Voyei p
premier à cette grande charge. Il avait reçu de la nature un génie organisateur de premier ordre, et une rare énergie que tempérait la prudence 1 ; mais ses talents ni ses grands services n'ont pu le mettre à l'abri d'un procès criminel ni le défendre contre le blâme sévère de l'opinion et de la conscience publique.
Hastings, lorsqu'il n'était encore que gouverneur particulier du Bengale, avait, par l'ordre des directeurs, établi l'administration anglaise, dans cette province, sur des bases toutes nouvelles. A son arrivée, le gouvernement du Bengale était double comme au temps de Clive. La Compagnie possédait le pouvoir réel, mais elle l'exerçait d'une manière indirecte : tous les ordres étaienl c-J"r8JJ"jtu$u donnés au nom du vice roi indigène, vassal lui-même du JJr ^ Grand- Mogol et nabab du Bengale. Ce prince était alors un dans enfant, petit-fils de Meer Jaffier, et près de lui résidait à
l'administration. , , , . . , . . . . ,
du Moorsiiedabad, comme son visir ou premier ministre, un Bengale. cuej inusui,nan dc race illustre, Moliammed-Heza-Kban,
désigné pour cette haute fonction par lord Clive, sous l'autorité et sous la direction du conseil suprême de Calcutta. Ce ministre était chargé des détails de l'administration intérieure et de la perception des revenus pour le compte de la Compagnie. Ceux-ci n atteignant pas au chiffre
I . Il donna, des son plus jeune âge, des signet d'une volonté persévérante, qui est peut-être le Irait le plus saillant dc cet homme eitraoïdinaiic. Il descendait de l'illustre famille d'Haslings alors complètement ruinée, et il avait été élevé dans la gêne cl sous un hunibia toit, non loin do l'ancienne el splen lide lésideucede ses pères. Il racoule lui-même qu'il n'avait pas sept an* toisqu'il foi ma dans son cœur la résolution d'élevrr, par son industrie, sa fortune assez haut pour être en étal de racheter un jour |« dom.ino de ses aieus. Jamais, dit-il, ce vœu n'était sorti de sa mémoire cl il vécut asseï pou t le voir réalisé.
péré, les directeurs, déçus dans leur attente, s'en prirent au minisire musulman et sa perte fut résolue. Un des premiers actes du nouveau gouverneur, Haslings, fut de destituer Mohammed-Reza-Khan, de lui faire son procès, et d'établir à sa place des agents de la Compagnie, agissant pour elle sous les ordres directs du gouverneur et du conseil. Hastings savait que toute l'influence à laquelle il pouvait prétendre, soit dans la cour des directeurs, soit dans l'assemblée des propriétaires de la Compagnie, était subordonnée au cbiffre plus ou moins élevé des dividendes annuels, et, jaloux d'y conserver et d'y augmenter son crédit, il mit tout en œuvre pour accroître les riebesses de la Compagnie: il apporta dans la poursuite de ce but beaucoup moins de scrupule que d'ardeur : il eut d'abord recours à la guerre, et cette guerre fut injuste et barbare. Il avait trouvé le Grand-Mogol, l'empereur Schah-Allum, allié avec les Mahralles, dont ce prince paya les services par le don des districts d'Allababad et de Corab, qu'il avait reçus en présent de lord Clive. Haslings intervint : les Mabrattes s'étaient montrés en toute circonstance les adversaires de la Compagnie : le don que leur faisait l'empereur fut cassé : lui-même perdit sa pension de 300,000 livres, et les deux districts dont il avait disposé contrairement aux intérêts de la Compagnie, furent cédés par Hastings à Sujah-Dowlah, vice-roi d'Oude, au prix d'un demi million sterling. Celui-ci alors usa de son crédit auprès du gouverneur général pour l'entraîner dans une guerre contre deux peuplades paisibles de la race des Afghans, paisiblement établies l'une et Tau- * tre dans le voisinage de la province d'Oude, sur les bords du Gange. Ces tribus se nommaient les RohiUas : elles
Guerre des Anglais
coude les Kohillit
étaient industrieuses et braves, et Hastings, pour 40 lacs de roupies offerts à la Compagnie, vendit contre elles au roi d'Oude l'assistance de l'armée du Bengale. Les Anglais remportèrent sur les Rohillas une grande victoire 1 que l'armée indigène du \ice-roi souilla par d'odieuses dévastations :Sujah-Dowlali mit à feu et à sang le3 districts qu'habitaient les vaincus, et cette guerre cruelle devint dans la suite contre Hastings un légitime sujet d'accusation.
