‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés (volume 2)Chapitre 46 sur 171 · Chronique «an* litre · texte numérisé non relu

Chronique «an* litre

était assuré d'y être dans six jours, on attendrait bien. - Vous y serez demain, dit Jeanne, » et 6on avis entraîna le conseil.

L'héroïne monte à cheval, son étendard au poing : clic met en besogne chevaliers, écuyers, manœuvriers et autres gens de tous états, commande qu'on apporte fagots, jKmtrcs, tables, fenêtres et chevrons dont elle fait des retranchements et approches contre la ville ; elle y braque bombardes et canons, se multiplie elle-même, dirigeront, fait à la fois office de chef et de soldat aussi bien, dit le vieux historien de ces temps, que l'eût su faire un capitaine qui eût été en guerre tout le temps de sa vie Témoins de ces sinistres apprêts, les habitants et la garnison épouvantés n'osent affronter le péril : l'étendard de Jeanne d'Arc flottant autour des murs leur causait un insurmontable effroi, à ce point qu'ils s'imaginaient, dirent-ils, voir des légions d'esprits sous forme de papillons blancs voltiger à l'entour. L/évèque sort des murs suivi d'une multitude de bourgeois et de gens de guerre, il se présente avec eux au camp français et demande à l>arlementer. Le roi les reçoit gracieusement, accorde aux habitants abolition générale pour le passé, et aux Anglais et soldats bourguignons liberté de sortir eux et leurs biens : on avait oublié de stipuler, dans le traité, en faveur des prisonniers français que les Anglais considéraient, d'après les lois de la guerre, comme étant leur propriété. Ceux-ci défilent devant Jeanne d'Arc, emmenant avec eux leurs captifs : à la vue des Français qu'ils conduisent garrottés, le cœur de l'héroïne s'é-

I. Mémoire! concernant la puoeile d'Or'.ém*. (C»ll. Michaud tt Poujoulai.)

HENRI VI. Ut)

meut : « En mon Dieu, s'écrie-t-elle, ils ne les emmèneront pas ; » et à sa prière ils furent délivrés, le roi acquitta leur rançon. Charles VH traversa la ville en grand appareil de guerre et poursuivit sa route vers Reims, la pucelle tout armée menant l'avant-garde.

Chàlons ouvrit ensuite ses portes ; le peuple de cette ville, conduit par son évêque, vint au-devant du roi lui faire obéissance. Charles VII arrive enfin sous les mura de Reims, au glorieux terme du voyage: les habitants déposent les clefs à ses pieds, et il fait dans la ville une entrée triomphale avec ses chevaliers et toute son armée, et « là, dit la chronique, était Jeanne la pucelle, qui fut moult regardée de tous 1 . »

La cérémonie du sacre fut fixée au lendemain 17 juil-

de

let : toute la pompe d'usage y fut déployée : l'huile sainte Charles vu, oignit le front de Charles VII dans l'antique cathédrale, en présence de tous les chefs et seigneurs dont le roi (n29) s'était fait accompagner. Jeanne d'Arc, qui voyait ainsi les grands desseins de Dieu sur le royaume accomplis par ses mains, se tint debout à l'autel, ayant en main son étendard. Le matin môme de ce grand jour, elle écrivit une lettre pleine d'énergie et de patriotisme au duc de Bourgogne, le requérant, au nom du roi des cicux, de faire prompte et bonne paix avec le roi Charles VII : « Pardonnez l'un à l'autre de bon cœur, ditelle, ainsi que doivent faire loyaux chrétiens, et s'il vous plaît guerroyer, allez sur le Sarrasin2. » Elle parlait,

|. Elle était alors h peu de distance de Domrtmy, et elle vil sou père, son oncle el plusicur» habitants de son village dans celte foule émerveillée, et qui avaient moins d'yeu* pour le roi de France que pour clic.

