‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés (volume 2)Chapitre 93 sur 171 · I. Cavcmlitli, Vit du cardinal WMttff · texte numérisé non relu

I. Cavcmlitli, Vit du cardinal WMttff

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de provoquer sa colère par un refus immédiat, tandis que la moitié de l'Allemagne se séparait du saint-siége, el qu'une armée française maintenait en Italie l'influence du roi François Ier, allié de Henri VIII. Délivré de ses appréhensions sur ce dernier point, Clément VII résolut de s'opposer ouvertement à la dégradation de la reine d'Angleterre : il évoqua la cause à son propre tribunal et somma le roi de comparaître devant lui à Rome sous quarante jours.

Henri VIII, furieux de ces nouveaux délais, vit une insulte dans la citation du pontife, et le premier éclat de sa colère tomba sur Wolsey, auquel il reprochait d'avoir conspiré contre ses vœux avec la cour de Rome et entretenu avec le saint - siège une correspondance illicite dont Anne Boleyn , dit -on, pénétra le secret. Wolsey connaissait Henri : il savait qu'aucune résistance Di>RrftC0 ne pouvait être opposée avec succès à ses désirs ou à sa do Wo,*eTcolère : il se vit perdu ; il tomba dans le désespoir et ré- f isso) pandit un torrent de larmes. Il crut ne pouvoir prévenir le terrible éclat du courroux royal qu'en s'avouant coupable de la violation du statut de Prœmunire, qui défendait d'entretenir des relations avec le pape à i'insu de l'autorité du roi, quoiqu'il n'eût correspondu avec Rome que de l'aveu même de son maître; il tenta de le fléchir en lui faisant l'abandon des immenses richesses accumulées durant son ministère, et il lui donna son magni fique palais d'York, qui devint pendant deux siècles, sous le nom de Whitehall , la principale résidence des rois

1. rvja précédemmcnl , Wolicy avait donné ■ Henri VIII lu tpltndidr ré»i- <\mcc A<> Hamplmifourl. préi de Koitdrc».

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d'Angleterre Le roi ne l'accabla pas tout d'un coup, et parut, dans cette circonstance, céder tour à tour à la puissance de l'habitude qui le ramenait vers le cardinal et à la colère qui l'en éloignait. Un bill contenant quarante-quatre chefs d'accusation, ayant été présenté contre Wolsey au parlement et sanctionné par le vote de la chambre des pairs, le roi arrêta secrètement la poursuite : il permit qu'un des anciens serviteurs du cardinal, Thomas Cromwell, qui devait rapidement s'élever à sou tour dans la faveur royale, défendît son ancien maître devant les communes Le bill fut rejeté par cette chambre. Wolsey conserva lès revenus de son archevêché d'York et une rente de 1,000 marcs sur l'évèché de Winchester, et se mit en marche pour son diocèse avec une suite nombreuse. Mais Henri VIII ne souffrit jamais qu'une victime désignée lui échappât, et les délais, même volontaires, apportés par lui-même à sa fureur, là rendaient plus terrible. Wolsey était arrivé dans son diocèse où il s'acquittait religieusement des devoirs de son ministère, s'appliquant à gagner les cœurs des riches et des pauvres, et il avait tout disposé pour son installation solennelle lorsqu'il fut arrêté au nom du roi par le duc de Northumberland pour crime de haute trahison. L'ordre était donné de le ramener à Londres. On ne sut jamais d'une manière certaine la cause de celte seconde chute plus complète que la première. Le roi avait, dit-on,

4. Il parait constant, d'après le caractère connu de Thomas Cromwell, qu'il n'aurait jamais osé défendre Wolsey, s'il n'eût éle sur de l'approbation du roi. Celle opinion, qui esl celle du docteur Lingard et de lord Campbell («), semble I» plus vraisemblable.

