I.KORCF.S III
bats stériles pour l'histoire si, en manifestant In violence de la tempête ainsi déchaînée, ils ne montraient en même temps toute la force des institutions qui lui résistent et leurs racines enfoncées dans lu cœur même delà patrie.
Le principal auteur de ces tristes désordres fut ce même John Wilkes, qu'on n déjà vu acharné contre lord Bute et qui, plus violent encore contre ses successeurs, occupa la scène et se fil une place considérable dans l'histoire de cette époque, par le cynisme de ses mœurs, |»ar son impudente audace et plus encore peut-être par les fautes de ses adversaires et par l'illégalité des moyens qu'ils mirent en œuvre pour le combattre.
Fils d'un riche brasseur de Londres, Wilkes dissipa Job» \\i ke» la majeure partie de son patrimoine dans d'affreuses North-Btiton, débauches 1 et le reste dans des luttes électorales qui firent de lui un membre des communes pour Aylesbnry : il s'empressa de solliciter du gouvernement un poste considérable et lucratif, et n'ayant pu l'obtenir il se fit patriote. Fondateur du \orth Brilon, publié surtout contre lord Bute et son administration, il consacra le quarante-cinquième et dernier numéro de cette feuille démagogique à décrier, à vouer au mépris et à l'indignation publique le discours prononcé par la couronne à la clôture de la session de 1763, et dans lequel le monarque se félicitait d'avoir conclu une paix honorable et glorieuse. Wilkes attaqua le discours avec
1. Wilkes avait loué ni commun avec quelque» bommci distolu* 1rs r«M«f de IWienne abbaye de MedeUbam, delicienx séjour au r les b. rd» de la lamue, dout ili firent le iliéàlre d'orgie* moii>trueuiti et d'abominations sacrilèges.
la grossière violence habituelle à sa plume ; il en parla cependant comme de l'œuvre, non du roi, mais des ministres. Ceux-ci, blessés au vif. s'indignèrent de l'offense faite, disaient-ils, au souverain, et ils engagèrent témérairement le combat avec la presse, sans se préoccuper suffisamment des moyens légaux de le soutenir. L'article incriminé avait paru sans signature; mais Wilkes ne pouvait se défendre de l'avoir écrit ou publié : il fut arrêté h dans son domicile en vertu d'un mandat général (gênerai po7eUi,e warrant) 1 délivré par le secrétaire d'Etat Halifax contre vviikw. les auteurs, imprimeurs ou éditeurs du séditieux libelle 1763 publié dans le quarante-cinquième numéro du Xorth Rrilon.
Conduit à la Tour, Wilkes invoqua son privilège comme membre du parlement et sollicita pour être mis en liberté un writ d'habeas corpus de la cour des plaids communs, présidée alors par le célèbre sir Charles Pralt. Il vint lui-même plaider sa cause devant ce magistrat à Westminster Hall, aux acclamations de la foule. Sa requête fut accueillie : Pratt fonda son arrêt sur ce qu'un membre du parlement ne perdait son privilège que pour les faits de trahison, de félonie ou deiHipture de la paix publique : il déclara que la publication d'un libelle ne rentrait dans aucune de ces catégories et ordonna que l'auteur du North Brilon fut mis en liberté.
Il avait suffi à Wilkes comme à tous les démagogues, pour capter la faveur populaire, d'attaquer outrageusement des hommes et des actes odieux à la multitude;
1 . On nomme général warrant, un mandai conçu en terme» généra ui pour arrêter loules le» personne* soupçonnées ou accusée* d'un délit quelconque un qu'elles soieut désignée» par leur nom.
Lord Bute, les Ecossais, la taxe sur le cidre avaient clé l'objet de ses violentes invectives : il en appelait, de ses injures personnelles, à la constitution et aux lois : c'était assez pour établir son patriotisme, son droit à l'estime comme à l'admiration des masses, et pour que ses adversaires fussent tenus d'apporter, dans leurs poursuites ultérieures, autant de mesure que de prudence. Il n'en fut rien, et ils le grandirent par les efforts maladroits qu'ils firent pour l'abattre. Ses papiers avaient été fouillés : on y trouva le manuscrit d'un poëme licencieux et blasphématoire intitulé Essai sur la femme, dont Wilkes était l'auteur et dont il avait tiré lui-même, pour quelques amis un petit nombre d'exemplaires. L'un de ceux-ci tomba dans les mains d'un de ses récents compagnons de débauche, lord Sandwich, qui au début de la session suivante, demanda la punition de son auteur, se portant lui-même pour champion de la religion et de la morale outragées. Il dénonça en même temps comme l'œuvre de Wilkes, et digne du même châtiment, une parodie odieuse, paraphrase impie du Vrai creator. Wilkes avait repris sa place dans les communes, et tandis que lord Sandwich excitait les lords à le punir pour ces deux productions criminelles, il était dénoncé devant îa chambre basse où il siégeait, comme l'auteur du quarante-cinquième numéro du North Briton par lord North, l'un des membres de la Trésorerie, et par l'avocatgénéral sir Kletcher Norton qui l'un et l'autre appelèrent la vindicte des lois sur l'auteur et les imprimeurs de ce libelle dangereux. Wilkes prétendit de son côté, que son privilège comme membre du parlement avait été violé par son emprisonnement, et il réclama des agents
de l'Etat une forte somme pour dommages et intérêts. La chambre, après de fatigants débats, rendit un Yole
CoiMUmniM» par lequel le numéro incriminé du Norlh Briton était \v,ik*>. déclaré faux, scandaleux, séditieux, tendant à pousser
Son cipuNion j >g cjj0YC|ÎS ^ ja traliisoii et à la rébellion, et elle orc«mmunf». (|0|)|ia €| u'ii fui brûlé au lieu ordinaire des exécutions, •703 c\ en présence des sliéritfs, par la main du bourreau. Le débat continua louchant l'auteur du libelle et il durait encore lorsque Wilkcs reçut une blessure dangereuse dans un duel avec un de ses collègues des communes, insulté dans son journal
Sa blessure ralentit les poursuites sans les arrêter, et un vote fut rendu dans les deux chambres, par Lequel la publication d'un libelle était assimilée aux cas de trahison, de félonie ou de flagrant délit, pour lesquels le privilège du parlement ne |)ouvait être invoqué. Des voix illustres et surtout celle de Pitt s'élevèrent avec force contre une conclusion si contraire aux précédents et aux privilèges parlementaires *. Ce vole fut suivi d'une énergique protestation de la minorité opposante 1 : les lords cnûn et les communes adressèrent ensemble une