‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculésChapitre 102 sur 145 · I . L'Arélhuse Tut prise el la Belle. Poub désemparée · texte numérisé non relu

I . L'Arélhuse Tut prise el la Belle. Poub désemparée

3. Les Français avaieut trente-deux vaisseaui et le> Anglais treille.

Opérations militaires en

Amérique.

des villes du royaume : ce fut un signe non équivoque de Ti m popularité croissante du ministère, et Keppel, après avoir faiblement combattu, devint aussi populaire jtarson procès qu'il aurait pu l'être en d'autres circonstances, par une victoire signalée.

De grands changements étaient survenus à cette époque dans la position des armées belligérantes en Amérique, où sir Henri Clinton, plus actif et plus décidé mais non plus heureux que son prédécesseur avait remplacé Howe comme gouverneur général. A la nouvelle «les traités conclus entre les Etals-Unis et la France, Clinton avait reçu de son gouvernement, l'ordre d'évacuer Philadelphie et de concentrer ses forces : il avait obéi. L'armée anglaise, en juin 1778, quitta cette ville dont les troupes du congrès reprirent aussitôt possession et se dirigea sur New-York à travers la province de New- Jersey, suivie de près par l'armée américaine. Washing- Monm, u,h ton atteignit l'ennemi dans sa retraite près de Monmouth et donna l'ordre d'attaquer au général Lee, l'un des envieux de sa gloire. Aprèsavoir fait d'heureusesdispositions, Lee, au lieu d'avancer, s'arrêta, puis retira ses troupes sans attendre de nouvelles instructions du général en chef. Washington accourut et Chargea les Anglais. Ce combat fut glorieux pour les Américains2; mais l'occasion propice était |>erdue et ils ne purent couper la retraite à l'armée ennemie qui bientôt après s'embarqua et rentra dans New-York. Washington franchit l'Hudson,

Bal.illc

«le

I. Lord rVorlh disait de» généraut anglais qui dirigeaient \à guerre en Amérique « • Je ne tain s'ils foui peur a l'ennemi, mais ce que je sais c'est que, lorsque je songe «eux, ils oie font trembler. •

2 Les Anglais laissèrent environ trois cents, morts sur le cbsmp de bataille,

IJVHK VI. «HAIMTUK V.

à trente milles environ an nord de celte place et il établit son camp sur la rive gauche du fleuve, dans les white plains, surveillant à la fois les deux grands corps de l'année an glaise à New- York et dans Hhode Island. Les armées belligérantes étaient aussi revenues après de longues marches et plusieurs combats à peu près dans la situation respective qu elles avaient occupée deux années auparavant.

Les commissaires envoyés par lord Nortli avec mission j de tout accorder aux anciennes colonies sauf l'indépendance, pour obtenir le rétablissement de la paix, étaient arrivés à Philadelphie au moment où Tannée anglaise en sortait : ils firent saus succès les plus grands efforts |>our que le congrès consentît à traiter avec eux avant Knergique que l' Angleterre eut retiré ses armées et ses flottes : le

résolution t .... .....

du congres demeura dans sa resolution première, il n ac-

r\ a ai tfttft'flWtf

8 ' cueillit aucune îles ouvertures qui lui furent faites, Lien qu'à cette époque la détresse de son armée fût extrême, et les commissaires quittèrent le sol américain en publiant un manifeste où se trouvait renfermée une menace barbare. De grands débats furent provoqués dans le parlement britannique pour ce manifeste, qui souleva l'opposition tout entière et que lord North désavoua. Le comte d'Estaing avait déjà paru avec son escadre a l'entrée de la Delavvarre, où il chercha sans les rencontrer l'amiral Howe et sa flotte : celle-ci avait suivi le mouvement de l'armée anglaise et s'était rapprochée de New- York à -l'entrée de l'Hudson. D'Estaing tenta de forcer l'entrée du port à Sandy-Hook, et n'ayant pu y réussir.

mais un grand nombre de soldais pour la plupart Allemands de^eitè-ent d«ranl la rclraiie el la perle totale de l'armée anglaise (ut a peu près de oVat mille hommes. Hildrelh's, Ht tiiprà.

