordaient à le reconnaître pour arbitre souverain. Le droit des suffragans était si opposé aux maximes ordinaires de la cour de Rome , qu'il j fut aussitôt rejeté : Té- * lection de Régînald était si frauduleuse et d'une irrégularité si évidente , qu'il n y avait pas moyen de la défendre; mais le pape prétendit que quoiqu'elle fut nulle et invalide y elle aurait dû être provisoirement déclarée telle par le souverain pontife, avant que les moines pussent pro^ , céder à une nouvelle élection ^ et que le choix de levéque de JSorwich était aussi peu canonique que cdul de son^ compétiteur. On prit donc avantage de cette subtilité pour introduire un exemple par lequel le siège de Ganterbury, le plus important dans TEglise après le trône de saint .Pierre, devint. dorénavant à la dis*^ position de U cour de Rome.
JPendffiDft «|ixe le issritêbk^j "ilà te^tetl
de ces contestations \ia1etites, à chatouiller les priuees du droit d'accorder les investi^ Wféfy et bs laïques de oel«d tlè '<^1Mret les bénéfices ecclésiastiques ) le clergé ,*asptramt à rtndépeadance , sieebâdai^ una* lûmement ses efToi ts , et combattait pour lui avec toute l'ardeur de Tambitioa et Itotit le «èle du feitaiisiiDe* Mais te iptAnï tant discuté ne fut pas plus tôt un peu sb-
Mdemetit établi , e^às avôilr ebûté diés flots
de sang et produit des convulsions terribles dans JLa plupart des états , <que lé thef ^etbifeaic kotirae , colnmè il arrive 6hlînairement , ses armes contre sa prof»:e fac* don y et irôtilut e<meefittei: toute là pnîs^
sance uniquement dans sa personne. A Ha , laveur des réserves, des provisions, des cornina)ides et àWrés itîveMions de cette espèce, le pape s'arrogea peu àpeu le droit dè rem^ttoua Ijes béné&ees vaca»Si La pléni-^
tûde de sa puissance apostolique , qui ne connaissait point de bornes , parvint à supptéer II tôm ee qtiî ttiAnquait dé ^tu, de savoir, enfin de titres, aux sujets quil Im plaiMit de f^eer. On etaabtn^lla, oti obscuixit exprès les canons qui réglaient
les âeclionij det dû|mt6B fr équenies 8^
levèrent entre le8 candidats ; tous les jours il y eut jde$ appek f^thé» k la m«r th ÎRome j noa-seulonant je stége apostoUqM l»e rendait ces discussions lucratii^s, mais^ sons k prétexte de pacifier les tratdiles^ il exerçait souvent le pouvoir de rejeter les deux coucunrens, «t de liommer uné troisième personne qui pouvait être plot agréable aux parties cantendantes.
La dispute âewe à, l'^aifd dt^ drail; é!é^ lire un archevêque de Canterbury fournit à Innocent l'occasioa de s'en saisir lui^ ]ii6me ^ et il ne manqua pas d'apereevoir le prix de la circonstance de manière à la mettre k pcofit. H envoya cherdier les
douze moines qu on lui avait députés pour soutenir la cause de Tevêque de Norwiidi^ et leur commanda y sous peine d'excosH munication y de cboisir pour leur primat le cardinal Langlon Ç hé eki Angletcnpe*, mais élevé en France, et attaché à la cout de Home par ses intérêts et par ses senti"* mens. Ën vain les moules i^résentèrent à sa sainteté qu^ils n'avaient aucun pou^ voir de leur maison petor cet efietj i{u'um électioa ainsi prédpitéc sws avoir un wriV,
3fc36 msToiM ' (1^07)
c^est à * dire un ordre du roi y serait regardée comme très - irrégulière , et qulls n étaient qu'agens pour une autre personne dont ils ne pouvaient ni ne devaient abandonner le droit. Aucun d^eux n'eut le courage de persévérer dans cette opposition y excepte le seul Elias de Brantefield; tout le reste , intimidé par les menaces et Tautorité du pape , plia sous ses ordres , et fit rélection cju'ii exigeait.
