I. Je n'en powrjis mais. (Procès Je Jetuuc •l'Arc
elle veut se soumettre à l'Église universelle, elle s'y soumet avec joie. On distingue alors, on lui demande si elle se soumet à l'Église triomphante qui est dans le ciel ou à l'Église militante qui est sur la terre : « Je suis venue au roi de France, de par Dieu, de par la vierge Marie, de par les saints du paradis et l'Église victorieuse de là haut, et à celle-là je soumets tous mes bons faits et tout ce que j'ai fait ou à faire. »
C'est sur ce point principalement que ses ennemis fondèrent l'es|K)ir du succès de leur odieuse trame eu la convainquant d'hérésie. Ils insistèrent pour qu'elle avouât s'en remettre aveuglément et en tout à l'Église militante, sans qu'elle sût et sans qu'ils voulussent même lui apprendre en qui celle Église résidait. — « Je crois l'Église ici-bas, disait-elle, je l'aime et la voudrais soutenir de tout mon pouvoir pour notre foi chrétienne, mais de mes faits et dits je m'en rapporte à Dieu. — Avertie de son extrême péril elle répond enfln ; « Je m'en rapporte à l'Église militante pourvu qu'elle ne me commande chose impossible. » Interrogée sur ce qu'elle entend par chose impossible, elle répond qu'elle ne peut révoquer ni ses visions, ni ses révélations, ni tout ce que notre Seigneur lui a fait faire, commandé et commandera et que, sur le bûcher même, elle ne saurait dire autre chose.
Jamais un seul moment elle ne met en oubli la sainte pudeur : pressée de subtiles questions théologiques auxquelles souvent de grands docteurs eussent difficilement répondu; accablée de demandes sur ses visions, sur les choses qu'elle a faites, sur l'habit d'homme qu'elle iwrle, et dont ses juges lui font un crime, elle se débat,
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elle se défend avec sa foi, avec sa raison, avec son inexpérience. Tout d'un coup l'idée de sa lin la saisit, et elle conjure les seigneurs de l'Eglise de lui faire donner à sa mort une longue chemise de femme et un charron pour sa tète.
Si les pièces du procès de revision n'existaient pas, on ne pourrait croire à quels artifices, à quelles indignes violences descendit, pour abuser et pour é|>ouvanler l'infortunée prisonnière, l'évêque Pierre Cauchon, au nom duquel l'histoire a associé, pour les flétrir, ceux du comte de Warwick, gouverneur de Rouen, et du procurateur Jean d'Estivet, faisant, dans cette occasion, office d'accusaleur public, et il serait difficile de dire lequel de ces deux hommes se montra le plus cruel
Jeanne d'Arc tomba gravement malade dans sa prison, et fut en péril de mort. Ses ennemis eurent à ce sujet les plus rives inquiétudes. Le cardinal d'Angleterre,
I. Il nVst que trop prouvé qu'un prèlre infâme, Nicolas l'Oyseleur, familier de l'évêque de Beau vais (a), avec l'autorisation de ce prélat et du comt. , fui introduit auprès de la pucelle comme un compagnon de captivité, afin de surprendre ses secrets dans l'épancliemenl de la confiance et de la douleur, tandis que Pévcque, aposté derrière la muraille et a portée de sa vais, recueillait sot paroles. Il est également reconnu que le misérable l'Oyseleur l'entendit plusieurs fois en confession, rt que ce fut lui qui, après avoir obtenu par ces moyens odieux an entier crédit sur elle, en usa pour lui donner des avis perfides et la conduire a sa perte. Lorsque, mieui conseillée par un autre, elle cul déclaré qu'elle se soumettait au concile général alors séant à Bàle et au pape, et qu'elle en appelait au souverain pontife : • Taisci vous de par le diable, • dit l'évêque en fureur a celui qui avait suggéré à la pMatli cette réponse qui l'eût sauvée, et il défendit qu'il eu fut fait mention au procès (6) : a Vous imllci tout ce qui est contre moi, s'écria l'infortunée, et vous passez ce qui fait pour moi! a
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alors à Rouen, et le comte de Warwick, mandèrent en hâte plusieurs médecins renommés. Warwick leur a|>prit la maladie de l'héroïne, ajoutant que pour rien au monde le roi ne voudrait qu'elle mourût de mort naturelle : « U l'a payée assez cher, dit-il, et ne veut pas qu'elle meure autrement que par justice, et entend qu'elle soit brûlée. » Les médecins obéirent à cette injonction barbare, .et Jeanne fut conservée pour l'échafaud. Cependant, malgré l'acharnement de ses persécuteurs, et de rapides instants où elle entrevoyait le sort qui l'attendait, elle recevait des consolations intérieures; ses saintes, dit-elle, lui apparaissaient souvent; ses voix lui disaient: « Prends tout en gré, ne te soucie de ton martyre; tu t'en viendras enfin au royaume du Paradis, et seras délivrée par grant victoire » Dieu permit qu'elle ne comprît pas le sens véritable de ces paroles; elle crut y voir l'assurance d'une délivrance terrestre; elle ne vit dans le martyre annoncé que le tourment qu'elle souffrait en prison. « Ne sçay, ditrelle, si plus grand souffrirai; mais m'en rapporte à notre Seigneur 2. »
Enfin, un acte d'accusation fut dressé en douze articles qui étaient censés reproduire les réponses de Jeanne dans ses divers interrogatoires ; mais il fut convenu que celles-ci ne seraient point rapportées textuellement, et qu'on en rendrait seulement le sens, dans les douze articles, d'après des conjectures vraisemblables. Cette nouvelle pièce, d'une si haute importance, fut ré-
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digée en secret, communiquée seulement à un petit nombre d'assesseurs et non à l'accusée. Rédigée dans un esprit de colère et de haine, elle présentait toutes les réponses de Jeanne comme autant de motifs de condamnation ; elle devait être envoyée aux docteurs les plus renommés, et surtout à l'Université de Paris, sous forme de consultation. On a vu que ce corps célèbre, égaré par la passion politique, avait -déjà réclamé avec acharnement pour que l'infortunée captive fut mise en jugement: à la lecture de l'acte d'accusation ainsi rédigé, il la condamna tout d'une voix. On obtint par des moyens encore plus odieux l'assentiment du chapitre de Rouen, et, après avoir abusé Jeanne sur la signification de l'Fglisc militante, on la lui lit voir représentée tout entière par ses deux juges, par l'inquisiteur Jean Lemaître et l'évêque de Reauvais, en qui elle ne voyait que ses persécuteurs.
Rien ne fut négligé, d'ailleurs, pour effacer de sa pensée le conseil utile qu'elle avait reçu lorsqu'elle déclara se soumettre aux conciles et au pape, et l'indigne prêtre qui avait perfidement capté sa confiance, le détestable l'Oyseleur, fut mis en œuvre pour lui faire entendre qu'en déclarant implicitement qu'elle se soumettait à l'Eglise militante , elle donnerait à ses ennemis des armes contre elle, et serait toute à leur merci K
Kn secret donc on l'excitait à résister, abusant de son ignorance, et en public on la sommait de céder, en la menaçant des plus terribles peines temporelles et éler-