‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculésChapitre 100 sur 145 · III · texte numérisé non relu

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réputation et la sympathie populaire |K>ur la cause de l'indé|>eiidance américaine; ils firent plus encore, ils donnèrent une opinion sérieuse de ses ressources et favorable à l'espoir depuis longtemps entretenu en Amérique d'une assistance réelle et prochaine de la part du gouvernement français.

Louis XVI régnait et toutes les vertus de l'homme privé étaient assises avec lui sur le trône : il Départageait pas l'engouement général de son peuple pour l'insurrection américaine, il aimait la paix el la justice et n'apercevait pas de causes légitimes pour une rupture avec l'Angleterre. Plusieurs motifs concouraient d'ailleurs à rendre l'entraînement général, le progrès toujours croissant des idées libérales dans le monde élégant Sim5',,,,e* ou lettré comme dans la jeunesse, un ressentiment d'an- J™"fe tienne date contre la politique victorieuse de lord Cha- ,â

aintrii-aiiic.

tam, à laquelle les affronts de la France et la perle de ses colonies dans la dernière guerre étaient justement attribués; tout entretenait, dans les âmes, le désir et le besoin d'une revanche éclatante et l'occasion semblait propice : le cabinet cependant flottait encore irrésolu : le comle de Vergennes, ministre des affaires étrangères, inclinait pour les Américains et se montrait secrètement disposé à les favoriser, fermant les yeux sur des envois de munitions de guerre destinées à l'Amérique, mais en même temps il craignait de se commettre ouvertement avec l'Angleterre et de s'engager contre cette puissance dans une guerre nom elle, avant que les Américains se fussent montrés capables de soutenir la lutte engagée contre leur ancienne métropole. Le congrès avait député deux commissaires en France, Benjamin Franklin

Franklin et Silas Deane, chargés d'entretenir les. disposi lions favoc"cTM-fi rables des esprits el d'obtenir, s'il était possible, le conpyjJT cours de la France : un troisième négociateur, Arthur le congrèi. Lée, était envoyé pour le même objet en Espagne. Ils ne furent reçus ni par Louis XVI, ni par ses ministres, et Vergennes ne communiquait avec eux que secrètement et par des intermédiaires : mais leur présence à Paris redoubla l'intérêt pour la cause qu'ils représentaient : Franklin surtout, précédé par sa haute renommée de savant et de publiciste, fut reçu avec enthousiasme : déjà plusieurs Français avaient passé la mer et étaient allés offrir leurs services au congrès et a l'armée américaine lorsque l'exemple donné par le marquis de la Fayette, jeune seigneur allié par son mariage à la grande famille de Nouilles, causa dans Paris une sensation profonde. Entraîné par son enthousiasme et par son ardeur martiale, il s'arracha à toutes les douceurs d'une brillante existence, il brava la disgrâce de la cour comme la défense de son gouvernement, acheta un vaisseau, fiéquipa, le remplit d'armes et de munitions et trompa la surveillance des ministres et de leurs agents : il s'embarqua dans un port d'Espagne et vint offrir gratuitement son épée au peuple américain. Le congrès reconnut son Amérique. déV0UeTOcn| et ggg sacrifices par un brevet de major-gé- 1777 néral : Washington, sous lequel il servit en cette qualité, lui accorda son estime, sa confiance et une amitié qui ne se démentit jamais

I l 'nui concourut a rewlrc le jour où la FaVe'tc entra au service èc I Ca**'" l'un «le. plut remarquables de la révolution américaine. Sparts, fit aV Washington , p, 248- — Voyeï de Irèa-intémsanis détails Mir l'armé* de

l.i FayHlo en

(•EOHGfcS III. 571

La lutte entre le parti île la guerre et celui de la paix continuait avec la plus grande vivacité au sein du parlement britannique. Lue forte majorité rejeta dans la chambre des pairs une motion pacifique de lord Cliatam, vivement appuyée par les ducs de Grafton et de Manchester, par les lords Camden et Shelburne. Des voix éloquentes continuèrent aussi dans l'autre chambre à plaider |K>ur l'Amérique; mais elles furent étouffées par l'opinion dominante alors et favorable à la guerre. Celleci cependant coûtait des sommes immenses, non-seulement pour l'entretien de la flotte et de l'armée à une distance si énorme, mais aussi par suile du mauvais emploi des fonds, de l'imperfection de la comptabilité militaire, du gaspillage et de l'incurie des commissaires et des administrateurs : l'esprit public soutint la nation et elle se soumit sans murmure aux plus grands sacrifices pécuniaires, elle fit plus encore, elle sacrifia \m\r S(l8pc„ai011 quelque temps une de ses libertés les plus précieuses : |t^c lord North affirma que, dans l'état actuel de la législa- A'kabtateorpus

