Terre de Marie
2. Voye» de curieui délails sur la formation e» l'organisation d« la Virginie dan» le trèi- intéressant ouvrago de M. Cornoli» de Wilt, Histoire dt Washington tt de la fondation de» Etats Vni*, p. 3-7.
(ifcORGES III
chartes royales, de nombreuses portions de leur territoire à plusieurs particuliers dont les uns, comme lord Berkeley et sir George Garteret, y fondèrent eux-mêmes 0V9 établissements et dont quelques aulres. demeurés en Angleterre, y tenaient un rang éminent dans la fa veur royale ou dans l'Etat : on comptait parmi eux lord Clarendon, lord Asbley et le duc d'Albermarle. La /dus méridionale des colonies américaines, et la dernière en date était la Géorgie fondée sous George H, dans nu but philanthropique par Jacques Ogletborpe, membre du parlement anglais et l'un des bienfaiteurs de l'humanité. 11 s'unit avec quelques bommes charitables à l'effet de créer dans cette contrée un asile pour les débiteurs insolvables de l'Angleterre, et pour les protestants persécutés en Allemagne. Les fondateurs ne sollicitèrent d'autre droit ou privilège de la couronne, que celui de garder le sol en dépôt pour les pauvres,, et prirent rengagement de n'accepter pour eux-mêmes ni émoluments pécuniaires, ni aucune concession territoriale. Cette colonie, il faut le reconnaître à son honneur, était la seule au début de la guerre de l'Indépendance, où l'esclavage fût interdit. L'importation des noirs était permise et encouragée dans toutes les autres et ils formaient dans la Virginie, dans la Caroline du sud et le Maryland, une portion très-considérable de la population inférieure On peut évaluer dans les treize colonies au moment
/. Outre les rtcLres noir s impures dan- le» colonies po«r U culture du *ol, il y «vait, comme un le voit eu euro aujourd'hui dans la terre de Van Oiemeu, un certain nombre d'il m me* condamnés à la servitude, pour crtmra commit dan« la mère patrie «I transport* sur le territoire américain; mais ■ ls n'entrèrent jamais dans la population que pour uac pari très faible et a
où éclata la guerre avec la métropole, la population totale à deux millions environ d'individus de sang anglais et à cin(| cent mille de race africaine ou étrangère. Autour de ces colonies existaient de nombreuses . ,1r,,,,,• tribus indiennes, tantôt amies, tantôt ennemies: mais «le toutes presque également rebelles au joug de la société <iu TXrà! civile, vivant dans des bois de la vie nomade et sauvage, reculant sans cesse devant la civilisation, vaincues et décimées moins par les armes de -l'Europe que par les présents funestes qu'ils en reçurent, par l'eau de- vie qu'ils nommaient énergiquement l'eau de feu et dont ils apprirent d'elle l'usage. Les peuplades indigènes furent ainsi chassées ou s'exilèrent volontairement de la plus grande partie des vastes régions qu'occupaient leurs ancêtres, mais la lutte fut longue et terrible et elles vengèrent souvent leur dégradation ou leurs défaites |»ar l'incendie, par les massacres et d'épouvantables barbaries. Or|tni«tii»N Toutes les colonies anglo-américaines conservèrent les
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lois civiles de la mère patrie, mais il y eut de grandes
colonies an- , , ,
BUi»«. diversités dans leur organisation politique, comme il y en avait dans les éléments constitutifs de leur population. Avec le temps, la plupart des anciens propriétaires du
peine perceptible. On y «rail vu aussi à l'origine, dans le dix-septième »iède, de» blanc» réduit» en esclavage, »oil ijue prives de tout moyen d'existence, il» eu<»enl fait i ui-uiémes l'abandon de leur liberté, soit qu'elle leur eût etevioleinnieol ravie. Parmi ce» derniers les un», fait» pri»oin»iers dans les gurrre» civile», avaient été vendu» comme esclave» aux colon» par les vainqueur» ; les autre» sans ressource» dans leur patrie, el bor» d'état de payer leur pt»»C« eu Amérique, avaient aliéné leur liberté pour en acquitter le prix dunal ou nombre d'année» indéterminé, el ils avaient élé vendu» a leur arrivée, par les capitaines, sur le» navire» desquels il» étaient venus. Cette infâme pratique fut fréquemment renouvelée, cl il fallut rendre en |68G, un ordre du conseil pour l'interdire. — Lord Mabou, ut $*prà.
