I. VaUingbani
reproduisirent la plupart des clauses qui avaient été rejetées l'année précédente ; ils portèrent que la Guyenne, le Poitou, la Gascogne, au midi; le Ponthieu et Calais, au nord, demeureraient en toute propriété au roi d'Angleterre; qu'Edouard renoncerait à ses prétentions sur la couronne de France et sur le reste des provinces possédées autrefois par ses ancêtres, et que Jean paierait trois millions d'écus d'or pour sa rançon.
Oc retour dans son royaume, le roi Jean tenta en vain de faire exécuter le traité de Itretigny. Sa rançon n'était pas encore payée quand un de ses otages, le duc d'Anjou, son fils , s'échappa et revint à Paris. Impatient, dit-on, de se justifier de tout soupçon de complicité dans la fuite du prince, le roi retourna en Angleterre, fidèle à cette belle maxime qu'on lui attribue : Si la bonne foi était bannie du reste du monde, il faudrait qu'on la retrouvât dans le cœur des rois K 11 mourut en 1364, et son fils Charles, déjà célèbre comme dauphin, fat, sacré roi de France.
Ce prince, par sa prudence et son habileté, répara Mort les fautes de son père : son principal mérite fut la 1 cb™JcJc*vn' sagacité avec laquelle il apprécia les circonstances et lui m,«*<|*' les hommes, se ménagea d'utiles alliances, saisit tou- (I3C4) jours le moment favorable pour attaquer ses ennemis, et s'attacha d'habiles ministres et de grands ca-
I. Quelques auteurs, et cotre tutret Rapin Thoiras (Mit. d'Ânyl., t. m), n'ad niellent point que te motif nit suffi pour déterminer le roi à retourner à Londres. Il» fondent leurs raisons »ur l'art. XXII du traité de Bretigny, par lequel le roi, dan» le cas de l'évasion d'un otage, n'était tenu qu'à en renvoyer tm autre. — Voy. re traité dans le I. V! de Rymer.
32 LIVRE Ut. CHAPITRE I.
pitaines, a la tète desquels apparaissent Boucicault, olivier Clisson et le vaillant Duguesclin : nul plus que celui -ci ne jeta d'éclat sur son règne. Simple gentilhomme breton, sans beauté, sans grâce, sans fortune, d'un esprit si peu ouvert qu'on n'avait jamais pu lui apprendre à lire, il n'avait rien en apparence de ce qui annonce le héros, hors la valeur. Dieu semblait l'avoir fait naître contemporain de Charles V pour sauver la France : «âme forte, dit son historien, nourrie dans le fer, pétrie sous les palmes
Camille et dans laquelle Mars fit école longtemps. » Son premier exploit fut une victoire sur les Navarrois et les Anglais à Cocherel, et celle-ci soumit à Charles V presque toute la Normandie.
Bataille La guerre continuait toujours en Bretagne entre les deux prétendants, Monlfort, allié des Anglais, et
(m4) Charles de Blois, soutenu par la France. Cette longue et sanglante querelle fut enfin vidée dans les champs d'Auray, où se livra, en 1364, une des batailles les plus mémorables dont il soit fait mention au moyen âge. Les deux prétendants, Montfort et Charles de Blois, étaient en présence, mais les chefs véritables étaient les deux hommes qui avaient acquis le plus grand renom militaire à cette époepic : Duguesclin commandait pour Charles, et l'anglais Jean Chandos pour Montfort. Les Français étaient les plus nombreux et ordonnés par Duguesclin d une façon savante et admirable. L'esprit guerrier de ces temps respire dans les pages où Froissard nous montre les Anglais euxmêmes saisis de ce spectacle et regardant avec grand plaisir leurs ennemis chevauchant si serrés, qu'on n'eût
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pu jeter une balle 1 entre eux, qu'elle ne tombât sutla pointe des lanees : « Ceux-ci, dit-il, les gens d'armes français, s'arrêtèrent et se mirent en arrêt et en bon ordre pour bientôt combattre, car ils n'espéraient autre chose et en avaient grand désir2. »
Charles de Blois, par le conseil de Duguesclin, partagea son armée en trois corps de bataille avec une réserve : Chandos, après avoir longtemps et attentivement considéré les dispositions des Français , fit les siennes à son tour, et après avoir partagé aussi, selon l'usage, ses forces en trois batailles ou divisions principales, il forma une arrière -garde, dont il donna le commandement à un vaillant chevalier, Hue de Cavcrley. Mais ce dernier, honteux et courroucé d'une telle charge, la refusa, priant pour Dieu et à mains jointes qu'on y mît un autre, car il voulait combattre tout des premiers. Chandos, après de longs et vains efforts, lui dit , les larmes aux yeux : « Messire Hue, il faut que vous le fassiez ou que je le fasse, regardez lequel vaut mieux : » à cette parole, messire Hue, tout confus, se ravisa : « Certes, dit-il, je sais bien que vous ne requerreriez nulle chose qui tournât à mon déshonneur » : il prit donc cette dernière bataille, se rendit en arrière des autres avec elle, et se mit en ordonnance. Des deux parts combattaient les hommes les plus renommés par la naissance et par la valeur : les seigneurs d'Auxerre, de Rohan, de Rieux, de Rochefort et une foule d'autres de premier rang com-