‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés (volume 2)Chapitre 132 sur 171 · I . Aitcur d* Y Histoire des actet et monument* <kf marlyrt · texte numérisé non relu

I . Aitcur d* Y Histoire des actet et monument* <kf marlyrt

KI.ISU1KIII. 477

les protestants, étaient propres tout au plus à maintenir dans le aille extérieur une sorte d'uniformité apparente sous laquelle eouvaient dans une foule d'àmes des inimitiés profondes et des ressentiments implaeables : ceuxei éclatèrent en plusieurs circonstances au sein même du parlement, dont la grande majorité cependant partageait sur ce point l'opinion d'Elisabeth presque partout dominante, et l'on vit poindre dès lors, avec l'esprit indomptable du puritanisme, les germes de la révolution religieuse qui éclata en Angleterre dans le cours du xvir siècle, et qui emprunta son véritable caractère aux passions du xvr.

Suite et fin du rtene d'Elisaliolli.

Après rétablissement du protestantisme «lans le royaume , selon les rites particuliers de l'Eglise anglicane, le principal objet des efforts persévérants d'Klisabetb fut le progrès du commerce et de la navigation. Sous son règne, la marine anglaise qu'elle trouva dans l'enfance prit une extension prodigieuse et lit d'importantes découvertes.

Les succès des Portugais et des Kspagnols aux Indes orientales et occidentales avaient éveillé dans toute l'Europe le goût et l'ardeur des grandes entreprises, des voyages et des conquêtes lointaines. Déjà , sous Henri VIII, Robert Thorne, commerçant de Londres, avait annoncé qu'il serait possible d'ouvrir un passage à travers les glaces du nord de l'Amérique en tournant

Knlrrpri'O»

478 LIVRE IV. CIlATITRE III.

Terre-Neuve. Edouard VI envoya sir Hugues Willoughby et Richard Chancellor explorer, avec trois navires, les côtes septentrionales de l'Europe et de l'Asie : le premier périt de froid à l'embouchure d'un fleuve de Laponie, le second gagna Archangel, puis arriva par terre à Moscou, résidence du prince russe Ivan Vassilowich VI, qui le premier fut revêtu du titre de czar de Moscovie. Elisabeth entretint avec lui des relations utiles, et obtint de grands privilèges pour les négociants anglais. Parmi les hommes qui se distinguèrent sous son marùiincs. règne par des entreprises hardies ou des découvertes Célébra lointaines, les plus illustres furent Antoine Jenkenson,

nivigaicur».

Décoarertcs. imi employa trente-six années de sa vie en voyages sur terre et sur mer, depuis Alger jusqu'à l'extrémité septentrionale de la Moscovie, et depuis Londres par Moscou jusqu'à la Perse; Martin Frobesher, qui le premier aperçut la mer Intérieure, appelée depuis Baie d'Hudson, et enfin John Davis qui pénétra dans la mer Septentrionale par le passage auquel il donna son nom. Vers le même temps d'autres entreprises, moins pures mais non moins fameuses, étaient tentées avec un succès inouï pour acquérir .des richesses par le commerce des esclaves sur les côtes de l'Afrique et pour ravir les trésors du nouveau monde. Elles étaient exécutées par d'audacieux aventuriers qui portaient le fer et la flamme dans les colonies espagnoles et portugaises. Quelques-uns de ces hommes hardis, flibustiers ou pirates, s'élevèrent aux honneurs par de sanglants exploits; les plus célèbres, sous ce règne, furent sir John Hawkins, sir Martin Frobesher et, en première ligne, sir Francis Urake,

qui débuta par des actes odieux de piraterie et finit par employer au service de son pays ses rares connaissances et ses grands talents. Après le pillage de plusieurs établissements espagnols et au retour d'expéditions sanglantes et dévastatrices, il entreprit, v t comme avant lui Magellan, de faire le tour du monde. « Magellan avait eu la gloire de démontrer que le suc- ««le ces était possible, mais il mourut dans son entreprise , ,ulmir et Francis Drake accomplit la sienne. Elisabeth l'en- m^ couragea et lui dit au départ : « Quiconque t'at- • — imt. taquera, Drake, nous le regarderons comme nous attaquant nous-mêmes. » A son retour elle dina à son bord et lui conféra le titre de cbevalier. Quelques années plus tard, Drake brûla, sous les murs de Cadix, la flotte qui protégeait les galions d'Espagne chargés des trésors du nouveau monde, s'empara de plusieurs bâtiments, insulta Lisbonne, et saisit enfin une riche cargaison dans les parages de Tercère. La même année Thomas Cavendish, avec trois bâtiments armés à ses frais , pénétra dans la mer du Sud pu r le cap de Bonne-Espérance et après avoir enlevé dixneuf vaisseaux espagnols, entra en triomphe dans la Tamise, chargé d'immenses dépouilles.

