X- i i » r» i ,t d'Ann» B.dtyn
contirma le mariage du roi avec Anne Boleyn, et enfin le l,r juin suivant, elle fut couronnée reine. Ce divorce conclu sans l'autorisation du saint-siége, cette sentence rendue par l'archevêque dans une cause que le pape avait évoquée à lui-même, constataient déjà une rupture éclatante avec Home et marquaient le premier pas de Henri VIII vers une séparation complète. Cet acte fut suiv i de plusieurs autres qui, en frappant le clergé, eurent pour effet de le rendre docile ou de l'asservir.
Sous l'autorité de Wolsey, agissant comme légat du pape, le cierge presque tout entier, dans ses rapports particuliers avec le saint-siége, s'était rendu complice des actes, qui, en v iolant d'anciens statuts, avaient attiré sur le cardinal le ressentiment du monarque : une procédure fut ouverte contre les évêques, et aucun ecclésiastique ne pouvait plus se croire en sûreté. Le clergé eut alors recours, dans une pétition célèbre, à la miséricorde du roi, qui lui vendit son pardon pour une somme énorme, et qui reçut à cette occasion, pour la première fois, le titre de Protectei r ni cierge et de chef
I . Quid \<".o, dit le cardinal Polr, duiis une lettre a damner, an non tecum ip»e ndrU», rum Unquam leveru» judet rrgi mina» intentant? (P..li, Epiil .)
31 i LIVRE IV. CHAPITRE I.
suprême de l'église d'Angleterre , titre qui depuis passa rapidement dans les actes publics du parlement.
Henri VIH voyait dans les richesses du clergé une mine inépuisable, et son ministre Cromwell s'entendait à l'exploiter. Il tenta son maître en lui présentant l'appât des dépouilles de l'Église et lui parla des succès obtenus par les princes allemands qui s'en étaient récemment emparé. Henri VIII prit alors une suite de mesures qui tendirent toutes à séparer l'Église d'Angleterre du saint-siége.
NouTcaui Par divers statuts des années 1533 et 1534, l'Église naims. d'Angleterre fut soustraite à l'obédience du pape. Les d'ohed.cncc appels à Rome furent prohibés par les peines du
de
l'Êciisc statut de Prœmunire : le clergé reconnut qu'il ne
' au nTpeT pouvait adopter aucune constitution sans l'assentiment
...o du roi : l'élection et la consécration de tous les pré-
lats furent considérées comme affaires de régime intérieur et domestique : toute contribution pécuniaire, appelée le denier de saint Pierre et impose e par l'évêque de Rome fut abolie : tout pouvoir légal pour accorder des permissions et des dispenses fut transféré du pape à l'archevêque de Cantorbéry : le roi fut proclamé, après Dieu, seul empereur du royaume et chef suprême de l'Église d'Angleterre, ainsi qu'il avait été reconnu dans les assemblées ou synodes du clergé à qui seuls appartenait le droit de faire des règlements pour l'Eglise et de les rendre exécutoires avec l'assentiment des lords assemblés en parlement. Un autre statut régla l'ordre de la succession à la couronne, confirmant les jugements prononcés parCranmerau sujet des deux mariagesduroi. et assura le trône aux descendants de Henri VIH et de son
Ml. Mil VIII. 3|.N
épouse la reine Anne, seulereconnuelégitime. L'exécution de ce statut fut garantie par une clause terrible et digne du tyran le plus sanguinaire : quiconque, par actions, écrits ou paroles, chercherait à attaquer ou à invalider le mariage du roi avec la reine Anne, ou à calomnier ou à discréditer quelqu'un de leurs descendants, serait, avec tous ses fauteurs et adhérents, déclaré coupable de haute trahison, et puni de mort pour ce crime *.
Dans la session suivante, un acte précis et plus explicite déclara le roi chef suprême sur la terre de l'Eglise d'Angleterre, et lui accorda plein pouvoir de corriger et condamner toutes erreurs, toutes hérésies, tous abus, etc. , qui pourraient être réformés et redressés par une juridiction ecclésiastique. Les premiers fruits et le dixième du revenu de tous les bénéfices ecclésiastiques furent accordés à Henri VIII, et il fut fait sur leur produit une enquête, source et prélude d'innombrables rapines; enfui un serment d'adhésion au nouvel ordre de succession au trône, fut prescrit à tous les sujets du roi, sous peine de mort, et plusieurs clauses y furent jointes, portant reconnaissance de la suprématie du roi pour chef de l'Église d'Angleterre, et rejet absolu de l'autorité de lévèque de Rome 2.
