‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés (volume 2)Chapitre 23 sur 171 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

AVÈNEMENT DE LA MAISON DE LANCASTRE. — BÈGNE DE UBNRI IV Er DE HENRI V. — SUITE DB LA GLBRRK DE CENT ANS. — CONQUETE DB LA FRANCE.

Hègnc Ue Henri IV, dit Itoliiiçbroke. .

Tous les maux qu'entraîne avec elle l'usurpation du Difficulté sceptre 1 se montrèrent dès le début du nouveau règne : no„vc«u tentatives du parti vaincu et légitime renouvelées sans rè6"c cesse, éternelles comme le droit; avidité insatiable dans les complices de l'usurpation; crainte anticipée de la défection suggérée par le souvenir même des services rendus dans une mauvaise cause; obligation de satis-

\ . Shakespeare les a décrits co termes énergiques dans la tragédie de //ft»r» I V :

Heaven knows my son

By what by-patbs, and indirect crook'd ways 1 met ibis crovru ; and I myself know well, Hnw Iroublessome il sal upon my bead, elc, rte.

il seenvd in me

But as an houour snalchM wilh boisterous band ;

And I bad many livingto upbraid

My gain of il by ihcir assistances, etc., elc.

faire, avec des ressources limitées, des prétentions sans bornes, de donner sans mesure ou de frapper sans relâche; nécessité, enfin, d'étouffer à tout prix le foyer de sédition qu'on alluma soi-même, de détourner le péril des discordes civiles par la guerre extérieure, d'échapper à une calamité en en créant une autre; telles furent les difficultés immenses du règne de Henri IV, premier prince de la maison de Lancastrc qui ait porté la couronne dont l'héritier, selon l'ordre de primogéniture, était Edouard Mortimer, comte de March, alors âgé de dix ans, et descendant, par les femmes, de Lionel, duc de Clarence, second fils d'Edouard III Henri IV eut ainsi à lutter pendant neuf années, «t presque sans trêve, contre les complots, les rébellions ouvertes et les attaques de l'étranger : mais son génie grandissait par les obstacles; non-seulement il surmonta tous ses ennemis et garda sa couronne, il la transmit intacte à sa postérité.

Accord du ro. Le roi et son nouveau parlement se donnèrent des ptriemeni. 8ages d'un aPPui dont ils avaient réciproquement besoin. La nécessité força ainsi Henri IV, et après lui les successeurs de sa race, à étayer leur pouvoir sur l'autorité parlementaire qu'ils essayèrent d'opposer aux principes de la succession héréditaire en ligne directe.

4 . Ce jeune prince ne revendiqua jamais son lilre à la couronne el demeura fidèle aux princes de la maison de Lancastre ; il mourut sans postérité : à sa mort, ses droits pasièrent à sa sœur Anne Mortimer, femme de Richard d'Yobk, duc de Cambridge, descendant d'Edouard Langley, duc d'York, quatrième fils d'Edouard III. Il importe d'arrêter dès a présent les yeux sur celle courte généalogie de la maison rivale de celle de Lancastre, aGn de comprendre plus tard l'origine de la sanglante querelle si fameuse dans l'histoire sous le nom de gufrrb DES DBUX ROSES, ou des deux maisons de Lancastre el d'York.

Ht Mil IV. 7.*»

Le |>arlement révoqua tout ce qui avait été fait dans Ado* l'assemblée terme à Shrewsbury en 1397 et 1398 pour ""Pjj'J"11 étendre la prérogative royale au delà des bornes ordi- i*^*»*»»naires; il annula les procédures illégales contre le duc de Glocester et tes comtes de Wanvick et d'Arundel : les cinq lords appelants contre eux furent punis par la confiscation de leurs biens et de leurs bonneurs, et leurs partisans ayant allégué que Richard avait usé de contrainte à leur égard, le parlement en prit occasion de faire un acte par lequel il déclarait qu'à l'avenir la contrainte ne serait pas une excuse légitime pour justifier des actions contraires aux lois. Ce parlement rendit quelques autres statuts dont l'utilité fut généralement reconnue : il défendit aux barons de faire porter à leurs vassaux des livrées distinctes qui, multipliant dans le pays les signes de ralliement pour les familles ennemies, était un danger permanent pour la paix publique; il annula les concessions, fréquentes sous le dernier règne, des terres sur lesquelles la couronne n'avait aucun droit; il limita de nouveau pour l'avenir les cas de haute trahison à ceux qui avaient été établis l»ar Edouard III, et abolit les appels des particuliers au parlement assemblé, arme meurtrière dont ils faisaient usage tour à tour dans chaque parti , pour obtenir des sentences de mort contre leurs adversaires; le parlement, enfin, favorisa le commerce extérieur et rendit un statut favorable aux étrangers qui approvisionnaient le royaume

