‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculésChapitre 110 sur 145 · IV · texte numérisé non relu

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626 LIVRE VI. CIIAPIT1B V.

nelle, présenta aux communes un projet d enquête pour ce grand objet. Sa motion divisa le cabinet; Fox, Sheridan et le duc de Richmond la soutinrent avec foret*, blindas la combattit, Burke et Townshend s'absentèrent an moment du vote, et la motion fut rejetée.

Le gouvernement, toujours engagé dans les difficultés d'une guerre terrible, s'appliquait, à l'intérieur, à donner satisfaction aux intérêts en souffrance comme aux plaintes légitimes, et cherchait à concentrer tous les efforts comme toutes les ressources du pays |>otir la lutte qu'il soutenait dans le monde entier : il aspirait au ternie de la guerre, mais pour la finir avec honneur, il fallait se montrer en état de la poursuivre avec succès.

Les hostilités languissaient en Amérique, d'où sir Henri Clinton fut rappelé sur sa demande. Il eut pour successeur sir Guy Carleton, qui reçut de Rockingham des instructions conciliantes. Les Anglais se bornèrent alors a occuper, dans quelques villes principales du territoire américain, des positions importantes, et leurs adversaires, dans l'attente d'une paix prochaine, évitèrent de compromettre, par l'incertain résultat d'une nouvelle bataille, les avantages obtenus par la capitulation de York-Town. La mer, cependant, était toujours le champ

'«alIuT* sans nmiles dtane guerre acharnée. Les Anglais avaient perdu, dans les Antilles, presque toutes les conquêtes des années précédentes. Le chef d'escadre français Kersamt leur enleva la colonie hollandaise de Démérary ; Bouille reprit Saint-Eustaehc, et ensuite, de concert avec de Crasse, il attaqua Saint Christophe, et contraignit la garnison à capituler malgré les savantes et audacieuses ma-

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nœuvrcs de l'amiral Hood. Névis eut le même sorl; il ne pCric« resla plus aux Anglais, dans les Petites- Antilles, que la de* cuV.*1*'* Barbarie et Antigoa : la Jamaïque fut menacée, et elle au- ,c» Anti,,c*rail succombé si Roriney, avec douze vaisseaux, ne fût 1 782 accouru dans ces parages. « Le sort de cet empire est dans vos mains, » lui avait dit lord Sandwich, chef de l'Amirauté, en lui remettant sa commission, et Roriney justifia cette confiance. Il réussit, malgré les efforts rie l'amiral français de Grasse, à opérer, dans la nier des Antilles, sa jonction avec Hood, et les deux escadres anglaises réunies formèrent, sous Roriney, une flotte formidable rie trente-six vaisseaux. De Grasse n'en avait que trente-trois;

11 attendait la Hotte espagnole pour opposer soixante; voiles à l'ennemi ; Roduey prévint habilement la jonction des deux flottes; il rencontra deGrasse faisant roule pour Saint-Domingue, et le contraignit à accepter le combat. Hood commandait l'avant -garde anglaise et

Drake l'arrière-garde; l'amiral rie Grasse avait pour se- CwnUt mt>1 concis Bougainville et Vaurireuil : le combat s'engagea le saime Lu-if.

12 avril 1782 et dura dix heures. Roriney, secondé par le

vent, coupa hardiment la ligne française, et cette habile dwAngiaU. manœuvre décida la victoire; elle mit en désorrire la flotte française, qui ce|>endant continua la lutte longtemps encore avec un héroïsme admirable; plusieurs bâtiments coulèrent plutôt que rie se rendre ; sept vaisseaux anglais attaquèrent ensemble le magnifique vaisseau amiral français la Ville de Paris, rie 120 canons, et lorsque enfin, après la lutte la plus acharnée, il ne resta plus à borri que trois hommes sans blessures, rie Grasse amena son pavillon. Il avait perdu six vaisseaux dans l'action, deux autres périrent le lendemain, et ceux qui

furent pris par l'ennemi avaient tant souffert, que plusieurs coulèrent bas avant d'atteindre les ports britanniques; de ce nombre fut la Ville de Paris l.