Rien n'est plus étonnant dans l'histoire d'Angleterre , que la facilité avec laquelle une si grande révolution s'accomplit au milieu de circonstances peu favorables. En effet, l'une des premières conditions à remplir pour tout homme qui apporte un changement quelconque à la religion d'un peuple est de le convaincre de sa sincé-
l.Sfcft'* du royaume, '2^ ton. de Hemi MU, « . I». 2. I6irf. , 2h- «nn. <lr Henri VIII.
rite; mais alors, et, quelque modification que le temps el d'autres causeseussent apportée aux tendances religieuses des esprits, il était difficile de croire aux convictions de Henri VIII. Aucun prince n'était moins propre à donner confiance dans la pureté desmolifsqu'ilapportaità l'œuvre d'une révolution religieuse ; et quoique son impitoyable rigueur domptât sur-le-champ toute résistance faible ou équivoque , il est étrange qu'il n'ait pas eu à lutter contre un plus grand nombre d'àmes héroïques, affermies dans leur foi, et à l'épreuve des séductions comme des menaces.
Il s'en présenta cependant pour l'honneur du royaume, et les flammes des bûchers comme le sang des échafauds marquèrent la voie nouvelle où Henri s'engageait. La première personne qui souffrit pour ses convictions fut une femme nommée Elisabeth Barton, connue, sous le nom de la sainte fille de Kent, par sa foi ardente, et qui passait à ses propres yeux comme à ceux du vulgaire pour douée du don des visions surnaturelles et des miracles : on l'accusa de s'être élevée contre les droits du roi, et de l'avoir menacé de la colère du Tout-Puissant s'il procédait à un second mariage et se séparait du saint-siége. Déclarée, ainsi que ses adhérents, coupable de haute trahison, Elisabeth Barton fut avec eux condamnée et mise à mort. In arrêt aussi rigoureux frappa quelques pieux ecclésiastiques, au nombre desquels étaient les prieurs et quelques moines des trois chartreuses de Londres , qui avaient refusé de reconnaître la suprématie spirituelle du monarque. Poursuivis et interrogés par son ministre, Thomas Cromwell. ils furent tous déclarés cou-
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pables par un jury épouvanté , et subirent a Tyburn l'horrible peine des traîtres. L'impitoyable Henri VIII (il rendre ensuite, et pour la même cause, un bill d'attainder contre le vénérable prélat Fisber, célèbre par son savoir et par ses vertus. Le pape Paul III, successeur de Clément VII, espéra, en l'élevant davantage, le mettre au-dessus des atteintes du monarque irrité, et le créa cardinal : mais Henri vit dans cette promotion un déti jeté par le pontife à l'exercice de son autorité souveraine. Le pape, dit-il, pouvait envoyer le chapeau de cardinal, mais Fisher n'aurait plus de tète pour le supplice porter, et il la fit tomber sous le fer du bourreau. du ca"li"»1 Le sang d'une autre victime, plus illustre encore, s'il est possible, appela sur Henri VIII la malédiction de tous les cœurs vertueux, et voua son nom à un opprobre éternel. 11 serait difficile, dit Mac-Intosh1, de trouver dans l'histoire, jusqu'au xvr siècle, un homme plus digne que sir Thomas More d'être comparé à Bocce par l'alliance si rare de la vertu, du génie, de la science et d'une philosophie douce qu'il savait appliquer avec un rare mérite aux lois et aux affaires. Il fut, dit le même auteur, le premier Anglais qui se distingua comme orateur, le premier écrivain en prose de cette époque qui soit encore intelligible aujourd'hui , et probablement aussi le premier laïque qui ait été chancelier d'Angleterre. Ennemi des persécutions 2, mais catholique zélé, il avait prévu que le divorce conduirait Henri VIII à une
I Mil. d'AngUt.
2. Ce (ail i élé éclaire, par lord Campbell [a), qui a ultérieurement réfuU toute» le* aiuquei annuelles l'illustra chancelier a élé en bulle inr ce poinl.
\m) Vit à* ,tr 7»om.M Mort.