2. Mèm. pour tenir à l'histoire de France. (Coll. MicliauJ et Poujoulat.)

150 LIVRE 11!. ClUNTHE IV.

clic dictait comme de puissance à puissance, au nom du roi du ciel, son souverain seigneur, et pourtant, dans ce rôle si élevé, le plus étonnant peut-être de l'histoire moderne, elle ne s'enorgueillit pas, elle ne se regarda jamais que comme un humble instrument dans les mains de Dieu. Après la cérémonie du sacre, sachant sa mission accomplie, elle se jeta aux pieds du roi et, embrassant ses genoux, elle lui dit : « Gentil roi, or est exécuté le plaisir de Dieu qui voulait que je levasse le siège d'Orléans et vous amenasse en cette cité de Reims recevoir votre saint sacre en montrant que vous êtes vrai roi, celui auquel le royaume de France doit appartenir. » On assure qu'elle demanda avec instance et en versant d'abondantes larmes qu'il lui fût permis de quitter l'armée et de retourner près de ses parents, au lieu de sa naissance. Mais le secours que Charles recevait de sa présence à la tête des troupes était trop efficace pour qu'il y renonçât, et plusieurs généraux et grands personnages joignirent leurs instances à celles du roi pour la retenir au milieu d'eux. Et d'ailleurs, en quels lieux serait-elle allée où ne l'eût i>oint suivie sa gloire répandue dans toute l'Europe? Quelle retraite assez profonde l'eût mise à l'abri de la fureur des Anglais et des Bourguignons? Ceux qui lui ont reproché de n'avoir point opposé dans cette occasion assez de résistance aux vœux du roi n'ont pas vu qu'une existence obscure et cachée n'était plus possible pour elle nulle part : aucun asile n'eût arrêté l'implacable vengeance de ses ennemis : il n'y avait en un mot sûreté pour Jeanne d'Arc qu'au milieu de l'armée française , et elle y était comme enchaînée et rivée au premier rang. Elle conti-

nua donc à servir le roi à la guerre avec le même courage, mais non avec la même confiance , ni toujours avec le même bonheur. Elle eut de secrets et infaillibles pressentiments du sort qui la menaçait, et savait trop que l'envie ne pardonne pas. Comme on lui demandait, dans ses jours de triomphe, si elle ne craignait point la mort dans les batailles , elle répondit : « Je ne crains que la trahison. » Et en effet les généraux de Charles Vil, tout en admirant ses actions, tout en profitant du prestige qui s'attachait à sa personne, ne voyaient point sans colère toute leur gloire éclipsée aux yeux des peuples par celle d'une femme, d'une simple tille des champs. Souvent ils lui opposèrent dans le conseil une résistance opiniâtre, et ils se montrèrent plus d'une fois peu empressés à la suivre et à la seconder ou à la secourir. Déjà elle avait dit qu'elle ne durerait guère plus d'un an ; mais quels que fussent ses tristes pressentiments, son dévouement à son pays et à son roi1 n'en fut point altéré; son courage héroïque semblait même s'en accroître. On eût dit, à voir son ardeur à se précipiter au-devant du péril, que la mort dans les combats eût été considérée par elle comme une délivrance.

4. Le roi reconnut les immenses services qu'il «Tait plu à Dieu de rendra per les faibles raaius d'une femme a sa cause. 11 anoblit toute la famille de Jeanne d'Arc à perpétuité, et, par uue exception unique , mais parfaitement compréhensible, il fut dit que la noblesse se transmettrait dans cette famille par les femmes, et les considérants qui accompagnent cette grâce myale seraient, h défaut d'autres documents, d'une Irès-graude valeur pour l'histoire de cette époque. Ello obtint, peu de temps après, la plus douce, la plus pure des récompenses par l'édit royal qui exempta do tailles à perpétuité les villages de Graux et de Dorarémy, où clic était née et où s'était écoulée son enfance.

Nouvraui succès

de l'armée

française.

loî LIVRE III. CHAPITRE IV.

