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Première partie du nègne d'Anne

L'histoire présente rarement un plus grand contraste entre deux souverains qui se suivent sur le trône qu'entre Guillaume 111 et la princesse Anne Stuart, femme du prince Georges de Danemark, sa belle-sœur. Au vaillant guerrier, au profond politique, succédait immédiatement une femme de peu de jugement, dominée par son entourage el par ses passions, capricieuse, inconséquente et dissimulée; et cependant l'État si souvent en péril sous le règne de son illustre prédécesseur fut préservé sous le sien du naufrage, et l'on vit alors commencer pour l'Angleterre cette ère de prospérité qui a fait l'étonnemcnt du monde et qui s'est prolongée jusqu'à nous.

Le bénéfice du temps commençait a être acquis au nouvel ordre de choses créé par la main ferme de Guillaume, et beaucoup d'hommes qu'il avait combattus et qu'un sentiment d'intérêt personnel, d'amour-propre ou d honneur retenait parmi les ardents adversaires de la révolution de 1088, souffraient plus patiemment le règne v. . 10

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d'une ftmme inoffenshe, ûlle du souverain à qui les attachait une loyauté héréditaire, et qui, ayant successivement perdu ses six enfants, pouvait être amenée à faire révoquer l'acte qui substituait la couronne dans la maison de Hanovre, et à transmettre ses droits à son frère, regardé par eux comme seul et légitime héritier du sceptre. La plus forte garantie que les Anglais eussent à cette époque contre les chances d'une nouvelle restauration des Stuarts était l'attachement profond de la reine au culte professé par l'immense majorité de la nation. Le parlement n'avait été ni prorogé ni dissous à la mort de Guillaume : en vertu d'un acte rendu sous ce prince, il continua de siéger au déUit du nouveau règne. Les torys, comme on la vu, dominaient encore dans le |>arlemenl et la reine inclinait vers eux, mais son penchant était combattu et modéré par l'influence de son altière confidente, Sarrah Jennings femme de ce Mariborough qui occupe une si grande place dans l'histoire «le ce règne et qui se serait rendu fameux par ses perfidies e4 sa cupidité, si sa puissante intelligence et ses victoires n'eussent jeté un voile glorieux sur ses vices.

Anne, en qui le zèle ardent pour l'Eglise épiscopale se combinait avec l'amour de la prérogative royale considérée comme inaliénable et sacrée, n'admit d'abord que des torys dans son ministère où figurèrent, entre autres •

I. I, 'Étroite M singulière intimité qui subsista longtemps outre la reine «I U duchesse est uu des faits curieux de l'époque précédente. Elles s'étaient donné des noms familiers qu'elle* conservèrent longtemps dans leur rorrespondaucr. La reine y est appelée miftrtf» Mortnj M H duchesse ntulrtu Frwnw». C«4te eormpnnu'nure est d'une I<c4ure piquante cl n'est pus I négliger pour l'IiUtoic.

personnages de marque , les lords Nottingham, Nor- ., . .

r ° • * 17 Premier imnis-

manby, Weymouth et Darmouth, ainsi que Gran ville, Howe, Gower et sir Simon Harcourt. Le comte de Rochester, oncle de la reine 1 et vice-roi d'Irlande, passait alors l>our l'homme le plus en crédit à la cour; mais il était subi plutôt qu'aimé, et son influence près de la reine • lait balancée par celle de Marlborough. Celui-ci, par jalousie peut-être plus que par aucun autre motif, était l'ennemi des Clarendon et sa haine |>our Rochester suffit |)cut-ètre pour l'éloigner des torys et le rapprocher deswhigs. Nommé commandant des troupes à l'extérieur, il mit à prix ses services; il exigea et obtint pour le père de son gendre, lord Godolphin. la charge de Éïrand trésorier : le prince Georges de Danemark, mari delà reine Anne, fut nommé généralissime de toutes les forées de terre et de mer et eut, a ce titre, un siège dans le cabinet.

La reine, dans sa première allocution à son conseil, annonça hautement son intention de continuer la politique de son prédécesseur et de poursuivre l'exécution de ses grands projets, relatifs : 1° à raffermissement de la succession protestante au trône britannique; 2° à l'union «le l'Angleterre et de l'Ecosse; 3° enfin à la guerre, dont l'objet était d'arracher l'Espagne à la maison de Bourbon.