:U8 LIVHK IV. UIAFITKF I.
riifiiurc avec Home, et pour éviter d'y concourir, il s'était démis, Tannée précédente, de sa charge de chancelier : plus tard il s'attira le ressentiment d'Anne Boleyn, en refusantde donner une approbation tacite à son mariage par sa présence, et il fut exposé par ce fait seul à plusieurs épreuves dont il sortit victorieux à sa gloire. Mais lorsque le roi eut enfin rompu toutes les digues et se fut déclaré le chef de l'Eglise, More refusa de prêter le serment touchant la suprématie spirituelle du monarque, et de se prononcer sur la légalité du divorce. Le roi furieux le fit enfermer à la Tour, et ordonna d'ins* ' truire son procès. Traduit en jugement l'année suivante, devant la cour présidée par le nouveau chancelier, lord Audley, son successeur, il fut accusé de haute trahison d'après l'acte monstrueux du parlement, qui déclarait punissable de mort toute action de nature à préjudicier aux droits des enfants de Henri VIII et d'Anne comme héritiers du trône. More consentit néanmoins à prèterle serment pour la succession au trône, mais il refusa d'adhérer au préambule qui impliquait le refus d'obéissance au pape considéré comme autorité spirituelle. Accablé par une déposition calomnieuse du procureur général Rich, et contraint à s'expliquer devant ses juges sur la question du divorce de Henri VIII, il déclara qu'après avoir examiné la question durant sept années, le mariage du roi avec Catherine n'avait point cessé de lui paraître valide. « Prétendez-vous donc, lui demanda le chancelier, être plus savant à vous seul et avoir la conscience plus pure que tous les évêques , les docteurs, les nobles etlescommunesde ce pays? — Pourunévêquequi estde vntreeôté, répondit More , je puis produire du mien
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cent véritables évéques catholiques, et à un royaume je puis opposer le consentement unanime de toute la chrétienté pendant mille ans. » More fut condamné à condamnation subir le supplice des traîtres : le roi commua sa peine *l wff ** en celle de la décapitation , et l'inique sentence fut '^{^^ exécutée le 7 juillet de l'année 1535. Ses derniers mo- More ments furent adoucis par l'inexprimable tendresse de (1535) sa fille chérie, Marguerite Roper, dont Erasme a dit qu'elle fut, par sa science, son génie et sa beauté, l'ornement de la Grande-Bretagne et il conserva jusqu'à la lin cette douce tranquillité dune âme pure, bienveillante, naturellement enjouée, et toujours maîtresse d'elle-même.
Il s'éleva dans toute l'Europe contre Henri VIII, après le supplice de sir Thomas More, un cri général d'indignation et d'horreur. Paul Jove, historien italien, compara la tyrannie de Henri à celte cruauté fabuleuse personnifiée dans les légendes. L'empereur Charles Quint dil à l'ambassadeur d'Angleterre : « Si j'avais eu un serviteur semblable à celui que le roi voire maître a fait mettre à mort, j'aurais plus volontiers perdu la meilleure ville de mes états qu'un pareil conseiller-. » Mais quelque in ■ dignation qu'ait soulevée la mort de l'illustre et vertueux chancelier sir Thomas More, Henri VIII excita plus d'horreur encore en souillant ses mains d'un autre sang, et se surpassa lui-même en barbarie lorsque, lassé des charmes qui l'avaient tant séduit, il traîna sur l'échafaud la jeune Anne Boleyn , sa femme infortu-
1 . BritMMÏS suff dtt-u», Epiai. Vlricoab llultcn, 2. Hopcr, Vf§ de Thomm Vorr.
née. Si cette prineesse, digne, malgré ses fautes, d'une éternelle pitié , fut complice des procédés cruels dp Henri VIII envers sa première femme, et causa sa disgrâce autrement que par sa ravissante beauté, jamais torts graves ne furent expiés par un plus douloureux retour de la fortune, qui parut se plaire à l'accabler par les moyens mêmes qui avaient aidé à son élévation, et Catherine d'Aragon fut trop vengée. Cette princesse déchue, mais d'une âme toujours royale, avait achevé ses jours, solitaire et minée par la douleur, dans son obscure résidence de Kimbolton, dépouillée de tout l'appareil de la grandeur humaine, privée aussi de la compagnie de sa fille Marie, que l'inflexible Henri VIII refusa, jusqu'à sa dernière heure, à ses instantes prières. Se sentant mourir, elle écrivit au roi une lettre touchante, cherchant à l'émouvoir pour leur unique enfant, sollicitant ses bontés pour ses femmes et ses serviteurs. Elle était morte ainsi, chrétienne et résignée, mais en reine, sans jamais perdre la mémoire de ce qu'elle devait aux droits de sa fille, à sa propre naissance et à sa dignité Quelques mois a peine s'étaient écoulés depuis sa mort, lorsque la destinée accabla sa rivale jusque-là triomphante
I. Quelque» parules que Shakespeare met dans la bouche de Cilheriee d'Aragon sur le point d'expirer, nous la retracent avec une vérité parfaite :
When I a m dead
Lcl me bc usMwith honor; slrcw me over
Wilh maidm fluwcrs, thaï ail ihe wnrld raay know
wasa cbaslo tvife to m y grate : cmbalro me, Then lay me forlh : allhough unqucen'd, yel like A queen, and daugbler to a kipg, inter me. I ea«i no more
Uinry VIII, arl. iv, se. Il
