I. IV r.aronlr, Msloirr des dur* de Dmgogne
Intrigue»
la cour
Bretagne, et donnait à Rlckemont, frère <îo ce prince, L'épée de connétable, une alliance imprudente, précipitamment contractée, entre le duc de Glocester et Jacqueline , comtesse de Hainaut et de Hollande, en frustrant le duc de Bourgogne de l'espérance de sa riche succession1, irritait ce prince et commençait à le détacher de l'Angleterre.
Aucun succès cependant n'avait encore couronné les armes de la France, et de nouveaux renforts arrivaient chaque jour aux Anglais. Bcdford, de retour sur le conii nent, avait rompu les négociations entre Charles et le duc de Bretagne, en portant le fer et la flamme jusqu'aux portes de Bennes, et en menaçant ce prince d'une destruction totale s'il renonçait à son alliance.
De déplorables querelles domestiques, des rivalités de cour, affaiblirent encore les Français. Charles, dominé par son favori, le sire de la Trémouillc, jaloux du connétable de Hichemont, écarta celui-ci de sa personne et de sa cour, et se priva volontairement de sa vaillante épèe : beaucoup d'autres, dont il ne pouvait plus récompenser les serv ices, abandonnèrent son drapeau, et presque toutes les places des bords de la Loire tombèrent successivement aux mains des Anglais. Ceux-ci résolurent enfin de franchir le fleuve; mais d'abord le comte de Salisbury, l'un des habiles généraux du siècle, mit
I . Jacqueline a*a»t ép«»u»c? en première» no>'t% le due de Drahan!, cousin germain de Philippe le Dwfl; elle divorça cl chercha un refuge Contre le» iv*wnli-
le siège devant Orléans, dernière place de guerre iin- Le» AngUii portante qui fût encore en la possession de Charles VU. olSïï Dunois, bâtard d'Orléans, commandait, et avec lui La Hire, Xaintraillos, Gaucourt, et d'autres chefs illustres s'> jetèrent Un boulet tua Salisbury dès les premiers jours du siège : le comte de Suflblk le remplaça : la ville, dont les habitants brûlèrent eux-mêmes les faubourgs et qu'ils défendirent héroïquement, fut investie sur les deux rives de la Loire au cœur de l'hiver. Les Anglais éle- \èrent à t'entour un grand nombre de bastilles ou redoutes formidables pour intercepter tous les approvisionnements et convois : les redoutes, dont la plus forte, dite des Tournelles, était sur la rive gauche du fleuve, et formait la tète du grand pont, devaient être liées entre elles au printemps par de profondes tranchées. Les opérations du siège étaient poussées avec vigueur, malgré de nombreux partis français qui tenaient la campagne, harcelaient les assiégeants, et s'efforçaient de les séparer du gros de l'armée anglaise, d'arrêter leurs aj>provisionnements et de les affamer eux-mêmes. Le 12 février de Tannée 1429, un convoi considérable, conduit par Jean Falstaff et escorté par 2,300 hommes, arrivait aux Anglais : Dunois tenta de l'enlever. Il sortit, j0,iriu*0 dans ce but, à la tète d'une partie de la garnison, ren- „ ,,e» contra les Anglais a Kouvray, où il fut rejoint par le comte de Clcrmont, qui amenait de Blois quelques milliers d'hommes au secours d'Orléans, et par une forte trou|>e d'Ecossais sous leur capitaine Jean Stuart. Les An^ais cependant, fort inférieurs en nombre, s'étaient mis à cou\crt de l'artillerie derrière un triple rempart de leurs chamois, chargés, pour la plus grande partie, de ii. 8
tonnes de harengs salés, que les boulets défoncèrent, et profitant d'une imprudente manœuvre des Ecossais, qui mit le désordre parmi les Français, leurs alliés, ils sortirent de leurs retranchements et furent victorieux. Cette journée, connue sous le nom de Journée des Harengs, parut porter le dernier coup à la fortune de Charles VII; il n'avait plus d'armée. Orléans, où la famine se faisait déjà sentir, et dont les ouvrages extérieurs étaient emportés par l'ennemi, semblait prêt à tomber dans ses mains. Le roi lui-même désespérait de sa cause, et parlait de se retirer, avec les débris de ses troupes, en Languedoc ou dans les montagnes du Dauphiné, lorsqu'il lui vint tout à coup une assistance extraordinaire qui amena, dans les affaires du royaume, la révolution la plus complète et la plus imprévue.
