‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés (volume 2)Chapitre 98 sur 171 · Fox · texte numérisé non relu

Fox

3. La chute des abbés mitrés, dit M. ILillam, changea la proportion des deux ordres qui composaient la chambre haute du parlement. Quoique le nombre d« abbés et des prieurs convoqués variât beaucoup dans les divers parlements, toutefois, en comptant avec eux les vingt-un évèqucs, ils l'emportaient beaucoup en nombre sur les pairs temporel». (!tift. cnn$lil , c. II.)

exposant et définissant l'étendue naturelle de l'autorité du monarque. Elle lui reconnaissait le pouvoir de punir les transgresseurs de ses édits, et la fuite hors du royaume, pour échapper au châtiment, était assimilée au crime de trahison K II était dit enfin que les proclamations du roi auraient force de lois perpétuelles. Le parlement, effrayé lui-même de la portée de ce décret, tenta de la restreindre en stipulant pour la vie, les hiens et la liberté des sujets qu'il mettait sous la protection des lois établies, si ce n'est dans le cas d'hérésie. Mais son statut, violateur de toutes les garanties légales, était lui-même une loi ; toutes les réserves étaient vaines et dérisoires auprès de l'arme terrible qu'il mettait dans les-mains du prince, et Henri VIII fut ainsi autorisé par la législation a ne reconnaître aucune borne à son autorité 2.

Il avait trouvé dans Thomas Cromwell, pour toutes ses entreprises et pourses attentats, l'assistance du plus souple instrument, et il s'était plu à entasser sur lui les charges et les honneurs; il lavait fait successivement chancelier de l'échiquier, chevalier, conseiller privé, chef de justice, lord du sceau privé, baron Cromwell d'Okham, vicaire général et son vice-gérant à la tête de l'Eglise; il venait enfin de lui donner le premier rang parmi les pairs après les princes du sang royal et cependant, lorsque sa faveur semblait la mieux établie, Cromwell touchait à sa perte. Son crédit, dans une cir-

S/oiul«,3l«ano. de Henri VIII, c. vin.

2. LWplion d'ailleurs qui accordait au roi tout pouroir sur la fie le* b.eo. et I. liberté des citoyen, dans le cas d'hérésie, eût suffi , our enlerer toute l'nute à l'autorité royale sou. un prince qui s'arrogeait le droit de définir l'erreur.

constance grave, avait été déjà fort ébranlé. La troisième femme de Henri VII! , Jeanne Seymour, plus heureuse Mon que les deux premières, était morte, regrettée du roi, et

'scjuwur!'" m* tl°nnai,t un fi^s flm m^ Edouard VI. Henri consulta Cromwell pour le choix d'une autre reine et, d'après Hcnn vin gfm consen \\ Stî décida, sans l'avoir vue, pour la sœur

épouse Anne ' ' *

«uctorr». du duc de Clèves, la princesse Anne, dont Holbein avait (1540) fait pour lui un portrait trop flatté. Le roi fut désabusé lorsqu'il la vit, néanmoins il l'épousa, mais il n'éprouva pour sa nouvelle compagne qu'une aversion toujours croissante et il imputa son malheur à Cromwell. 11 conçut en même temps des soupçons sur son orthodoxie : soit ressentiment enfin, soit lassitude et besoin qu'ont souvent les despotes de renouveler les instruments de leur tyrannie *, Henri arrêta dans son cœur la ruine de son minisire; il dissimula cependant, le combla de nouvelles faveurs, le nomma lord chambellan, chevalier de la Jarretière, comte d'Essex et lui témoigna une confiance illimitée. Cromwell parut encore dans la chambre des lords, siégeant à la droite du roi et au-dessus de l'archevêque de Cantorbery; il se vit de nouveau l'objet de l'envie et de l'adulation de tous et s'entendit proclamer digne, par ses mérites, d'être le vicaire général de l'univers. Peu de jours après, le 10 juin, comme il assistait

