Il descend >i| de Henri III dans les deux lignes
Henri III.
Edmond, comte de Lancastre.
Edouard !«', roi.
Edouard II, rot.
Henri, comto de Uncastre.
Edouard III, roi.
Henri, duc de Lincaslre.
Jean de Gand, duc de Lancastre.
Philippa, reine de Portugal.
Elisabeth, duchesse d'Eteter.
Henri IV.
Blanche, duchesse de Lancastre.
fi8 LIVRE III. CHAI'ITKE II.
Richard, détenu au château de Pontefract, devint un objet d'appréhension pour son vainqueur, et survécut peu à sa déchéance. Son règne agité nous offre un des plus frappants exemples des maux qu'engendrent les minorités des rois dans une société mal assise. Ce prince, doué par la nature d'intelligence et de courage, aurait eu peut-être un règne prospère et glorieux, s'il fût monté sur le troue mûri par l'âge et par l'expérience : mais roi presque au sortir du berceau, entouré, dès son enfance, d'oncles avides et ambitieux, uniquement occupés de se grandir à ses dépens, il devint, sous l'empire des circonstances, ombrageux, dissimulé, vindicatif; il apprit de ses proches à s'élever au-dessus des lois, à braver la justice; il employa, pour s'affranchir d'eux et pour s'en venger, la violence à laquelle ils avaient eu recours contre lui-même, et lancé sur cette pente, il ne s'arrêta plus jusqu'à l'abîme.
Cette époque fut pour l'Europe presque entière un âge de ténèbres et de crimes. En Angleterre, tous les ordres de la nation s'entrechoquaient confusément, invoquant le droit au moment même où ils le foulaient aux pieds : les parlements n'avaient encore aucune force réelle, empruntée par eux à la légalité; ils n'étaient souvent que des instruments presque passifs dans la main des rois ou des princes de leur sang, qui leur disputaient le pouvoir. La morale, bannie de la société civile ou politique, l'était aussi trop souvent de la société religieuse, et les pouvoirs qui avaient été déférés au chef de l'Eglise, pour le bien spirituel de l'humanité, étaient détournés de leur objet et employés par lui à l'accroissement de sa propre fortune temporelle. De
IW m vit it II. f>9
nombreux sujets de plaintes s'élevaient de toutes parts Abu* et dans les divers ordres de la nation, contre L'ambition jJjJÏU et la cupidité de la cour pontificale maintenant divisée. «omaine- Le pape, disait-on, avait usurpé la collation de presque tous les bénéfices contre les droits du souverain, des chapitres et des patrons. Chaque jour, et malgré les défenses les plus formelles des rois , il mettait en œuvre quelque nouveau moyen pour se rendre maître de toutes les collations dans le royaume, tantôt en transférant arbitrairement sur un autre siège ou dans un autre lieu le possesseur d'un siège épiscopal ou d'un bénéfice, tantôt en conférant les évèchés et les autres bénéfices avant qu'ils ne fussent vacants par la voie de provisiotis qu'il accordait par avance, et ceux qui se trouvaient ainsi pourvus avant le temps et qu'on nommait proviseurs, étaient la plupart des Italiens, parents, amis ou créatures du pontife ou des cardinaux. Lt-s Anglais se plaignaient amèrement que des étrangers fussent ainsi mis en possession de biens et de dignités qui auraient dû n'appartenir qu'à des nationaux; ils supportaient avec impatience que le pape s'emparât des premiers fruits de tous les bénéfices; que, sous prétexte d'une croisade ou sous le nom de dons volontaires, il levât des taxes fréquentes qui épuisaient d'argent le royaume , et qu'en annulant tous les appels portés à la cour de Rome , il obligeât les particuliers, dans une multitude de cas, à des frais ruineux et inutiles. Deux statuts importants avaient été rendus sous Edouard III, pour combattre de semblables abus : le premier interdisait les provisiotis sous des peines 8l',ul sévères; le second, qui fut appelé pr^minire, ordonnait
que si quelque sujet du roi portait dans une cour étrangère des causes dont la connaissance appartînt aux juges royaux, il serait puni par l'emprisonnement et la confiscation. Ces deux statuts furent renouvelés sous le règne de Richard ; mais ils n'apportèrent à un mal si invétéré qu'un remède temporaire et insuffisant. A tous ces abus, se joignait le fléau du grand schisme dont l'Église était encore déchirée. Telles furent les principales causes qui aidèrent aux progrès naissants d'une réformation religieuse, dont Wycleff jeta les premières semences en Angleterre.