GKOKGKS III. 891

il concerta avec Washington une attaque contre Rhode- Island. Il força la passe de New-Port et se disposait à blo- S!if quer cette place par mer, tandis que le général améri- New Po"cain Sullivan s'en approchait par terre avec dix mille hommes. L'amiral Howe, qui avait reçu quelques renforls, suivit la flolle française ; d Estai ng pour le combattre, repassa hardiment, avec celle-ci, sous le feu de la ville assiégée; mais au moment où la lutte s'engageait, un terrible ouragan dispersa les deux flottes, et d'Eslaing, voyant plusieurs de ses vaisseaux endommagés par la tempête, fit de nouveau voile pour Iîoston : ni vain le général américain sollicita sa présence durant deux jours devant New-Port pour seconder les milices américaines et leur permettre de tenter contre la place Ltré9 un effort décisif. D'Estaing refusa, alléguant ses inslruc- du lions, et s'éloigna : sa retraite rendit nécesaire celle de i?78 l'armée américaine, le siège de New-Port fut levé et la campagne fut perdue pour les puissances alliées.

La guerre, cependant, avait redoublé de férocité, comme il arrive presque toujours dans les commotions civiles, où les ressentiments particuliers de famille et les implacables vengeances des partis, ajoutent leurs excès aux maux habituels de la guerre. La Pensylvanie surtout fut le théâtre des scènes les plus barbares : les loyalistes y avaient exercé d'affreuses représailles, et appelant les Indiens à leur aide, ils s'y étaient montrés leurs émules en cruauté. Aucun engagement considérable n'eut lieu dans les provinces du nord, depuis l'évacuation de Philadelphie. Sir Henri Clinton avait conçu un nouveau plan d'opérations : il s'était jusqu'alors flatté de réussir en portant la guerre du nord au sud : son espé-

392 llVRK VI. CHAMTM V.

rance avait été trompée , et maintenant, suivant une marche opposée, il voulut réduire d'abord à l'obéissance les provinces du sud, où les loyalistes étaient le plus F,PdM,ons nombreux, et les moyens de défense les plus faibles.

AdînV§ **°n l*'an aPPr0l,v<* : en conséquence, un corps eïpéla Géorgie ditionnaire fut envoyé par mer dans la Géorgie, et, après aui Antilles, une courte résistance, il s'empara de Savannah, capi- J77g taie de cette province, où les loyalistes reparurent de tous côtés en armes et s'organisèrent sous la bannière du roi. Un autre corps de cinq mille hommes fut détaché dans les Antilles, oîi déjà les Anglais s'étaient saisis des ilfs de Saint-Pierre et de Miquelon, tandis que Bouille, gouco et verneur des Mes du Vent, s'emparait de la Dominique muTeiiei' '>oui* la France. C'était aussi vers les Antilles que AugUi* d'Estaing avait fait voile, après avoir réparé son es- <ici FrLçaii cadrc a Boston : il n'empêcha point les Anglais d'enlever <i«n» durant l'hiver J île française de Sainte-Lucie, et, après

le» Antilles. . *

six mois donnes a l'observation de l'escadre de l'amiral Byron, successeur de Howe, et à des manœuvres sans résultat, il conquit par de brillants faits d'armes la Grenade et Saint- Vincent. Depuis, dix-huit mois que les hostilités avaient éclaté enlre la France et l'Angleterre, aucune action d'une grande importance n'avait eu lieu ; mais la guerre traînait en longueur, au grand désavantage de l'Angleterre, séparée par dix huit cents lieues de son théâtre d'opérations, et qui s'épuisait pour entretenir à cette distance énorme ses armées et ses flottes.