par les mômes moyens qui avaient aidé à son élévation. Le roi distingua dans la suite d'Anne Holeyn, une jeune et noble demoiselle, d'une beauté accomplie, Jeanne Seymour, et s'éprit soudain d'un violent amour pour elle. Anne cependant, après lui avoir donné une fille, destinée, sous le nom d'Elisabeth, à la plus haute célébrité, était devenue enceinte une seconde fois: mais pressentant sa disgrâce par les nouveaux procédés du roi à son égard, l'effroi qu'elle en conçut la fit avorter, et elle mit au monde a\ant terme un enfant mâle qui ne vécut pas. Le roi, trompé dans son ardent espoir d'obtenir un héritier, reprocha en termes violents à la malheureuse mère eette perte si cruelle pour elle-même, et qu'il aurait dû imputer à ses propres emportements. Sa mort était arrêtée d'avance dans le cœur féroce de son époux, qui ne cherchait plus qu'un prétexte, et qui recueillit avidement les noms de ceux que la haine et la calomnie donnaient pour amants à la reine. Celle-ci, aux joutes de Greeirwich, ayant laissé tomber un mouchoir qui lui fut, dit-on, rendu avec une démonstration passionnée par un gentilhomme appelé Henri Norris, le roi sortit tout à coup des lices en fureur : il ordonna qu'elle fut enfermée dans son appartement, et lit jeter, dans les cachots de la Tour, Norris et trois antres, qu'il accusait d'avoir eu part, comme lui, aux faveurs de leur souve- Disrnàce raine. Anne elle-même fut menée de Greenwich à la d Anne B*leT"' Tour le lendemain. Tombant à genoux devant la porte («mgj de celte forteresse : « 0 mon Dieu, s'écria-t-elle, secourez-moi , vous qui savez que je suis innocente dii crime dont on m'accuse î » Conduite dans l'appartement qu'elle avait occupé lors de son couronnement, h. m
ce souvenir l'accabla : « Il est trop beau pour moi, ditelle; Jésus, ayez pitié de moi! » Elle s'agenouilla encore, versa un torrent de larmes, et fut saisie au milieu de ses pleurs d'un accès de rire hystérique. Des femmes placées auprès d'elle pour l'espionner rapportaient au roi avec un zele impitoyable chaque mot qui lui échappait dans son délire, puis tourmentaient l'infortunée par des questions insidieuses et barbares, interprétant contre elle et à sa ruine jusqu'aux cris que lui arrachait la frénésie du désespoir. Cependant elle n'avait cessé, disait-elle, d'être épouse Adèle du roi, et elle protesta jusqu'à la fin, de son innoceuce.
L'archevêque Cranmer fit un etlbrt pour la sauver; il écrivit à Henri VIII , implorant sa merci en faveur de celle qui avait été si récemment sa vie et ses seules délices. Anne elle-même adressa au roi une lettre où elle lui disait, entre autres paroles belles et touchantes : « Vous m'avez choisie dans un humble rang pour être votre reine et votre compagne, ce qui était beaucoup plus que je ne méritais et que je ne désirais. Si Vous m'avez alors trouvée digne d'un tel honneur, que votre Grâce ne souffre pas qu'une légère fantaisie ou les mauvais conseils de vos ennemis détournent de moi votre faveur, et que ce reproche, cet indigne reproche d'avoir eu un cœur déloyal à l'égard de Votre Grâce, jette une tâche si infâme sur votre épouse très-soumise,
et sur la jeune princesse votre fille Mais si vous
a>ez déjà décidé de mon sort, ma dernière et seule prière sera que je puisse supporter seule le fardeau du déplaisir de Votre Grâce, et qu'elle ne tombe pas sur les innocentes âmes de ces pauvres gentilhommes, qui, comme
HENRI VIII. 32,'i
je l'apprends, sont aussi détenus en prison à cause de moi. Si j'ai jamais trouvé grâce à vos yeux, si jamais le nom d'Anne de Boleyn a été agréable à vos oreilles, accordez-moi celte prière K »
Le tyran fut inflexible : ils étaient quatre et furent tous condamnés à mort et exéculés au milieu des témoignages de l'indignation publique et d'une sympathie universelle. Un seul, nommé Smeaton, eut l'infamie de témoigner contre la reine, espérant racheter ainsi sa propre vie ; sa lâcheté ne le sauva pas, il périt avec les autres. Le frère de la reine, George Boleyn, vicomte de Rochefort, accusé comme eux de s'être laissé séduire par ses artifices, fut également mis à mort. Elle parut la dernière devant ses juges ou plutôt devant ses plus cruels ennemis : mais éprouvée par tant d'horribles angoisses, son âme s'était élevée au-dessus des terreurs de la mort qui déjà lui apparaissait comme un soulagement. Sa défense fut admirable, et quand la sentence eut été prononcée, elle s'écria, joignant les mains, et levant les yeux au ciel : « 0 père des hommes, toi qui es la voie, la vérité et la vie, tu sais si j'ai mérité une pareille mort. » Conduite deux jours après son jugement à Lambeth, où son mariage avait été solennellement bénit, elle l'entendit rompre et déclarer nul pour certains empêchements demeurés secrets, par le même homme qui l'avait consacré, par le primat Cranmer, qui n'osa se dérober à tant d'infamie. Anne, le matin du dernier jour, protesta de nouveau de son innocence devant le lieutenant de la
4. Un fac-similé d'une partie de celle lettre célèbre citste au musée britannique. Elle a été trouvée dans la correspondance de Kingston, lieuleuant de la Tour h celle époque.