Elle était terminée lorsque Hastings reçut sa nomination de gouverneur général des Indes, et vit ar WarmU^iinginver à Calcutta les juges de la cour suprême de jus-
g.'uvcrncur
géiiot.i. tice récemment instituée, et trois nouveaux membres ,T74 du conseil d'administration. Parmi ces derniers était sir Philip Francis, l'auteur présumé des trop fameuses Lettres de J uni us, et qui, dès le début, montra contre Hastings une opposition haineuse et systématique dans laquelle il entraîna ses deux collègues, le général Clavering et le colonel Monson 2. Ils formaient, à eux trois, la majorité dans le conseil, aux décisions duquel le gouverneur était alors obligé de soumettre et de subordonner tous ses actes \ et ils furent d'accord, durant plusieurs années, pour annuler ou remerser tout ce
1. Hafiu, l'un «les chefs alliait* de cet l«ibu*, vénérable guviricr, demeura presque seul »ur le champ de bataille au milieu de la déroute tic sa Iribu. Oo le vil sur une émiiicnee, reconnaissais par sa longue baibe blanche, par k>h cnslume tplciidide el «on cheval superbe : il agila la maiu pour rappeler I» siens au combat. Puis voyaul tout perdu, il jeta un grand cri el se précipiU au galop sur les baïonnettes anglaises pour mourir.
2. Le cinquième membre du conseil présidé par le gouverneur géoénl éfcH Barwdl, depuis longtemps employé nui Indes, et qui se raugea du coté d'Ha»liugt.
3. L'unique avantage accorde dans le conseil au gouverneur général par l'acte régulateur était celui du vole décisif en cas de partage des vois.
qu'il avait fait antérieurement et pour rendre son autorité impuissante1. Celte conduite porta ses fruits: du moment où l'on vil le gouverneur général désarmé, tous ceux qui nourrissaient contre lui d'anciens griefs injustes ou légitimes, portèrent leurs plaintes et leurs accusations devant le conseil, et le premier, par le rang, entre les dénonciateurs d'Hastings, fut un de ses ennemis les plus invétérés, le bralunine Nuncomar, qui l'accusa de corruption *. Sir Philip Francis reçut l'accusation, et le ,>é,,0™•,lo,, gouverneur général fut cité par devant son propre con- Nuncomar Mil. Hastings refusa de comparaître : il porta plainte àw,im,H",in6«son tour contre son dénonciateur Nuncomar, devant la suprême cour de justice. Celle-ci était présidée par un homme dévoué dans les premiers temps à Hastings et qui avait été son ami d'enfance, Elie Eni|>ey, au nom duquel s'attache la plus odieuse et la plus juste flétrissure : il usa de son influence auprès de ses collègues selon le vœu d'Hastings : la cour autorisa les poursuites
1. Us mirent le» a flaire* de la présidence Je Bombay dan» le plus grandi détordre el attaquèrent nu mesure le sy*lèmc financi.r el judiciaire ce Pad-
mtiiitlralion intérieure du Bengale La conséquence de leur» réformes fut
d'enlever toute sécurité aui personnes pour leur sie et leur» Lien», et de» bandes de brigsnJ» piHcreut rl assassinèrent avec impunité jusque dans le» faubourgs deCalcuiia. Lord Macaulay, Essai sur Marri» Il <uttngs.
2. Tous les a ni Tires qui sont L défense pailitulicre des faibles sont familiers a li subtile race de» natif» du Bengale ... Larges promesse», do.ices eicuscs, savants tissu» de mensonges, de cbicane», de parjures el de faux sont leur» armes offensives el d< fensivt*. I<e Bengali est implacable el saus pitié pour ses ennemis, el la ténacité avec laquelle il poursuit ses desseins ne fléch'l que sous la pression d'une soudaine terreur, et cependant en face des maui inévitables il sait opposer a la destinée une sorte de courage stolque el passif, qui ne se rencontre pas toujours dans *es nuiires... Ce caractère national était personnifié au plus haul degré et cia'éré même dai.s le brabminc Nuncomar. L»id Mataulay, uf supra.