De graves périls la menaçaient à l'intérieur, par suite de l'impopularité croissante de lord North, et les actes même les plus louables de son cabinet lui étaient imputés à crime. U avait récemment fait saoc-

tionner par la couronne, un bill adopté par les deux chambres, à l'effet de délivrer les catholiques de quelques BiU unes des odieuses pénalités portées contre eux, dans les fa™'"l),e dernières années de Guillaume 111 : ce bill donna lieu à «iboitquei. un soulèvement en Écosse, où un jeune seigneur fanatique, lord George Gordon, enflamma les esprits et porta la populace à exercer sur les catholiques de coupables violences. Il se forma sous ses auspices, en Écosse comme en Angleterre, une vaste association protestante animée de l'esprit le plus hostile au gouvernement, et dont lord George Gordon fut nommé président. Dans le même temps pYo°eïuui". enfin, l'Irlande s'agita pour plusieurs causes qui seront {7J9 plus tard développées et au premier rang desquelles étaient les entraves apportées à son commerce. Une haine nationale y fermentait, trop justifiée par une longue oppression, et déjà commençait à se former l'association devenue si redoutable sous le nom de volontaires irlandais. A tant d'ennemis intérieurs et extérieurs, il s'en joignit un nouveau : l'Espagne, depuis plusieurs mois , armait en silence, offrant, pour endormir les soupçons, de se porter médiatrice entre l'Angleterre et la France : lorsquenfin ses préparatifs furent terminés, elle rompit avec la première sans ouverture préalable, et son ambassadeur quitta Londres soudain, en adressant au cabinet Rupture une note équivalente à une déclaration de guerre. Le roi i^'p^e la fit mettre sous les veux des deux chambres, décla-

rant par un royal message qu'il comptait sur la fidélité de son parlement.

L'Angleterre alors, et c'est sa gloire, donna de nouveau l'exemple qu'elle a offert au monde dans presque toutes ses crises : la grandeur des périls y ranima iv. 38

59 i LIVRE VI. CHAPITRE V.

l'esprit public , y réveilla le patriotisme, et l'irritation toujours croissante contre le cabinet qui les avait attirés sur la nation ne paralysa point ses efforts pour les surmonter. Les communes, malgré l'opposition, adoptèrent d'urgence et en deux jours un bill avec effet rétroactif pour la presse des matelots : de toutes parts s'ouvrirent des souscriptions pour équiper des vaisseaux, pour lever des soldats, un camp de volontaires fut formé à Cox-Heat en prévision d'une invasion prochaine : cinquante mille hommes de troupes réglées furent réunis sous les drapeaux et un nombre à peu prés égal de miliciens, organisés en bataillons et mobilisés, furent mis à la disposition du gouvernement pour la défense du territoire : le crédit ne fléchit point, il y eut, pour le soutenir, émulation entre les premières maisons de banque et de commerce, et les actions de la Compagnie des Indes comme les fonds publics ne subirent qu'une baisse ineitrtme» sensible. Le danger cependant était extrême ; cinquante l'AngiHerre. mille hommes étaient réunis sur les côtes de Normandie et de la Bretagne prêts à franchir l'Océan ; les flottes de Frauce et d'Espagne avaient opéré leur jonction à la hauteur de la Corogne et soixautc-six vaisseaux ennemis cinglaient vers la Manche sous les amiraux d'Orvilliers ^Jjj et don Louis de Cordova : l'Angleterre n'en avait que n trente-huit à leur opposer dans le détroit, et elle en confia d E>,,*B"e• le commandement à un habile marin, sir Charles Hardi, qui dut se borner à la défensive, et tandis que ses côtes étaient insultées par les flottes ennemies, son tméH^im. commerce était désolé, sur toutes les mers, par d'audacieux corsaires américains dont le plus célèbre, p*ui Jun*. pauj jonegj ^.jhq l'épouvante sur les côtes d'Ecosse et

