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Au terrible Henri VIII succédait sur le trône, en la personne d'Edouard VI, qu'il avait eu de Jeanne Seymour, un prince, âgé de neuf ans seulement, doué de qualités aimables, d'instincts élevés et d'une remarquable intelligence. Son père s'était flatté, comme beaucoup de princes absolus, de régner encore après sa mort et, secondé par son chancelier Wriothesley , il avait composé un conseil de régence de ses exécuteurs
• Henri VIII Gl déterrer et j«lor an vent les restes de m. ni Tlioma» Keiket, •près avoir fait iuslruire son pr«>cc» tomme s'il eut Téeu.
testamentaires, au nombre de seize, qui devaient gouverner le royaume avec des pouvoirs égaux. Il adjoignit à ceux-ci douze conseillers, sans voix délibérative, et appelés seulement à aider les premiers de leurs lumières. La majorité du jeune roi était par le même acte fixée à dix-huit ans.
cnieii L'archevêque Cranmer et le chancelier étaient les d« r<yn|je' membres les plus considérables du conseil de régence iMoiwieur. après l'oncle du jeune roi, le comte d'Hereford, à qui ce titre donnait la prééminence. Il voulut davantage : ses promesses gagnèrent secrètement la plupart de ses collègues, et il fut décidé, dès la première séance, que Fintérêt et la dignité du royaume demandaient un chef qui pût, soit dans l'Etat même, soit aux yeux des puissances étrangères, représenter le roi. Toute opposition étant réduite au silence, le comte d'Hereford fut nommé prolecteur et investi de tous les pouvoirs de la royauté. Ainsi fut cassé le testament de Henri VIII, mais si ses dernières volontés furent méconnues, son esprit lui survécut dans l'administration ; la force extraordinaire dont il l'avait armée ne finit pas avec lui, et c'est un fait digne d'attention que la prérogative royale se montra aussi absolue durant la minorité qui suivit son règne, qu'elle l'avait été durant sa vie.
Hereford était monté au faite par les suffrages de ses collègues, il s'agissait maintenant de leur en payer le prix : on allégua donc ou l'on supposa que le feu roi avait eu l'intention d'élever en dignité la plupart des membres du conseil de régence, et ceux qui venaient de casser un testament authentique, montrèrent un respect scrupuleux pour des dispositions prétendues
qui avaient leur propre grandeur pour objet. C'est ainsi que le chancelier Wriothesley fui créé comte de Southampton, le vicomte del'lsle, comte de Warwick, et que le protecteur lui-même se fit nommer duc de Somerset, grand maréchal et trésorier du royaume. Tous les membres du conseil furent promus à de nouveaux honneurs, mais le protecteur comptait parmi eux deux ennemis redoutables; Wriothesley, comte de Southampton, qui avait espéré conserver par sa dignité de chancelier la haute main dans le gouvernement , et le nouveau comte de Warwick, que déjà son ambition sans bornes rendait ennemi de quiconque lui était supérieur ou paraissait en état de lui faire obstacle. Le premier bientôt après perdit les sceaux, et sa haine s'en accrut contre le protecteur qui exerça seul dès lors, et avec le vain contrôle du conseil, le pouvoir souverain.
L'objet capital du nouveau gouvernement fut de ren- Non^ell» dre les réformes plus complètes dans le culte. L'opinion ^luHT dominante était favorable à la réformation, surtout dans ,e cu,,cles classes supérieures, et les grands, enrichis par les dépouilles du clergé, étaient intéressés à conserver un état de choses qui rendrait les spoliations irrévocables. Toutes les commissions ou nominations aux charges et emplois furent renouvelées et données par Somerset au nom du jeune roi; celles des évéques ne furent point exceptées de cette mesure générale et il fut expressément dit que toute juridiction ecclésiastique et civile émanait de la couronne; les messes particulières et plusieurs rites extérieurs furent supprimés , et l'on rendit aux laïques la communion sous les deux espèces. On ne
procéda cependant que \mv degrés à ces diverses réformes, et c'est une des causes pour lesquelles la nouvelle religion parvint à s'établir sans trop de résistance en Angleterre. Les changements furent successifs : Cranmer désirait conserver de l'ancien culte tout ce qui n'était pas incompatible avec l'esprit du nouveau. 11 eût volontiers conservé les images dont il ne blâmait que l'abus et voyait dans leur usage modéré une prédication perpétuelle offerte aux ignorants 1 : il avait coutume de dire enfin, que le système qui s'éloignerait le plus des doctrines extrêmes de la réformation, serait le plus durable, et qu'une dévotion purement spirituelle ne convenait qu'à la première ferveur d'une nouvelle secte et dégénérait ensuite aisément en superstition. C'est ainsi qu'en Angleterre, où le magistrat civil contint et dirigea rétablissement de la nouvelle doctrine, une partie de la pompe et des cérémonies de l'ancienne croyance fut conservée, et en même temps, au moyen des évêques, une certaine hiérarchie fut mainteuue et observée dans la discipline.
Au premier rang des prélats opposés aux nouveaux règlements était le célèbre Gardiner, évêque de Winchester, qui, après s'être montré docile sous le feu roi, fit une vive résistance aux réformes plus étendues du protecteur. Il signala les dangers inséparables d'innovations perpétuelles et trop complètes, dans un langage courageux et sensé : « Si vous détruisez entièrement l'ancien canal, dit-il, les eaux se déborderont avec une impétuosité dont vous ne serez plus les maîtres. »