‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés (volume 2)Chapitre 36 sur 171 · Imposition de J. d'Aulon · texte numérisé non relu

Imposition de J. d'Aulon

2. Si dit qu'on Tarmast hâtivement et qu'on l'aida»! a s armer : ei quand elle fut preste elle monta à cheval, el courut *ur le pavé h-Nemnit que le feu en ïailloit; et alla aussi droit comme M elle eust Lieu secu U rfleBttn auparavant, cl toutes fois onrqucs n'y avait-elle entré. {Ut'mmre* rnn^raanl fa pm tt\l> d'QrUann, Collection Mirliaud et Po.ijoiilat )

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niais Talbot, qui commandait de ce coté, fait évacuer les autres bastilles pour secourir la forteresse menacée. Le danger de Jeanne et des assaillants devient extrême : invitée à battre en retraite : « Kh quoi, dit-elle, laisserons-nous nos amis en danger? » Elle s'élance de nouveau; elle entraîne tout par son exemple; rien ne résiste à son impétuosité : le fort est enlevé. En repassant sur le théâtre du carnage, elle frissonne à la vue des cadavres étendus sur le sol, elle s'attendrit, donne des soins aux blessés, et commande qu'on épargne les captifs. La bastille, par son ordre, est rasée, et les munitions de toutes sortes qu'elle contient sontla proie des flammes.

Ce fut là le premier exploit de l'héroïne ; l'élan était donné, l'armée et le peuple d'Orléans ne connaissent plus rien d'impossible avec elle. Le lendemain était le jour de l'Ascension : Jeanne le consacre à de pieux exereices. On tient conseil cependant, et une nouvelle attaque est résolue pour le jour suivant. La bastille des Augustins fut la seconde emportée après une lutte très-sanglante. Les Anglais évacuèrent alors toutes les autres au sud de la Loire , sauf le fort des Toumelles où commandait Glasdale, et dont les défenses étaient formidables : c'est la que l'ennemi concentre ses forces. La position paraissait tellement inexpugnable, que les généraux français, voyant la ville bien pouruie, décidèrent qu'on attendrait de nouveaux renforts avant de hasarder l'attaque. Leur résolution fut signifiée à la pucelle, qui répondit : « Vous avez tenu votre conseil , mais le conseil de mon Seigneur sera accompli , et celui des hommes périra : Soyez debout au lever du jour, dit-elle à son chapelain, et u. 9

tenez-vous près de moi, car j'aurai beaucoup à faire, il sortira demain du sang de mon corps 1 : je serai blessée devant la bastille au bout du pont 2. » Le lendemain elle se leva avant le soleil, se revêtit de ses armes, et malgré l'avis des généraux, mais avec l'accord des bourgeois d'Orléans, elle se prépara à marcber à l'attaque des Tournelles de l'autre côté du fleuve, et annonça qu'elle repasserait le soir par-dessus le pont, après avoir pris la forteresse 3. Le pont était rompu et cette prédiction parut à tous un rêve. L'béroïne monte à cheval; au bruit de son entreprise, une partie des troupes et une foule de citoyens accourent et veulent la suivre; elle gagne à leur tête l'une des portes quelle trouve fermée; le sire de Gaucourt, grand -maître de la maison du roi, et gouverneur de la ville, avait obéi aux généraux et défendait de passer outre : « Veuillez ou non , dit Jeanne , les gens d'armes iront et remjvorteront la victoire. » Elle commande d'ouvrir : la foule qui la suit se précipite pour frayer le passage. Alloue La résistance était imprudente, sinon impossible, une £*m P01*16 fat ouverte, une autre forcée, le fleuve fut franchi, *,e*ii et, au lever du soleil, toute cette multitude, guidée

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par l'héroïne, investit le fort anglais. Les capitaines français, jugeant le mouvement irrésistible, le secondèrent lorsqu'ils se virent impuissants à l'arrêter. La

< . Déposition du frère J. Paqurrel.

2, beposiltou de matlre Aman Viole, avocat au parlement.

3. Jeanuc était h jeun : son bote essaya de la retenir et voulut l'engager t goûter d'uu poisson qui venait d'être peclié dans le fleuve. • Gardes-le jusqu'à ce soir, dit-elle, je vous amènerai un Goddam qui en mangera sa part, et repasserai le pont, après avoir pris les Tournelles. > (Dépositions de Colette, de maître Aman Viole et de Jean d'Aulon.)