Kéuiiioti des fluliei

(iEORGES III. «95

jusque sous le canon d'Edimbourg. Tant de périls furent enfln conjurés : la discorde éclata entre les amiraux de France et d'Espagne; une épidémie décima leurs équipages, et après d'inutiles tentatives pour opérer un débarquement et pour contraindre sir Charles Hardi à entamer une action générale, les deux flottes combinées se séparèrent et rentrèrent dans leurs porls respectifs. Les Anglais virent aussi cette année échouer dans l'autre hémisphère les efforts combinés de leurs ennemis. Savannah, capitale de la Géorgie, était, comme on Ta vu, récemment tombée en leur pouvoir : d'Estaing

pour la leur enlever concerta une attaque avec le général américain Lincoln : il débarqua près de cette .place et après trois semaines de tranchée ouverte, l'assaut

Kclicc

fut donné avec une audace non moins téméraire qu'hé- ,jM roïqne. Les assiégeants, Français et Américains, furent Fer,aX* repoussés avec une perte de onze cents hommes et l'en- Américain»

, devant

treprise avorta. D'Estaing fit voile bientôt après pour la s*vann«h.

France avec une partie de ses vaisseaux, laissant le reste l779 aux Antilles sous les ordres de La motte Piquet.

La guerre ensanglantait les quatre parties du monde : Concju6let

les Français , sous Vaudreuil et Lauzun, s'étaient em- ic*

Françaii

parés du Sénégal, de la Gambie et de Sierra Leone : en Arnquc. mais la France avait subi de nouveaux désastres dans

IjCu r»

l'Inde : ses établissements au Bengale étaient tombés au ,,lcr, dam pouvoir des Anglais et Pondichéry avait succombé après quarante jours de tranchée ouverte. Tels furent, durant perle deux années (1778-1779), dans les deux hémisphères, les Pondflebéryt prinripau v événements de cette grande lutte prolongée ,778.l77!) jusqu'alors sans résultats décisifs, mais aussi désastreuse, par ses charges et par sa durée, pour l'Angleterre

f>9fî UVRK VI. CHAPITRE V.

que pour ses ancienues colonies. L'armée américaine manquait du nécessaire, le trésor était vide : le papiermonnaie décrété par le congrès avait perdu toule valeur Washington, revêtu de la dictature pour une seconde période de six mois, s'était vu contraint de recourir à des moyens violents pour nourrir ses soldats. Le congrès en établissant un maximum pour le prix des denrées, avait achevé de les faire disparaître au profit de l'ennemi qui en soldait la valeur. Cette assemblée montrait moins d'énergie depuis les traités qu'elle avait conclus avec la France, comme si désormais elle se fût reposée du soin «le vaincre sur sa puissante alliée, dont cependant l'Amérique ne reçut longtemps que des secours maritimes peu efficaces. Washington n'obtenant du congrès qu'une insuffisante assistance, fut obligé de réduire son armée et de se tenir sur la défensive. L'enlèvement de Stony-Point, position importante qui domine le cours de l'Hudson, et la reprise de Rhode-Island évacué par les Anglais, furent pour les Américains les seuls avantages acquis dans cette campagne.

L'Angleterre vit l'année suivante (1780), s'accroître en- <J« u eore le nombre de ses adversaires. Les puissances du nord, armée. l'impératrice de Russie, les rois de Suède et de Danemark, l780 se liguèrent ensemble pour résister à ses prétentions touchant la domination des mers et signèrent une déclaration de neutralité armée 2. Dans cet acte il fut convenu

I. Les Anglais avaient fabriqué une conirefaçon du papier américain pour «les sommes immenses. Dans Rl.ode-IsUnd «eulrment qu'il» Tenait»! d'éfieuef. il en fui trouvé par les Américains pour plus de trente millions de dollars.

2 Sur la neutralité armaV, j'eugage à lire l'ciccllenle explication daunéc par M. Titien dans son Histoire du consulat et de l'empire, vol. il, p. 99- 10t. édit de 1817.