tion, le gouvernement demeurerait désarmé en face des Angici.nc. conspirateurs et des traîtres, et, à sa demande, Yhabeas |777 corpus fut suspendu.

Les opérations militaires qui avaient langui en Amérique depuis l'été précédent, reprirent au printemps 1777) avec vigueur, et on vit rarement autant que dans cette guerre à quel point le succès dépend du choix des généraux : Washington était l'âme de son armée, suppléant à tout ce qui manquait à celle-ci en

U Fayetle en Amérique, cl sur m première entrevue avec le p/nêral en chef, wntiiiga, vol. V, 451 el appendice

expérience, en discipline et en nombre : Howe, au contraire, à la tête de forces nombreuses, parfaitement organisées et disciplinées, perdait tous ses avantages par ses lenteurs, ses incertitudes et son incapacité : au lieu d'agir par des niasses formidables et de concerter ses mouvements avec ceux du général Burgoyne qui, après la complète évacuation du Canada par les Américains, s'avançait vers le sud avec un corps considérable, dans l'intention d'unir ses forces avec celles du principal corps d'armée, Howe s'éloigna de lui davantage. Son objet était la prise de Philadelphie, quoique cette place n'eut d'autre importance que celle d'être le siège du MtrcU gouvernement et ne possédât, par elle-même, aucune

du

généra t Howe supériorité réelle sur les autres villes de l'Uniou. Desesrhiudcij.uic. I^ranl d'y arriver par une marche directe, il fit un déj777 tour immense \miv abuser l'ennemi, et laissant huit mille Anglais à New-York, il embarqua le gros de son année vers la fin de juin, fit voile au sud pour l'embouchure du Ghesapeak, puis remonta ce fleuve jusqu'à la hauteur du cap \i\k où il prit terre avec dix-huit mille hommes. Washington n'en avait que douze mille avec Lesquels il se porla en avant pour couvrir Philadelphie \ic«oirc menacée. Lue sanglante bataille fut livrée sur les bords AnCVai» de *a Brandy-Wine : les Anglais furent vainqueurs, ■ mais Washington se retira en bon ordre : ses troupes A**.) \w. battues, mais l)0I1 mises en déroute et se montré-

1777 rent redoutables jusque dans leur retraite. Philadelphie, ,k.ne d'où le congrès sortit une seconde fois, tomba aux mains rtiniie ^es vainqueurs; mais Washington osa les défier en pre- Watbiiigion. liant position à quelques milles de leur quartier général établi à German-Town. 11 marcha hardiment sur cette

GtOtOIS III. «73

place peu de jours après sa défaite, surprit les Anglais, culbuta leurs avant-postes, et il aurait triomphé si un épais brouillard n'eût causé de fatales méprises dans son armée ; quelques uns de ses régiments se prirent mutuellement pour des corps ennemis, une panique s'em- ^J11" para d'eux et l'armée anglaise fut sauvée : mais cette at-Germi»-iown. laque soudaine, quoique suivie d'un échec, fit une im- 4777 pression profonde sur l'ennemi et sur l'étranger et donna en Europe une haute idée de l'armée américaine et des talents de son général. Celui-ci renonça pour la saison, à de nouvelles entreprises, se bornant à défendre les forts de la Delà w are contre les attaques combinées de la Hotte et de l'armée ennemies, mais ils furent enlevés par les Anglais après une vigoureuse résistance. L'hiver approchait et Washington prit ses quartiers au milieu des monlagnes et à vingt milles de Philadelphie, dans l'excellente position de Valley-Forge. Ce lieu sauvage mais inaccessible n'offrait ni abri, ni ressource : Washington sut s'en créer, et son armée y brava les rigueurs de l'hiver sous des battes de bois, également aguerrie contre les périls et les plus dures privations, par l'exemple de son chef héroïque.

