Déposition du duc d'Alcnçon
d'Armagnac, dit it Termes, (fli*-
venaient en belle ordonnance , par la Beauce, en bien grand train 1 et suivaient de très-près l'avanl-garde. Quelques chevaliers des plus hardis et des mieux montés furent détachés en avant pour découvrir l'ennemi, et galopèrent l'espace de cinq lieues sans le rencontrer. Ils se croyaient égarés, quand un cerf, effrayé de leur approche, s'élança du milieu d'un taillis et prit sa course vers le nord-esl. Bientôt une grande clameur s'éleva du même côté : elle était poussée par Farrière-gardc des Anglais, où le cerf s'était précipité 2. Ces cris révélèrent la présence de l'ennemi aux coureurs français : ils en donnèrent avis à l'armée, qui chevaucha hardiment en avant, jusqu'à ce qu'elle eût aperçu les Anglais. Ceux-ci quittèrent alors la position qu'ils occupaient pour en prendre une meilleure, à une lieue de distance environ, entre un bois et le village de Patay.
La Hire et Xaintrailles, qui menaient l'avant -garde, avaient reçu l'ordre d'empêcher l'ennemi de se fortifier, Wjjllt ce qu'ils firent, galopant toujours et se ruant à travers p«tay. les Anglais avant que leurs archers eussent achevé d'en- (142») foncer en terre les pieux aigus dont ils se faisaient un rempart contre la cavalerie, ils les attaquèrent si soudainement et si vigoureusement, qu'ils les mirent tout d'abord en désordre : le capitaine Falstaff et beaucoup d'autres tournèrent bride saisis d'une terreur panique et cherchèrent leur salut dans la fuite. Le corps de bataille des Français arriva en ce moment et acheva de vaincre; en vain Talbot se surpassa lui-même, il rendit par son
I. Guillaume Cruel , lluloire d Artui III, tomlt de RUhtmonl. i. Xlonsirclel, Chronique.
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opiniâtreté sa défaite plus sanglante: les Anglais furent mis en déroute complète : on en fit un grand carnage : la plupart périrent ou furent faits prisonniers; de ce nombre fut lord Scales et le fameux Talbot, qui rendit son épée à Xainlrailles *. La perte des Anglais fut évaluée à plus de quatre mille combattants2, et, chose incroyable ! il n'en coûta, dit-on, la vie qu'à un seul Français3. Jeanne d'Arc parcourant le champ de bataille après le combat, ne put retenir ses larmes à la vue de tant de cadavres dont le sol était jonché, et montra la plus tendre pitié pour les pauvres prisonniers anglais, qui n'ayant pas de grosse rançon à offrir aux vainqueurs, en étaient traités avec barbarie; et, là comme ailleurs, elle fit donner aux blessés les secours de la religion et leur prodigua des soins touchants *.
Après cette journée célèbre, la première où les Français eussent vaincu les Anglais en bataille rangée dans cette guerre, et où Jeanne d'Arc, au dire de tous les capitaines, déploya des talents militaires égaux à son courage; un grand nombre de forteresses furent évacuées et abandonnées à l'armée royale, qui rentra triomphante avec la pucelle dans Orléans. Jeanne d'Arc alla ensuite trouver le roi, qui s'était rapproché et tenait sa
I. Talbot fui présenté pai Xainlrailles a Charles VU, qui, a la demande de Xainlrailles lu'-mcme, accorda la liberté à l'illustre captif, sur rançon.
2 Déposition de Dunois. Ce nombre est porté à cinq mille dans la Chronique contemporaine dite Chronique san$ litre.