‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés (volume 2)Chapitre 81 sur 171 · Bacon dit la malice de la îonime. {Itisi. de Henri flh · texte numérisé non relu

Bacon dit la malice de la îonime. {Itisi. de Henri flh

ce» s'il n eùt rte adopté et soutenu |>ar la duchesse douairière, Marguerite de Bourgogne.

Au premier bruit de cette tentative inconcevable, le roi fit promener à cheval, dans les rues de Londres, le véritable comte de Warvvïck; les anciens amis d'Edouard IV et les |>artisans de la maison d'York, furent tous invités à s'assurer de son identité. La plupart reconnurent l'imposture et demeurèrent témoins impassibles de l'événement, ainsi que les habitants de la capitale <|uoique toujours favorables à la maison d'York. Les chefs de l'entreprise tournèrent les yeux sur l'Irlande où la colonie anglaise du Pale, sagement administrée par le duc d'York, gardait aux princes de cette famille un souvenir reconnaissant. A l'avènement de Henri VU, la colonie avait pour lord lieutenant le comte de Kildare, zélé partisan des Yorks : celui-ci, maintenu dans sa charge par le nouveau roi, accueillit ouvertement le prétendu comte de Warwick, et admit ses prétentions sans les discuter. Sur sa seule autorité, toute la population du district , à l'exception de Waterford, reconnut l'imposteur, qui fut proclamé sous le nom d'Edouard VI, roi d'Angleterre et de France, et lord d'Irlande. Simnel reçut alors un secours inespéré. Le comte de Lincoln, neveu d'Edouard IV, et désigné par Richard III, comme son héritier, avait été honorablement traité par Henri VII qui l'appela dans son conseil, mais sourd à toute autre passion qu'à celle d'une haine ardente contre la maison de Laneastre, il

|, On muniiuil la partie de l'jrjtflilje culoHt«ee |*r les MglMj Ihe Ft<ql»k Vole.

HENRI VII. 2»}f)

passa sur le continent où, avec l'aide de la duchesse de Bourgogne, il leva deux mille vétérans allemands qu'il mil sous les ordres d'un brave officier Martin Swartz. H débarqua, en Irlande, avec eux, et rejoignit l'aventurier Simnel, dans lequel il feignit de reconnaître !c dernier rejeton de la branche masculine des Plantagenets. Par son conseil et par celui du lord lieutenant comte de Kildare, Simnel fut couronné par l'évêque de Meath, qui lui ceignit le front d'un diadème enlevé à une statue de la Vierge : des ordonnances furent rendues et un parlement convoqué au nom de ce prétendu roi, et une armée d'environ huit mille hommes sous les ordres des lords Lincoln, Kildare et Lovel , et dont les vétérans de Martin Swarlz faisaient la principale force, débarqua dans le comté de Lancastre et se dirigea sur Londres. Faiblement grossie sur la route, cette armée rencontra l'armée royale à Stocke, sous les ordres du comte d'Oxford : l'action fut vive et sanglante 1 : les Allemands périrent tous, les principaux chefs demeurèrent sur le champ de bataille : l'aventurier Simnel et le prêtre Symmons furent faits prisonniers et avouèrent leur imposture. Henri Vil se montra clément; il donna, au prétendu Edouard VI, un emploi de marmiton dans ses cuisines et il le nomma ensuite son fauconnier. Tel fut le dénouement de cette entreprise, à peine croyable, si l'on ne savait que souvent la passion politique se nourrit de chimères et s'attache, à défaut de réalités, à des fantômes ou à des ombres 2.

4. Lord Lovel disparut âpre* Ij bataille, ri on ignora loujonri ce qu'il Mail 'le*cnu.

2. One aveiilurc e>l véritable quoique remplie d'invroucmbLnce» : In-

2<i0 LIVRE IV. CHAPITRE I.

siiuatmn La situation de l'Europe, et en particulier celle de la k\'ïstZZl\ France, attira ensuite l'attention du roi d'Angleterre. Les maison de principaux états du continent arrivaient alors par degrés Tuior. à ce point de grandeur où ils se sont maintenus sans altération très-grave durant près de trois siècles, et ils allaient commencer à former entre eux un système célèbre dans la politique européenne, système encore aujourd'hui en vigueur et qui, ayant pour but d'empêcher qu'aucun des grands états de l'Europe ne prenne un accroissement qui mit les autres en péril, est connu dans l'histoire sous le nom de système d'équilibre. L'Espagne était devenue formidable depuis que Ferdinand le Catholique, roi d'Aragon, avait épousé Isabelle, reine de Castillc, mariage dont le premier résultat fut la conquête de Grenade sur les Maures, et qui prépara l'union de l'héritière des royaumes espagnols avec la maison d'Autriche. Celle-ci, dans laquelle était le sceptre impérial tenu par Frédéric III, avait hérité de la plus grande partie des vastes possessions de la maison do Bourgogne par le mariage de son fils Maxi milieu, roi des Komains, avec la fille de Charles le Téméraire. Outre ses possessions héréditaires, la maison d'Autriche régissait les Pays-Bas, l'Artois et la Franche-Comté, mais elle n'avait pu soumettre encore le Hainaut et la Flandre, dont la lutte acharnée contre Maximilien était soutenue

[union la plus répandue ctt que les partisans du vrai comte de Warwicl, »? réservaient de se défaire de Simnel après U victoire, s'ils l 'uvaieut obtenue, et de couronner le prince au nom duquel il* avaient pris les armes et dont Simnel avait usurpé le nom. Edouard l'iautageuet, comte de Warwiik, n'était cependaut pas l'héritier légitime de la maison d'York, et il ne pouvait iuvoqu^r un droit réel au trône «Mai longtemps que la poste, ité d'K îouard IV u'éiaa pas éteinte.