Prédication» Cet hérésiarque célèbre était entré dans les ordres wydefr sous Edouard qui lui donna une prébende dans
s* doctrine, l'église collégiale d'Aust et la cure de Lutterworth. A la mort de ce prince, et durant la minorité de Richard H, Wycleff, protégé par le puissant duc de Lancastre, combattit les exactions de la cour romaine qui, par ses taxes sur les biens d'Église, ses réserves et ses collations de bénéfices, retirait de l'Angleterre des sommes énormes. Il s'éleva aussi avec force contre le luxe et les biens d'une partie du clergé et, sans se séparer effectivement de l'Eglise romaine, il prêcha un culte fondé sur le développement intérieur et moral, plus que sur des pratiques toutes cérémonielles. Sa doctrine avait de grands rapports avec celle de l'Eglise fondée par les pauvres de Lyon et les Vaudois dans quelques obscures vallées des Alpes et aussi avec celle que prêcha , deux siècles plus tard , Martin Luther. Comme lui, Wycleff niait la présence réelle dans le sacrement de l'Eucharistie et faisait appel à l'Evangile contre l'autorité traditionnelle de l'Eglise: sa doctrine
enfin était subversive de la puissance ecclésiastique, puisqu'il subordonnait l'autorité des membres du clergé, même pour l'administration des sacrements, à la sainteté de leur vie, à la pureté de leurs mœurs. Il considérait les richesses dans l'Eglise comme la source de toute corruption, il voulait qu'elle se dépouillât de ses biens immenses, et il demandait que la collation des bénéfices teui|>orels fût transférée des évèques aux laïcs. 11 prêchait surtout d'exemple, vivant lui-même dans une pauvreté volontaire, d'une vie simple et ascétique. Il envoyait ses disciples de ville en ville, de comté en comté, sous le nom de pauvres prêtres et sous un costume d'une extrême simplicité, prêchant l'Evangile dans les églises, dans les cimetières, au milieu des marchés et des foires, bravant les défenses des évêques et entraînant la foule. Wycleff fut traduit deux fois au tribunal de ses supérieurs ecclésiastiques et deux fois , grâce à l'appui de Lancaslre, il échappa impuni ; mais son protecteur s'effraya entln de la témérité de ses opinions et lui retira en partie son appui. La doctrine de Wycleff fut condamnée à Oxford tt il fut expulsé lui-même de l'université. Il vécut encore une année, et la maladie qui l'emporta, dans la soixantième année de son âge , déroba son corps aux souffrances du supplice, mais non à Véchafaud
Wycleff composa de nombreux ouvrages théologiques et fit une traduction de la Bible en langue anglaise.
I. Le concile de Constance, qui termina le grand schisme d'Occident par l'élection du pape Martin V, condamna la doctrine de Wycleff et ordonna que *s restes fussent déterrés et litres aui flammes. Cette sentence fut csoculéc eu 4np,letcrre plus de trente ans après la mort du ri formateur.
Ses écrits, transportés en Bohême et avidement lus, y portèrent les germes de la sanglante guerre des Hussites; ses disciples, nommés Lollards, s'y multiplièrent rapidement en Angleterre, où ils eurent, durant plus d'un siècle, de cruelles persécutions à subir. Ses écrits circulèrent malgré les prohibitions les plus rigoureuses, et sa doctrine, sourdement répandue dans les classes intelligentes et laborieuses de la nation, jeta les premières semences de la réformation du xvf siècle : * Mais au xiv, dit un célèbre historien protestant, qui a rendu un éclatant hommage aux bienfaits du catholicisme durant le moyen âge, le triomphe prématuré des disciples de Wycleff eût été, très-probablement, malgré la pureté de leur vie, très-funeste à la religion et aux mœurs. Il était inutile de présenter aux hommes l'Écriture sainte comme l'unique règle de leur vie, à une époque où un si petit nombre était en état de la lire. Les masses ignorantes qui, avant l'invention de l'imprimerie, auraient secoué le joug du saint-siége, eussent été bientôt forcées d'en accepter aveuglément un autre. On peut juger par la facilité avec laquelle on vit , même au xvr siècle, des populations entières, attachées aux pas de quelques sectaires fanatiques, d'un Matthias et d'un Jean de Leyde, de ce qui fut advenu, deux siècles plus tôt, à une époque relativement fort obscure, et le christianisme, jeté prématurément dans une voie nouvelle, aurait aisément pu dégénérer en une superstition licencieuse et sanguinaire »
I. MacâuUy, Hnlory of England fran tkeaccet$ion nf James II, c. I.
IIE.XRl IV. 7.1