Uéila rat ion

que les neutres pourraient naviguer de port en port et sur les côtes des nations belligérantes; que les marchandises appartenant à celles-ci seraient libres sous pavillon neutre, sauf les marchandises de conlrebande et celles que l'on voudrait faire entrer dans un port réellement bloqué. Les puissances du non! annoncèrent qu'elles feraient respecter leur déclaration par les armes. Les Provinces- I nies osèrent adhérer à la neutralité armée, et le cabinet anglais, les voyant affaiblies par des divisions intestines, et convoitant d'ailleurs leurs belles possessions coloniales, leur déclara la guerre. L'Espagne avait entrepris celle-ci dans des vues toutes personnelles, beaucoup plus que par déférence pour les clauses du pacte de famille; elle tourna toutes ses forces contre Gibraltar et s'épuisa pour ramener en sa puissance cette citadelle fameuse dont sa flotte fil le blocus et où déjà le défaut de vivres et de munitions se fai- Biocut

de

sait sentir : l'Angleterre lit les plus grands efforts pour y Gibniur. porter des secours et confia, dans ce but, une de ses flottes <779 à l'un de ses plus grands amiraux, à l'audacieux George Knriney. Celui-ci enleva un convoi aux Espagnols, battit à la hauteur du cap Saint- Vincent, leur flotte corn- vidww mandée par don Juan de Langara, força la rade de Gi- GeiirgedJ(M, braltar, ravitailla cette place et, après avoir ramené sa ««cap

Sainl-Viucf nt

prise en Angleterre, il alla chercher aux Antilles la flotte française, commandée par le comte de Guiches. Les deux flottes étaient à peu près d'égale force : elles se livrèrent trois combats meurtriers (avril et mai) sans avantage décisif d'aucune part. Une escadre espagnole, sous l'amiral Solano, portant onze mille hommes de trou|>e, arrivait alors dans ces parages. Hodney ne put empêcher sa ,780 jonction avec la flotte française; mais l'épidémie exerça

Combats sur mer.

de nouveau ses ravages sur les escadres alliées; la discorde survenue enlre leurs chefs, les sépara ; de Guiches fit voile pour la France et Salano se dirigea sur la Havane.

Les Américains subirent à cette époque un grand revers dans la Caroline du Sud, où sir Henri Clinton, fidèle à son plan d'opération, s était rendu avec sept mille hommes de ses meilleures troupes. 11 dirigea, de concerl avec l'amiral Arbutlmot, une attaque hardie autant que terrible contre Charles-Town, capitale de la province dé- ' de'6 fendue Par le général américain Lincoln, qu'il contraignit charic»- Town à capituler et à déposer les armes avec cinq mille hommes le, AagUi,. de la garnison (mai 1780). Alarmé bientôt par le bruit du 1780 débarquement en Amérique, d'un corps d'armée française, Clinton crut New-York menacé : il y rentra avec une partie de son armée, laissant quatre mille hommesà Charles-Town, sous le commandement de lord (Âirnwallis, auquel il confia la direction de la guerre dans les deux Carolines.

Les appréhensions du général anglais étaient fondées, et, le li juillet 1780, une première division française, forte de six mille hommes, débarqua à Hhode-lsland, sous les ordres du comte de Rochambeau L'arrivée de ce puissant renfort, depuis longtemps espéré, ranima le courage et l'enthousiasme des Américains : les Anglais cependant réussirent à bloquer le port où les Français Lcar.^progrè. avaient débarqué, ils rendirent ainsi, jusqu'à la fin de i.croiine l'année, leur assistance à peu près inutile et cette cam-

du sud.

pagne ne fut marquée pour les colons que par des déceptions ou des revers. Le vainqueur de Saratoga, le général

f. Louis XVI, pour donner de l'unité aux opérations militaires avait «uUr donne dan» le comman li-nvut Boibaml.e.u a W»hmftoai .