Nuncomar.
contre îNuncomar, qui se vit presque aussitôt en butte à une accusation nouvelle et plus dangereuse : un marchand indigène le dénonça comme faussaire : Nuncomar Procè» U1* a^êté, mis en prison, condamné à mort par la cour "V suprême et immédiatement exécuté. Ce châtiment sou- «le dain du grand dénonciateur d'Hastings remplit de terreur les ennemis du gouverneur général et raffermit son pouvoir. Mais la chute de Nuncomar était venue trop à point, et avait trop servi les intérêts d'Hastings, pour que sa réputation n'en reçut pas une profonde atteinte; ses ennemis prévalurent' quelque temps à Londres, où lord North demanda sa révocation à la Compagnie avant le ternie fixé par l'acte régulateur. La cour des directeurs obtem- |>éra au vœu du ministère; mais l'assemblée des propriétaires défendit son gouverneur général et refusa d'autoriser son rapjwîl f.
criniiueiie. D'autres débats non moins violents agitèrent alors la iiiiriguet présidence subordonnée de Madras, où, après une guerre
dans r r * r °
u présidence soutenue contre un chef mahralte , le rajah de Tanjore, M.dri». cette province conquise avait été cédée ou vendue par le conseil de la présidence à l'ancien allié des Anglais, Mohamel-Ali, le vieux nabab d'Arcote. Cette cession ne fut point conûrmée par la cour des directeurs, et lord Pagot, le nouveau gouverneur de celte présidence, fît exécuter les volontés de ses supérieursen rétablissan 11 'ancien rajah de Tanjore dans ses possessions. Un vit alors commencer une longue série d'odieuses et criminelles intrigues entre
I. Celle auemhlée préfenlait un singulier mélange. On y voyait Giofosdti avec dis m» relia n (U el des négociants de la cité quarante-neuf membres, pa<rt du royaume, conseillera pri»és ou baula fonctionnaire! de l'Etal. Mrd M«b*a, ut iuprt.
Mohamet-Ali et quelques membres de l'administration anglaise de Madras, qui produisirent contre le précédent gouvernement de Tanjore des réclamations soudaines pour des sommes immenses Lord Pagot voulut intervenir, et son propre conseil le fit arrêter. Les directeurs évitèrent de se prononcer entre les deux partis : ils révoquèrent les membres du conseil de Madras et le gouverneur, et donnèrent pour successeur à celui-ci sir Thomas Rumboll, qui, occupé de ses seuls intérêts, souleva de toutes parts de justes mécontentements, compromit la Compagnie avec tous ses voisins et accumula une fortune scandaleuse.
De tels abus et de pareils exemples de désordre et d'anarchie prouvent à quel point était encore imparfait l'acte régulateur du cabinet de lord North pour l'administration des possessions anglaises dans les Indes. Les auteurs de cette grande mesure politique avaient en outre semé le germe d'une intolérable tyrannie en créant odieuse
tyranuie
un tribunal suprême complètement indépendant de toute de la cour autorité locale et sans aucun lien commun de subordi- 'Tn™ nation ou d'action avec la Compagnie. KlieEmpey, premier '* lnjMjuge de cette cour, avait dans une importante circonstance usé de son immense pouvoir dans l'intérêt du gouverneur général ; mais bientôt il en abusa sans pudeur
et sans frein, dans l'unique intérêt de sa propre fortune : •
4. l'jrmi les plus coupables entre les aulvurs de ces honlcu'rs transactions. I histoire cite Paul Bcnfield, immortalité |>ar Edmond Burkc, comme un autre Verres, dans l'affaire célèbre des délies du nabab d'Arcote. Ce Bw.field fit valoir, contre Mohamet lui-même son complice, une réclamation p<>ur une somme énorme dont le paiement était as»ignc sur la province de Tanjore. Mobamct •voua la dette afin da pouvoir esercer une reprise frauduleuse sur cette province.
