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1rs récoltes, dont le revenu, dépensé jadis sur les lieux mêmes, alimentait maintenant Le luxe des grandes villes et surtout de la capitale : aucun lien d'habitude n'attachait plus les fermiers aux propriétaires, et les premiers, inconnus à leurs nouveaux maîtres, étaient en proie à l'avidité des intendants.
D'autres causes rendaient les souffrances plus vives encore. Les manufactures avaient fait des progrès rapides : la consommation de la laine anglaise était immense, soit (tans le royaume, soit à l'étranger. Les pâturages qui les produisaient acquirent, en conséquence, une valeur très-supérieure au produit des terres labourables : la spéculation changea une grande partie de celles-ci en pâtures ; elle les lit enclore, et les cultivateurs en furent expulsés avec leurs familles : pour comble de misère, enfin, et par suite de l'immense importalion des métaux précieux du Nouveau Monde, le prix de tous les objets de consommation s'était beaucoup accru sans que les salaires eussent augmenté à proportion ; la détresse du bas peuple et des artisans était devenue extrême, et des plaintes douloureuses s'élevaient sur tous les points du royaume.
Touché des malheurs du peuple et soigneux de sa popularité, Somerset ordonna d'abattre les nom elles clôtures, et nomma des commissaires pour écouter les griefs et y faire dr. it. Il provoqua ainsi la colère de l'aristocratie terrienne et de ceux qui, enrichis par Hnnri VIII, étaient intéressés au maintien de toutes les conséquences matérielles de la révolution religieuse, et sans pouvoir apporter un remède efficace aux abus, il enhardit les mécontents qu'il s'efforçait de soulager.
Mi LIVRE IV. CHAPITRE II.
Révolta. Des révoltes éclatèrent sur plusieurs (toints. Lord Itusscl et lord f.ray battirent les rebelles à Exeler. Vingt mille hommes conduits par un tanneur nommé Ket, se soulevèrent à Norfolk, et eurent d'abord quelques avantages. Ils s'emparèrent de Moushold-Hill, près de Norwich. Leur chef érigea son tribunal sous un vieux chêne, auquel resta le nom de chêne de la rsformalion, et là il rendit des arrêts terribles contre la noblesse du pays. Le comte de Warwick remporta sur cette multitude insurgée une sanglante victoire : les chefs.de la révolte furent pris et punis du dernier supplice.
Ces rébellions, en occupant à l'intérieur les forces militaires du royaume, enhardirent ses ennemis au dehors. Les Ecossais, avec l'aide des généraux français de Thermes et d'Essé, poursuivirent leui*s avantages et recouvrèrent encore quelques places. La France tenta également de ressaisir le territoire que Henri VIII lui avait enlevé, et elle assiégea Boulogne1. Somerset, se voyant ainsi pressé au nord et au midi, fit une tentative pour s'allier avec l'Empereur, et ce projet ayant échoué, il inclina aussitôt vers la paix. Ses ennemis, dans le conseil,opinèrent pour la guerre, et le rendirent responsable des revers. Un abîme se creusait sous ses pas. Inconséquent dans sa conduite, sacrifiant beaucoup d'une part au goût du faste et de la magnificence, et d'autre part briguant la faveur populaire, il prêtait aux accusations de tous les partis. Il avait ouvert dans sa résidence une cour des requêtes pour le peuple qu'il protégeait auprès
I. Ce siège fui commandé par G.ispatd de Cotigny, dont le nom, m fametu depuis, opparali ici pour la première fois dans l'Imioire.
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des juges et des tribunaux, et il faisait en même temps construire dans le Strand, près de la cité, un palais qui étonne encore par sa magnificence, et qu'il éleva sur remplacement de plusieurs églises et de leurs cimetières, provoquant ainsi l'envie et blessant à la fois le respect populaire pour les tombes. Warwick, le voyant ébranlé, s'unit pour le perdre avec l'ancien chancelier Wriothesky, comte de Soutbampton, et ils formèrent contre lui avec les principaux membres du conseil une ligue redoutable. Us s'entendirent tous secrètement avec les principaux officiers de la couronne comme avec les AMtoiion magistrats de la capitale, et Somerset eut à peine aperçu du «,,0,ec,eur' l'orage qu'il s'en vit écrasé. 11 courba la tète, se reconnut C1'4») coupable à genoux, signa sa confession et abdiqua. Cependant le moment de lui porter le dernier coup n'était pas encore venu, et, pour mieux frapper son rival, Warwick s'en rapprocha : il lui rendit sa place dans le conseil, et conclut un mariage entre lord Dudley, son fils, et lad y Jeanne Seymour, tille de Somerset.