<;eohges m. 493
sol, fatigués d'agitations perpétuelles, et impuissants à défendre eux-mêmes leurs droits, en Ûrent la cession à la couronne d'Angleterre, et dans toutes les colonies, malgré une grande variété dans les formes et dans les attributs des pouvoirs, l'autorité supérieure fut exercée par un gouverneur et par deux assemblées. L'une de ces assemblées était élue |>ar la population, l'autre formait un conseil soit électif, soit désigné par la couronne 1 : celle-ci nommait le gouverneur dans les colonies dont les propriétaires lui avaient résigné leurs droits, dans les autres il était désigné par le choix commun des propriétaires et du roi 2.
De tout temps il y avait eu des contestations entre les opinion* colonies et la métropole au sujet des restrictions appor- ^JT"* tées par celle-ci à leur commerce, et aux droits qu elle ,e£°^"cr prélevait par les douanes sur ses produits ou sur les objets importés; mais, aux yeux des colons mêmes, il existait une différence notable entre le droit que réclamait l'Angleterre d'imposer les marchandises, par des règlements sur le commerce extérieur, droit qu'elles admettaient dans certaines limites, et la prétention de les taxer à l'intérieur sans leur aveu, qu'elles repoussaient dune manière absolue 3.
1. Dmi quelques colonie», ce conseil trait le droit d'annuKr les actes «le iWmblfe populaire.
2. Dans le Connecticut seulement, le gouverneur était élu par le suffrage populaire.
3. La titginic se distinguait entre toutes, a cet égard, et n'admettait pas même qu'aucune te*lriction fût apportée, sans son consentement, par les douanes anglii-cs a «on commerce : elle était resiée fidèle tut SluarU après la chute de la mouaicbie en Angleterre et lorsqu'cnfin elle se soumit au gouvernement delà république, ce ne fut qu'après s'être assu/ée qu'elle jouirait, sous le despo-
Déjà le projet de les taxer ainsi avait été suggéré à sir Robert Walpole après la malheureuse issue de son plan pour l'excise, mais Walpole l avait écarté avec ce bon sens et cet esprit de modération qui le caractérisaient : « J'ai contre moi la vieille Angleterre, avait-il répondu, irai-je aussi provoquer le ressentiment de la nouvelle? » George Gren ville fut moins prudent : les frais immenses de la dernière guerre rendaient un surcroît d'impôt indispensable, et Gren ville se crut d'autant plus fondé à le demander aux colons américains, que celte guerre avait été entreprise en partie pour la protection de leurs établissements dans le nord. 11 évita néanmoins d'agir d'une façon trop générale et trop brusque; il annonça simplement l'intention de frapper d'un droit de timbre quelques denrées sur le sol américain, et fit en même temps savoir aux colons, que si quelque impôt d'une autre nature leur semblait préférable il prendrait leur vœu en considération.
Getle résolution du cabinet causa en Amérique une irritation profonde : déjà les colonies s'étaient plaint des rigueurs de la douane et des procédés vexatoireset souvent oppressifs de la marine anglaise pour arrêter la contrebande sur leurs côtes. Les nouvelles prétention? de l'Angleterre leur parurent intolérables : toutes leurs assemblées refusèrent d'admettre le droit d'établir sur
lisme révolutionnaire du long parleincDi, îles droits que ses souverains av*ifi>l roh|»cvléï . ■ l/acte de reddition poi le : • que lepeuple de la V irgiaie aura (I rtrfiv la tous les privilèges el franchises qui appai lirnucut au peuple libredc I A»* g le) erre, que le commerce ^era aussi libre en Virginie qu'en Angleterre, cl qu'su- CUM laie, douane ou impôt ne seront établis dans la colonie, aucun fon mi châleau construits sur suii territoire, saus le conseil lemeot de la grande a«finblée. » Citation de SI. Cor «lis de Wil. Extrait delà Vie de Jelfeoo» f«r Nerker.