Innocent , persuadé que la cour d'Angleterre serait indignée de cette usurpation évidente y essaya d'adoucir Jean par une lettre affectueuse ; il lui envoya quatre anneaux, de pierres précieuses montées en or, et tâcha de rehausser la valeur de ce présent en lui donnant une interprétation mystique. Il pria le roi de considérer sérieusement la forme des anneauk, leur nombre y leur matière et leur couhur.
Leur forme circulaire était, disait-il, Temblème de Téternité, qui n'a ni commencement ni fin ^ d'où Jean pouvait apprendre son devoir d'aspirer des objets terrestres aux célestes, et des choses temporelles aux choses éternelles» Le nombre quatre , formant un carré, signifiait la fermeté de
( 1 207) B'jUVCLETEBBB*
Famé , que Tadversité ou la prospérité n^ébraulaient jamais , lorsqu'elle était ap* puyée sur la base solide des quatre vertus cardinales ; l'or^ matière de ces anneaux ^ étant le plus précieux des métaux, représentait la sagesse 9 qui est le plus précieux des dons , et justement préférée par Salo-> mon aux richesses , à la puissance , et à toutes les acquisitions mondaines; la couleur yerte de Fémeraudc figurait la foi, et le bleu du sapliir Tesp^érance , le rouge du rubis la charité, et la splendeur de la topaze les bonnes œuvres. Ce fut avec ces concetti qu'Innocent s'efforça de dé^ dommager Jean de la prérogative la plus importante de sa couronne qu'il venait, de lui ravir ; concetti vraisemblablement admirés par le souverain pontife même ^ car il est assez possible qu'un homme , surtout dans un siècle barbare , unisse de grands talens pour les aiiaires à un gout • absurde dans les sciences et dans les arts.
Jean fut enflammé du courroux le plus ardent lorsqu'il sut Fattentat du saint-siége sur son autorité. Il exhala d'abord sa colère contre les moiaes de l'église du Christ^
qu'il trouvadisposés àsoutenir l'éJlectioiique
a3ft HISTOIRE (ïao*}^
leim fiewef wawttt feiie à Kohmu II en*
vaya Foulques de Cantelupe et Henri de tornhiille , 4^ux chevaliers de sa suite ^ Tiinmaain àfvai caraetère Tidenl et agreste, pour expier de leur couvent, et prendre pMsessîoii de teurs wreiras* Gea^ chevaliers entrèrent Fépée à la maîn dans le^ monastère, eoittmandèrent au prieur et religieax de sortir dtt rirfaiime , et les u^eiiaoèrent , en cas de désobéissance , de lea boèler dans kui? maison* IiinoceAt tira^ de ces violences imprudentes rinductioa (puà, Jean auraîl finalement le dessous dans la dispute, et n*en persista que davantage, à la soutenir vigoureusement. Il exhorta le roi à ae jpas- lutter plus long-temps cob<t9e Bie» et sok EgHse, et à se désister d'une prétention que le saint martyr Beo ket «vait cMibattiie , jusqu*è payer de sa
vie la couronne que son courage lui avait procurée dans le- cid^ Avis indirect gliss^* L Jean de profitai de Pexemple de son père, et dune manière à lui rappeler les préjugés et Fopinion constante de ses sa« jets à Fégai'd de ce martyr, dont ils rêvé-, raient si profoadémeut les mérites, qu'ilUes cwydséraieiit^^BMneiettf gloire*
Le pontife , s'apercevaut que le roi n'é-, tait encore ^ez hui^ihlei;neat résigoc ^ envoya les évêqii^s de Londres , d^Ely et clç. Worcester po\w; lui sigiûft^a: ^e, s^iX persévérait da^a si^ d^ésobéissançe^ Ifi f^fm serait oblige de mettre sou royaume sous Tinte^iU Tous les autr^ préiat^ 9e ji&V^* ^ rent auk pieds de J[ean pour le supplier, le^ larmes^ aux yeux i die prévenir Iç; ^cao^a^^ de cette sentence', eu donnant pveiaptQ-.