Jcuiicmo Ce secours lui vint d'une humble fille des champs, a *oj»,,on d'une vierge nommée Jeanne d'Arc dont le caractère Jcanned'Arc. n'est pas moins étonnant que la destinée, et qui affirma jusqu'à la mort avoir reçu du Ciel une mission spéciale pour sauver la France *. Elle habitait le village de Donrémy en Champagne où elle était née ; ses parents, pauvres cultivateurs, n'avaient pu lui donner qu'une éducation rustique : elle n'avait appris ni à lire ni à écrire, elle ne savait que ses prières; sa foi était ardente , el sa dévotion profonde et attendrissante. Ceux qui l'ont connue dans son enfance et dans sa jeunesse s'accordent à dire qu elle était modeste, douce, vigilante, soumise à
4. La mission de Jeanne d'Arc lient par set résultats une place ai considérable ilaus l'bisloire de la rivalité de la France et de l'Angleterre au XV" siècle, que j'ai cru pouvoir, en l'exposant avec quelque étendue, sorlir de» limites d'un ouvrage dont le ladre comporte peu de détails.
ses parents, prompte à assister les malades et les pauvres. Le curé de son village attesta qu'il n'existait à sa connaissance dans les environs aucune fille qui fût supérieure à celle-ci par le caractère, la conduite et la piété. En avançant en âge, Jeanne se tint plus habituellement à l'écart, quittant ses compagnes et les danses du village , soit pour s'agenouiller dans l'église dont elle suivait régulièrement tous les offices, soit pour visiter les sanctuaires du voisinage : souvent aussi elle allait s'asseoir à l'ombre d'un hêtre antique traditionnellement nommé l'arbre des fées, et qu'on disait hanté par des êtres invisibles. Cet arbre, au mois de mai, était un but de pèlerinage pour la jeunesse des environs; Jeanne allait avec ses compagnes suspendre des guirlandes et des couronnes de fleurs à son arbre favori, elle en décorait l'image de la vierge Marie, et y chantait de pieux cantiques. La population des campagnes voisines était divisée entre les partis d'Armagnac et de Bourgogne comme toute la France; le village de Don rem y était français de cœur, et Jeanne entre tous se distinguait par son enthousiasme pour la France cl son roi.
Elle avait treize ans lorsqu'un soir d'été, dans le jardin de son père, elle entendit une voix vers sa droite et tout aussitôt du même côté, elle vit une clarté brillante : « Je compris, dit-elle, que c'était la voix d'un ange, de celui qui m'a toujours gardée; je l'ai depuis souvent entendu à la même heure, il m'exhortait à me conduire honnêtement, à fréquenter l'église, et me disait qu'il serait nécessaire que j'allasse en France ». »
1. On appelait fini alors **n Champagne et en Uourrjnjjne le territoire de l'Ile de-France et des pa\s encore soumis a C.harle».
Il fi LIVRE III. CHAPITRE IV.
La \oix se faisait entendre à elle trois on quatre fois chaque semaine, bientôt elle en entendit plusieurs : elle vit souvent deux femmes , le front ceint d'un riche diadème, en compagnie d'un ange; c'étaient, disait-elle, sainte Catherine et sainte Marguerite, qui, avec saint Michel l'archange, venaient la visiter, l'exhorter, l'entretenir dans la pensée d'aller en France au secours du jeune roi Charles VII. Je les ai vus, dit-elle, avec mes yeux, leur présence me remplissait de joie; quand ils me quittaient , je pleurais , je désirais avec ardeur qu'ils m'emportassent avec eux, et je baisais le sol où ils avaient reposé ». Les voix ne se firent entendre, dit-elle, qu'après que les Anglais furent entrés dans la province de Charles, qu'elle appelait la France. C'était une tradition dans son pays que d'un bois appelé bois chenu , qu'on apercevait de la chaumière de son père, il sortirait un jour une vierge qui accomplirait des choses extraordinaires 2. Elle n'y ajoutait aucune foi, dit-elle, et cependant son oncle déclara lui avoir entendu affirmer que le royaume de France, après avoir été détruit par une femme -\ serait rétabli par une vierge. Un contemjiorain a raconté qu'elle était quelquefois saisie comme d'un transport guerrier, prenant plaisir à joûter à la course avec ses compagnes armées de longues gaules, en guise de lances dont elle dirigeait la pointe sur les arbres du
v. Iiilcrru|;aloirc5 du £7 février cl du 12 mars I S30.
2. Celle tradition s'accordait avec une ancienne |>ioJielion attribuée a Merlin, cl qui disait que le salut de la France viendrait d'un bois chenu (e nemore ctiHUla) des froutiéres de Lorraine. — Imposition» de Pierre Niger et du cmle de Dumiis. — Cedcruicr dit qu'elle était contenue en qualre ver».
