‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés (volume 2)Chapitre 96 sur 171 · I. Slaluti du royaume, 28* année Je Henri VIII, c. VU · texte numérisé non relu

I. Slaluti du royaume, 28* année Je Henri VIII, c. VU

lue à ses décisions, après avoir refusé là sienne à l'aulorité suprême, reconnue et consacrée dans toute la suile des siècles, par cette Eglise même dont il se disait le défenseur. Un orgueil féroce était le principal mobile de ses actes et il se souvint, pour le malheur de ses adversaires, qu'il avait étudié, dans sa jeunesse, les questions les plus ardues de la théologie. Il se plaisait à interroger lui-même les opposants, il mettait son triomphe à les convaincre, et venait-il à échouer, le bûcher où il les précipitait, vengeait l'offense faite, non à la majesté divine, mais à la sienne propre. C'était surtout le dogme de la transsubstantiation qu'il avait à cœur de défendre et nul ne le contestait sans s'exposer à périr cruellement dans les flammes. Parmi les nombreuses victimes que son vicaire général Cromwcll et l'archevêque Cranmer livrèrent au bras séculier par ses ordres, dans le cours de l'année 1538, aucune n'excita autant d'intérêt que le malheureux Lambert, prêtre et maître d'école à Londres, qui détenu en prison plusieurs années, pour avoir nié la présence réelle, et cité pour ce fait devant la cour archiépiscopale, en appela de l'archevêque au roi lui-même. Henri VIII reçut avec empressement cet appel comme une occasion de déployer sa science et son pouvoir. La question fut débattue en public et dans le plus grand appareil, entre le roi assis sur son trône et l'infortuné maître d'école, en présence de la cour ecclésiastique et des princes spirituels et temporels Lambert

I. Cromwel, dans une de «es letlrw, rend ainsi compte de celle scène: « .... Sa Majeslé royale , d'il il , u prési«lé au procès, h la discussion cl au jafjemenl d'un misérable bérélique sacramenla rc, qui a rlé brûlé le 20 novembre. Il élail merveilleux de voir avec qu. l air de prime, .juche admirable p,ravi»e.

ayant refusé de se laisser convaincre par les arguments de la bouche royale, mourut sur le bûcher avec une constance héroïque.

Les prétentions de Henri VIII à maintenir le dogme, après avoir fait à l'Eglise d'incurables blessures, en la privant dans le clergé régulier de ses plus zélés défenseurs et en la séparant de son chef spirituel, étaient aux yeux de la cour romaine outrageantes et dérisoires. Le pape Paul III résolut enfin de faire tomber sur sa tète le châtiment jusque-là suspendu et ordonna de publier une bulle, longtemps tenue secrète, et rendue contre lui après l'exécution barbare du cardinal Fisher et de sir Thomas More, justement considérés à Home comme martyrs de leur attachement à la suprématie papale. Cette bulle, conçue dans les termes les plus violents, fait comprendre combien les prétentions des papes sur le temporel des Bulle

.t . . ... , ,, . àc Paul III

princes étaient encore, au xvi* siècle, ce qu elles avaient coirire été au moyen âge, exorbitantes et inconciliables «avec les H*ari vm droits des couronnes. Elle donnait à Henri quatre-vingtdix jours, et «à ses complices et partisans soixante, pour se repentir et comparaître à Borne en personne ou par procureur. Dans le cas où ils feraient défaut, elle excommuniait le roi et ses adhérents, le privait de la couronne, déclarait les enfants qu'il avait ou qu'il aurait d'Anne Boleyn et les enfants de ses partisans, issus de leurs femmes légitimes, inhabiles à hériter durant plusieurs générations, mettait en interdit ses possessions et

quelle inestimable majetlé Son Allmc exerçait l'emploi de chef suprême de l'EgliM d'Angleterre , a»cc combien de bénignité Sa tiràce inU»rro«,eait ce miarable boniiite, combien étaient lotie» cl réelle» les raisons que Son Alliée Jléguait. » {Mire de Kromwel à M'yo/, ni. de Linj».itd.)

ses biens, déliait ses sujets et les tenanciers de ses adhérents de leur serment d'allégeance et de fidélité, et leur commandait de prendre les armes contre leur souverain et leurs anciens seigneurs, rompait tous les Iraités et alliances entre Henri et les autres puissances, en tout ce qui pouvait être contraire à cette sentence, défendait à toutes les nations étrangères de commercer avec ses états et les exhortait à s'emparer des marchandises de toutes les personnes qui lui obéissaient encore dans son schisme et dans sa rébellion et à les réduire elles-mêmes en captivité'.

Paul III chargea en même temps son légat, le cardinal Pôle, d'une mission secrète auprès de l'empereur Charles- Quint et de François Ier, à l'effet d'obtenir leur assistance pour mettre la bulle à exécution par la force des armes, en offrant à eux et au roi d'Ecosse le partage des états de Henri V1H. Mais ces deux grands souverains, soit qu'ils fussent blessés des clauses de la bulle, offensantes pour les couronnes, soit qu'ils ne se sentissent point assez forts pour la soutenir, n'en permirent ni l'un ni l'autre la publication dans leurs états 2. Henri VIII fut VMiR«inc« instruit de cette négociation et fit retomber sa colère d'une manière effroyable sur la famille du cardinal, à laquelle il était allié de très-près par le sang 3. Il sa-

Page 1