Chule

et supplice au conseil privé à sa place accoutumée, le duc de Norfolk cromwell. l'arrêta au nom du roi pour crime de haute trahison, et Cromwell fut conduit à la Tour. On l'accusa de concussions, d'abus de pouvoir et de penchant à l'hérésie. On

1. Scelerum mitiislros ul perverti ab aliis nolcbat, ita pleruinquc satialus, rt oblalis io eamUem operani recenlibu», rclerc* et pr*«jram affliiil. (Tacii., in ml., lib. IV, 7.)

eut recours à son égard au procédé sommaire et odieux qu'il avait suggéré contre la comtesse de Salisbury, il fut jugé et condamné par bill d'attainder sans être entendu. Les pairs, si longtemps prodigues pour lui de flatteries, saisirent avec joie l'occasion de venger sur lui leurs longues humiliations et leurs honteuses terreurs. Le chancelier Audley, complice de tous ses actes, demanda sa tête, et Cranmer, son ami, après avoir essayé de le défendre, signa son arrêt comme les autres; Cromwel fut condamné tout d'une voix. Il eut recours, pour fléchir Henri VIII, aux plus basses instances; mais le roi avait découvert ses relations avec les princes protestants d'Allemagne, il fut inexorable et l'Angleterre vit tomber sous le fer du bourreau ce grand favori, qui plus que tout autre dans ce règne si fécond en vicissitudes, éprouva ce qu'il y a de plus extrême dans la bonne comme dans la mauvaise fortune !.

La chute de Croimvcll précéda de peu de jours la rupture de l'union malheureuse qui l'avait causée. Les lords et les communes poussèrent la bassesse jusqu'à supplier humblement le roi de faire examiner par l'assemblée du clergé les motifs qui, à leurs yeux, disaient-ils, mettaient en question la validité de son mariage avec Anne de Clèves, et le roi consentit à cette hypocrite enquête, affirmant qu'il n'avait en cela d'autre objet en vue mie la gloire de Dieu, la prospérité du royaume et le triomphe de la

I. Quelques ntlMtl de l'agenda de Thomas Croumell, publié par M. Ellis, suffiraient pour faire apprécier ce ministre et son époque*. • Item, envoyer l'abbé de Redding pour cire jugé et exécuté a Rcddinj; avec ses complices. Item, l'abbé de Glaslonbury pour cire jugé a Glaslon et y èlre aussi exécuté. Item, envoyer Gardon a la Tour pour être mis à la toi lui e, clr., de. •

foi l. De futiles prétextes furent accueillis comme des raisons graves et concluantes par l'assemblée du clergé Noavnu Qui> a l'unanimité, déclara nul le mariage de Henri VUI di*orœ. avec ^nne cièves (>t ie divorce fut aussitôt prononcé

par les deux chambres du parlement 2.

Marit|t Le roi épousa ensuite lady Catherine Howard, nièce du

«le Henri \ III

et duc de Norfolk, chef du parti catiiolique. Celui-ci remplit Vnwd.00 alors quelque temps la charge de principal ministre; il (isio) profil* de sa faveur pour frapper sans pitié tous ceux qui défendaient ouvertement les opinions nouvelles, tandis que le chancelier, qui les favorisait en secret, se montrait non moins implacable envers les adversaires de la suprématie religieuse de la couronne. Le roi provoquait ces rigueurs barbares et se faisait gloire- d'une cruauté qui montrait tout ensemble son orthodoxie et son impartialité. C'est ainsi qu'il lit traîner le même jour, à Smithlield, trois malheureux qui avaient nié la transsubstantiation, ayant chacun à leur côté, sur la même clair, un catholique qui persistait à reconnaître le pape \mir chef de l'Eglise, et tandis que les flammes consumaient les premiers comme hérétiques, les autres, punis comme traîtres, étaient pendus et mis en quartiers.

Le due de Norfolk et le parti catholique auquel il appartenait, considéraient comme une victoire le choix que le roi avait fait d'une nièce du due, de lady Catherine Howard , pour sa cinquième femme. Sa fin tragique

1. Journal du lords. — Herbert de Cberbury, Yie de Henri Mil. — Cette comédie, dit Lingard, fut décrite, troi» jourt avant d'être jouet, dans une lettre du conseil a Clark*, en date du 3 juillet.