Philippe H cependant avait mûri ses plans en si- r^poraiir* lence; il était prêt enfin à exécuter contre Elisabeth l'expédition des projets médités depuis vingt ans pour la dépossé- u * ^ der et pour assurer le triomphe de l'Eglise catholique en privant les protestants de l'appui du seul sceptre en état de balancer sa propre puissance. Depuis cinq ans déjà il avait fait construire une foule de bâtiments de toute grandeur dans les divers ports

ilf ses riais, en Kspagne , en Portugal el en Italie : il 1rs fit armer el mettre en mer au printemps de l'année 1588, et assigna l'entrée du Tape pour le rendez-vous général de la flotte qui fut nommée l'invineible Armada. Vingt mille hommes de troupes y turent embarqués, le commandement général fut donné au marquis de Santa-Crux, bientôt remplacé par le duc de Médina-Cœli : le duc de Parme, Alexandre Farnèse, alors en Flandre, eut l'ordre de joindre Y Armada avec la flotte de la Manche et son armée de lrent« mille hommes d'infanterie el deux mille chevaux. Les forces totales déployées par l'Espagne dans cette circonstance furent d'environ deux cents voiles et cinquante mille hommes de troupes de débarquement, \ compris l'armée espagnole des Pays-Bas. Cette immense expédition était approuvée et soutenue par une bulle du Pape Sixte V, confirmant les bulles antérieures de Pie V et de Grégoire XIII, et déclarant Elisabeth déchue du trône. La reine d'Angleterre , lorsqu'elle eut connaissance du danger, n'était point préparée à le repousser : mais elle prit aussitôt les mesures nécessaires avec autant d'habileté que de promptitude. Elle craignit une invasion simultanée des écossais dans le nord et des Espagnols au sud ; et, par une adroite négociation, elle obtint la neutralité de Jacques VI; elle ordonna une levée générale des milices, l'armement des côtes et l'équipement d'une flotte considérable, dont elle confia le commandement h lord Howard Eftingham, amiral d'Angleterre, et la direction réelle à llewkins, à Frobashcr et à sir Francis Drake. Toutes les classes de la population rivalisaient pour le salut

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commun du pays; Londres seul fournit trente -trois vaisseaux à la flotte, i|ui mit à la voile vers la fin du mois de juin et vint à la rencontre de l'ennemi dans la Manche.

Déjà V Armada, assaillie par une violente tempête sur les côtes, avait éprouvé de grands désastres, et avant que le duc de Parme l'eut rejointe avec son armée, elle se vit en présence de la flotte anglaise; les Espagnols avaient reçu de Philippe II Tordre de ne point engager d'action décisive jusqu'à l'arrivée de Farnèse : attaqués par les Anglais, ils perdirent quelques ,)t.f vaisseaux et, dans la nuit, ils virent avec épouvante huit rAlfu6t U bâtiments en flammes venir à eux. Ils coupèrent promptement leurs câbles pour éviter le feu : leurs navires se heurtèrent les uns contre les autres avec une épouvantable confusion, et, bientôt après, il s'éleva un vent violent du sud-ouest qui repoussa la flotte ennemie vers le continent, et les Anglais virent avec joie, au point du jour, l'invincible Armada dispersée sur la côte, d'Ostende à Calais. La canonnade s'engagea des deux parts, mais le vent était toujours contraire aux Espagnols, qui perdirent de nombreux bâtiments sur les sables des bouches de l'Escaut : leur flotte, réduite de moitié, tenta de se frayer une voie de retour par le nord de .l'Ecosse et de l'Irlande; leurs seuls ennemis, dans ces dangereux parages, furent les orages et les vents ; les côtes furent semées des débris de leurs navires, et, le \" septembre, l'amiral de Medina-Cœli ramena les restes de sa flotte dans le port de Saint-André; il avait perdu trente vaisseaux de premier rang, une centaine environ de bâtiments inférieurs et dix mille hommes, il. 31'

En apprenant cet ininiense désastre, Philippe II mon Ira une remarquable constance : il demanda des prières aux archevêques et évéques de ses états, et dit : « .!»• ronds grâces à Dieu de m 'avoir donné le moyen de supporter sans embarras une semblable perte et d'ctn' en état de remettre en mer une flotte aussi grande : l'eau qui coule peut se perdre, si la source n'en est pas tarie ». »

C'est ainsi qu'il vit avorter les vastes desseins qu'il avait conçus durant dix-huit années, et auxquels il ne renonça point, mais que l'état des affaires en France ne lui permit pas de reprendre et d'accomplir. L'assassinat de Henri III, en transmettant à Henri de Navarre les droits au trône, séparait, pour la première fois, dans ce royaume le catholicisme et la royauté. Philips II devint l'âme de la ligue formée par les chefs de la maison de Guise, et il employa en France, contre Henri IV et son parti, les forces jusque-là destinées à combattre Elisabeth et le protestantisme en Angleterre, situation Aucun prince ne se trouva dans une situation plus

de

la France difficile que le nouveau roi de France après la mort de

u mon Henri de Valois : il avait contre lui la ligue, les ana-

de... thèmes du pape, l'armée de Philipjve U et la moitié de

Henri III.

la sienne. Huit cents gentilshommes catholiques et neuf

régiments quittèrent son camp : un petit nombre d'amis dévoués et quelques compagnies de cavalerie faisaient avec les Suisses le fond permanent de ses forces, et il manquait de ressources pour les entretenir sous ses drapeaux. Dans cette extrémité il eut recours à la reine

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