‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés (volume 2)Chapitre 111 sur 171 · I.V»3— IUÎH · texte numérisé non relu

I.V»3— IUÎH

Marie, (1rs les premiers jours «le son règne, \isita la Tour, où elle mit en liberté, entre autres prisonniers notables, le jeune Courtncy , lils du marquis d'Exeter, détenu sans aucun motif qui lui fût personnel, et le due de Norfolk, condamné à mort sous Henri VIII. Marie trouva aussi prisonniers dans la Tour les évèques (jardiner, Tunstal et Bonner. Ils implorèrent sa protection : elle brisa leurs fers, leur donna sa faveur, et l'on put prévoir qu'ils régneraient sous elle.

Tous ceux qui étaient attachés a la réformation craignirent alors de voir le nouveau culte renversé : ils fondaient leurs alarmes sur l'éducation toute catholique de Marie et sur son caractère aigri par les disgrâces de Catherine d'Aragon, sa mère, et par ses propres souffrances. Marie avait promis, il est vrai, de maintenir les lois d'Édouard sur le culte, mais le saint-siége revendiqua le droit de dégager des serments, et s'il en usait alors, c'était surtout lorsque le salut du peuple et l'avenir de la religion lui paraissaient compromis.

Les débuts du règne, cependant, furent populaires; nation Marie remit à la nation le dernier subside voté par le PcJèÊ,r; parlement et fit puhlier une amnistie générale. Bientôt après recommença la réaction religieuse : l'é\èché de Durham fut reconstitué dans son intégrité; on imposa silence, sous des peines sévères, aux prédicateurs non

autorisés; la messe fut rétablie et l'on mit en prison plusieurs prélats protestants, Holgals, archevêque d'York, et les évalues Covcrdale, Hoopcr et Ridley : on y jeta ensuite le vieux et vénérable Latimer, et comme, en se rendant à la Tour, il traversait Smithfield, lieu ordinaire des exécutions pour crime d'hérésie, on l'entendit s'écrier, prévoyant son sort : « Il y a longtemps que Smithfield soupire après moi K n Cranmer, enfin , lui-même qui, malgré sa circonspection habituelle, avait osé publier un écrit violent contre le rétablissement de la messe, fut arrêté, mis en jugement el condamné pour trahison comme complice de l'usurpation de Jeanne Gray : la sentence ne reçut point alors d'exécution : on le réserva pour un sort plus alTreux.

Les protestants n'avaient rien à espérer du nouveau parlement : une partie très-considérable, la plus nombreuse peut-être de la nation, était encore attachée a l'ancien culte. Dans l'élection des membres des communes, l'inclination naturelle ou la crainte fit porter la plupart des choix sur des catholiques : dans la chambre des lords, le plus grand nombre, par leurs charges, leurs pensions ou leurs biens, étaient dans la dépendance de la couronne. La reine suivit donc en liberté sa pente dans la voie de réaction où elle était entrée, et toutes les lois rendues sous le règne précédent furent abrogées : elle garda cependant quelque temps encore le tilre de chef suprême de l'Église d'Angleterre et il fut dit que l'établissement religieux du royaume serait maintenu tel qu'il existait à la morl de Henri VItl. Le mariage en même temps fut déclaré

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incompatible avec le ministère spirituel et, à cette occasion, une multitude d'ecclésiastiques furent déposés et réduits à la pauvreté.

Lne question étroitement liée à celle du culte et qui, pour ce motif surtout, dominait toutes les autres, était celle du mariage de la reine. Le choix qu'elle allait faire d'un époux était de la plus haute importance, non-seulement pour chaque parti dans l'état, mais pour l'Europe entière, et parmi les souverains qui briguaient son alliance soit pour eux-mêmes, soit pour leurs fils, le premier comme le plus puissant était Charles-Quint.

Ce prince a> ait récemment éprouvé de grands revers. Le jeune Maurice , électeur de Saxe, dont une dissimulation profonde avait longtemps voilé les projets, leva le masque, se déclara tout à coup, en Allemagne, pour la cause protestante, et faillit surprendre l'empereur malade et presque seul à Inspruck. Trop faible alors pour lutter contre les princes allemands, fortifiés par le secours inespéré que Maurice leur apportait, Charles-Quint signa avec eux, en 1552, la paix de Passau,qui fut changée, P*«

de Passait.

trois ans plus tard, à Augsbourg, en une paix définitive de laquelle a daté l'ère de la liberté religieuse en Allemagne. (,552}

L'empereur, repoussé ensuite avec de grandes pertes devant Metz, par le duc de Guise, et retiré dans les Pays- Bas, espéra un retour de fortune et un magnifique dédommagement à ses disgrâces en obtenant, pour Philippe, Projet son lils et son héritier, la main de la reine d'Angleterre; e ""in** il négocia dans çe but et Philippe fut agréé. pwîîjj/ii.