2. Anne de Clètci obtint, en retour de ton consentement au ditorce, un retenu annuel de trois mille litre* sterling.

ébranla leurs espérances. Des avertissements touchant son inconduite avec plusieurs personnes, furent portés à Henri VIII par l'archevêque Cranmer. Le roi, surpris autant qu'irrité de cette découverte, résolut aussitôt de venger dans le sang de sa nouvelle compagne son honneur et son amour-propre offensés. Ceux qu'on lui donnait pour amants, convaincus d'avoir eu avec elle, avant son mariage, des relations coupables, furent condamnés à mort et exécutés. La malheureuse reine, quoique accusée [d'incontinence depuis cette époque, sur de légers indices, ne réussit point à se justifier. L'implacable Henri VIII enveloppa dans son châtiment lady Rochefort, sa dame d'honneur, soupçonnée d'avoir favorisé ses intrigues, et tous ceux qui, les ayant connues, les lui avaient cachées. De ce nombre étaient la duchesse douairière de Norfolk, sa grand'mère, la comtesse de Bridgewater, lord William Howard et sa femme, avec d'autres de condition inférieure. Tous indistinctement condamnation

furent compris dans le bill iVattainder que le parlement supplice fulmina contre la reine. Peu de jours après, l'infortunée deH^arà\ne Catherine Howard monta sur l'échafaud avec sa cornpagne, lady Rochefort. Dans son repentir ou dans sa terreur, elle s'avoua coupable envers Dieu et envers le roi, et pour la seconde fois, dans ce règne de sang, l'Angleterre vit la tète d'une reine tomber sous la hache du bourreau. Ce n'était point assez pour l'amourpropre offensé de Henri VIII, et afin de mettre désormais son honneur à couvert contre de pareils affronts, il obtint des deux chambres un statut digne des plus affreux tyrans, par lequel toute femme réputée vierge, qui n'ayant pas gardé une chasteté inviolable, n'en faisait

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pas l'aveu avant d'épouser le roi, était déclarée, pour ce seul fait, coupable de trahison et punissable de mort. Mmmjp La main sanglante de Henri VIII devint ainsi un objet

do M un MU d,effro. pour lou(es jeunes fllles(|uiy |0|n d'aspircr à

4e caihcrino partager sa couronne, fuyaient son contact comme mor-

i arr.

tel et il épousa une veuve, lady Catherine Parr, mariée en premières noces avec lord Latimer.

Une guerre de quelques années avec l'Ecosse et avec la France attira au dehors l'attention du roi, sans apporter aucun relâche à la sombre tyrannie qu'il exerçait à l'intérieur. Les forces considérables qu'il mit sur pied exigeaient pour leur entretien des sommes immenses et il obtint, pour se les procurer, le concours du parlement à des mesures violentes et arbitraires. Après avoir arraché au clergé comme aux laïques également frappés de terreur, des subsides énormes, il altéra le titre des monnaies fit prononcer par le parlement de 1544 Emiions i'aDOiition des dettes contractées par des emprunts, obli-

ciiiprunl» ' 1

forcé», géant ceux qu'il avait remboursés à rapporter au trésor les sommes reçues, et malgré ce statut inconcevable et |»eut-étre sans exemple dans l'histoire d'un peuple, il ordonna un nouvel emprunt, réputé volontaire, mais auquel le refus de souscrire était puni d'un enrôlement

I. h. l'avénement de Henri VIII, l'once d'or cl la litre d'argent valaient chacune quarante-six shillings: il Gl émettre une nouvelle monnaie, mêlée d'une quantité considérable d'alliage el parvint en même temps a s'empirer do l'ancienne, en offrant une prime a ceui qui l'apporteraient à la fabrique. Avant la Gn de la guerre, les monnaies contenaient autant d'alliage que d'argent : l'année d'après, l'alliage excédait l'argent dans la proportion de deut parties sur une. Le roi bouleversa ainsi toutes les transactions commerciales, et ses succès hmj™ furent obligé* de rcliicr sa monuaic de la circulation. Xingard, & ont 4*

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forcé dans les conditions les plus dures Le parlement enfin, après l'octroi d'un considérable et dernier subside, abandonna au roi tous les collèges, chantreries et hôpitaux du royaume, avec tous les manoirs, terres et héritages qui en dépendaient.