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découvert une correspondance suspecte de Wolscy avec la cour de France, et ce qui parait hors de 'doute, c'est ipie, prévoyant à cette époque qu'il ne divorcerait d'avec Catherine qu'en rompant avec Rome, il craignit de rencontrer pour ses projets un obstacle dangereux dans le cardinal qui aspirait encore à la tiare. Anne Bolcyn eu jugeait ainsi et animait le roi à sa perte : c'était assez pour sa ruine. Ce dernier choc était trop violent pour Wolsey déjà gravement malade. Il fut conduit, de Cawood où il résidait alors, à Pontefract. de sinistre mémoire, et de là à Sheffield, où le lieutenant de la tour, Kingston, vint le recevoir avec une escorte d'hommes armés pour le conduire à Londres. Dans la soirée du troisième jour il atteignit l'abbaye.de Leicester, et sentant son mal empirer, il dit à l'abbé en entrant : « Mon père, je suis venu laisser mes os au milieu de vous. » Il mourut le lende- Morl.

du curlinal

main, et ses dernières paroles adressées à Kingston sont w i*ey. bonnes à méditer pour tous les favoris des princes et (1530) de la fortune : « Si j'avais servi Dieu, dit-il, avec autant de zèle que j'ai servi mon maître terrestre, il ne m'aurait pas abandonné dans ma vieillesse : ce que je souffre est la juste récompense des peines que j'ai prises pour être agréable au roi sans songer à mon devoir envers Dieu. »

Telle fut la fin de ce grand cardinal, qui captiva et rendit stable pour lui seul, durant vingt années, la faveur du plus capricieux des monarques. Il y parvint surtout par l'art profond avec lequel il étudiait ses inclinations inconstantes, changeant avec elles de langage et de «•«induite, mêlant les distractions aux choses sérieuses, et modérant sa fougue en caressant son amour-propre, ha-

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bile à lui faire considérer comme sienues et goûter comme s'il les eut conçues les mesures ordonnées en son nom. Peu scrupuleux dans le choix des moyens, et sans souci des lois ou des libertés du royaume, lorsqu'il s'agissait d'accroître la puissance de son maître ou la sienne ; jaloux cependant de la grandeur de l'État ; superbe avec ses ennemis, affable et bon pour ses amis et ses serviteurs, avide et généreux tout ensemble, il passa i t tour à tour, et selon la fortune, de l'extrême insolence à la plus basse humilité; il ne sut en un mot ni se commandera lui-même ni se contenir; mais il contint Henri VIII, qui ne donna qu'après sa mort pleine carrière à sa férocité. L'Angleterre lui sut gré du rôle important qu'il lui fit prendre en Europe, de son goût pour, les arts, de ses fondations utiles et magnifiques ; la postérité enfin lui tint compte de la mort chrétienne par laquelle il termina une vie trop féconde en scandales. Son éloge ou son excuse est dans l'histoire des temps qui suivirent sa chute, et la maladie qui l'emporta avant l'âge, dérobant sa tète a Henri VIII, fut pour Wolsey une dernière et signalée faveur de la fortune.

Seconde partie et fin du rt-vin* de Henri Mil. I M) — i;»47.

La chute de Wolsey rapprocha de Henri V1U des hommes plus souples encore et plus serviles, les ducs de Suffolk cl de Norfolk, anciens conseillers de son i>ère, et Thomas Cromvvell, qui de l'atelier d'un foulon, s'éleva au