Gates, fut battu à Camden dans la Caroline du Sud, par lord Cornwallis et toute la province fut à peu près perdue 1 : dans le nord, la trahison enleva aux Américains un de leurs plus habiles généraux, Bénédicl Arnold, qui, entraîné au crime par les besoins d'une vie déréglée, promit à sir Henri Clinton de lui livrer West-Point, fort dune grande importance par sa position sur THudson, où il fermait d'importants passages, et dont le commandement lui était confié : son crime fut découvert, Trahison et Arnold quittant précipitamment sa forteresse avant de Tavoir livrée, passa dans le camp ennemi. Ce corn- Arnold, plot, dont le succès eut été si fatal pour la cause améri- l78o caine, coûta la vie à un jeune officier du ' plus noble caractère, le major André, qui s'en était rendu le négociateur et qui fut arrêté par un poste américain, sous un costume étranger à sa profession, il fut condamné à mort comme espion et exécuté. Washington, dans cette circonstance, fut inflexible 2. Mais tandis que la guerre devenait plus propice aux Anglais dans le Nouveau- Monde, l'Angleterre elle-même était en proie à une vive agitation et menacée de périls sérieux à l'intérieur. Depuis longtemps déjà le mécontentement public allait H**mutmtew*»i

pu Ll ic

croissant : la guerre, si prolongée et si ruineuse, était en maintenant devenue impopulaire comme il arrive loti- A"8,elc"c•

f . La défaite du général Gales a Caindeu fui un coup terrible pour les Américain», et les mit dans une situation dont il était a craindre qu'ils ne pussent se relever. Sparks, Vie de Wathinglou, p. 344.

2. Jamais homme en des circonstances par- il le* n'excita une sympathie plu» universelle, dans le pays même contre lequel il agissait. Son histoire est au nombre des épisodes les plus émouvants de la révolution, el le nom du major André est encore rappelé avec un intérêt louchant dans la tradition des lieut aux environs desquels il fut pris. Washington Irving, Vie de Washington, vol. IV, c. CHUS.

jours lorsqu'il n'y a aucune proportion entre les sacrifices accomplis et les résultats obtenus : les voix éloquentes de l'opposition parlementaire étaient écoulées et trouvaient partout de l'écho dans l'opinion : on se plaignait de l'énormité des taxes, on s'inquiétait de l'accroissement perpétuel de la dette publique; on accusait lord North, on murmurait contre la majorité qui persistait dans les deu\ chambres à s'associer à la politique belliqueuse de la cour et du cabinet. La prodigalité du gouvernement dans la distribution des faveurs de la couronne, la multiplicité des emplois et des sinécures, le taux élevé des adjudications pour les fournitures de toute espèce provoquaient des plaintes générales et d'innombrables pétitions pour K*>jet des réformes économiques. Plusieurs motions, tendant à Piu»ifur$ les obtenir, furent faites dans la chambre des lords par "pour" l'organe de lord Shelburne et dp duc de Richmond, et <ie> réformes TjurL;e éleva, pour le même objet et sans plus de succès, 1780 sa voix éloquente dans les communes.

Cn immense concours (meeting) eut lieu à York, où huit mille francs tenanciers signèrent une pétition adressée au parlement pour les réformes désirables. Vingt-trois comtés, dans l'espace de quelques semaines, suivirent Acitation l'exemple de celui d'York et dans toute l'Angleterre des populaire. comj^s s'organisèrent et une vaste association se forma pour le même objet. Sir George Savilc présenta aux communes la pétition du York-shire, et après lui, Burkepritla parole pour la soutenir et fit une motion pour la réforme d'abus nombreux et si notoires, que lord North n'osa la combattre et parut même l'approuver. La motion fut adoptée, mais on vit alors combien il est plus aisé de reconnaître et de signaler des abus invétérés que d'y appor-