leur sol l'impôt du timbre ou tout autre : elles fondèrent leurs décisions sur ce que les colons étant de sang anglais, et, comme tels, eu possession des droits de tout sujet anglais, ils ne pouvaient être taxés par une chambre des communes 01 1 ils n'étaient |>as représentés : elles invitaient les ministres à leur adresser, comme précédemment au nom du roi, une demande de contributions volontaires pour le service de sa majesté, et elles s'empresseraient, dirent-elles, de témoigner comme toujours leur loyauté envers la couronne, par la libéralité de leurs dons. La plupart de ces assemblées députèrent à Londres un agent spécialement chargé d'exposer leurs motifs, et le plus illustre entre ceux qui reçurent eelte mission importante et difficile fut l'envoyé de la Pensylvanie, le docteur Franklin, déjà célèbre en Europe par ses découvertes dans les sciences.
Grenville ne tint aucun compte des représentations des colonies, et dans la session suivante (1765) il pré-
senta un bill tendant à établir en Amérique un droit de timbre semblable à celui qui existait en Angleterre, et qui ne devait donner à la couronne qu'un modique revenu d'environ cent mille livres sterling. Ce bill, adopté ^ oiil^ sans une vive opposition dans les deux chambres et sane- pour lionne par le roi, fut converti en statut, et personne, en 1 Amen<iue- Angleterre, pas môme Franklin, ne pressentit les re- 1765 doutantes conséquences d'un tel acte.
Le bill du timbre fut reçu en Amérique avec une Agii«iiun consternation morne et courroucée : à New-York il fut 1dc*
colonie».
traîné dans les rues, à Boston les vaisseaux abaissèrent leur pa\illon en signe de deuil : les cloches voilées sonnèrent le glas funèbre : partout les assemblées colo-
nialcs se réunirent pour aviser aux circonstances, et aucune d'elles ne montra une opposition plus vive et plu? ferme que celle des bourgeois de la Virginie. Là, pour la première fois apparut un orateur dont la parole brûlante donna l'impulsion aux esprits : il se nom- H*nry' inait Patrice Henry, homme sans lettres et jusque-là sans crédit et sans nom, et rapidement porté par son éloquence et son patriotisme au premier rang des fondateurs de l'indépendance américaine. Elu membre des bourgeois de la Virginie, il y flétrit le bill du timbre, et le compara aux actes tyranniques qui avaient attiré un châtiment terrible sur leurs auteurs : « César, dit-il, eut son Brutus, Charles I" eut son Cromwell et George III... Trahison, s'écria le président en interrompant L'orateur: Trahison! répétèrent plusieurs voix indignées. Patrice Henry reprit sans s émouvoir : « Kt George III |>oiirra profiler par leur exemple. » .
L'assemblée protesta avec énergie contre le bill et formula une résolution portant que le roi serait supplié de le révoquer. Elle fut dissoute par le gouverneur, niais trop tard : l'impulsion était donnée, toutes les autres assemblées coloniales formulèrent des votes semblables : bientôt l'impérieux besoin de s'entendre et d'agir de concert se fit sentir, et enfin, à l'exemple des représentants de Boston, plusieurs assemblées nommèrent des délégués pour délibérer en commun le mois suivant daus un congrès convoqué à New-York.