Un éclatant succès était réservé cette même année aux Américains : Washington n'en fut pas redevable à son épée, mais à la sagesse de ses plans. On a v u qu'un corps considérable de l'armée anglaise avait été réuni dans le Nord sous le commandement du général Burgoym-; il avait pour mission d'envahir les Etats-Unis du nord au sud , d'enlever tous leurs postes sur THudson pour opérer ensuite de concert avec le général Howe et son année qui occupaient alors New- York. Le corps de

Îi74 I.IVHK VI. rilAIIIHK V.

Burgoyne avait été formé avec soin des meilleurs régiments venus d'Allemagne et d'Angleterre ; il était pourvu n*iiér-i d'une excellente artillerie et comptait pour auxiliaires

llurgovnc * *

ver» plusieurs centaines d'Indiens appartenant à diverses tribus toutes également sauvages et féroces. La mission confiée à Burgoyne était de la plus grande importance , et s'avançant de Crown-Point le long des lacs avec toutes ses forces, il débuta par des succès : les Américains, inférieurs en nombre, se retirèrent devant lui et abandonnèrent aux Anglais la forte position de Ticonderoga, d'où ceux-ci poursuivirent leur marche vers le sud. Washington avait depuis longtemps pénétré les desseins de Burgoyne, et, par ses instructions, un corps nombreux sous le général Schuyler avait été chargé d'observer l'ennemi et de veiller à la défense de l'Hudson. Les Anglais s'avancèrent jusqu'au fort Edouard, qu'ils trouvèrent aussi abandonné, et continuèrent à descendre le long du fleuve, livrant aux Américains de nombreux combats et s'enfonçant chaque jour plus avant dans un pays difficile et hérissé d'obstacles. Washington avait conçu l'espoir de les y envelopper : son plan fut compris et exécuté avec autant de talent que de bonheur par le général Gates, qu'il donna pour successeur à Schuyler. Burgoyne, harcelé sans relâche et voyant ses communications coupées avec le Canada, plein de mépris d'ailleurs pour ses adversaires , tenta de forcer leurs lignes et franchit l'Hudson dans ce but à |>eu de distance de Saratoga. Mais là il se trouva enveloppé d'un vaste réseau d'obstacles naturels, rendus inextricables parle général Gates et soigneusement gardés de tous côtés |>ar de nombreux détachements des milices américaines. Bur-

Capitulation de Itu |ï«»> ne ■

Saratoga.

goync, dans l'espoir t'e se frayer un pacage, livra deux combats sanglants dans lesquels le général américain Arnold se couvrit de gloire et reçut une nouvelle blessure. Tous les efforts des Anglais furent impuissants : Burgoyne enfin fut réduit à capituler et mit bas les armes avec 5,600 bommes des meilleures troupes d'Euro|>e Cet événement, l'un des <"77 plus considérables de toute la guerre, fit incliner la balance en faveur de l'Amérique et valut aux insurgés le puissant secours de la France. Un traité de commerce fut conclu le 6 février entre cette puissance et les Etats- Unis par l'habile entremise de Benjamin Franklin : ce traité laissait subsister la neutralité , mais en même temps fut signé un traité éventuel d'alliance défensive, par lequel les deux puissances contractantes s'enga geaient, dans le cas d'une guerre entre la France et l'Angleterre, à se porter mutuellement secours, à ne point accepter de paix séparée , et à ne poser les armes qu'après que l'indépendance des Etats-Unis aurait été reconnue et assurée.

Traités

de

commerce el

cl 'allia ure enhe le»

Etals- fuis

la France.

Suite du ministère de lord Norlli el de la guerre d'Amérique.

On connaissait en Angleterre le danger de la situation du général Burgoyne, mais point encore sa dernière dis-

♦ . Ccl éclatant sucre» escila, dan» la Nouvelle- Angleterre surtout, un enthousiasme proportionné a la tern ur qu'avait inspirée l'armée anglaise, et la répntttion de Gates balança en ce moment celle même de Washington. Uildretb's, l.utori o( lk* u*tie4 $l*tc>, * "' ■ »■«• p. 215.