I. Ce statut existait auparavant, nuis les marchand» de poissons de Londres, pour maintenir leur monopole, en avaient oblenu la révocation.

En mettant de justes bornes aux prérogatives <le la couronne, le parlement fit, d'autre part, tout ce qui était en son pouvoir pour donner satisfaction au monarque et pour affermir le sceptre dans sa famille : il couvrit d'une amnistie générale tous ceux qui, dans les derniers troubles, avaient pris les armes pour la maison de Lancastre; il reconnut pour prince de Galles Henri de Monmoutli, fils aîné du roi, et enfin, pour affermir la couronne du monarque contre de légitimes terreurs, il fut décrété par les lords spirituels et temporels que Richard, voué à un emprisonnement perpétuel, serait mis au secret le plus absolu, sous bonne garde, dans une place peu fréquentée conspiration. De toutes parts ses partisans s'agitaient et conspiinnée* raient, et le premier complot contre la vie du roi fut

(Hoo) tramo l)ar les lon,s apPelants qui avaient poursuivi Gloccster, Arundcl et Warwick devant le parlement tenu à Shrewsbury, et qui avaient perdu les nouveaux honneurs dont Richard les avait comblés. Les chefs du complot étaient les deux frères utérins du dernier roi, les comtes de Kent et de Huntington, et son cousin-germain le comte de Rutland, fils aîné de ce môme duc d'York, qui, régent sous Richard, s'était joint à ses ennemis. Les conjurés invitèrent Henri IV à une fête militaire à Oxford; c'est là qu'ils devaient le frapper. Le duc

■I. Both. du parUm.y III, 426. — Les communes ne participèrent point a cet décisions considérées comme judiciaires, mais en même temps, dit sir James Mac-Inlosh, on a la preuTe incontestable que le roi et les lords reconnaissaient aui communes le droit de concourir au vote des taxes, à la confection des lois et de donner des conseil* a la couronne. 'Mac-Intosh, Hi$t. d'Anglct., rogne de Henri IV.)

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d'York pénétra le complot et le dévoila : Hutland, son fils, se croyant découvert, courut à Windsor acheter son pardon par un aveu. Ses complices, trahis, précipitèrent le mouvement insurrectionnel ; ils prirent les armes, proclamèrent Richard II qu'on croyait caché en Kcosse, et, ayant réuni des forces considérables, ils tentèrent d'enlever le roi à Windsor. Henri échappa aux rebelles, rassembla vingt mille hommes, et marcha droit à l'ennemi. Les conjurés se replièrent vers l'ouest et campèrent sous les murs de Cirenccster, tandis que leurs chefs s'étaient logés dans la ville. Le maire, durant la nuit, souleva contre ceux-ci les habitants; deux d'entre eux, les comtes de Surrey et de Salisbury, furent pris et sur-le-champ décapités. A ce bruit une terreur panique s'empara de l'armée rebelle qui prit la fuite et se dispersa. Beaucoup de conjurés de marque furent arrêtés et |>ortèrent leurs tètes sur l'échafaud, et, pour ôter tout prétexte dans l'avenir à de semblables tentatives, la mort de Richard fut secrètement résolue

Nul ne savait s'il était mort ou vivant, et le plus profond mystère enveloppait sa retraite lorsqu'un jour on vit un cortège funéraire sortir des murs de Ponte-