Le retentissement de cette agitation fut faible en Angleterre où d'autres intérêts préoccupaient alors les esprits. Les rênes de l'Etat étaient tenues par un ministère sans racines soit dans l'opinion, soit dans la con-
fiance du monarque, et un incident nouveau ajouta beaucoup à réloignement de George 111 pour son cabinet. Le roi, dans le courant de 1765, était tombé malade et avait
donné quelques signes de cette maladie mentale qui
Bill
plus lard prit un caractère permanent. Un bill de ré- de r4genct> gence fut proposé : tous les membres de la famille royale y furent déclarés aptes à exercer le pouvoir de régent, mais aucune mention n'y fut faite de la mère du roi, de la princesse douairière de Galles, dont le nom, omis d'abord dans le bill, n'y fut inséré ensuite que sur l'instante prière du monarque. Le premier ministre, (ieorge Grenville, blessa profondément le roi dans cette circonstance, par sa conduite indécise, par le peu d'empressement qu'il mit, ainsi que ses collègues le duc de Bedford et Halifax, à ménager sa susceptibilité filiale pour l'honneur et la dignité de sa mère. L'agitation toujours croissante dans la cité acheva de miner leur crédit, et l'enthousiasme excité par le démagogue Wilkes, ne fut pas le seul symptôme de l'irritation populaire; une grave
Emeute
émeute éclata dans Londres, après le rejet d'un bill qui dtm Un.in». frappait d'une prohibition presque totale les soieries étrangères. Les tisserands en soie de Spitalfields, redou-
Soulèvemeul
tant une dangereuse concurrence, se soulevèrent au dei nombre de plusieurs mille : attroupés autour de White- "e",™.' Hall, ils insultèrent plusieurs pairs, couvrirent de boue leurs voitures, et la mullitude en fureur se jeta sur l'hôtel du duc de Bedford à qui elle attribuait le rejet du bill prohibitif; elle en brisa les vitres et il fallut recourir à la force pour les dissiper. Plusieurs riches marchands furent également menacés, et pour apaiser les tisserands ils révoquèrent toutes les commandes qu'ils iv. 32
avaient faites aux fabricants étrangers de France et d'Italie. Ces troubles précédèrent de peu de jours la chute du cabinet. Le roi mécontent de ses ministres, (acbuteduj.biiiei tigué surtout des exigences de George Grenville et du duc George Greo- de Bedfort, et n'ayant pu vaincre les répugnances de William Pitt à former une administration dont son beau-
1765 frère, lord Temple, frère de Grenville et récemment réconcilié avec lui, refusait de faire partie, eut recours à un homme en possession d'une grande influence parmi les whigs, au marquis de Rockingham.
Le parti whig était alors partagé, comme toujours, en plusieurs fractions rivales dont la plus nombreuse comptait, parmi ses membres, quelques-unes des familles les plus riches et les plus puissantes du royaume, les Devonshire, lesGrafton, les Newcastle, etc., et formait une oligarchie redoutable. Le chef de cette confédération
. était à cette époque le marquis de Rockingham, posses-
Premier ministère seur d'une fortune immense, homme honorable et judi-
éê ïotTi'nJtiîm. cieux*, mais dépourvu de talent comme d'expérience.
C'est à lui que le roi s'adressa : il devint premier lord de la Trésorerie et chef du nouveau cabinet, dont les principaux membres furent le lord chancelier, Northampton, cabinet, le duc de <i ration et le général Conway, tous deux secrétaires d'Etat, le chancelier de l'Echiquier, William Dowsdell, et le vieux duc de Newcastle, ramené encore une fois sur la scène par son âpre ambition, et qui dut se contenter du sceau privé : un autre vétéran politique plus qu'octogénaire, le comte de Winchelsea eut la présidence du conseil. Rockingham, désirant surtout se concilier William Pitt, éleva tout d'abord le populaire Charles Pratt, premier juge du banc du roi, à la pairie avec le
du
titre de lord Camden; mais son administration, formée d'un mélange d'hommes, les uns affaiblis par l'âge, les autres jeunes et inexpérimentés, manquait de cohésion et d'unité de vues, ainsi que d'un chef prépondérant dans les communes : elle entrait en charge dans des circonstances difûciles et elle fléchit sous le fardeau.
L'agitation faisait alors de rapides progrès dans les co- AVaoi0n lonies américaines. Boston avait été le théâtre de graves u co,0,'i•, • violences : les établissements de l'Etat y avaient été pillés et incendiés, ses agents insultés et poursuivis *• d'autre part, le congrès de New-York, où s'étaient rendus les députés de neuf colonies, avait décrété de nombreuses résolutions contre les prétentions nouvelles de la métropole, et des associations se formaient rapidement dans toutes les villes pour repousser toutes les denrées de la Grande-Bretagne jusqu'à ce que le bill du timbre fût révoqué.