Déliait

f>76 LIVM VI. CHAHITKE V.

grâce et la ruine de son corps d'armée , lorsque le roi ouvrit le 20 novembre la nouvelle session législative. L'appréhension d'une catastrophe ainsi que d'un traité entre les Ktats-Unis et la France était générale, et le désir d'une paix honorable au prix de la concession aux Américains de tous le3 points contestés au début de la guerre commençait à prévaloir. Lord Chatam , après une nouvelle absence de près de deux années causée par la ma* .unt ladie, avait repris son siège dans la chambre des lords: u cjitm rc y loneliait au terme de sa glorieuse carrière el se lord». montra sur cette grave question le plus ardent comme le (dus éloquent interprète du vœu public. Dominé tout Di.cour» ensemble par son estime pour les Américains, par le respect de leurs droits, ainsi que par le sentiment profond de ce qu'exigeaient l'honneur et les grands intérêts de la patrie, il voulait qu'ils obtinssent tous les privilèges des sujets anglais; mais il voulait également conserver les anciennes colonies comme partie intégrante de l'empire Britannique. Après avoir fait allusion à la situation périlleuse de l'armée de Burgoyne , dont il prédit la ruine : « Vous ne pouvez conquérir l'Amérique, dit-il, vous pouvez redoubler, pour cet objet, de dépenses et d'efforts ; vous pouvez contracter des emprunts et ouvrir des nouveaux marchés avec ces pauvres princes allemands qui trafiquent du sang de leurs sujets, mais loti? vos efforts seront vains, ils seront impuissants, et cette assistance mercenaire sur laquelle vous vous appuyez allumera dans le cœur de vos ennemis un ressentiment incurable. Si j'étais citoyen d'Amérique comme je suis citoyen d'Angleterre, aussi longtemps qu'une force étrangère occuperait mon pays, je ne poserais point les armes,

de

lord C.liiltm

<.F.0RGE3 III.

non, jamais, jamais, jamais. Je dirai plus, Mylords, quel est donc l'homme qui , en addition à cette disgrâce , à cette honte pour nos propres soldats, a osé autorisé l'association à nos armes du tomahawk de l'habitant des bois et de son féroce couteau ? Qui donc a osé déléguer à l'Indien brute et sans pitié la défense de nos droits contestés et déchaîné parmi nos frères toutes les horreurs de la barbarie et d'une guerre de sauvages? Ce sont là des abominations qui crient vengeance, et si on ne s'empresse de les répudier elles feront tache sur notre caractère national. » Lord Chatam déclara ensuite avec force qu'il n'aspirait qu'à ramener l'Amérique dans la dépendance de la couronne d'Angleterre, et il comptait pour ce résultat non sur les armes de celle-ci, mais sur l'ancienne aÇeclioii, sur les dispositions favorables de la plus grande partie des colons américains : il importait enfin , dit-il, de prévenir sans délai, les hostilités de la mai son de Bourbon dont il montra, depuis Dunkerque jusqu'à Gibraltar, les préparatifs formidables pour une invasion prochaine des lies britanniques. « A de pareils dangers, dit-il, qu'avons-nous à opposer? Nous n'avons pas cinq mille hommes de troupes en Angleterre et trois mille en Irlande : c'est à peine si nous avons dans nos ports vingt vaisseaux en état de tenir la mer : l'entrée du Tage est au pouvoir de nos ennemis, l'Océan est couvert de corsaires américains, tout notre commerce dans la Manche est anéanti, et, dans cette crise, où il n'y a pour nous que faiblesse à l'intérieur, calamité au dehors, impuissance d'agir en Amérique, sinon pour être détruits, quel homme aurait l'audace de nous faire espérer quelques succès en persévérant dans la politique qui nous a fait IV. 37

arriver là? Qui aurait un tel front? Où est-il cet homme? Qu'il se montre! Je veux le voir en face! »

