‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés. 1Chapitre 189 sur 202 · UI · texte numérisé non relu

UI

l’intérêt général : l’ordre s’établissait peu à peu au moyen des corporations dans les villes où le travail et l’industrie rendaient l’aisance plus générale; la loyauté, la courtoisie chevaleresque luttaient avec succès dans la plus saine partie de la noblesse contre l’esprit de violence et la farouche rudesse des habitudes féodales et des mœurs guerrières; le clergé se distinguait par son ardeur pour l’étude, par son zèle à répandre l’enseignement, par la persévérance de ses efforts pour l'affranchissement des serfs, et le plus souvent aussi, malgré de nombreux et affligeants scandales, par la régularité de sa vie; enfin, un esprit de foi et de piété sincère, qui, mal dirigé, dégénérait fréquemment en superstition et en fanatisme, prévalait dans la société, diminuant la distance entre les grands et les petits, entre les riches et les pauvres, rappelant aux uns l’humilité, aidant les autres à supporter les rudes épreuves et la misère par la ferme attente d’une rémunération suprême et d’un monde meilleur. Il faut le dire aussi cependant, une irritation hautement exprimée contre la source visible d’où émanait l’autorité religieuse avait fait de grands progrès , et cette disposition des esprits avait dans la chrétienté des causes nombreuses. Les schismes fréquents, les prétentions des papes à disposer des couronues et des peuples, les guerres affreuses que ces prétentions suscitèrent, le besoin perpétuel de sommes immenses pour les soutenir par les armes, les taxes énormes imposées pour cet objet sur les laïcs et sur le clergé, l’odieux trafic des bénéfices, la vente des charges à des indigènes incapables ou à des étrangers avides, les scandales de la cour pontificale résidant à Axignon; tous ces fléaux, tous ces excès ébranlèrent à

Opposition

naissante

l'Église.

la longue la foi des peuples , donnèrent naissance à des sectes nombreuses dont les principales, au xn* siècle, furent celle des Albigeois du Languedoc et des Vaudois ou Pauvres de Lyon , et provoquèrent en plusieurs tètats une énergique résistance de la part du clergé même aux exactions sans cesse renaissantes de la cour romaine. Cette résistance fut d'autant plus grande en Angleterre , que les papes s’autorisaient de la donation du roi Jean pour y afliclier des prétentions sans bornes. Le plus éloquent comme le plus célèbre interprète des sérieux griefs du peuple et du clergé anglais au xur siècle fut le savant évêque de Lincoln1, Robert Great Head ou Grosse-Tête, que nous avons vu déjà élever, sous Henri 111, une voix courageuse et dont la parole retentit au loin et laissa des traces profondes. Ce prélat, justement fameux, mourut en 1253 aussi vante pour sa science et pour la pureté de ses mœurs que pour la persévérance avec lcquelle il protesta contre des abus nombreux et intolérables 2.

Toutes les forces, tous les éléments de la société étaient encore en fermentation et à l’état de lutte violente; un grand pas cependant était fait; la fusion des Saxons et des Normands était enün complète; la confiscation des provinces françaises au temps du roi Jean avait achevé ce rapprochement nécessaire que

Page 1