‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés (volume 2)Chapitre 35 sur 171 · Déposition du frère l'aquere · texte numérisé non relu

Déposition du frère l'aquere

royaume, depuis les ministres et les maréchaux .jusqu'au monarque. Elle n'hésitait |vas dans l'occasion à s'exprimer avec toute l'autorité que donne la conviction d'une haute mission à remplir. Elle brûlait de rendre témoignage par ses actes à celui dont elle se disait l'envoyée; à l'annonce de chaque danger nouveau, son front rayonnait de joie comme d'une occasion nouvelle de faire éclater la force du Dieu qui l'avait armée : aussi dédaignait-elle les lenteurs et beaucoup de précautions jugées nécessaires d'après les conseils de l'humaine sagesse aux yeux des chefs; et l'événement prouva presque ' constamment, lorsque leur avis prévalut, qu'ils eussent mieux fait de se ranger au sien. Déjà abusée une première fois par les généraux qui avaient voulu conduire l'armée à Orléans par la rive gauche de la Loire, elle craignait sans cesse qu'en lui cachant leurs résolutions pour en prendre de contraires aux siennes, ils ne laissassent échapper la victoire. Ayant su par Dunois que Jean Falstaff était en marche pour ravitailler Orléans, elle lui dit ces paroles remarquables par la hardiesse, lors môme qu'il ne faudrait pas les juger trop sérieuses: « Bastard, bastard, s'écria-trelle, au nom de Dieu, je te commande que tantost que tu sauras la venue dudit Falstaff tu me le fasses savoir; car, s'il passe sans que je le sache , je te promets que je te ferai ôter la tête. 1 » Son inquiétude était légitime et avait plusieurs causes : la faveur universelle qui l'entourait, l'admiration enthousiaste dont elle était l'objet faisaient des jaloux : plus d'un chef illustre parmi les Français répugnait à parta-

i. Déposition de J. J'Aulon.

i£K LIVRE 111. CHAPITRE IV.

ger avec une femme , avec une obscure villageoise l'honneur de la victoire , et bien plus encore, de se le voir enlever par elle. Elle en eut la preuve dès le premier jour de son arrivée à Orléans : une attaque nocturne fut résohic et les généraux ne lui en donnèrent point avis. Son instinct ou ses voix l'avertirent : au milieu de la nuit elle s'éveilla jetant un grand cri. Son écuyer d'Aulon accourut : « Le sang français coule , «lit-elle, pourquoi ne m'a-t-on point réveillée? Nos amis ont besoin de secours; mes armes, mon cheval ! » D'Anton l'aide à s'armer et s'arme lui-même à la bâte, (te grandes clameurs se font entendre : Jeanne se précipite dans la rue, et rencontrant son page à cheval, «'lie le fait descendre, monte à sa place1, saisit son étendard qu'on lui jette d'une fenêtre et s'élance au combat *2.

Une attaque avait été faite sur la bastille de Saint- Loup : les Anglais l'avaient repoussée et rejetaient les assaillants dans la ville. Jeanne les rencontra en désordre et fuyant : un blessé est porté près d'elle, à sa vue elle frémit : « Je n'ai jamais vu, dit-elle, couler le sang d'un Français sans que mes cheveux se soient soulevés sur ma tète. » Bientôt, maîtresse d'elle-même, elle poursuit sa course, rallie les fuyards, les ramène et se précipite avec eux sur l'ennemi. Uunois accourt avec du renfort;

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