Parvenu au pouvoir, Warwick prit le parti qu'il avait paugT0C rejeté pour s'y élever : il opina pour la paix: le conseil u,,g™"£ H rendit Boulogne à la France au prix de quatre cent
mille éeus; il restitua plusieurs forteresses a l'Ecosse, et à ces conditions la paix fut conclue. Warwick, tout-puissant dans le conseil, était alors le maître du royaume; mais son ambition croissait toujours avec sa fortune; et il obtint à cette époque de succéder au titre du dernier duc de Northumberland, qui était mort sans enfants, et dont Le frère, sir Henri Percy, condamné comme rebelle, avait été déclaré inhabile à recueillir sa succession. Warwick reçut en même temps des terres immenses
situées au nord île l'Angleterre et dépendantes de ce duché : il n'était pas encore satisfait, il aspirait au titre de protecteur, et Somerset, quoique déchu de ce haut ran^, étant à ses yeux un obstacle, sa mort fut résolue. Depuis longtemps Warwiek la préparait, et les liens formés entre eux par le mariage de leurs enfants n'avaient été pour lui qu'un moyen de l'envelopper dans ses pièges et de le perdre en L'aveuglant. Instruit trop tard de ses nouveaux périls, Somerset essaya de se défendre; il arma sa maison et tenta même de frapper son puissant adversaire. Il fut, pour ce fait, accusé de trahison et enfermé à la Tour : son procès s'instruisit; vingt-sept juges y siégèrent comme jurés, et parmi eux ses trois plus mortels ennemis, Pembroke, Southampton et Northum-
c»H.iamnaii..u nerlanu<- A ceu* époque, une accusation politique inten- •« tée par le parti le plus fort équivalait à un arrêt mortel.
supplice*
■le Somerset fut condamné pour crime, non de trahison, mais de félonie, à la peine capitale, et sa tète tomba, le (1552) 22 janvier à la place môme ou était tombée, peu d'années auparavant, celle de son frère. Son administration, malgré ses fautes, avait été équitable et douce, et il s'était préoccupé du sort des malheureux : le peuple s'en souvint au dernier jour: il se montra reconnaissant lorsqu'il le vit accablé par ceux auxquels il attribuait ses propres souffrances, et lui donna des regrets. Somerset avait aussi gagné l'estime du jeune roi, qui l'aimait, et qui cependant se laissa arracher par ses ennemis l'ordre d'exécuter la sentence.
Les pairs donnèrent alors un nouvel exemple de rabaissement où peut tomber à certaines époques une assemblée politique composée en grande partie d'hommes
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nouveaux, sans tradition de famille, sans earactère et sans indépendance personnelle : non-seulement ils ne tirent rien pour protéger les anciennes institutions de l'Etat, mais ils se montrèrent empressés d'abattre toutes les barrières qui les protégeaient eux-mêmes contre les caprices du pouvoir. C'était eux surtout que menaçaient les bills iValtainiler et les anciens statuts abrogés qui multipliaient les cas de traliison : les lords votèrent à l'unanimité moins une voix pour qu'ils fussent rétablis *; leur bill fut rejeté par les communes, qui en préparèrent un autre moins redoutable, quoique très-menaçant encore, et qui infligeait la peine de la traliison à quiconque, pour la troisième fois, aurait traité verbalement d'bérétique, «le schismalique ou d'usurpateur, le roi ou quelques-uns de ses héritiers désignés dans le statut de la trente-cinquième année du dernier règne. Si cette offense avait été fixée par l'écriture ou reproduite par l'impression, le cou[»able, dès la première fois, était puni de mort. I^s communes demandèrent et obtinrent que la conviction ne fût établie que sur la déposition de deux témoins2; les lords hésitèrent cependant à accepter cette clause, et l'on vit ainsi des législateurs renoncer en quelque sorte pour eux-mêmes à la protection des lois.
Le parlement fit néanmoins, à cette époque, quelques statuts d'utilité publique : il s'occupa des pauvres, qui ne trouvaient plus maintenant leur subsistance dans les aumônes des monastères; il fallut faire contribuer une