II
au conseil de Henri VI : il concentra des forces nombreuses en Normandie et en Picardie, dont il fit évacuer plusieurs places : le mal parut si grand enfin, qu'une armée levée sur l'invitation du pape Martin V pour une croisade contre les Hussites, et des sommes considérables volontairement souscrites pour cet objet, reçurent une autre destination. Cette armée était déjà sur le continent, où le cardinal de Beau fort devait en prendre le commandement pour la conduire en Bobême, lorsque le conseil du roi d'Angleterre demanda qu'en raison des récentes victoires des Français et de la gravité des circonstances, l'armée des croisés demeurât en France, pour agir contre les Français : le cardinal y consentit et l'armée fut ainsi détournée de son but, malgré des engagements formels et sacrés pris avec les croisés eux-mêmes et avec ceux qui avaient fait tous les frais de cette expédition. Le régent renouvela dans le même temps et cimenta par d'importantes concessions son alliance avec le duc de Bourgogne : puis il quitta Paris de sa personne et se rendit en Normandie sans oser entreprendre d'arrêter le roi Charles Vil dans sa marche sur Reims.
L'armée royale avançait; Auxerre, ville bourguignonne , et première place considérable qu'elle rencontra, députa vers Charles demandant qu'il lui fût permis de rester neutre, ce qui lui fut octroyé. Troyes ensuite arrêta les Français. C'était dans cette ville que le traité si humiliant pour la France avait été signé : la
non-seulement diminué le nombre de nos troupe», mail en ment temps » bit perdre courage » celles qui restent, d'une manière iHonnante. • (Mémoire* pour servir à Vhithire de France, collée». Micbaud et Poujoulal, strie, l. lit,
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vengeance du roi et des Armagnacs y était redoutée, la ville soutint la garnison et résista plusieurs jours. Les assiégeants manquaient de vivres, la campagne était ruinée à l'entour, tout semblait désespéré. La retraite fut proposée dans un conseil des chefs où Jeanne n'assistait pas : déjà presque tous opinaient pour la levée du siège et le retour, lorsqu'un vieillard vénérable, Robert le Masson, seigneur de Trêves et ancien chancelier, se leva et dit : « Quand le roi est parti et qu'il a entrepris ce voyage, il ne l'a pas fait pour la grande puissance des gens d'armes qu'il eût alors, ni pour le grand argent de quoi il fût garni pour payer son armée, ni pour ce que ledit yoyage lui semblait bien possible, mais il l'a entrepris seulement par le conseil de Jeanne la pucelle, laquelle lui disait toujours qu'il allât à son couronnement à Reims et qu'il y trouverait bien peu de résistance, car c'était la volonté de Dieu. Je suis donc d'avis qu'il faut qu'elle soit entendue, et que si elle ne conseille aucune chose qui n'ait été dit en ce conseil , je serai alors de l'avis commun, à savoir que le roi et son ost 1 s'en retournent2.» Un grand débat s'éleva, et comme il continuait avec chaleur, Jeanne d'Arc se présente à la porte du conseil : le roi la fait introduire et l'archevêque de Reims, chancelier du royaume, l'interroge et lui demande son avis, a Noble roi de France, dit la pucelle, cette cité est vôtre, et dans deux ou trois jours elle sera en votre obéissance, par amour ou par force, n'en doutez pas. — Jeanne, reprend le chancelier, si l'on