Tour, Kingston : elle s'affligea d'un retard de quelques heures apporté à son exécution : puis, passant la main sur son cou, elle dit en riant qu'étant fort mince, il ne serait pas très-difficile à trancher. Si l'on songe de quel faîte elle était tombée, on comprendra, par ces simples paroles de Kingston, qui ne la quitta point dans ses derniers moments, tout ce qu'elle eut à souffrir : « J'ai vu dit-il, exécuter des hommes et des femmes, et ils montraient beaucoup d'affliction; mais cette dame trouve du plaisir et de la joie dans la mort, m
Elle parut être sur l'échafaud la seule personne qui eût conservé tout son calme. Elle s'agenouilla et pria Dieu pour le roi sans lui reprocher sa mort, le remerciant même des bontés qu'il avait eues pour elle, évitant avec soin toute parole , toute expression qui aurait pu provoquer de nouveau sa colère et mettre en péril leur fille Elisabeth : elle fit elle-même les derniers et funèbres apprêts, tandis que la plupart des assistants fondaient en larmes, et s'agenouillant de nouveau avec humilité, elle répéta plusieurs fois : « Jésus, daigne accepter mon âme!» et elle reçut le coup mortel.
Aucun fait ne fut prouvé contre elle, et il n'y a rien à conclure au préjudice de son honneur, de quelques paroles incohérentes qui lui échappèrent dans le délire, ou des aveux d'un misérable, démentis par ceux qu'il nommait ees complices, et bien moins encore de la sentence qui la déclara coupable sous un règne pendant lequel la \ertu était le plus sur chemin de l'échafaud. la conduite de Henri VIII dans cette circonstance, comme dans la condamnation de sir Thomas More, a été noblement stigmatisée par 1111 célèbre historien déjà cité : L'homme a
des limites, dit-il, dans le mal comme dans le bien ; mais par ces deux faits de barbarie épouvantable, Henri approcha peut-être du modèle idéal d'une monstruosité parfaite, autant que le permet la faiblesse de la nature humaine ».
Henri VIII, après avoir par ses cruautés porté la plus profonde atteinte à la morale, et sapé, par la soustraction d'obéissance au saint-siége, l'un des principaux fondements de la foi catholique romaine et le dogme le plus important peut-être en ce qui touche l'unité de la doctrine, eut l'inconcevable audace de se donner pour le défenseur de l'orthodoxie catholique; il ordonna que toute personne atteinte et convaincue d'hérésie et refusant d'abjurer son erreur, fût remise au pouvoir séculier pour être brûlée publiquement afin de servir d'exemple. Peu après, en 1536, parut un autre statut ou acte du Situation Soul parlement par lequel tout officier public, civil ou ecclé- eMflpl^* siastique, tout individu tenant une place ou un fief de ,t**8,e,trr>
1 relativement
la couronne, ou étant au service du roi, tout religieux * l'Eglise, profès, toute personne recevant les saints ordres ou prenant un grade dans une université, devait prêter serment de renoncer à l'évèque de Rome et à son pouvoir, et de considérer le roi comme étant le seul chef de l'Eglise d'Angleterre , sous les peines portées contre le crime de haute trahison. L'Angleterre fut alors placée dans une situation qui ne ressemblait à celle d'aucun autre état de la chrétienté, soumise d'une part à la doctrine de l'Eglise catholique romaine, et reconnaissant, d'autre part, dans le roi un chef laïque à la tète de l'établissement religieux.