La révolution opérée dans les cœurs des Français comme dans les affaires du royaume par cette fille héroïque fut si complète, qu'avant son apparition , dit une chronique contemporaine, deux cents Anglais mettaient en fuite cinq cents Français, tandis que, depuis le jour où elle parut à la tête des armées, cinq cents Anglais étaient chassés par deux cents Français seulement , et jamais les Anglais ne recouvrèrent leur ascendant en France jusqu'à leur expulsion totale du territoire

Après le sacre de Charles VU, plusieurs places, Laon, Soissons, Provins, Coulommiers et quelques autres se soumirent; les hruits qui volaient de tous côtés sur l'assistance miraculeuse que lui donnait le ciel attiraient au roi le cœur des peuples. La pucelle était regardée comme l'ange des combats envoyé de Dieu même pour lui rendre sa couronne. L'armée royale se dirigea d'abord sur Soissons et de là sur Château-Thierry, d'où élle gagna Provins en se rapprochant de Paris. L'effroi se répandit dans cette capitale, où les Anglais et le parti bourguignon craignaient à tout instant de voir apparaître les Armagnacs ayant à leur tête le roi Charles et l'invincible pucelle. Le régent , qui s'épuisait en efforts pour conserver la glorieuse conquête de son frère Henri V, se rendit en Normandie pour hâter l'arrivée de nouvelles troupes anglaises, et entre autres des quatre mille hommes sous les ordres de son oncle Beaufort de Winchester, cardinal d'Angleterre, primitivement des-

4. Avant l'apparition de Jeanne d'Arc, dit aussi le comte de Duuois dans m déposition , deux cents Anglais mettaient en fuite huit cents ou mille hommes de l'armée du roi ; et depuis, quatre cents Français tenaient en échec toute la puissance des Anglais. (Prota de Jeanne d'Arcy Quirbcrat, t. III, p. 8.)

tinés à combattre dans la croisade de Bohême contre les Hussites. Bedfort les amena dans Paris, puis entrant de nouveau en campagne , il 9'avança jusqu'à Montcrcau- sur- Yonne , avec l'intention de mettre l'armée royale entre la capitale et lui ; mais craignant bientôt de voir couper ses communications avec elle, il y rentra précipitamment. Les Français cependant s'étaient avancés par les plaines de la Brie jusqu'au château de la Motte de Nangis : ils franchirent la Marne, gagnèrent la Ferté- Milon et de là Crespy en Valois. De toutes parts, les habitants des villes et des campagnes accouraient au-devant de l'armée pour voir le roi et l'héroïque pucclle, dont ils entendaient raconter tant de choses merveilleuses f.

On rapporte que, tandis que le roi s'avançait de Crespy en Valois vers Dammartin, les pauvres gens des campagnes accoururent ivres de joie, criant Noël sur son passage, chantant le Te Deum et regardant surtout la pucelle, laquelle saisie de tristesse à leur vue, répandit des larmes1 : «Voici un bon peuple, dit-elle tout émue à Dunois et à l'archevêque de Reims, chancelier de France, entre qui elle cheminait à cheval, et je n'ai encore vu aucun autre peuple qui se soit tant réjoui à la vue d'un si noble roi. Plût à Dieu, quand je serai morte, que

4. Ils >e pressaient cm foui» autour d'elle, baisant avec Iramporl ses vilement» el tes mains. Maigre ce concours et ces hommages enivrants, l'orgueil n'eut point accès dans son cœur: • Mon fait, rcpctail-clle toujours n'c»t qu'un ministère. > El comme on lui disait : a Oit ne vit jamais de telles chose», ou ne lit rien de semblable dans aucun livre : — Dieu, répond il -elle , ■ un livro dvn» lequel oneques aucun clerc ne lit, Itnt soil-il parfait en dénature. « (Déposition du frère Jcau Paqucrcl.)

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