MEMil VU. 261

par la France. Ce dernier royaume, entre tous les états fiu continent, était celui dont Tare roisse ment avait été le plus rapide. La plupart dis grands fiefs, comme la Normandie, la Champagne, l'Anjou, la Guyenue , la Provence et la Bourgogne, étaient maintenant réunis à la couronne : une grande partie de ces avantages étaient dus à Louis XI , à qui avait récemment succédé son fils, Charles VIII, sous la tutelle de sa sœur aînée, Anne de Beaujeu.

Le fxénie de son père semblait revivre en cette princesse qui mit tous ses soins à préparer la réunionde la Bretagne ** "LuT8"* alors gouvernée de nom par le faible duc François II et de fait par son ministre insolent, l'aventurier Landais. La cour de Bretagne était alors le refuge du duc d'Orléans, qui avait disputé la régence à la dame de Beaujeu et des seigneurs mécontents qui avaient embrassé la cause de ce prince. La régente s'appuyait sur l'assistance que le duc François donnait ouvertement à la rébellion |H>ur lui faire la guerre, et ne dissimulait point les prétentions de la couronne de France sur la Bretagne après la mort «le son duc actuel, considérée comme prochaine. Dans cette extrémité, François II eut recoure à Henri VU et , . lui rappelant le temps où il l'avait accueilli malheureux et proscrit, et l'assistance qu'il lui avait donnée pour monter sur le troue, il lui demanda son appui effectif contre la France. Henri VII offrit son intervention et négocia : retenu ou aveuglé par l'avarice, il refusa de comprendre l'accroissement énorme de puissance qui résulterait pour ce royaume de l'annexion de la Bretagne à la couronne, et déclina le rôle d'allié pour accepter celui de médiateur. Il permit néanmoins qu'un ftvre de la

*6* I.IVRK IV. CIIAHITRK I.

reine douairière, lord Wood\ille, homme entreprenant et courageux, armât sous main et à ses frais, dans l'île lu ii il le d<» Wigut, un corps de quatre mille hommes qu'il consul dAu!.in <,uisit en Brelagne et H1" mt taillé en Pii;ces a la bataille ducrm.cr. de Saint-Auhhi du Cormier, perdue par les Bretons.

Le duc d'Orléans, le grince d'Orange et les autres seigneurs français rebelles tombèrent, dans cette journée, au pouvoir de la régente, et toutes les forces de la Bretagne furent anéanties. Le duc François survécut peu à ce grand désastre. Il laissait une fille dont la main fut disputée par plusieurs princes : promise d'abord au sire d'Albret, elle fut accordée au roi des Romains, Maximilien, dont le mariage fut célébré par procuration, niais ne fut point consommé.

Les prétentions de la France sur la Bretagne avaient été ouvertement reproduites à la mort de François 11 , et elles furent soutenues par une armée. Henri VU alors ouvrit les yeux, il vit le danger qui pourrait résulter pour l'Angleterre de l'annexion d'un si grand fief à la couronne, il entendit les murmures de la nation qui lui demandait de mettre un frein à l'ambitiou et aux entreprises de la France et il obtint de son parlement un subside considérable pour y porter la guerre (1488). Ce subside, levé avec rigueur dans les comtés du nord, lii'urrerlion y excita une sédition; le peuple prit les armes, massacra le nord. *c duc Norlbumberland, chargé de percevoir la taxe, et (1488; 80 souleva con*rc le roi même. Un faible corps de troupes, sous les ordres du comte de Surrey, vainquit la révolte dont le chef, sir Jean Egremond, trouva asile et protection sur le continent, comme tous les ennemis de Henri VU, auprès de la duchesse douairière de Bour-

IIENHI VII.

