Ttcilc, Cerna*., XIV
(mir.INE ET MOEURS UES ANGLO-SAXONS. 63
sanglantes ; dans ees hommes qui, étrangers aux arts de la paix et dédaigneux des travaux des champs, ne vivent que pour la cliasse et les combats ', dont toutes les jouissances sont un repos brutal après une activité sanguinaire, et l’odeur des vastes mets après celle du carnage ; qui, pour châtier leurs esclaves, les tuent, et qui accomplissent les rites superstitieux d’une incomparable horreur aux cris des victimes humaines égorgées I. 2.
Ce qu il faut surtout voir dans Tacite lorsqu'on y cherche les traits profonds, impérissables, qui caractérisaient de son temps la plupart des peuples germains; ce qu’il importe d’y étudier lorsqu’on veut saisir dans le passé le secret de l’avenir, c’est ce sentiment viril de la dignité humaine, cet amour de l’indépendance individuelle, tempéré dans des âmes guerrières |>ar le dévouement au chef et par le respect pour l’illustration du sang : ce qui commande au plus haut degré l'attention dans leurs coutumes, c’est le partage du pouvoir entre le prince et le peuple, la sanction des lois par l’assentiment populaire, et le jugement des accusés par des assesseurs librement élus *. Ce sont là les germes îles institutions qui se sont développées parmi quelques I amples modernes; ils se combinaient chez nos rudes aïeux avec la crainte de la divinité , avec le culte du courage et le respect traditionnel des ancêtres et des héros, et transplantés de la Germanie dans un sol favorable, ils ont donné à l’Angleterre ses institutions libres et son génie. C’est dans ce pays surtout qu’ils ont porté
I. T»cilo , Germa»., xv. — 2. Idem, ibid., XXXIX. XL. — a. Idem,
ibid,, vu, XI, XII.
Commu-
nauté
d'origine
mire
les Drclont- Kymrit et
les Anglo- Saxons.
leur fruit, parce que tout y concourut d'abord à leur développement , et que les conditions indispensables pour les féconder s’y sont mieux conservées que chez la plupart des peuples du continent.
Nous avons vu qu’il y avait communauté probable d’origine entre les Bretons-Kymris, descendus des anciens Cimmériens, et les Saxons qui les ont subjugués et conquis. 11 existait d’autre part de semblables rapports entre les Bretons-Belges et les Saxons *, et entre ceux-ci et les Scandinaves qui devaient à leur tour envahir la Bretagne cl soumettre ses premiers conquérants. Voilà ce qu’il importe de ne pas perdre de vue dans l’histoire de ces temps reculés : ces considérations complètent ce qui a été dit précédemment sur les causes de la chute ou du prompt dépérissement des institutions romaines en Angleterre; elles font comprendre comment les coutumes des Saxons purent s’enraciner profondément dans la patrie des anciens Bretons, et font pressentir de quelle manière la plupart de leurs institutions furent ensuite maintenues et développées sous la domination normande.
Une dernière considération non moins importante, un trait dominant du caractère et de la vie des anciens Saxons, qui a eu pour la Grande-Bretagne d’utiles conséquences, c’est qu’ils étaient surtout hommes de mer, et à l’époque où ils envahirent l’Angleterre, ces peuples n’avaient rien perdu encore de leur aveugle et féroce énergie. Dans leurs excursions téméraires ils s’abandonnaient sur leur frêle esquif d’osier doublé de peaux à
I. Mou» avons reconnu, il après César, que l'origine de la plupart des Belges éloil germoniqur.