La victoire de Rodney est le plus grand événement de l'administration de Rockingham, terminée trop tôt par la mort soudaine de son chef pour que les se- Mon menées de discorde qu'elle renfermait aient eu le « marqtm tem^g de produire leurs fruits. Après quelques jours Rockingh.m de ma|adie) n expira, et la mission de former un .lu cit.ir.il. eabinet fut confiée à lord Shelburnc. U suffisait des ju.i. 1782 nuances qui séparaient Sbelburne de ceux de ses anciens collègues qui appartenaient au parti de Rockingham, pour que Fox et ses amis vissent avec ombrage et colère le nouveau choix du monarque, et, après une vaine tentative pour l'engager à le révoquer et à appeler le duc de Portland à la tête de ses conseils, Fox et lord John Cavendish offrirent leur démission, et se retirèrent, avoc Burke et Sheridan, membres l'un et l'autre de l'administration dans un rang secondaire 2. Les nouveaux sc-

Miuislèie .

a« crétaires d'Etat furent les lords Townshend et Grantuatn. lord shciburo.. Gamijeil consentit à demeurer trois mois encore, et

I. Cebalimcul élail le plus beau de toute la marine française. Sa perte celaciJa presque avec celle du plus magnifique vaisseau anglais le Royal Gtorgt,<\v\ tourna sur sa quille et coula à fond dans la rade de Poi Umouth, tsnluquW féle ►« donnait à son bord. Celte perle fut un desaaire national et coûta la fi» k plut de mille personne, de tout ajje et de tout sexe.

i. Lord Camden était d'ans et avec raison, qu'il n'y avait aucun motif saf- (isant et légitime pour que des minisires abandounasseul leur posle dsos l» grande crise où élail l'Eljt. I «»rd Shelburnc, le nouveau premier mioulrr, n'éiail pas populaire; mail il a% ai l des talents; il é'ait un patron généreui des scicuces et des lettre», ei les membres du parti Kockmgbam, bien qa'iU eussent de l'éloigncmenl pour sa personne, avaient consenli a entrer avec lai dans le même cabinet. Contester au roi, en des circonstances si graves, I* droit

à sa requête, le duc de Grafton voulut bien accepter le sceau privé. L'importante charge de chancelier de l'Echiquier était devenue vacante par la retraite de lord Cavendisb; lord Shelburne y appela le jeune Pitt, à peine entré dans la carrière, et dont l'ambition, justifiée par son mérite et par son nom, aspirait déjà au premier rang. Le tory, lord Thurlow, conserva dans le nouveau cabinet la charge de lord chancelier du royaume.

La brusque retraite de Fox et de tous les anciens membres du parti de Rockingham fut un événement immense Qnw qui eut de graves conséquences immédiates, et d'autres «««yj«e»ce» résultats, plus éloignés, mais plus importants encore. Elle enleva toute sa force à l'administration de lord Shelburne, elle scinda en deux le grand parti des whigs, elle donna naissance à une coalition qui fut un des scandales de cette époque, et plus tard elle contribua puissamment à établir sur des bases inébranlables la fortune du jeune ministre dont la politique vigoureuse autant qu'implacable exerça une influence si forte et si durable sur les destinées du monde

La guerre sévissait encore avec fureur en Europe, et en Asie comme sur l'Océan, et tous les yeux étaient alors arrêtés sur Gibraltar. La conquête de cette citadelle fameuse avait été le principal et constant objet du roi d'Espagne Charles III et de son gouvernement, et. depuis trois Gibr,,,,rans déjà, elle était assiégée par des forces de terre nom- i78o-i782

démission de Fox el

de us amis.

Mie défeme de

d'arrêter son choix »ur lui de préférence, c'était eu quoique sorte paralyser l'eiercice de Taulorilé royale par le» prétenlions d'une junte politique. Lord Campbell, fi* du lord chnvctlUr Cumden.

