‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculésChapitre 1 sur 145 · IV. i · texte numérisé non relu

IV. i

déterminées. L'élévation de Guillaume et de Marie sur le trône des vieux rois savons, des Plantagcnels, des Tudors et des Stuarts, était l'éclatante manifestation de ce double fait;. elle annonçait qu'en Angleterre, la prérogative du monarque ne serait pas considérée comme plus inviolable que les anciennes lois qui la limitaient, et que le gouvernement serait désormais tenu d'agir de concert avec les représentants légitimes du pays.

La grande majorité de la nation s'associa d'abord aux espérances du nouveau règne, et, lorsqu'avec le cérémonial consacré par plusieurs siècles, le chef des hérauts d'armes proclama à haute voix, sous les murs de VYlute- Hall , Guillaume et Marie roi et reine d'Angleterre, un peuple immense lui répendit par ses acclamations , et . la joie publique se manifesta, durant plusieurs jours, dans les provinces comme dans la capitale. Guillaume «i Klal cependant ne se faisait pas illusion : tandis que l'Angle- «t terre retentissait encore des fêtes de son avènement , il («■m». mesnrajt ^ gon irailqUjue e| profond regard les périls

de la situation , et sentait le sol trembler sous lui. Il connaissait la mobilité singulière des passions humaines, ainsi que l'inconstance et l'ingratitude habituelle des partis. L'alliance des vvhigs et des torys, par l'accord des quels la révolution s était accomplie, ne pouvait être durable, et déjà dans un grand nombre de ces derniers, il s'opérait une réaction toute favorable au dernier roi dont les torts n'étant plus sentis, se faisaient oublier, et qui devint, pour les mécontents et pour le clergé surtout, un objet de compassion dès qu'il eut cessé d'en être un d'eO'roi. Le parti triomphant, dont les principes étaient ceux de la révolution même, et qui pour cette

cause devait être plus particulièrement attaché à ses résultats, ne donnait guère moins d'inquiétude que les torys au prince qu'il avait couronné, et celui-ci avait presque également à redouter les implacables souvenirs, les prétentions illimitées des uns, la jalousie, les préjugés ou les remords des autres. Il n'ignorait pas d'ailleurs qu'à la suite des grandes secousses politiques il se produit toujours infiniment plus d'exigences qu'on n'a de moyens de les satisfaire, et que les révolutions les plus populaires mêmes ont pour conséquence immédiate l'excitation des ambitions , l 'affaiblissement de l'autorité, l'accroissement des besoins de l'État et des charges de tous. Il croyait à l'existence d'un |>arti républicain et savait que deux grands corps, l'armée et le clergé, avaient vu avec déplaisir les faits accomplis : l'armée se sentait humiliée d'avoir laissé choir, sans tirer l'épée pour le défendre, le trône confié à sa garde; et la majeure partie du clergé anglican, après avoir professé si haut la doctrine de l'obéissance passive el du droit inaliénable des couronnes héréditaires, subissait à regret et comme un mal nécessaire, une révolution qu'elle n'a\ait pu ouvertement approuver sans se donner à elle-même un douloureux démenti. L'Irlande enfin était déjà soulevée

I. L'opinion de Hume el de Hatrymple sur ce poinl est combattue par M. Ha! la m On peut affirmer avec confiance, dit celui-ci, que le parti républicain n'existait pas, si par ce mot ou entend une association d'hommes dont le Lut fût l'abolition de la monarchie limitée. 11 y avait saus doute des hommes, particulièrement dans la secte des indépendants, qui chérissaient le souvenir de la bonne vieille cause, et croyaient la liberté civile inconciliable avec tout gouvernement royal ; mais ils étaient trwp peu nombreux et trop loin do toute influence politique pour mériter le nom de parti (Hi$t. consl. d'Augl , C XV).

i LIVftR VI. CHAIMTHK I.

presque tout entière : derrière elle apparaissait la France menaçante et Louis XIV qui, après avoir accueilli le roi fugitif, allait entreprendre de le rétablir.

A ces causes générales d'inquiétude pour la nation comme pour le roi il s'en joignait d'autres plus particulières. Celui que l'Angleterre saluait comme son libérateur était un étranger, un Hollandais aux manières froides et sévères, et manquait, totalement de cet abandon, de cette grâce de paroles et de formes qui gagnait à Charles II les cœurs de ceux mêmes qui lui refusaient leur estime'. Très-peu instruit des détails pratiques de la constitution et du gouvernement anglais, Guillaume au-

rait eu besoin de rencontrer en Angleterre des guides sûrs, des hommes à la fois capables et honnêtes, dévoués au bien public et disposés à lui donner des conseils désintéressés : il n'eut pas ce bonheur : les hommes d'état de l'Angleterre à cette époque avaient été formés à l'école des révolutions : ils y avaient puisé ce mépris des principes, ce culte des intérêts personnels, celte avidité sans frein, cette facilité aux trahisons qui caractérisent les courtisans du peuple comme ceux des princes dans les temps de trouble et d'anarchie. Les rares amis de Guillaume, entre lesquels Bentinck avait dans sa confiance la part la plus large et la mieux méritée 2, et les seuls soldats sur la fidélité desquels il pût compter étaient ses compatriotes. Hollandais comme lui : l'Angle-

1 . Guillaume III, ce prince d'une si gran.lc ime, dit M. Hallain, jouil Iicjuroup moins ce l'affection de ses sujet* «jue Charles II {ibid.).