Ces paroles, qui montraient la reine résolue à resserrer la grande alliance et à |»oursuivre activement la guerre, furent aussitôt communiquées aux Etats généraux des Provinces-Unies, dont elles ranimèrent le courage ébranlé

I. (locnester élail le second fil* du ertlèbre 11 v tir , rotule Je CUrcitdoi» : il "Ml I •« des menkbm Ir* jM ii« rtMisidetaMcs àn «tinislfcre sous Jacques 11.

I IN I IVHfc VI. CHAPITRE II.

I>ar la mort «lu monarque, chef illustre de leur république. Kn vain Louis XIV, profilant tic la première consternation des Etals, avait de nouveau essayé de les détacher de l'alliance : ses efforts furent repoussés. Le grand

Déclaration pensionnaire Heinsius continua en Hollande la politique guerre ^ Guillaume, son maître pt son ami , et la guerre contre

la France. ja prancc f„| proclamée le même jour à Vienne, à Londresetà la Have.

Louis XIV et son petit -fils Philippe V, en luth' avec l'Autriche, l'Empire, l'Angleterre, la Hollande, le Hanoi re et la Prusse, récemment érigée en royaume, avaient |K>nr alliés, au début de la lutte contre, cette ligue formidable, le roi de Portugal , le duc de Savoie, les électeurs de Bavière et de Cologne, et les ducs «le Parme, de Modène et de Mantoue. Le nord de l'Allemagne , quoique en partie engagé dans la grand»; alliance, se tenait alors sur la défensive, attentif aux événements de la guerre entre Auguste de Saxe et le belliqueux roi de Suède Charles XII pour la possession de la Pologne.

On a vu déjà que l'empereur Léopold n'avait pas attendu que la grande alliance fut conclue pour envoyer

campagne ^ |>rincc Eugène attaquer les Français en Piémont. CeuxrriMUSa*tM ç\f sous les ordres de Villeroi, avaient été battus à Chiari

PicwoB». sur l'O^lio et contraints à se replier derrière l'Adda. L'im 1701 portante place de Crémone fut surprise par Eugène au cœur de l'hiver; les Français la reprirent le même jour, mais ils perdirent leur inhabile général, qui fut fait pri sonnier, et remplacé par le duc de Vendôme. La guerre générale ne commença , sur toutes les frontières de la France, qu'au printemps suivant.

La campagne 's'ouvrit partie grands succès remportés

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par Marlborough dans les Pays-Bas sur le duc de Bottr-

troène el le maréchal de Bouftlers. Il passa la Meuse avec ,7d(^

soixante mille hommes rassemblés au camp de Nimègue,

dégagea les places voisines, Maastricht, Vanloo, Hure-

monde et Liège, rejeta les Français sur leur territoire et JtfS 20lï5

affranchit tout le cours de la Meuse de la domination es- , *M,\

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pajniole. Les confédérés furent encore heureux en Allc-

matjne, où les électeurs de Bavière et de Cologne avaient uni leurs armes à celles de Louis XIV, et où|Villars commandait les Français sur le Khin. L'importante \ illo «Mm, en Souabe, av ait été surprise par l'électeur de Ba- %ière: le prince de Bade, à la tète de l'armée impériale, venait'de prendre Landau et faisait des progrès : il avait l'avantage du nombre, et pénétrait déjà dans les montagnes de Brisgaw, qui touchent à la Forèt-Noire : celle-ci séparait les Impériaux «les Français. Catinat commandait dans Strasbourg; mais il n'osa se porter au-devant du prince de Bade, dans la crainte qu'un mauvais succès n'ouvrît l'Alsace aux ennemis. Villars hasarda ce que Catinat n'osait faire : il marcha aux Impériaux avec des forces inférieures et livra la bataille de Friedling. Le wuire prince de Bade, contraint par des manœuvres hardies et vilitr* habiles à abandonner la défense du Rhin , se replia sur a , r",,,lnc les montagnes auxquelles s'appuyait son armée : les Fran - ,70-« vais passèrent rapidement le fleuve, leur infanterie escalada les hauteurs et chassa les Allemands dans la plaine. Une fausse alarme est alors donnée, et soudain une terreur panique s'empare des vainqueurs : Villars les rallie el les ramène : une charge habile décide la victoire, et Villars est salué par ses soldats maréchal de France sur le champ de bataille.