1 . Voye* d'etcellenles réflexions à ce sujet, par M. de Itémutat, dans son étude sur Ko», L'Angleterre au XVinViàk, .1. Il, 491-193.

breuses et bloquée par les flottes réunies de la France et de l'Espagne. Mais la place avait pour gouverneur un vétéran intrépide, le général Elliot, qui, dans cette longue et terrible épreuve, fit voir une indomptable bravoure et une persévérance infatigable : la forteresse, étroitement investie, eut bientôt à souffrir toutes les tiorreurs de la famine. Ravitaillée deux fois, en janvier 1780 parRodney, après sa victoire sur don Juan de Langara, et l'année suivante par l'amiral Darby, elle n'échappa aux ravages d'un fléau que pour en affronter un autre également destructeur. Désespérant de la réduire par la faim, les Espagnols résolurent de l'ensevelir sous une ploie de feu ; ils se rapprochèrent de la place, multiplièrent leurs batleries, et durant des mois entiers, ils écrasèrent la ville, presque sans relâche, sous le plus effroyable bombardement. Une foule de maisons furent réduites en cendres; mais, garantie par les casemates, la garnison perdit peu de monde et ne se rendit pas. Les assiégeants virent, au commencement de 1785, leurs forces accrues par le duc de Crillon, le conquérant de Minorque, qui amena pour renfort dans leur camp une partie de son Réunion armée victorieuse. Les Français et les Espagnols, réunis de* i rançai» j^,^ jfl pjacej rivalisèrent d'efforts pour la réduire, et,

^SOS* oulre le teu des Attelés (,° ^rre, un second bomhar- 18 r,,cc dément fut résolu du côté de la mer au moven de bat- 1782 teries flottantes de l'invention de l'ingénieur français d'Areon L'attaque générale eut lieu le 13 septembre : un volcan semblait ouvert devant Gibraltar, et les al-

I. Ou eu cou*truisil dix qui portaient cent cinquante pièce» de vingt-quatre. Le» batterie» flottante* résistaient au bculet ; elles étaient aussi a l'abri de la bombe par le toit dont «lie* étaient couvertes.

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liés se crurent lia moment victorieux : mais la plupart de ces batteries flottantes furent enflammées par les boulets rouges des Anglais : les équipages des bâtiments

Italleiios

incendies cherchèrent dans les eaux un refuge contre fluiiaiiir*. l'incendie, et la nuit ajouta aux horreurs de cette scène effroyable ». L'attaque par mer fut abandonnée, et peu de jours après (8 septembre), l'amiral Howe parut avec sa flotte et ravitailla de nouveau Gibraltar, dont le siège fut changé en blocus.

L'Angleterre, malgré les victoires de ses amiraux, était épuisée par cette lutte gigantesque quelle soutenait seule contre tant d'ennemis sur tous les points

\ flaires

du globe; et tandis que l'Amérique secouait son joug, dc rin,,c> l'Orient fut aussi sur le point de lui échapper. Nous avons vu que de nouvelles bases avaient été données par le cabinet de lord North à la puissance anglaise dans les Indes *. Celle-ci, par l'acte régulateur de 1773, avait été partagée entre un conseil de cinq membres, à la tête desquels était le gouverneur général, et une cour suprême de justice, à la nomination du gouvernement et indépendante de la Compagnie : les. **™miTC*trois présidences de Calcutta, de Bombay et de Madras, Htd^ai. avaient en outre été réunies sous l'autorité supérieure du gouverneur général, assisté de son conseil. Warren Hastings, gouverneur particulier du Bengale, fut élevé le

1. EHiol vainqueur pouvait trerollrc le nombre des victimes ; «1 fil orne* de tirer : le capitaine anglais Curlis serouuil olori les infor.nnés qui péris- •aient; bradant les explosions qui avaient lieu »ur le» b il leiies flottantes, eicilaul ses soldats et « s milclols à déployer le nouveau courage qu'eiigeail «l'eu» riiumaniie ; il sauva plus de quatre ceflti homme». D oi, histoire du régne <U louis XVI.

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