Lord Suflblk répondit à Chatam pour justifier l'emploi des Indiens dans les armées britanniques. « Il nous est permis, dit-il, d'user, pour ramener à l'obéissance des sujets rebelles, de tous les moyens que nous tenons de Dieu ou de la nature ! » A ces derniers mots, lord Chatam se leva : « En notre qualité d' hommes et de chré tiens, s'écria -t -il, nous devons protester contre de telles maximes. J'ignore quelles idées le préopinant se fait de Dieu et de la nature; mais je sens que des principes si abominables sont également en horreur à la religion et à l'humanité, et leur aveu, plus abominable encore, appelle la réprobation unanime de cette chambre indignée ! J'en appelle à ce banc vénérable, à ces pieux pasteurs de notre église; je les conjure de se joindrcà moi et de laver d'un tel affront la religion de leur Dieu : j'en appelle au banc où siègent nos juges, et je les supplie d'interposer leur blanche et pig e hermine entre une telle souillure et nous : j'en appelle à l'honneur même de vos seigneuries pour maintenir la dignité de nos ancêtres et la nôtre, j'invoque l'esprit et l'humanité de ce pays pour la défense de notre caractère national outragé, j'invoque le génie même de notre constitution. Je vois au milieu des tentures qui décorent nos murailles l'immortel ancêtre du noble préopinant s'indigner de l'affront fait à son pays. C'est donc en vain qu'il a conduit nos tlottcs v ictorieuses contre la grande Armada d'Espagne, c'est en vain qu'il aura défendu, atrermi l'honneur, le» libertés, l'église, la religion protestante de celte nation contre les cruautés et la tyrannie de la papauté et

de l'inquisition, si nous souffrons parmi nous des pratiques plus cruelles que les pratiques papales et inquisitoriales, si nous abandonnons nos propres établissements, la demeure de nos anciens compatriotes, de nos amis et de nos proches au cannibale sans pitié, altéré du sang des hommes, des femmes et des enfants; si nous lanç ons le féroce infidèle, le païen sauvage, contre qui ? contre nos frères protestants, pour changer leur sol en désert, pour détruire leurs demeures, pour extirper leur race et leur nom

La nouvelle motion de lord Chatam pour la paix fut rejetée malgré cette éloquente harangue, et un projet d'adresse pour le même objet échoua également dans les communes lorsqu'arriva enfin la terrible nouvelle de la capitulation de Burgoyne à Saratoga. Elle fut accueillie avec une douloureuse stupeur; mais au lieu d'abattre l'esprit public, elle le réveilla. De toutes parts arrivèrent des offres patriotiques. Les Highlands d'Ecosse, les cités de Liverpool et de Manchester donnèrent l'exemple, des sommes considérables furent spontanément souscrites l>our lever de nouveaux régiments, et malgré les charges énormes qui pesaient déjà sur la population, quinze mille soldats furent levés et équipés au moyen de souscriptions volontaires. Mais bientôt se répandirent des bruits encore

} . Lord Gowcr intervint el dit que, tous l'admiimiralion de lord llhatam el dan» U dernière guerre, le général avail eu recours aut arme* des sauvage*. Châtain adjura lord Ait»b*r*1 présent a la séance, de dire quelles insiruclioni ou quels ordres il avait reçus de lui a ec sujet, el il fut élalli que le généi al u'avail élé aulurisé qu'une seule fuis à se servir des Indiens comme auxiliaires, et qu'eu louic occasion ils n'avaient élé employés que comme éclaireurs et pour les services pénibles que requiert une armée. Lord Manon, ut auprà.

Discussions louchant la !»•»».

plus alarmants et l'Angleterre apprit la reconnaissance des Etats Unis par le gouvernement français, et les deux traités signés le 6 février entre le congrès et la cour de Versailles. Cette nouvelle qui transpira avant d'être officiellement connue, rendit plus vif et plus général le désir d'une paix immédiate; mais le gouvernement ainsi que les deux chambres étaient partagés d'opinion sur les conditions exigibles : une scission profonde éclata sur ce point au sein même des wbigs entre le parti de Rockingham et celui de Cbatam : le congrès, disait le premier, n'accepterait la paix qu'avec la complète séparation des colonies, le second repoussait toute clause qui tendait à diminuer la puissance britannique : le roi el ses ministres partageaient cette répugnance et désiraient une paix compatible avec la dignité de l'empire et qui ne portât aucune atteinte à son intégrité. Ils acquiescèrent pour le reste aux vœux des Américains. Lord North affirma que cette politique avait toujours été la sienne, et en conséquence, il présenta et fit adopter rapidement deux bills par lesquels l'Angleterre renonçait désormais à lever des Ach.g taxes dans ses colonies d'Amérique, cessait de contester eoncitianii i'exjstence légale du congrès et envoyait trois commisparlement, saires avec les pouvoirs les plus étendus, pour traiter de 1778 la paix à des conditions satisfaisantes pour les colonies comme pour la métropole.