En Italie, Vendôme et le duc de Savoie combattaient les «forces impériales toujours commandées par le prince Kugène. Informé que les Français avaient dessein d'attaquer Luzara et Guastalla, Eugène franchit le Pô et marcha inopinément à la rencontre de l'armée française. Celle-ci s'avançait sans défiance, quand tout à coup, près de Luzara, une garde avancée découvrit l'infanterie des Impériaux blottie à couvert le long d'une haute chaussée, et n'attendant qu'un signal pour fondre sur les Français, qui se mirent aussitôt en défense, reçurent l'ennemi de pied ferme, le repoussèrent avec perte, et réduisirent • ensuite en peu de jours Guastalla et Luzara.

Les Anglais, heureux alors daus les Pays-Bas, le furent également sur mer. Une expédition considérable avait été armée |>ar la reine Anne pour surprendre Cadix. Sir George Hooke commandait la flotte, et le duc d'Ormond les troupes de débarquement : l'entreprise échoua; mais l'amiral Hooke enleva, dans le port de Vigo, six riches galions qui arrivaient d'Amérique sous une escorte de vaisseaux français. Ormond, débarqué dans le voisinage de cette place avec deux mille cinq cents hommes, s'empara des forts, tandis que l'amiral forçait avec ses vaisseaux rentrée du port sous un feu terrible. Les Français, dans l'impuissance de résister, essayèrent en vain, en faisant échouer leurs > aisseaux et leur riche cargaison, de les arracher aux vainqueurs. Dix bàtimeutsde guerre et onze galions chargés d'or tombèrent au pouvoir des Anglais. Cet exploit fut le dernier fait d'armes de la campagne.

Vers cette époque, au mois de novembre, la reine Anne ouvrit un nouveau parlement, le premier de son

!, cl pour lequel les élections «le lu chambre des ouverture communes furent en très-grande majorité favorables rif^Mii aux ton» s. Trois grands intérêts occupèrent la nation durant les trois années d'existence de ce parlement, savoir : les opérations de la guerre, les empiétements des communes sur le pouvoir judiciaire au sujet des «oies dans les élections, ei enfin l'union de l'Angleterre el de l'Ecosse, leur fusion eh un seul et même royaume, ardent et dernier vœu de Guillaume 111.

II restait à vaincre, pour atteindre ce résultat si désirable, d'immenses obstacles qui tous avaient leur racine dans les préjugés nationaux, dans la jalousie réciproque des deux peuples et dans le souvenir d'une longue inimitié. Les deux derniers grands actes du règne précédent, |khii- garantir la succession protestante au trône, n'avaient encore élé sanctionnés que par le parlement an idais1 : ils rencontrèrent une sérieuse résistance en Ecosse, où le duc de Queensberry, lord liaut-cominissaire du gou \ei usinent, administrait les affaires au nom de la reine. Ce royaume était alors divisé entre trois partis : on y comp- npVne,^",,N lait d'abord les whtgs, qui avaient aidé à la révolution de 1688, et qu'on nommait wUliamiies sous le règne précédent ; secondement, les torys ou jacobites attachés au dernier roi; et enliu le parti patriote, qui, indifférent, quant au choix îles personne» , pour la succession au trône, déclarait n'avoir rien leur et en vue que le seul

• Le ui entier Je cet actes, a défaut d'héritiers directs de la reine, tianametleil la •euroniac a U princesse Sophie, petite fille de Jacquet IV <*t femme

de rêlec'eur de Ibinovrc; le second exigeait dis membre» du pailcuieut cl de» Loin mes qui i emplissaient de» fonctions publique*, civile* ini religieuses, le serment 4'abjuialion de» droits du prétendu prince de Galles.

intérêt du pays. Ce parti, dont le plan de conduite était chose nouvelle en Ecosse complaît parmi ses membres plusieurs hommes éminents, et en première ligne Flet cher de Salton et le duc d'Hamilton. Il nourrissait un profond ressentiment de quelques-uns des acles du dernier règne, et entre autres du massacre de Glencoe et du déplorable abandon des colons de Darien. L'irritation qu'il en conservait le rendait défiant à l'excès à l'égard de l'Angleterre, et le rapprochait, quoique avec des vues très-différentes, du parti jacobite dans la résistance qu'il opposait aux actes du parlement anglais touchant la succession. A ces divers partis il faut ajouter un groupe d'hommes qui affectaient d'agir avec une parfaite indépendance, se joignant tantôt au gouvernement, tantôt à l'opposition, selon l'intérêt du moment. Ce parti, qui fut appelé l'escadron volant, reconnaissait pour chef le marquis de Twysdale.