2. Le roi. cependant, accordait aussi une tres-large pari dans sa confiance a Sidncy, qu'il cr««a bientôt lord Sidney, et djns la suite rcmte d.> I\omu«:y (Burnrl, I. v).

(il ll.LAl ME III KT M VlilK II.

terre, qu'ils avaient affranchie d'un joug insupportable, voyait en eux des étrangers, dont les services lorsqu'ils sont rappelés deviennent des offenses, et envers lesquels, aux yeux du vulgaire, l'ingratitude est bientôt une vertu. Pour surmonter ces nombreux obstacles, pour triompher de tant de périls, il ne fallait rien moins qu'une prudence consommée, un sang-froid à toute épreuve, un courage héroïque et ce profond sentiment du devoir et d'une grande mission à remplir qui élève l'âme audessus des passions humaines et la rend inaccessible aux craintes personnelles. Ces qualités se trouvaient réunies dans Guillaume; il avait délivré le peuple anglais, el par lui son œuvre fut maintenue et rendue durable.

Le premier soin du roi fut la composition de son con- MiimicrcmUie. seil, non encore d'un ministère parfaitement homogène comme il le fut plus tard, selon l'esprit nouveau de la constitution, mais Guillaume forma l'administration d'éléments divers, selon que les circonstances l'exigeaient, et il y conserva ou y lit entrer quelques-uns des torys les plus éminents qui s'étaient ralliés à lui ou qui avaient pris une part active à l'œuvre de la révolution. Quatre lords de ce parti occupèrent ainsi les premières charges dans l'administration nouvelle; Halifax eut le sceau privé et la présidence de la chambre des lords, les comtes de Nottingham etdeShrewsbury furent nommés secrétaires d'État et lord Danby président du conseil. Les whigs furent cependant en majorité dans le premier ministère de Guillaume comme ils l'étaient dans le parlement. Lord Herbert fui placé à la tète de l'amirauté, lord Delamere devint chancelier de l'Echiquier : le grand sceau et la tré-

sorerie furent confiés à des commissions présidées, la première, par le vieux Meynard, la seconde par lord Mordaunt, mais dans celle-ci, le membre le plus influent comme le plus habile fut Godolphin, homme actif, laborieux, inofïensif, et que sa longue expérience des affaires avait rendu un des rouages nécessaires du gouvernement ».

Le roi savait que, dans les circonstances tout exce|>tionncllesoù il acceptait le pouvoir, rétablissement qu'il avait fondé ne pouvait être mieux défendu que par lui même ; il garda donc l'influence immédiate et souveraine dans toutes les grandes affaires de chaque département séparé, et se réserva la direction exclusive des affaires étrangères pour laquelle il était éminemment propre par son esprit pénétrant, conciliant et ferme, par sa connaissance approfondie des cours et des cabinets de l'Europe, et par l'autorité sans rivale que lui donnait son grand rôle à la tète de la confédération dont il était l'âme et le bras.

La convention, immédiatement après'avoir reconnu et fait proclamer les nouveaux souverains, rendit un vote La convention qui la transformait en parlement : un bill fut publié à co,,^r,ie cet effet, et le serment de fidélité à Guillaume et à Marie parlement fui r^du obligatoire pour les membres en possession 4G89 d'un siège dans l'une ou l'autre chambre. Mesure» Le parlement s'occupa d'abord des subsides et^ abolit, financière». à ja demande t|e Guillaume, l'impôt vexatoire et détesté établi sur les cheminées; mais il ne résolut l'im-

I. (îodolpbin , «prit lucide, télé pour aucun gouvernement, utile a tou».

(\hiiulay, Hist. d'Angleterre, depuis l'avènemenl de Jacques II.