4. Si fut d'il au roi : • Sire, Uni que Richard de Bourdeaui vil, vous ni lu pays ne serez en sûr état. • Le roi répondit : « Je crois que vous dites vérité, mais tant qu'à moi, je ne le ferai mourir et lui tiendrai son covcnanl (promesse) tant que apparent me sera qu'il m'aura fait trahison. • Ses chevaliers répondirent : • Il vous vaudrait mieux être mort que vif, car tant que les Français le sauront en vie, ils s'efforceront toujours de vous guerroyer, el auront espoir de le retourner encore en son état à cause qu'il a la fille du roi de France. ■ Le roi d'Angleterre ne répondit point a ces propos el se départit de la, el les laissa en la chambre parler ensemble : il alla a ses fauconniers, mit un faucon sur son poing el s'oublia à lo paître. (Froissard, Chroniques^ c. LXXX!.),

LIVRK III. CBAPITHE III

Mort fract : c'était le corps du dernier roi porté en grande Richard h. pompe à Londres, dans la cathédrale de Saint -Paul, (uoo) durant deux jours, il fut exposé, le visage découvert, aux regards du peuple. On ne sut jamais avec certitude de quelle manière il avait succombé : le bruit se répandit qu'il avait péri dans sa prison sous les coups d'un chevalier du roi, Pierre d'Exton, et de huit assassins, après en avoir abattu trois à ses pieds : une autre version, et peut-être la plus probable, est qu'il mourut de faim On lui fit à Westminster de pompeuses funérailles, Henri IV y assista, et suivit le corps jusqu'à sa dernière demeure.

Richard avait été accusé par ses ennemis de manquer des vertus belliqueuses de sa race. Son successeur résolut de ne point encourir le même reproche, et sa politique d'ailleurs, tendait, comme on l'a dit, à détourner vers l'extérieur les passions turbulentes de ses sujets. Mais, de ce côté aussi, sa couronne fut plusieurs fois dans un grand péril. Il avait, en arrivant au trône, confirmé la trêve avec la France où régnait l'infortuné roi Charles VI, sous la tutelle de ses oncles, et la première guerre sérieuse qu'il eut à soutenir fut avec l'Ecosse. Le nouveau souverain de ce royaume, Robert III, n'ayant pu obtenir de lui un

4. Peu de faits autant que la mort de Richard II ont partagé les historiens. La un», tels qucFabian Hayward, le moiue de Saint-Denis et plusieurs manuscrits de la bibliothèque du roi, de l'un desquels M. Buchnn a fait un curieux extrait (Chrnn. nat. t. xw font mourir Richard de la main de sir Pierre d'Etton ; d'autres, Walsingham, le moine d'Evesbam, Gowcr, etc., attribuent va mort au chagrin et a l'abstincuce volontaire : enfin, selon Hardyng, Forlescue, Poiydorc Virgile, Stow et plusieurs autres, ses gardiens le tirent mourir de faim.

transfuge de marque, lui déclara la guerre; Henri le Gutrre prévint : son armée pénétra dans le pays, s'avança i»ecm«c. jusqu'à Edimbourg, puis revint mettre l'Angleterre (U0|) elle-même à l'abri des insurrections des Ecossais. Cette première campagne fut sans résultat, et déjà un danger plus grand menaçait Henri IV sur les frontières de l'ouest.

Les Gallois s'étaient soulevés à l'appel d'Ovven Glen- nvvoiie dover, qui se disait issu de leurs anciens princes et qui, "si'^Jî"" à la suite d'une querelle avec un de ses puissants voisins, IJ,^'"r lord Grey, furieux d'un prétendu déni de justice du roi, jura de se venger et d'affranchir son pays. Les bardes gallois reparurent, appelèrent de toutes parts les indigènes aux armes, annonçant Owen Glendover comme celui qui devait rendre aux enfants des Kymris la couronne de Bretagne ; ils le proclamèrent roi et le peuple de Galles accourut en foule sous sa bannière, Henri IV tenta en vain d'étouffer l'insurrection et conduisit en personne plusieurs armées contre les rebelles. Glendover fut vainqueur dans beaucoup de combats; ses succès furent si éclatants et si nombreux, qu'on les attribua, dans les croyances populaires, à un commerce avec les démons K Une foule d'hommes d'un rang illustre tombèrent dans ses mains et il compta parmi eux lord Grey, son ennemi personnel, et lord Edmond Mor limer, oncle du jeune comte de Mardi, prétendant à la couronne d'Angleterre et dont Henri, pour cette cause, refusa d'acquitter la rançon.

i . Waliingham, 406, 407 . — Le contemporain Hardyng, dam sa chronique tersiGée, a éléauwi l'interprète de cette opinion du vulgaire.