L'opinion de lord Chalam était d'accord avec les vœux plus qu'avec les espérances de la nation anglaise dont elle flattait ou consolait l'amour-propre, et qui, se rappelant avec orgueil sa glorieuse administration , désirait que la direction des affaires lui fut de nouveau confiée. Chatam cependant, en se refusant à accepter comme

condition de la paix la complète indépendance des Etats- Unis, voulait une chose qui eût été possible et acceptable sans doute au début des hostilités, mais qui avait cessé de l'être, surtout depuis les traités qu'ils venaient de conclure avec la France. Toutefois, s'il eût existé pour l'Angleterre une chance d'arriver au double but où tendait lord Chatam, et auquel aspirait le roi lui-même, ce résultat n'aurait pu être obtenu par personne mieux que par l'homme d'Etat qui, en toute circonstance, avait plaidé la cause des Américains, et dont le nom était honoré et béni dans toutes les colonies insurgées. Mais le roi était depuis longtemps irrité de sa conduite, de la violence de son langage et de ses insinuations perpétuelles et injustes sur l'influence secrète qu'il attribuait à lord Bute Il avait été profondément blessé de la sympathie *de Châtain pour des rebelles, du blâme amer qu'il avait jeté sur sa politique et des entraves qu'il avait sans cesse apportées aux efforts de son gouvernement pour les réduire par les armes. 11 rejeta, de la manière la plus absolue, toute combinaison tendant à le ramener au timon de l'Etat et résista, sur ce point, aux pressantes instances de lord Nortb lui-même, qui aspirait à déposer le pouvoir dans les mains de son puissant adversaire.

Telle était la situation lorsque le 13 mars 1779 l'ambassadeur français, le marquis de Noailles, transmit au secrétaire d'État, lord Weymouth, copie du traité de commerce entre la France et les États-Unis. Cette communication était faite en des termes d'une insultante

I . L'injustice de* insinuations de lord Chalatn et de l'opposition loul entière sur ce point a été parfaitement démontrée de nos jours. Voyex Lord BrooCliam, llittoric&l tketckct, tU. — lord Horlh.

LIVHE VI. < Il A t 11 HK V.

ironie, et ne pouvait laisser aucun doute sur les intentions hostiles de la France : elle eut pour premier résultat le rappel des deux ambassadeurs ; la guerre ne fut point déclarée, mais elle parut à tous imminente. D'énergiques mesures furent prises en conséquence par le gouvernement anglais, pour l'équipement des vaisseaux, pour l'armement des côtes et la levée des milices, et trois commissaires nommés en vertu d'un des bills conciliateurs récemment votés par le parlement, eurent Tordre de partir pour remplir leur mission de paix en Amérique. Lord Norlli fit de nouveaux efforts |>our obtenir du roi que lord Ghalam fut invité à prendre si place; mais en vain il insista; en vain lord Granby et plusieurs autres membres du parti de Hockingbam, se inimitié rallièrent à l'opinion du comte, et grossirent le nombre

de

GeorCe* m de ses partisans : le cœur de Georges III a\ait été prolurd cUum. fondément ulcéré, h colère y avait engendré la haine, une haine implacable; il offrit de recevoir Chatam comme un des membres du cabinet actuel, proposition inacceptable, et se refusa de la manière la plus absolue à en faire son premier ministre; ce serait, dit-il, honteusement subir le joug de l'opposition, et il déclara qu'il perdrait plutôt sa couronne. Il appela lord Nortli , et le conjura de ne point l'abandonner, de ne pas quitter son poste à l'heure du péril. Lord Norlh, vaincu par un appel si direct à ses sentiments, fit ce qui est toujours une faute dans un homme d'Etat, et une faiblesse cou- Fiii.ime pable dans le ministre d'un roi constitutionnel, il céda lord Nonh. contre sa propre conviction, il s'associa et prêta sou . concours à une politique belliqueuse qui avait cessé d'être la sienne.