ment à son porc spirituel le témoignage de sçuinis^jLon de rece.voir de sa main le primat i;iouve11enient élu, e^ m rétablissant le chapitre de 1 église du Christ d^tus droits et sçs posse^iaxvs* Le xoj^ f'eiaparla^ jusqu'à se permettre les invectives les plus indéçe^^çs contre les prélats* U juira pas les dents de JMçu ( Qod's teeth)j sox\ yjase^ ment familier, que si le pape osait Q\ér
évêques etfe clejqjé d'Angleteirre , et cou- > fisquef^ij^^^^ temp.9t^. J protesumême de faife aii|p|*è^bei;l^ yeux et conpiç^ le
k tous les Romains qu'il pourrait désojr^ . mais attji;a,^^^r ses états, p«iar leu»^ i^pprimer une 'marque qui les distinguât de toutes les autres nations. Au miUeu de cette
vaine fureur, Jean se conduisait si mal avec la noblesse , qa^il n'osa jamais assembler les états du royaume, qui, dans une cause si juste 9 auraient sans doute soutenu tout autre monarque , et défendu avec vigueur les libertés de la nation contre ces usurpations évidentes de la cour de Rome. Inno*cent , apercevant donc la faiblesse du roi, lança enfin les foudres spirituels quUl avait suspendus quelque temps sur lui.
Les sentences d'interdit étaient alors le grand instrument des vengeances et de la politique de la cour de Rome j on les prononçait contre les souverains pour les fau« tes les plus légères ; et le crime dWe seule personne entraînait la perte de plusieurs millions d'autres , à qui on enlevait ainsi jusqu'à leur félicité éternelle. L'appareil aveclequel on lançait ce foudre était arti-
wm
et pour opérer avec force sur Tesprit superstitieux dû peuple : tout«à*coup une na< tion se voyait privée de tout exercice extérieur de religion } on dépouillait les autels de leurs omemens; les croix, les reliques , les images, les statues des maints étaient
renversées par terre ; les prêtres s^en înterdisaieot lapproche après les avoir couver tes^ soigneusement, comme si Pair même était impur, et qu'il pût les souiller par son impression j^Fusagc des cloches cessait dans toutes les églises; on détachait les cloches même de leurs clochers , et ou les posait à terre avec les autres ustensiles sacrés ; on célébrait la messe portes fermées , et les prêtres seuls y assistaient ; les laïques ne participaientà aucunes cérémonies religieuses , excepté le baptême, qu'où administrait aux enfans nouveau -nés, et le viatique aux mourans : on n^enterrait point les morts en terre sainte ; on les jetait dans ' des fossés^ ou ou les enterrait dans les champs, sans faire de prières pour eux , ni aucune des' cérémonies consacrées ; on célébrait les mariages dans les cimetières j et pour que toutes les actions de la vie por«* tassent Tempreinte de cette situation terrible , Tusage de la viande était défendu comme en carême; tous les plaisirs et les amusemens étaient proscrits de la société. U n'était pas permis de se saluer lorsqu'on se rencontrait, pas même d'avoir la' barbe
HISTt)IRE (1*^3}
faite I ni de donner la moindre attentioii
de décence et de propreté à sa peisoune# Tout énonçait la tristesse la plus pro« fonde et Tefiroi des vengances célestes.