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pnrtaii te question du revenu de lu Couronne ni à Ja satisfaction de Guillaume ni d'une manière immédiate. te revenu ne fut contiuué tel qu'il existait au moment de la révolution que provisoirement; les communes prescrivirent une enquête sur l'état exact des ressources du royaume, et posèrent en principe que le bill par lequel plusieurs branches im portantes du revenu public avaient été affectées aux dépenses du roi Jacques et de sou gouvernement durant sa vie, se trouvait annulé par son abdication. Guillaume, blessé de ce vote, redoubla de froideur dans son langage et ses manières; et l'air de Londres étant coutraire a sa santé, il transféra, au grand déplaisir de la capitale, sa résidence habituelle à Hampton-Court, puis à Kensington '.

De toutes parts déjà s'élevaient des plaintes et des murmures et les passions des divers partis imputaient au roi des torts nombreux, pour des faits dont cependant ils ne pouvaient le croire responsable, et pour des causes auxquelles il était étranger. Guillaume avait trouvé les divers services de l'administration publique désorganisés dans toutes leurs branches et entre des mains en général peu fidèles : il avait élé obligé d'en choisir les chefs dans des rangs opposés, et ceux-ci agissaient nécessairement sans unité de principes ou de vues, et ne se montraient empressés qu'à se desservir mutuellement. Il avait fallu réprimer par la force, sur plusieurs points, des tentatives de sédition, proclamer la loi martiale, prévenir, par de nombreux emprisonnements , les tentatives des

I. Eeiisiwglon e»t aujourd'hui enclave dans la métropole il en «Mail, m lemp* de Guillaume Hl, éloigné Je plusieurs mille .

partisans du roi Jacques, désignés sous le nom de jacohites et suspendre enfin l'acte d'habeas-corpus. Ces rigueurs, conséquences naturelles de toute révolution, furent autant d'amers griefs contre le gouvernement nouveau. Déjà une partie de l'armée s'agitait, et le roi après lui avoir fait payer ses arrérages, jugea prudent de la licencier. On a vu qu'il comptait avec elle, au nombre des mécontents, la grande majorité du clergé établi, qui invoqua de nouveau les anciens principes du droit héréditaire et inaliénable des souverains à l'obéissance passive et absolue de leurs peuples. Guillaume était trop sage pour s'en offenser ou pour s'en plaindre : il avait désiré, par politique aidant que par esprit de tolérance religieuse, combattre, dans cette Église, l'influence des membres hostiles à sa personne ou à son gouvernement, en facilitant la réunion des dissidents modérés avec elle, et en rendant les emplois accessibles, sans distinction de secte, à tous les membres des communions protestantes Les mesures violentes lui répugnaient surtout vis-à-vis du clergé, et il poussa l'indulgence à son égard jusqu'à exprimer le vœu qu'il fut disposé du serment d'obéissance et de fidélité imposé par le parlement à tous ceux qui remplissaient des fonctions publiques, civiles ou religieuses. Il échoua sur ces deux poinls : l'obligation du serment fut maintenue pour le clergé, qui cependant obtint un délai jusqu'au mois de février suivant : tout ministre de l'Église établie qui, à cette

I . Le roi, rlii liuruel, monlra aussi une graude douceur envers le» papiste*, «le telle torle qu'ils teulircul les effels de l'aile de loléiauce sans y être effeelivemcnl lomptis.

M I I I U Ml III ET M \RIK II.

e|>oque, n'aurait pas prêté ce serment, devait être privé de son bénéfice et de son emploi.

I n bill célèbre sons le nom de Bill de Compré- pro.c( Jç bjl| hensiott, pour la réunion des dissidents, rencontra dans ^

cotnprélicniion

le parlement d'insurmontables obstacles. Les cbam - pour la réuuiou bres de la convocation du clergé anglican furent as- dinfacm». semblées pour le même objet ; mais là, comme il était présumai) le, le projet de réunion fut encore plus fortement combattu. Deux partis, depuis longtemps existants, étaient à cette époque généralement désignés dans le clergé sous les noms de haute et de basse Eglise K Les hommes appartenant au premier parti affectaient d'oublier l'assistance fraternelle qu'ils avaient reçue, à la tin du dernier règne, de la grande majorité du corps des dissidents : ils ne se souvenaient déjà plus que de leurs anciennes inimitiés. Toute importante concession faite aux principes et aux préjugés de ceux-ci était par eux taxée de faiblesse et d'impiété, et ils voulaient surtout que la barrière qui écartait des fonctions civiles les adversaires de la constitution ecclésiastique, fut perpé-

tuelle. Les membres de la basse Eglise, au contraire, inclinant les uns vers les doctrines lalitudinaires, les autres vers le presbytérianisme, ne voyaient dans le rituel et les cérémonies établies rien d'indispensable pour le sa lut, mais seulement un moyen d'entretenir la piété. Ils étaient imbus des maximes de l'apôtre touchant le respect que l'on doit aux consciences délicates ; ils ne pensaient pas qu'il fallût déchirer le grand corps des Eglises chrétiennes et prolestantes à l'effet de rendre obi i

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