Malgré cette invincible répugnance du roi pour lord Châtain, il est à présumer que Georges III eût fini par subir les exigences de son gouvernement parlementaire, en acceptant le choix dicté par l'opinion, si la mort de celui qu'appelait le vœu public, ne fût survenue à temps pour épargner à l'un une grande humiliation, et à Tau Ire la douleur d'un échec dans la poursuite d'une lâche impraticable, et que lui seul cependant était jugé en état d'entreprendre, celle de pacifier L'Amérique, et d'y rétablir en même temps l'aulorité de la couronne.

Leduc de Richmond était avec Kockingham au premier rangde ceux qui ne partageaient pas cette espérance. Il fit une motion tendant à ce que le roi fût supplié de rap|>eler sans délai, des treize provinces insurgées, ses armées et ses flottes, et de traiter avec elles aux meilleures conditions acceptables : le débat fut fixé au 7 avril. Lord Cliatam était alors à la campagne, convalescent à peine d'une violente attaque de goutte : cette motion de lord Richmond lui parut injurieuse pour l'honneur national, et au jour indiqué, il se flt porter dans la chambre des lords où il entra lentement, marchant avec effort, appuyé sur son second fils William Pitt, et sur son gendre lord Mahon. Il combattit la motion : sa voix était tremblante, sa parole inégale et saccadée, entremêlée de traits éloquents et de brillants éclairs. Son but ******

* de

était de ranimer l'esprit national de la Grande-Bretagne tord Cbatom des deux côtés de l'Atlantique, et il protesta avec une U chambre

force indomptable contre la pensée de dépouiller un "P»1"prince anglais de ses droits héréditaires, de renoncer à 1778 l'union de la race britannique. « Ternirons-nous, dit-il, le lustre de cet empire par un honteux abandon de nos

584 UVIïE VI. CHAPITRE V.

droits ? Tomberons-nous prosternés devant la maison de Bourbon? Cette nation n'est-elle donc plus ce qu'elle était ? Quoi! un peuple qui s'est montré il y a dix-sept ans la terreur du monde, s'abaissera-t-il jusqu'à dire a son ennemi le plus invéléré : Prenez tout ce que nous possédons, accordez-nous seulement la paix! Non cela n'est pas possible. Je ne désire la guerre avec personne; mais enfin, s'il est indispensable de se prononcer pour la guerre ou pour la paix, et si Tune ne pi-ut être maintenue qu'au prix de notre honneur, pourquoi commencer l'autre avec hésitation et faiblesse? Je suis mal informé peut-être des ressources de ce royaume, il en aura toujoursassez pour maintenir de justes droits. Toute situation est préférable au désespoir : faisons un effort, et si nous devons succomber, tombons du moins comme des hommes! »

Le duc de Richmond répondit, et soutint sa motion en montrant la Grande-Bretagne impuissante contre trois ennemis, la France, l'Amérique et l'Espagne. Chatam voulut répliquer : mais il avait cessé d'être lui-même, la nature était vaincue ; il murmura quelques sons et tomba évanoui. Toute la chambre se leva 1 et se montra empressée autour de lui : on le porta sans connaissance dans une maison voisine, où il reçut les premiers soins: peu de jours après, il fut transporté à sa résidence de Haycs : il languit quelques semaines, et mourut le \ 1 mai dans sa soixante-dixième année.

Lord Châtain ne doit être compté ni parmi les hommes préoccupés des besoins généraux de l'humanité, des

I. Moins uu seul membre, lord MtusGeld, qui demeura impassible.

GEORliES III

abus à extirper ou des progrès à accomplir ; ni entre ceux qui possèdent l'heureux équilibre des qualités morales dont le rare assemblage constitue l homme complet. Personne cependant n'eut une place plus haute dans l'estime de ses concitoyens, cl il offrit aux modernes la plus frappante image de ces vieux Romains, illustres à la tribune, illustres encore à la tête de l'administration ou des armées. Ses défauts furent nombreux : il poussa l'estime et le respect de soi jusqu'à l'excessif orgueil, la fermeté jusqu'à la tyrannie d'une volonté parfois fantasque et toujours indomptable, il se laissa entraîner enfin, par la vengeance, par la haine, comme par l'indignation qu'il ressentait pour l'injustice ou pour de lâches faiblesses, aux emportements de la colère, à des éclats pleins de violence et de dangers. Son trait principal fut la force : il fut grand par le caractère avant de l'être par le génie, et fut populaire sans faire jamais d'indignes sacrifices à sa popularité : il secoua le joug lyrannique des liens de famille ou de parti, dédaignant ces basses intrigues, ces combinaisons étroites, ces tristes capitulations, fléaux des gouvernements libres comme des cours despotiques, et auxquelles tant d'hommes supérieurs sont descendus, payant de leur considération personnelle l'honneur de rendre d eminents services. Chatam imposa les sîens et sut se rendre indispensable à sa patrie. On vit alors porté au sommet de l'Etat, à la direction suprême du gouvernement et des armées, l'homme qui était tout à fois l'expression la plus vraie comme la plus puissante de l'intérêt général, et en qui fut en quelque sorte incarné le génie de sa nation : Chatam fut le premier des Anglais, parce qu'il fut plus anglais que personne, et il fortifia lecarac