:». ha beau de Ravière.
chemin avec une adresse et une force merveilleuses, courant sur les chevaux qu'elle menait paître et les manœuvrant comme eût fait un habile cavalier. C'est ainsi qu'elle croissait, se préparant dans l'obscurité pour ses grandes destinées, cachée au monde, qu'elle allait bientôt étonner. Jamais la France ne parut avoir autant besoin de l'assistance du Ciel qu'à cette époque, où les plus forts et les plus sages semblaient également impuissants pour la défendre et pour la sauver
Lorsque le temps fut venu pour elle d'accomplir la mission qu'elle n'avait osé révéler à son père 2, son oncle, Durand Laxard, qui habitait le village voisin, cédant à ses instances, la conduisit à Vaucoulcurs au mois de mai de l'année 1428, chez le sire de Beaudricourt, gouverneur de cette ville pour le roi. Rebutée d'abord par lui comme une fille hors de sens, elle vécut quelque temps encore dans la retraite et l'obscurité; diverses circonstances néanmoins tirent impression sur Beaudricourt : le bruit d'anciennes prédictions «fui attribuaient la déli- \ rance du royaume à une tille des marches de Lorraine commençait à se répandre; Beaudricourt vint lui-même la v isiter et l'interroger, et l'année suivante, durant le carême, pressée de nouveau |>ar la voix intérieure d'ac-
1. Le roi et le» sujets de son obéissance n'avaient plus nul espoir, ri |uu» s'attendaient prendre la fuite (a). Tout était desespéré , et l'on ne se flattait de recevoir aucun secours, h moins qu'il ne fût envoyé de Dieu (6).
2. 1/ honneur était héréditaire dans cette famille : le père de Jeanne d'Arc •vaut révé que sa fille s'en irait avec de» g-ns d'armes au pays de France, avait dit qu'il U noierait plutôt de sa main.
:«J brp'uilion du frère Séyuio, io\vn de la Faculté d« Ui.-vlojie de l'uiticr», 4U pria»» de I») n*po»ili<>« d«- «litre Jean DmIikt, notai do r»i.
complir son œuvre, elle retourna à Vaucouleurs où, par ses instances, par celles de deux gentilshommes qui avaient foi en elle, et par la conviction profonde qui respirait dans son langage, elle obtint enfin de ce seigneur qu'il l'envoyât vers le roi sous l'escorte de ces gentilshommes et de son frère Pierre d'Arc et de quelques serviteurs Beaudricourt lui donna une épée, et ayant obtenu, par cotisation, un cheval et des vêtements d'homme indispensables dans un si long voyage à travers un pa> s occupé par l'ennemi, elle se mit en chemin et, après onze jours de marche, elle gagna Chinon, où Charles VII tenait sa cour. Elle avait alors dix-huit ans. Elle nous est représentée par des contemporains à cette époque de sa vie comme étant d'une taille moyenne, svelte et de proportion parfaite; ses cheveux noirs2 flottaient jusqu'à ses épaules sur son cou d'une beauté remarquable; son air et sa physionomie plaisaient aux yeux; sa voix était douce et d'une expression insinuante : elle parlait avec aisance et modestie, chevauchant et portant sa lance comme un chevalier accompli.
Armcc A son arrivée, elle demanda de nouveau à être intro-
Jeanne d'Arc duite ou éWt Ie r°i e* à parler à sa personne : elle déclara h ,a<igOUr (lue Ie roi des cieux l'avait envoyée pour accomplir deux
cbtrlc* VII, choses, pour faire lever le siège d'Orléans et conduire le é c mou. ^. ^ Keilllg j)0ur y èlre gacr^< Charles Vil la fit interroger par des personnages éminents en dignité et dont le rapport lui fut favorable : on rappela plusieurs proohéties relatives à une jeune fille appelée à sauver la
4, Il y avail aussi avec cm un arrhrr cl un liomnic que l'on «fil avoir ele un messager du roi.
2 Philippe de Berçante, De clam muticrtUu»
France et qui semblaient se rapporter à J eau ne d'Arc; tout en elle, d'ailleurs, annonçait une fille pieuse et sage. Un événement extraordinaire , une mort subite prédite l»ar elle à un bomme qui l'avait insultée et qui se noya presque aussitôt, fit incliner en sa faveur même les incrédules L'état des affaires enfin était si désespéré qu'aucune assistance, même la plus faible, ne paraissai t méprisable. Toutes ces considérations réunies déterminèrent le roi à voir cette jeune tille qui avait fait miraculeusement, disait -on, cent cinquante lieues en pays ennemi pour le servir, et il ordonna qu'elle fût introduite en sa présence.
C'était le soir, à une heure déjà avancée; cinquante torches éclairaient l'appartement i là se tenaient une fouie de chevaliers de toute naissance et plusieurs seigneurs splendidement vêtus, plus richement que n'était le roi. Un témoin oculaire, le seigneur de Gaucourt, dit qu'elle se présenta humblement et simplement comme une pauvre petite hergerette; cependant, guidée par ses voix, elle distingua sur-le-champ le roi au milieu de la foule, et, allant droit à lui, le salua profondément en s'agenouillant selon l'usage. « Ce n'est pas moi qui suis le roi, dit Charles, essayant encore de dissimuler, et, montrant à Jeanne un seigneur de sa cour, il ajouta : Voici le roi. — Gentil prince, répliqua Jeanne, c'est vous et non autre : » Charles alors cessant de feindre : « Je viens, lui dit-elle, noble dauphin, et suis envoyée de la part de Dieu pour prêter secours à vous et au royaume, et le roi des cieux vous mande par moi que vous serez sacré