première attaque eut lieu contre un boulevard hérissé de canons qui couvrait au sud la redoutable bastille : l'assaut fut terrible : Dunois, le maréchal de Ravz, l'amiral Louis de Culan, les sires de Villars, Florent d'Illiers, de Termes, la Hire et Xintrailles s'élancèrent dans les fossés et luttèrent corps à corps sous une grêle de traits et de pierres, et sous le feu roulant de l'artillerie, dont il fut fait des deux parts grand usage dans ce siège mémorable. Jeanne était partout, étonnant amis et ennemis par son courage, son habileté, sa constance et les fatigues inouïes qu'elle endurait; guidant, exhor- . tant, ralliant les siens tour à tour. « Ayez bon courage et bonne espérance, criait-elle, voici le moment où l'Anglais va fléchir. » Voyant les siens épuisés et prêts à désespérer, elle saisit la première une échelle et l'applique à la muraille : une flèche anglaise l'atteignit en ce moment entre le sein et l'épaule: elle tomba; les Anglais s'élancèrent pour la prendre, ils furent repoussés : un chevalier français 1 la saisit et l'emporta sur son cheval en lieu sûr. Là, désarmée, étendue sur l'herbe, et voyant la profondeur de sa blessure, qui avait pénétré de part en part, elle se sentit femme un moment, et fondit en larmes. Elle assura que les anges lui apparurent alors pour la consoler et la fortifier : son courage héroïque lui revint et, arrachant elle-même le trait de sa blessure, elle dit, voyant le sang couler :

K. Le tire deGaniacbc. Il trait élé «on adversaire dans le conseil, et admiraut son héroïsme, il accourut pour la délivrer. 11 frappa plusieurs ennemis de m hache, et présentant son cheval k U pucellc : • Acceptez ce don, dit-il, brave ebev al ière, plus de rancœur; j'advoue mou tort quand j'ai mal présumé de vous. . (fie de Guitl. de Gamtcke.)

i32 LIVRK III. CHAPITRE IV.

« Ce n'est pas ici mon sang, c'est ma gloire.» Quelques-uns s'approchèrent, essayant de conjurer le mal par des charmes. Elle les repoussa : « Mieux vaudrait mourir, dit-elle, que de faire ce qu'on sait être un péché . un acte contraire à la volonté céleste : » et comme on lui demandait si elle mourrait de sa blessure, elle répondit : « Je dois mourir un jour : je ne sais ni où, ni quand, ni comment; mais si quelqu'un ici peut me guérir sans péché, je souhaite qu'il le fasse. » Un appareil ordinaire fut mis sur la plaie : elle pria que la foule se tint à distance et elle se confessa avec une grande ferveur comme dans l'attente »lt la mort.

Sa blessure répandit la consternation parmi les Français : le soir approchait vi déjà les chefs ordonnaient la retraite. Les trompettes sonnèrent, l'artillerie quitta ses positions, et les troupes abandonnèrent le pied des remparts. Ainsi la pucelle semblait avoir poussé l'armée malgré ses chefs a une entreprise qui dépassait ses forces : voyant la retraite commencer, elle en conçut une (joignante douleur, elle comprit qu'en cette occasion un échec porterait une atteinte mortelle à sa réputation et à la cause royale : elle conjura Dunois d'arrêter le mouvement : « Bientôt, dit-elle, nous entrerons, n'en doutez pas. Quand vous verrez mon étendard toucher a la muraille, saisissez vos armes et marchez hardiment, la victoire sera vôtre : maintenant, arrêtez et prenez des forces. » Donnant alors son étendard à un homme d'armes non loin du fort, elle remonta à cheval et, se retirant à l'écart dans une vigne, loin de la foule t t du tumulte, elle > demeura un quart d'heure en

prière La confiance cependant était revenue aux Anglais, et ils se crurent vainqueurs. Mais le brave d'Aulon, écuyer de la pucelle, avait compris aussi toutes les déplorables conséquences d'une retraite. Voyant l'élendard de Jeanne aux mains de l'homme d'armes, il lui vint, comme à elle, dans la pensée que, s'il était porté vers l'ennemi, l'armée ne l'abandonnerait pas, et le coniiant à un Basque vigoureux et résolu , ils s'avancèrent ensemble vers le rempart et descendirent dans le fossé2. L'héroïne ranimée, fortiliée par la prière, voit en mouvement son précieux étendard : elle s'élance alors, s'en [saisit, et le porte en avant vers l'ennemi 3. Les Français reprennent- courage , se précipitent en foule et retournent à l'assaut : l'étendard de Jeanne louche enfin la redoutable bastille : alors d'une voix inspirée, elle s'écrie : « Tout est vôtre et y entrez. » A ces mots, dit la chronique contemporaine, ils montèrent contremont le boulevard aussi aisément comme par un degré, et ne savaient comment il se pouvait faire ainsi, sinon par ouvrage comme divin et tout extraordinaire 4. Les Anglais les repoussent à coups de lances et de haches, et font rouler sur eux des pierres énormes, l'artillerie tonne et un nouveau combat s'engage plus furieux et plus acharné. Tandis que la pucelle et l'armée assiègent ainsi la forteresse

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