TOME PREMIER
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PRÉFACE
Tacite, il v a deux mille ans, a posé, pour la postérité, le difficile problème de cet équilibre des pouvoirs (t) qui, dans la vie des peuples, est la liberté même; et entre les grandes nations européennes, l’Angleterre seule, jusqu’à présent, la résolu.
Son histoire nous montre un peuple s avançant avec résolution, quoique d’un pas inégal, à travers les épreuves et les siècles, à la conquête des institutions qui ont fait sa force et sa grandeur. Ou v voit, avec les résultats obtenus, tout ce qu’ils
ont coûté.
C’est là surtout ce que j’ai voulu mettre en lumière.
(1) Cunctas nationes et urbes populus, autpri.nores, aut siuKuli regunt : .lelecta ex biset consociala reipublieæ forma, lau.tari facitiùs quam evenire, vel si evenil, haïut diuturna esse potest. (Anna/., IV, 33.)
PRÉFACE
Je me suis proposé, avant toute chose, de bien faire comprendre, par l’histoire des faits, celle des institutions; de montrer tout ce qu’un peuple a d’obstacles à traverser, de combats à soutenir, de sacrifices à faire pour arriver à ce but désirable où la plus libre expression des volontés individuelles se rencontre avec la plus grande force de la puissance publique ; de reconnaître enfin à quelles conditions une nation devient puissante et redoutable sans cesser d’être libre.
Aucune autre histoire à cet égard n'ofire un intérêt plus grand que celle du peuple anglais (I) : aucune autre aussi, considérée dans ses caractères généraux, n’est plus une et plus simple.
On ne voit nulle part, comme je l’ai dit ailleurs, les événements mieux groupés autour de
(t) J’en ai posé en quelque sorte les premières assises dans un autre ouvrage qu’on trouvera ici largement résumé : après y avoir analysé les cléments primordiaux et constitutifs du peuple anglais, j’ai reconnu et signalé, dans ses origines, comme dans ses institutions, un caractère d’unité très-réel, principe essentiel de force et de durée. C’est la thèse que j’ai soutenue dans ce précédent ouvrage, en opposition avec le système célèbre d’Augustin Thierry : celui - ci voit à peu près tout détruit en Angleterre par la conquête normande, les anciennes institutions anéanties, le sol entier passant en des mains étrangères et le gouvernement reposant surdes bases tout à fait différentes: j v
PRÉFACE
quelques faits auxquels ils se rattachent comme •les rameaux à un même tronc.
Les invasions dont les flots successifs mêlent et combinent entre eux en les fortifiant, les éléments divers de la population ;
Les longues luttes pour les chartes sous les Plantagenets, durant lesquelles on voit les comtés et les ltourgs obtenir le droit de représentation, les ordres se rapprocher, et la nation, après un siècle de guerre avec la France, rentrer dans ses limites naturelles;
La révolution religieuse du xvi° siècle;
La révolution politique du siècle suivant on à l’aide des forces nouvelles mises en action par la réforme religieuse, sont reconnus, réglés et circonscrits, dans leurs limites nécessaires, les rapports mutuels et les attributions de la couronne et du parlement;
Enfin les grandes guerres et les débats parle-
vois, au contraire, greffées par les Normands sur les institutions anglo-saxonnes, des institutions nouvelles qui avaient avec les premières un grand caractère de similitude. M. Thierry distingue jusqu’à nos jours, deux peuples en Angleterre et je n'en vois qu'un (<ij.
i.a |<es quatre Conquêtes île l'Angleterre ; son histoire el ses institutinnt joiis 1rs Romains, 1rs Anijto Saxons, les Danois el 1rs Normands jusqu'à la mort de Guillaumt Ir Conquérant, 1 vol. in-H".