Ce mariage cependant rencontrait la plus vive opposition dans la nation anglaise : on savait que Philippe joignait à l'ambition insatiable, à l'orgueil et à la mau- II. 25

vaise foi de son |>ère, d'autres vices plus dangereux encore, une opiniâtreté indomptable, le fanatisme, el la cruauté : on se disait que l'Angleterre deviendrait avec le temps une des provinces de la monarchie espagnole au même titre (jue les Pays-Bas, la Lomhardie, Naples et la Sicile, que l'exécrable tribunal de l'inquisition y serait établi et qu'il sévirait en Angleterre avec d'autant plus de barbarie que la nation avait incliné plus ouvertement pour la réforme.

Gardiner était alors chancelier du royaume et il lit preuve comme toujours de prudence el d'habileté : il approuva le projet d'union avec l'héritier de la monarchie espagnole, et il modéra en même temps l'impatience de la reine pour le rétablissement de l'ancien culte : il lui dit qu'il convenait de suspendre, jusqu'à l'accomplissement de celte union si désirée, toutes les innovations religieuses : la reine, après ce mariage, serait, dit-il, en état de perfectionner l'œuvre sainte qu'elle avait commencée : il était donc nécessaire qu'elle se conciliât d'abord l'approbation du peuple, pour cette union, en la lui présentant sous le jour le plus avantageux. Le contrat fut rédigé dans les termes les plus propres, soit à rassurer les Anglais, soit à flatter leur orgueil. 11 fut spécifié que, malgré le titre de roi donné à Philippe, l'administration resterait entièrement dans les mains de la reine ; qu'aucun étranger ne pourrait posséder de charges dans le royaume, qu'aucune innovation ne serait faite dans les lois, dans les coutumes el les prh iléges de la nation ; que ks enfants mâles qui naîtraient de ce mariage hériteraient, non-seulement de la couronne d'Angleterre, mais «le la Bourgogne et des Pays-Bas, et que si don Carlos,

fils de Philippe, d'un premier lit, mourait sans postérité, celle de la reine, soit mâle, soit femelle, hériterait de la couronne d'Espagne, du royaume de Sicile, de l'état de Milan et de toutes les autres possessions espagnoles. Telles furent les principales clauses du contrat de mariage entre Philippe et Marie.

Ces articles furent publiés, mais la nation persista à voir dans ce contrat beaucoup moins l'éventualité de l'avènement de ses princes à la couronne d'Espagne que la subordination future et humiliante de la couronne d'Angleterre à la maison d'Autriche et l'introduction inévitable et prochaine, dans le royaume, de l'inquisition justement abhorrée. Il fallut dissoudre le parlement, tout disposé qu'il fût jusqu'alors à se soumettre Dissolution aveuglément aux volontés de la reine, et l'irritation des par|fn"cn(. esprits occasionna une révolte qui eut des suites douloureuses et à jamais regrettables. Sir Thomas Wyatt, homme résolu et audacieux, fut le principal auteur de cette «boites rébellion qui éclata à la fois dans les provinces de Kant sirThom»» et dans le Devonshire : elle avait poui objet le rétablisse- vvy,ument de Jeanne Gray sur le trône, et le duc de Suflblk, iiii.si) son père, s'y laissa malheureusement entraîner. Rien n'était mur pour le succès d'une semblable restauration. Wyatt s'empara cependant de Southwark, pénétra jusqu'à Westminster les armes à la main, et lit trembler la cour : mais, mal secondé, puis abandonné des siens après un combat meurtrier à Charing-Cross, il fut pris, et, comme il arrive toujours après l'avortcment de semblables tentatives, le pouvoir que la révolte avait pour but de renverser, se trouva, par sa victoire, armé de nouvelles forces : il en abusa, et aux combats succédèrent les

supplices, un vit alors un des spectacles les plus déchirants que présente l'histoire : on vit deux jeunes époux, Jeanne Gray et Guilford, jouets malheureux de l'ambition de leurs proches, payer de leur vie des fautes qui n'étaient pas les leurs, qu'ils avaient eux-mêmes amèrement déplorées, et dont ils furent rendus responsables. Marie ordonna leur supplice; et d'abord elle envoya son chapelain à Jeanne Gray à l'effet de la convertir et de la réconcilier ayee Home. Leur entretien cul lieu publique- Dernier, ment : Jeanne le mit ensuite par écrit, et il nous a été CmMfiny. conservé signé de sa main. Elle y défendit sa croyance religieuse dans ce moment terrible et jusque sous la hache du bourreau, avec une force et une précision dignes de théologiens de profession. « Madame, lui dit le prêtre en terminant, je regrette votre opiniâtreté, car maintenant nous ne nous reverrons plus. » C'était lui dire que sa grâce eût peut-être été attachée à son abjuration. Mais Jeanne eût mieux aimé cent fois mourir que de racheter sa vie à ce prix. Elle se retira dans son appartement, pria avec ferveur et consacra ses dernières heures à la lecture du Nouveau Testament, dont elle avait toujours sur elle un exemplaire en grec. Elle en détacha un feuillet blanc où elle écrivit à sa sœur Catherine une lettre touchante et admirable pour 1 la fortifier dans sa foi : on ne peut lire sans un profond attendrissement les lignes où cette jeune femme, âgée de dix-sept ans à peine, invite sa sœur à ne point s'assurer en sa grande jeunesse contre les chances d'une mort prochaine1, mais à se trouver prête en tout âge et en

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