1er remède. Burke, en voulant tout réformer à la fois, avait été trop loin; des difticultés nombreuses surgirent pour l'exécution, et sa motion expira dans le comité chargé de l'examiner. La fermentation était grande ce|»endant et de tous côtés arrivaient aux communes des pétitions couvertes d'innombrables signatures. On imputait aux efforts de la cour et à la trop grande influence de la couronne dans le parlement l'avortement de toutes les tentatives de réformes. Déjà l'année précédente deux bills avaient été présentés pour restreindre cette influence ; ils furent reproduits dans la session de 1780 et eurent pour objet de déclarer inhabiles à voter aux élections les officiers de l'Etat employés dans la perception des taxes et de fermer l'accès dans la chambre des communes à tous les adjudicataires des fournitures ou des travaux de l'Etat : ces bills furent repoussés. Une grande agitation suivit leur rejet et peu de jours après, un membre célèbre, Du n il in g, se leva dans la chambre réunie eu comité et proposa de décider que l'avis de ce comité était que l'influence de la couronne était devenue trop grande et qu'il fallait la réduire. Une majorité de dix-huit voix adopta cette proposition qui fui suivie de deux autres motions également adoptées et portant qu'il était du devoir de la chambre d'intervenir, et de remédier sans délai aux abus introduits dans l'emploi des revenus de la couronne. Mais lorsqu'il fut question des mesures nécessaires pour exécuter les résolutions adoptées, Dunning ayant proposé de voter une adresse par laquelle le roi serait prié de ne point dissoudre le parlement, et un autre membre ayant demandé que les subsides fussent refusés jusqu'après le redressement des griefs, ces

602 LIVRE VI. < Il VI II Kl V.

deux motions furent repoussées par une forte majorité.

La crise devint plus sérieuse : on était arrivé à ce point où il suffit d'un cri de ralliement qui réveille un sentiment populaire, souvent louable en lui-même, pour entraîner des masses aveugles et passionnées à de criminels excès sur les pas d'un chef audacieux. Celui-ci fut cette fois un fanatique et un insensé appartenant à la haute aristocratie et au parlement, lord George Gordon, qui déjà, l'année précédente, avait soulevé l'Ecosse au nom des intérêts protestants menacés, disait-il, par la révocation du statut pénal qui pesait sur les catholiques : il avait, à cette occasion, accusé de papisme George III et ses ministres, et il saisit le moment de l'effervescence causée par les calamités de la guerre toinsi que par les débats touchant la réforme des abus, pour allumer dans Londres une sédition, d'où aurait pu sortir une conflagration générale. En vain, pour tenir une balance égale entre les partis religieux aulant que i>ar esprit de tolérance, le gouvernement et les chambres avaient adopté, après le bill favorable aux catholiques, d'autres mesures en faveur des protestants dissidents; le fanatisme les méconnut ou les dédaigna : la vaste association protestante que présidait lord Gordon voyait une trahison dans l ui dulgence montrée aux catholiques, elle résolut de protester avec éclat contre le retrait des lois pénales, en

con»oc*tiou d'autres temps rendues contre eux : un appel fut fait pour proieiume ^ par lord Gordon aux vrais protestants, qui furent

S*' rST1" évités à porter comme signe distinctif une cocarde bleue, j7 et à se réunir le 2 juin à Saint-Georges Field, pour signer en masse une pétition aux communes. Le but de la réunion serait manqué, disait-on, si les assis-

lants ne s'y trouvaient au nombre de vingt mille, et il en vint soixante mille : la pétition fut votée par acclamation : la foule s'écria qu'elle la présenterait ellemême, et marchant à rangs serrés, elle se dirigea vers le palais où siégeaient les deux chambres, dont bientôt tous les abords furent encombrés d'une masse tumultueuse d'hommes exaltés qu échauffaient leur propre contact et les excitations mutuelles de leur fanatisme.

Les pairs et les membres des communes fendirent avec peine les flots pressés de la foule pour 3c rendre à leur Sédjiion poste : plusieurs lords désignés à sa fureur comme promo- d™" LonXc» leurs ou soutiens du statut de tolérance furent en butte à "7 d'indignes outrages, leur carrosse fut mis en pièces, leurs GcorceG<>r,,°n habits déchirés, et parmi les plus maltraités fut le premier l'so grand juge, lord Mansfleld, coupable récemment d'indulgence envers un prêtre catholique. La popularité des membres le3 plus éminents de l'opposition dans les communes ne les couvrit pas contre la rage des fanatiques : George Savileet Burke avaient soutenu les premiers le bill de tolérance et coururent risque de la vie. Aucune mesure n'était prise contre cette émeute formidable : il n'y avait dans la ville ni régiments, ni police organisée : quelques faibles compagnies des gardes à pied et à cheval étaient les seules forces qu'on eût à opposer à la sédition dont les flots furieux firent irruption dans le corps même de bâtiment où siégeaient les communes. Us ne s'arrêtèrent qu'au seuil de la chambre où leur chef, lord George Gordon, eut l'audace de requérir que la pétition fut mise en délibération à l'heure même et sous la pression de la foule qui heurtait aux portes. Il se trouva huit membres seulement assez lâches pour y consentir; tous