plus haut poste dans l'Eglise et dans l'Etat. Le roi, par un étrange caprice, leur adjoignit dans l'éminente charge de chancelier sir Thomas More, l'homme le plus illustre et l'un des meilleurs de son royaume; mais dont il ne connaissait encore que la science et les talents, et qui souvent l'avait charmé par une conversation aussi enjouée que spirituelle1. On vit en même temps grandir sur la scène le docteur Thomas Cranmer, savant théologien de Cambridge, devenu bientôt fameux à divers titres. Cranrner avait un des premiers suivi le mouvement imprimé par Erasme à la culture des lettres antiques dans le nord de l'Europe ; il était regardé comme une des lumières de l'université, lorsque Henri VIII l'envoya sur le continent, chargé de diverses missions relatives à son divorce. Là, il épousa une femme de la secte de Luther, dont il avait en grande partie et à l'insu du roi, adopté les doctrines, lorsqu'en l'année 1533, Henri VIII ayant besoin d'un instrument souple et docile pour gouverner sous lui le clergé, nomma le docteur Cranmer au siège primatial de Cantorbéry. Cranmer avait précédemment, et de concert avec sir Thomas More, engagé le roi à con-

I. Le roi trouvait un tel agrément dans l'entretien de sir Thomas More, qu'il allait quelquefois le surprendre a l'improviste à sa résidence do Cbclsea : il dînait avec lui et ils passaient familièrement la soirée ensemble. Dans la vio de More écrite par son gendre Roper. ce dernier rapporte que le roi, dans une de ses vi»iles, parut un jour si ravi, qu'il se promena une beure entière avec sir Thomas, tenant le bras passé autour de son cou. Celui-ci cependant ne fut pas ébloui par un signe si prononcé de la fav. ur royale, et comme son gendre le félicitait : Oui, répondit More, Sa Grèce se montre trèabonue pour moi, et elle m'honore singulièrement : néanmoins, fils Uoper, je n'ai pas lieu de m'euorgueillir ; car si ma tète en tombant pouvait lui donner seulement un fortin en France, bien certainement elle tomberait. (Roper, vië 4i Ihtmut Mort.

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sulter sur la \alidite de sou premier mariage les principales universités de l'Europe. Celles-ci furent partagées d'opinion : les deux universités d'Angleterre, Oxford et Cambridge, et celle d'Italie furent favorables aux vœux du roi : il trouva une vive opposition dans celles d'Allemagne, et Luther s'éleva avec force contre lui, déclarant que Henri V LU serait moins coupable en prenant à la fois deux femmes qu'en répudiant la sienne. Le roi cependant déguisant les échecs, ne fit mention dans ses missions au parlement, que des réponses favorables qu'il avait obtenues, etCranmer s'appuya d'elles pour obtenir l'assentiment des deux chambres de la convocation du clergé aux désirs du roi.

L'impatience de Henri VIII renversa tous les obstacles : il avait résolu d'épouser Anne Boleyn, et déjà, eu septembre 1532, il l'avait établie à sa cour avec le titre de marquise de Pembroke. Après une résistance de six ans, elle s'était laissé vaincre, et au mois de janvier suivant, une grossesse s étant déclarée, un mariage avait été secrètement conclu. Cranmer alors, dans une lettre habilement concertée avec le roi lui-même, représenta à Henri les malheurs auxquels une succession disputée exposerait la nation, et le supplia humblement de lui permettre d'entendre et de juger la cause, prenant Dieu à témoin qu'il n'avait en cela d'autre but que le bien de sa conscience et celui du royaume. Le roi fit gracieusement droit à celle requête, rappelant toutefois que la juridiction spirituelle appartenait à la couronne, et que le souverain n'avait aucun supérieur sur la terre. L'archevèque procéda au jugement, et cita Catherine d'Aragon a comparaître devant lui a Dunstable : la reine de-

Mai iaj',0 de Henri VIII

HLM ! VIII. 3,3

daigna cette sommation et ne comparut pas. Craumcr Divorce «lu roi

° r et de Catherine

alors déclara nul et non valide le mariage entre elle d'Argon, et Henri, comme contraire à la prohibition divine : [\nt) puis communiquant cette décision au roi, il l'exhorta gravement à se soumettre à la loi de Dieu , ( t à éviter les censures qu'il encourrait nécessairement s'il persistait dans un commerce incestueux avec la veuve de son frère ». Huit jours plus tard, à Lamheth, Cranmer ci

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