Pour opposer la puissance temporelle à la spisituelle , et la crainte 4o Tune à la frayeur de l'autre ^ le roi confisqua les bl^ns de tous les ecclésiastiques qui obéiraient à Tinterdit^ exila les prélats , confina les moines dans leurs couyeiis, et ncleur accorda sur le^rs propres revenus que Tabsoin néeessaire de la nourriture et du yetement^ U traita plus rigoureusen^ent encore le» adhérons au parti de Langton,
et quiconque paraissait dispose à se soumettra au]^ ordres de la cour de Rome^ Enfin pour mortifier les ecclésiastiques dans Vead4 oit le plus semible,^ et en iQéme temps pour ks exposer aux reproches el
au ridicule, il fit jeter toutes leurs concubines en prison , et; ne leur rendit la liberté qu'en exigeant de grosses amendes ou de nouvelles confiscations* Depuis que les canons qui presçjriyaîent
le célibat au clergé elaieuL ^ par les efforts
zélé^ de l'ai^chevéque Anselme ^ plus exac*
temetit sums eu Angleterre , tous les ecbiësîdsttque» donsaîent heutemènt et f bliquement dans Tusage des concubines J et la Gour de Home , qui n'avait nul intérêt à condàmiiwee relâchement de mœufS^
detènti si doiaiiiant^ qu'atant la réforma»-
tîon quelques synodes allemands nonnseu* Jement permettaient les concubines aut jennes ecclésiastiques pour en i^ler le scandale y mais que partout les prêtres s^adres»*
' saicint à leur onlipaire pour en oblemr une permission formelle. Communément les évêques prenaient soin que cette pratique ne d^néràt en licence : ils réduisaient le prêtre à une seule femme , Tobligeaient de lui être fidèle f et de pouryôir ii sa siibsis«tance «nsî qu^à cellé de ses enfans. Quoi*^ que là naissance des fruits de ce commerce £kt illégitime aux jeux de la loi ^ « com^ merce même était réellemént une espèce^ de mariage subalterne , tel qu^il s^en £ût
* encore en Allemagne parmi la noble^e ; et son intégrité doit être considérée ^ par
fe.
Tame y comme un appel de la tjrannie des
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institutions ecclésiastiques et civiles aux lois les plus vertueuses «et les plus sages de la nature*
Les brouilleries du roi et de la cour de Home durèrent plusieurs années. Quelques ecclésiastiques , frappes de la crainte des ^hâtimenS) obéissaient aux ordres de Jean •avec la plus grande répugnance , et célébraient le service divin ; mais ils étaient regardés par le peuple , et se regardaient eux-mênies, comme trahissant leurs principes, et sacrifiant leur conscience aux égards} et aux intérêts temporels; Au miKen de cette situation violente, le roi , pour donner plus d^éclat à son règne , tenta diverses expéditions militaires contre FEcosse, Wrlande et le pays de Galles , et remporta des avantages plutftt par la faiblesse de ses ennemis que par son courage ou son habileté. Les troubles et les alarmes que les mécon- '^tentemens du clergé lui occarîonaient continuellement augmentaient la propension naturelle de ce prince à la tyrannie. U paraît qu'il indisposa imprudemment contre lui tous les ordres de létat, et particulièrement la noblesse^ de qui seule il pouvait
(i20j) dVngleterre. ^ raisoimalilemeiit attendre du secotùrs et de
rappui. Il souilla les plus grandes maisons de ses amours impurs , publia des édits pour défendre toute diasse de gibier ii plume, ^ priva ainsi les gentilshommes de leur occupation ordinaire et de leur amusement favori; il ordonna queles haies etles clôtures des champs proche de ses forêts fussent arradiées , pour que ses bétcs fauves allassent plus aisément aux pâturages; et chargea sans cesse la nation de taxes et d^imposi-» tions arbitraires. Ce prince, ne pouvant se dissimuler la haine générale qu'il s'était attirée, exigea que la^noblesse lui donnât des otages pour garans de son obéissance j et les nobles furent obligés de remettre entre ses mains leurs fils, leurs neveux, ou léurs plus proches parens. Lorsque ses agens chargés de ses ordres k ce sujet arrivèrent au château de William de Braouse , baron très-distingué , l'épouse de ce seigneur répondit qu^elle ne confierait jamais son fils à un homme capable d^avoir égorgé son propre neveu tandis qu^il était son prison* nier. Le baron réprimanda cette dame de tenir un discours si témérairci et, se dou-»
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tant du péril qu il courait, s'enfuit avec elle et sou fils en Irlande^ où il tâcha de se cacher; mais le roi découyrit la retraite de cette malheureuse famille ^ fit arrêter la mère et le fils, et les laissa mourir de £aim en prison. Le baron eut le bonheur d'é* chappcTf et se réfugia en France^
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