UVKK V|. CIIAPITItK V

les autres protestèrent contre cette violence et la chambre s'ajourna. Une compagnie des gardes accourut enfin et lord Gordon se sépara de l'émeute, effrayé de la tempête qu'il avait si follement déchaînée. La nuit était ve nue, la foule s'écoula et sa fureur détournée mais non calmée, tomba sur les chapelles catholiques des ambassades étrangères et les incendia. Quelques soldats dispersèrent l'émeute : treize coupables furent arrêtés el enfermés à Newgate. Un |>eu de calme succéda le lendemain; mais la sédition semblable au feu couvé sous la cendre, allait renaître plus terrible.

Encouragée par la faiblesse de la répression, l'émeute, Dévatuiiont dans la journée du dimanche, fondit de nouveau sur iucendie». d'autres chapelles consacrées au culte romain, puis sur les maisons de quelques catholiques qu'elle mit au pillage, et elle attaqua ensuite celle de sir George Savile, principal objet de sa fureur. D'innombrables désordres avaient déjà été commis et le gouvernement ne paraissait pas avoir compris la gravité delà situation; il croyait la tempête apaisée; elle commençait à peine, lie lundi les rassemblements, plus considérables que la veille, prirent un nouveau caractère. Les protestants véritables s'étaient retirés de l'émeute, où Ton voyait à leur place des hommes tels qu'il s'en rencontre toujours dans les basfonds des grandes capitales pour apparaître aux jours sinistres. La cocarde bleue était encore le signe de ralliement, le cri de : Point de papisme (no popery), était toujours le mot d'ordre; mais le but avait changé; c'était maintenant le pillage el la destruction. La prison de Newgate fut assaillie en plein jour par une foule sauvage ayant à sa tète le bourreau; les portes de fer mas-

sives tombèrent sous la pression de celte multitude, les prisonniers enlevés la veille à lemeute furent mis en liberté et avec eux un grand nombre de bandits et de scélérats qui se joignirent aux destructeurs : ceux-ci, redoublant d'audace par le succès, coururent attaquer la résidence de lord Norlh, puis celle de lord Mansfield, qui fut réduite en cendres avec sa belle bibliothèque et sa collection de manuscrits d'une immense valeur. Confondus et comme paralysés par l'explosion soudaine d'un tel orage, le lord maire, le conseil de la cité, les principaux officiers de l'Etat parurent s'être abandonnés eux-mêmes, comme on le vit à quelques époques mémorables dans un pays voisin, et lorsqu'à grand' peine un petit nombre de soldats se trouvaient réunis sur le lieu du désordre, des scrupules étranges y rendaient leur présence inutile, le magistrat n'osant recourir aux armes avant d'avoir donné lecture préalable de l'acte touchant la sédition, que le tumulte affreux ne permettait ni de lire ni d'entendre. Dans la soirée du même jour, la plupart des autres prisons de Londres furent également forcées et incendiées : la banque fut assiégée : mais là des forces suffisantes avaient été réunies, elles repoussèrent les assaillants : partout ailleurs ils consommèrent l'œuvre de destruction sans rencontrer aucune sérieuse résistance. La capitale qu'on eût dit prise d'assaut par une armée ennemie, était tout entière au pouvoir de la multitude, qui, semblable à ces nuées d'insectes auxquelles l'Ecriture la compare 1 , s'acharnait sur elle pour la dévorer. Un grand nombre d'édifices publics et

Sluffur

rt inertie

mifiiilMis

Page 1