UVBB V|. CUAPITRE V.
d'odieux procès étaient intentés aux familles les plus considérables du pays, d'indignes violences étaient exer cées dans leurs demeures, sous prétexte d'y faire exécuter les lois anglaises, un affreux système d'exactions et de contrainte fut mis en œuvre et le règne de la terreur commença. Les prisons de Calcutta regorgèrent de malheureux ignorant la plupart pour quel crime ils étaient poursuivis, et une multitude de ces infortunés s périrent de misère, de maladie et de désespoir. Un cri d'horreur s'éleva contre l'intolérable oppression de ce tribunal ; mais les juges oppresseurs étaient inamovible*. Hastings et les autres membres du conseil gémissaient de ce mal affreux qu'ils étaient sans pouvoir pour empêcher et ils se virent plus «l'une fois menacés dans leur autorité comme leur existence par cette cour exécrable. Hastings alors eut recours pour la désarmer ou pour l'annuler à un expédient extrême : il séduisit le grand juge, et obtint d'Empey qu'en addition à l'emploi qu'il tenait du gouvernement il accepterait une autre charge judiciaire sous la dépendance et pour le compte de la Compagnie : Empey reçut, pour ses nouvelles fonctions, un salaire énorme de huit mille livres sterling (deux cent mille francs); à ce prix la paix fut rétablie entre le conseil et la cour suprême, et le Bengale respira. La lutte cependant continuait à Londres 1 entre les partisans du
I Lci incident! de celle lutle sortent du cadre d'une Imluire générale d'Angleterre cl présentent le» plus élrattfiCf |*éripélics. L'agent principal dllasiii g* a Londres, le colonel Mac l-eane. effrayé de l'irritation dr» «prit* contie le gouverneur, fit imprudemiucul usage dr» pouvoirs qui lui avai< ul ei»donnés en d'uutie» circonstances t-l déclara ijut* Hdsting* oîf. ait sa dctoUtioa. Celle-ci fui acceptée, et le général CLvering, membre du conseil, fui dé-igué par les directeurs, pour remplacer le gouverneur général ; mai*, dans l'mier-
(i FORGES III.
gouverneur général et ses adversaires quand la France s'allia avec les colonies américaines insurgées, arma ses flottes et se montra menaçante en Orient. Le gouvernement anglais reconnut alors l'impérieux besoin d'une administration aussi forte qu'intelligente dans les Indes : lord Norlh cessa de provoquer le rappel du gouverneur général et le terme légal du mandat d'Hastings étant arrivé, il concourut aie faire continuer dans son poste pour une nouvelle période de cinq années. Vers le même temps, et par la mort d'un des membres opposants du conseil Haslings y recouvra la majorité et il reprit sa force avec sa puissance.
La Compagnie était en guerre avec les Mabrattes au moment où éclatèrent les hostilités avec la France. Ce fKHiple, resté fidèle au culte de Brama, avait grandi depuis ses victoires sur le fantôme d'empereur qui siégeait à Delili 1 ; mais des dissensions l'affaiblissaient, il formait une sorte de monarchie féodale subdivisée en principautés, sous des chefs plus ou moins dépendants du souverain, et il occupait de vastes contrées entre
1 Double
l'état de Mysore et le Gange. On voyait se reproduire gouvernement alors, dans cet empire des Mabrattes, un fait caractéris- m,„7.u""
vtllr, cl par suite de la mort d'un autre membre du cmseil, le colonel Monton, Haslings avait iccouvré loule son aulnrié; il profila de sa situation nouvelle pour désavouer son agcnl Mac-Leane et refusa de se démettre, tandis que de sou coie le général CUveriag, soutenu par Philip Francis, prenait déjà le litre re'rnu par Haslings. Un recours a la fuite paraissait imminent lorsque Haslings eut l'iieuieuse inspiration d'en appeler o la cour suprême et de la prendre pour juge du lonllil. b'arbiliage fut accepté; elle prononça en sa faveur et llailings ilcnn ura gouverneur général. Peu de temps âpre*, il fut délivré de ses deus ennemis, Clavering mourut et Francis retourna en Angleterre.