Une portion des sommes immenses ainsi recueillies fut employée parle roi, à soutenir les armées qu'il entretint sur le continent et sur la frontière d'Ecosse. N'ayant pu persuader à son neveu, Jacques V, roi de cette contrée, de suivre son exemple en rompant avec Rome, il voulut l'y contraindre. Une armée anglaise, sous le duc de Nor- Guerre folk, passa la Tweed à Bcrwick, ravagea le pays, et à l'approche de trente mille Ecossais, se relira de>ant (m2) eux pour mettre la frontière anglaise à couvert. Le roi Jacques voulut la franchir à son tour, mais sa noblesse refusa de le suivre ; dix mille hommes seulement obéirent et, par son ordre, pénétrèrent en Angleterre à l'ouest, par le détroit de Solway. Surpris à l'improviste, à Solway-Moor, par un corps de cinq cents Anglais, ils se crurent attaqués par l'armée anglaise tout entière et prirent honteusement la fuite, laissant un grand nombre de prisonniers de marque dans les mains du vainqueur. Le chagrin profond qu'il éprouva de cette défaite, joint au ressentiment qu'il eut de la rébellion de sa no-

1 . 1 bonus RcaJ , aldermau de la cité de Londres , ayant refusé de paver ta part d'un don gratuit (bentvoUnce) , fut enrôlé de la sorte. Il eiistc une lettre adressée par le roi a lord Evcri, général de se» troupes sur la frontière d'Ecosse, dans laquelle il lui enjoint de soumettre Read a tout ce que le service a de plat pénible afin qu'il fût mieux disposé a payer une autre fois. • Traitez- le en toutes cbosrs, dit le roi , avec la rigueur de la discipline des armées du Nord. • ;l.odge, p. 80, cité p.. Hall. m

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blesse, occasionna au roi Jacques une violente (lèvre qui le mit en peu île jours au tombeau. Ayant appris, sur le Naissance point d'expirer, que Marie de Guise, sa femme, venait Mjiio siuati. d'accoucher d'une tille, il songea aux dangers insépan mon râbles d'une longue minorité pour les couronnes et se teijiMV. rappelant comment la sienne était entrée dans sa fa- (1512) mille, il prononça ces tristes et prophétiques paroles : « Par fille elle est venue, par fille elle s'en ira1. » Puis il mourut, laissant sur le trône un enfant au berceau, dont les malheurs commencèrent avec la vie et qui fut Marie Stuart.

i»jni, La cour d'Ecosse et toute la nation, à la mort de en Etom-. jaCqUes se divisèrent en deux partis. L'un était le parti français et catholique, à la tète duquel était la reine douairière, Marie de Guise et le cardinal Heaton; l'autre parti inclinait vers la réforme religieuse et vers l'Angleterre et il était dirigé par le plus proche parent de la jeune reine , Hamilton , comte d'Arran , régent du royaume. Celui-ci se montra tout d'abord favorable au désir qu'avait Henri VIII d'unir l'Ecosse et l'Angleterre, par le mariage de son ûls Edouard avec la fille et l'héritière de Jacques V ; un projet d'alliance entre eux fut arrêté, et Henri ayant réclamé la garde et la tutelle de la jeune reine, le régeiit promit de l'envoyer en Angleterre lorsqu'elle aurait atteint l'âge de dix ans. Mais le régent était faible et irrésolu, et cédant aux répugnances du parti national , il retira sa parole après l'avoir donnée. Furieux en se voyant ainsi déçu , ^ Henri VIII recourut de nouveau à la violence; son ar-

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