‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés (volume 2)Chapitre 161 sur 171 · II · texte numérisé non relu

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sères du cœur humain sont beaucoup plus apparentes dans Elisabeth eu qui l'on voit une dissimulation poussée jusqu'à l'hypocrisie, une vanité voisine de l'insanité, une rigueur dans la persécution religieuse sans même l'excuse de la superstition et du fanatisme, un abîme de petitesses à côté des traits de la plus souveraine grandeur. Il y eut en Louis XIV, considéré tout ensemble en m double qualité d'homme et de roi, plus d'équilibre et d'unité : on trouve dans son caractère et dans sa conduite une harmonie plus soutenue et une dignité sans mélange. Il commit cependant plus de fautes qu'Elisabeth a qui la fortune demeura fidèle jusqu'à la lin : c'est qu'Elisabeth fut. sur le trône, dans une situation très-différente de celle des rois du continent; elle se sentit, malgré tout son orgueil, sous le joug de nécessités auxquelles il lui fut impossible de se soustraire : elle n'avait ni armée permanente pour forcer l'obéissance, ni aucun moyen d'en avoir une : elle régnait sur un peuple qui, dans les jours les plus sombres, souffrit tout de ses tyrans hormis une seule chose, savoir : l'imposition de taxes permanentes et arbitraires sans autres limites que celles de leur bon plaisir; et pour vaincre la résistance sur ce point, elle n'aurait pu, à défaut d'armée, opposer une classe de ses sujets à une autre : la fusion entre elles était complète, il n'y avait qu'une voix dans toute l'Angleterre pour constater que le privilège de tout citoyen anglais était de n'être imposé que de l'aveu du parlement. De là pour Elisabeth l'obligation d'être prudente, de compter avec son peuple, de conquérir l'affection de ses sujets et d'être ménagère de leur saut: et de leurs biens. Son autorité eut ainsi des bornes s;ilu

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laites que sa raison reconnut et qui manquèrent à Charles Quint, à Philippe II, à Louis XIV, et tandis que celui-ci brisait dans les corps constitués comme dans les institutions tout ce qui lui faisait obstacle, tout ce qui paraissait conserver quelque force indépendante de la sienne, Elisabeth contenait tout sans rien renverser, et comprimait sans détruire. Elle se souvint que le parlement avait proclamé son droit au trône; elle le ménagea en le ployant à ses desseins, et ce fut eu affectant un respect profond pour des institutions traditionnelles et popu laires qu'elle les transforma en instruments de despotisme. Elle atteignit ainsi sans naufrage au terme de sou long règne, laissant le peuple, à sa mort, beaucoup plus nombreux, plus puissant et plus riche qu'à son avènement, et une mémoire qui n'a point cessé d'être en vénération dans toutes les classes de la nation an glaise.

Mais elle laissait aussi, pour ses successeurs, une situation pleine de périls qui ne lardèrent pas à se manifester. L'Angleterre, menacée par une foule d'ennemis, avait accepté la concentration des pouvoirs dans sa main, lorsqu'une grande force avait été nécessaire pour défendre sa couronne tout a la fois contre le l>ape, contre l'Espagne et la Ligue, contre les conspirations et les poignards. Mais il y avait au fond opposition sérieuse, anomalie profonde entre le souvenir que le pays gardait de ses privilèges et l'idée exagérée que s'étaient faite les Tudors des prérogatives du trône. Le régime absolu établi par eux était sans racine dans la nation, et cependant les anciennes institutions périssaient, elles avaient perdu leur force avec leur carac-

1ère : il fallait, pour ranimer tous ces rameaux devenus stériles, tous ces membres desséchés de la constitution anglaise, (|u'un souffle puissant passât sur eux : il fallait |K)ur cela qu'à la protestation des intérêts politiques et civils se joignît l'invincible réaction de l'intérêt religieux, la protestation des consciences. Ce fut l'œuvre des dissidents puritains, qui exagérèrent sans doute les principes auxquels ils obéissaient; mais en qui se montra la force des libérateurs d'Israël. Un conflit prochain était à prévoir : il devint inévitable quand le zèle religieux eut grandi dans la nation, et lorsqu'on face de ces hommes qui ne ployaient pas le genou pour s'abreuver aux sources terrestres l, se rencontrèrent tout ensemble sur le trône, dans une famille de princes, des prétentions sans bornes et une incapacité singulière , l'orgueil des Césars et la fatalité des Pélopides.

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