La guerre cependant continuait encore avec l'Ecosse, à l'avantage des Anglais, sous le commandement des deux Percy, le comte de Northumberland et son fils, le vaillant Hotspur, gardien des marches du nord et de

ivr.iic l'ouest. Une bataille décisive fut livrée à Homildon

Écos'oii entre les deux armées et gagnée, comme tant d'autres, h iio/niidon. j)ar l 'habileté supérieure des archers anglais. Douglas,

lH02) l'un des chevaliers les plus renommés de la chrétienté, commandait les Écossais et tomba aux mains d'Hotspur, pour qui cette victoire fut à la fois la plus glorieuse et la dernière. Northumberland, son père, son oncle Worcester et lui-même, étaient par leur nom, par leurs alliances, par leurs grandes charges, plus puissants que le roi dans les provinces qu'ils gouvernaient; ils nourrissaient une ambition plus haute encore que leur fortune et supportaient impatiemment d'obéir à celui qu'ils avaient couronné. Le premier symptôme de rupture éclata au sujet des prisonniers faits par eux à Homildon et que le roi réclama comme siens. Henri IV avait accru leur ressentiment en refusant d'acquitter la rançon de Mortimer, prisonnier d'Owen Glendover, proche parent des Percy et oncle du Prétendanl. Les Percy, dès

iMtolie Iors> résolurent de le renverser du trône où ils l'avaient de* Perey. élevé; ils rendirent la liberté à Douglas, sous la condi-

Ligue contre

Henri iv. tion qu'il combattrait avec eux contre Henri et une (1403) ligue redoutable se forma entre les Écossais, les Gallois et les insurgés d'Angleterre. Le vénérable Scrope, archevêque d'York, approuva l'entreprise. Us allaient, disait Hotspur, rendre la couronne à Richard II si, comme le bruit s'en répandait, ce prince vivait encore, ou à son

défaut au jeune comte de Mardi . son légitime héritier Jamais Henri IV ne s'était vu dans un si pressant péril, et il marcha en personne avec le prince de Galles, son fils, au-devant de l'ennemi. Les deux armées se rencontrèrent près de Shrewsbury. Hotspur et Douglas commandaient les confédérés et le premier, avant de combattre, publia contre le roi un sanglant manifeste où il lui reprochait d'avoir assassiné le roi Richard, puis enlevé la couronne au légitime héritier, et enfin d'avoir violé malgré ses serments, les franchises électorales et les privilèges des communes.

Hotspur avait projeté de terminer cette guerre d'un Bilai|| seul coup en frappant Henri lui-même; son dessein fut dc pénétré et plusieurs guerriers anglais prirent des armes m ,b 'rî toutes semblables à celles du roi. Douglas, lancé au plus l M03) fort de la mêlée, avait déjà abattu trois de ces guerriers, lorsque le roi véritable se présenta à ses yeux : il s'élança

4. L'inconstance populaire a été, a celle occasion, supérieurement décrile dans ces vers de Shakespeare :

The common wcaîtb il sick of their own choie* ,

Their over-greedy love bath surfeited :

An habitation giddy and un sure

Hatb be, (bat huildeih on Ihe vulgar beart.

Vi liât trust 13 in thèse limes?

They ibat when Richard lit M would bave bioo die, Are now become coamourM on bis grave : Tbou lhat tbrew?st dust upon hit goodly head, When through proud London be came sighing on After the admired beels of Rolingbroke, Cry'st now ; o eartk yitld us thaï king ogain And take thon this ! ô thoughts of me accurst ! Past, and to corne, seem best; (bings présent tvorst.

(Second part of king nenry /K,act. i, se. 3.)

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