gogne. Possesseur, par celle victoire el par le xote de son parlement, de sommes considérables, le roi n'en employa qu'une légère partie à l'entreprise qu'elle avait l>our objet de défrayer : il n'offrit «à la jeune duchesse Anne de Bretagne qu'un faible corps de six mille hommes, pour dix mois seulement, et dont elle s'engagea sons les conditions les plus dures à lui rembourser toutes les dépenses. Ce secours insuffisant n'opposa aucune résistance sérieuse aux efforts de la France, el déjà Charles VIII songeait à préparer la réunion de la Bretagne à la couronne par une* voie plus sure que celle des armes, par son union avec la duchesse. Le mariage de celle-ci avec le roi des Romains, Maximilien, n'ayant pas été consommé, Charles VIII médita de le rompre à son profit, quoiqu'il se fut antérieurement engagé à épouser la fille de ce môme Maximilien, la princesse Marguerite, qui, amenée en France, avait été déjà saluée du titre de reine, mais dont l'âge trop tendre avait fait ajourner le mariage. Elle apportait en dot à Charles VIII l'Artois et la Franche-Comté, mais Charles avait reconnu combien la possession de la Bretagne serait plus avantageuse au royaume que celle de ces deux provinces, et il appuya les négociations ouvertes pour cet objet d'une puissante armée qui investit la ville de Bennes, résidence de la duchesse. Les propositions du roi, difficiles à accueillir et longtemps combattues, lurent alors acceptées. Le mariage d'Anne de Bretagne avec Maximilien, conclu par procuration seulement, fut dissous, l'union projetée du roi Charles VIII avec la fille du roi des Romains fut également rompue: Charles ren- \o\a la jeune princesse à son père: il épousa l'héritière

201 1.1 VUE IV. CHAMTHE I.

Keunioti de Bretagne (1491), et la réunion de ce >aste fief a la

•le la Bretagne , , . ,

a couronne, opérée plus étroitement sous le règne sui- U France. yanj ^ devint aiors un fajt accompli et irrévocable.

Maximilicn , trompé tout à la fois dans ses espérances et dans ses prétentions légitimes comme époux et comme père, ressentit profondément cette injure et déclara la guerre à Charles VI 11. Il obtint le concours' de deux alliés puissants, du roi Ferdinand d'Aragon et du roi d'Angleterre, et Henri Vil qui n'avait rien tenté de sérieux pour empêcher la réunion redoutée de la Bretagne à la France, essaya de la rompre ou de s'en venger lorsqu'il la vit à peu près accomplie.

La nécessité d'une guerre en des circonstances semblables fut le prétexte dont il se servit auprès des Anglais pour en tirer de l'argent; ce qu'il Ut d'une part en exigeant des dons gratuits ou benevolences1 , et d'autre part en annonçant au parlement la résolution de passer en France avec une armée, à l'effet de revendiquer son droit sur ce royaume et de le conquérir. 11 obtint ainsi des subsides considérables et vit accourir sous ses drapeaux une nombreuse noblesse, pour laquelle une guerre en France était toujours populaire et qui s'imposait volontairement dans ce but d'énormes sacrifices. Henri VII

1. (>• prétendu! don» gratuits, nommé* bénévole »«« , étaient riolemment arrachés a la cation et donnaient lieu à des abus odieux qui les firent abolir. Celle taxe, snus Henri VII, frappa principalement les commerçant* el la fille de Londres. Personne ne pouvait se soustraire ans conséquences de l'invincible argument employé à cet effet par les commissaire* de l'aiciievèijite Moi ton, chancelier du rovaume. ('.eut qui vivaient avec faste étaient réputés rich'S parce fait même; cent qui menaient une vie sobre et frugale avaient dù s'eninhir par l'économie. Ce dilemme fut appelé par les uns la fourrke et par le* autres Ira bequ'ltf* du chancelier Moil-n (Hume).

HE.NHI VII. 263

franchit le détroit, en octobre 1492, avec une année de vingt-cinq mille hommes d'infanterie et de seize mille chevaux et investit aussitôt Boulogne; mais cette guerre n'était réellement, pour les deux grands alliés de Maximilieu, les rois d'Aragon et d'Angleterre, qu'une occasion d'accroître, l'un ses états, l'autre son trésor. Déjà Ferdinand négociait la paix, au moyen de la cession du Roussillon et de la Cerdagne, et Henri VII promettait sous main d'abandonner l'entreprise, s'il obtenait de Char- Tnhf

tlEiapIt

les VIII un dédommagement pécuniaire. Charles s'estima «itre heureux d'obtenir à ce prix la paisible possession de la <5iirïw v Bretagne et il signa avec Henri VII (3 novembre 1492), flitâî à Etaplcs, un traité par lequel il s'obligeait à lui payer sept cent quarante-cinq mille écus, soit comme remboursement des sommes avancées à la Bretagne, soit comme arrérages de la pension due à Edouard IV : il stipulait en outre une rente annuelle de vingt-cinq mille écus pour. Henri et ses héritiers. Ainsi toutes ces menaces et tous ces immenses préparatifs de guerre s'en allèrent en fumée. Le roi d'Angleterre fit entrer dans ses coffres, avec l'or de la France, la plus grande partie des sommes qu'il avait obtenues pour la conquérir, et il gagna de la sorte, selon l'expression de son historien, sur ses sujets par la guerre et sur ses ennemis par la paix *.

Henri VII fut sans doute aussi porté à conclure une paix si précipitée avec la France, par les nouvelles difficultés que lui suscita la duchesse douairière de Bourgogne, en créant un nouveau prétendant au trône, dans la personne d'un jeune aventurier, nommé Perkins

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