Malgré tant d'intérêts divers, qui se partageaient l'Ecosse, la reine y fut reconnue sans opposition; mais ans sitôt après l'acte d'adhésion au nouveau règne, un projet célèbre, sous le nom (Varie de sécurité, fut présenté dans le parlement écossais et adopté, à l'effet de restreindre la prérogative royale en Ecosse, d'accroître le pouvoir législatif, et de garantir l'indépendance du royaume malgré la réunion des deux couronnes sur la même tète. La reine rejeta le bill, les patriotes persistèrent, et leur résistance s'accrut lorsque l'acte qui assurait la succession de la couronne à la princesse Sophie et à ses héritiers protestants fut présenté à l'acceptation du parlement écossais. La passion populaire se déchaîna aur fureur contre cette mesure, et après d'orageux débats, dans lesquels

le duc de Quccnsberry se vil abandonné de la plupart des membres du conseil d'Ecosse, un nouvel acte de sécurité fut voté, portant que dans le cas où la reine viendrait à mourir sans enfants, le parlement s'assemblerait et désignerait un successeur à la couronne autre que le prince ou la princesse qui serait en possession ilu trône d'Angleterre, si avant cette époque les droits et les libertés de la nation n'avaient été réglés dans le parlement, de manière à rendre l'Ecosse indépendante des conseils d'Angleterre. On stipula, en outre, que la même personne serait inhabile à occuper en même temps le trône des deux royaumes, à moins que le peuple écossais ne fut admis à partager avec les Anglais les avantages du commerce et de la navigation. Une autre clause donnait pouvoir au parlement écossais d'armer le peuple et de le tonner à la discipline militaire, afin de mettre l'Ecosse en état de défense.

La gravité des circonstances dans ces deux royaumes, l'agitation des partis, la découverte d'un complot jacobite conduit par Simon Fraser de Beaufort, dans la suite lord Lovât, les exigences de la guerre continentale et le besoin des subsides d'Ecosse, portèrent les ministres anglais à souscrire à l'acte de sécurité que la reine sanctionna. Ils y furent encore déterminés par un profond calcul du politique Godolphin !, qui, voyant les Anglais mal disposés pour le partage de leurs privilèges et de leurs avantages commerciaux avec leurs voisins du Nord, espéra les porter à souhaiter l'union projetée, en leur frisant redouter les dangers d'une invasion nouvelle, et

! Burnci, But. de mon tempi.

iTUl ainsi arracher d eux par un effroi salutaire ce qu'il ne [>< un ait obtenir de leurs sympathies et du seul effort de la raison.

. Le parlement anglais répondit au bill du parlement

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du priemcitt d'Ecosse par des mesures sévères : il déclara qu'aucun reU?ifV*k Ecossais, sauf un |>etil nombre d'exceptions, «e|>ourrail Viècott. jom|, ^ prixiiége8 (pun Anglais avant que la succession

ne fût réglée en Ecosse comme en Angleterre et la réu nion des deux royaumes effectuée; que 1'imporlaut traitedés bestiaux serait interdit jusque-là entre les deux pays; que des ordres seraient donnés pour saisir tous les vaisseaux qui seraient trouvés commerçant d'Ecosse en France nu dans les ports de quelques-uns des états ennemis de la reine, et qu'aucune exportation de laine anglaise ne serait faite en Ecosse. Le comité inv itait les ministres à ordonner l'armement des milices dans les quatre comtés du Nord, et l'entretien d'un nombre suffisant de troupes régulières sur les frontières septentrionales : un bill fut proposé, tendant à mettre ces diverses mesures à exécution. Les deux chambres, divisées durant ce règne sur d'autres points, tirent preuve dans cette circonstance d'un imrfait accord, et le bill passa sans opposition sérieuse.

La lutte des partis et des chambres durant ce règne, commença pour des intérêts religieux, elle fut envenimée par les haines politiques. Ceux qui l'engagèrent étaient du nombre des torys violents qui exagéraient les maximes et les périls de la haute Eglise, et qui, pour celte cause, acceptèrent ou subirent le nom de Higk Flyen. sous lequel ils étaient généralement désignés

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