1ère national en le marquant de sa puissante empreinte. L'Angleterre avec lui obtint par une série de triomphes les plus grands résultats des institutions qu'elle s'est données 1 : il lui révéla sa force, il rétablit son empire sur l'Océan, il lui en donna un dans les deux mondes, et pour accomplir son œuvre, il déploya une volonté non inoins active qu'inflexible et une éloquence incomparable : c'est assez pour sa gloire. Tel fut l'implacable adversaire de la France, celui qui, par ses préjugés et sa ha ine, a le plus contribué à faire considérer comme ennemis prédesli nés deux grands |>euples rapprochés par la nature, l'homme enfin dont l'orgueil a passe dans le marbre de sa lombe à Westminster, où son geste commande encore le respect et l'obéissance. Ses funérailles furent faites aux dépens du trésor public, et toute l'Angleterre en prenant son deuil montra qu'elle s'associait à sa gloire.

Chatam ne laissait après lui dans l'opposition aucun membre considérable disposé à tenir, vis-à-vis de l'Amérique, l'attitude qu'il avait prise, conforme d'ailleurs à la politique du roi, et qui consistait à tout accorder aux Américains, à l'exception de leur indépendance et de la séparation des deux peuples. Lord North dut renoncer à l'espoir de déposer son fardeau : il conserva sa place, et. pour fortifier son administration, il fit donner, pour suc- TborU* cesseur au lord chancelier Bulhursl, l'avocat général 8r«nci$c«id. Thurlow. Celui - ci , plus courtisan qu'homme <1 Etat. 1778 étroit et absolu dans ses opinions, rude et grossier

1. Tel» furent, dit énergiquement un tuteur anonyme (Burke peut-etrf! le* heureux résolut* de l'union du pouïoir et du patrioritme. dan* le* embrasements de l'ordre et de I* liberté (Wkên liberiy and orécv kist) rtaùtcrt an. 1759, p. 7.

dans ses formes, fut au premier rang de ceux qui sons le nom d'amis du roi, dont il avait toute la confiance, firent constamment intervenir la \olonté personnelle du monarque dans les résolutions du parlement et dans la conduite des affaires '.

La paix, dans les conditions désirées, n'était pas |>ossible. Le congrès américain, rempli d'ardeurà la suite des succès de la dernière campagne, avait montré une fierté patriotique, en recevant l'avis des deux bills conciliateurs votés par le parlement et de l'envoi de nouveaux commissaires chargés de traiter directement avec lui. Il déclara . qu'il n'ouvrirait aucune conférence, si au préalable l'Angleterre ne retirait de l'Amérique ses armées et ses flottes, ou ne reconnaissait en termes formels l'indépendance des Etats-Unis. Aussitôt après, la nouvelle des traités conclus avec la France arriva en Amérique et fut accueillie avec enthousiasme 2. Déjà une flotte de douze vaisseaux et de quatre frégates avait ap pareiilé de Toulon sous les ordres du comte d'Estaing dont la mission était de surprendre et de combattre la flotte du général Howe à l'entrée de la Delaware : il de- PU» vait combiner ses opérations avec celles du général amé- eci™Pa*nc ricain, et plus tard attaquer les possessions anglaises !â FrâUCCdans les Antilles. Une seconde flotte française fut formée 1778 ' à Brest, sous le commandement du comte d'Orvilliers, tandis qu'une armée allait se réunir sur les cotes pour opérer, de concert avec cette flotte, une descente en Angleterre. Le gouvernement français comptait aussi sur

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