La nouvelle session parlementaire s'ouvrit à Londres. n,tju",on
' * dan*
sous ces fâcheux auspices, et la question américaine y *• JJ^jJ**1 fut aussitôt débattue. Le ministère tout entier inclinait bill d« timbre, pour des mesures conciliantes éloquemment appuyées 17nc par Pitt. La maladie avait longtemps tenu ce grand homme éloigné de la chambre des communes; il en était absent à l'époque où le fatal bill du timbre y fut voté : il y reparaissait enfin, et en plaidant la cause des Américains, il flt allusion à une influence occulte, attri- A'du e buée à lord Bute sur la marche du gouvernement et pt[p,n il aborda, en ce qui touche la composition des communes, de graves questions que l'avenir devait résoudre. Il établit une distinction profonde, inutile peut-être, entre le pouvoir de faire des lois obligatoires pour les colo-
soo
nies et celui de les taxer sans leur aveu : il reconnut, sur le premier chef, le pouvoir du parlement et le lui dénia sur le second, u Les Américains, dit-il, sont les flls légitimes et non les bâtards de l'Angleterre : ils ont droit
aux mêmes privilèges que les Anglais Une opinion
qui tend à se répandre est que les colons sont ici représentés, sinon de fait, au moins virtuellement. Qu'on me dise donc par qui un Américain est ici représenté. L'est-il par les députés d'aucun comté du royaume : plût à Dieu que celte respectable partie de la représentation fût augmentée dans les communes! Me riirat-on qu'il est représenté plutôt par le membre élu de quelque bourg, d'un bourg qui peut-être n'a jamais vu son propre représentant. C'est là ce que nous appelons la partie corrompue de la constitution [tke rotlen part) : elle ne pourra durer encore un siècle et si elle ne tombe d'elle même il faudra l'amputer. L'idée d'une représentation virtuelle de l'Amérique dans cette chambre est une des plus méprisables suppositions qui puisse entrer dans une tête humaine : elle ne mérite pas une réfutation sérieuse, n
L'un des secrétaires d'Etat, le général Conway, prit ensuite la parole : il nia l'influence secrète à laquelle Pilt avait fait allusion, mais tomba d'accord avec lui pour déplorer la funeste mesure de l'acte du timbre,
s« définie prise par George Grenville, chef du précédent cabinet.
g. Gmnrilir. Celui-ci défendit avec force ce bill, son propre ouvrage; il blâma énergiquement la conduite des Américains qu'il assimila aux populations des comtés de Chester et de Durham, qui furent soumis aux lois de taxation générale avant d'avoir eu des représentants
dans les communes : il rappela, à cette occasion, les préambules des actes d'Henri VIII et de Charles II, qui leur avaient accordé le droit de représentation et termina par une attaque directe contre son illustre adversaire : « L'esprit séditieux de nos colonies, dit-il, doit son origine aux factions de cette chambre : nos députés s'inquiètent peu de l'effet produit par leurs paroles pourvu qu'il réponde au but de l'opposition. »
Pitt ainsi provoqué se leva soudain pour répondre, malgré le règlement qui défendait de prendre deux fois la parole sur une même question, et comme on le rappelait à l'ordre, il commanda le silence par la double autorité de son caractère et de son immense renommée. «Je ne viens pas ici, dit-il, armé de vieux textes jusqu'aux oreilles comme l'honorable préopinant : je n'en ai pas besoin pour défendre la cause de la liberté : j'aurais pu citer moi-même les deux cas des comtés de Durham et de Chester; j'aurais ainsi fait voir que, même sous le règne d'un pouvoir arbitraire, les parlements ont rougi de taxer une population sans son aveu et lui ont accordé le droit de représentation. Le préopinant demande quand les colonies ont été émancipées : je demande, moi, quand elles ont été réduites en esclavage Je connais la valeur de vos troupes, l'habileté
de vos officiers : dans une bonne cause la force de ce pays peut réduire en poussière l'Amérique ; mais dans la cause actuelle le succès est douteux. L'Amérique, si elle succombe, tombera comme l'homme fort, elle embrassera les colonnes de l'Etat et entraînera la constitution dans sa chute. Est-ce là votre paix si vantée; non de tenir l'épée au fond du fourreau, mais de l'en-
foncer dans les entrailles de vos compalrioles? »
Les arguments de Pitl en faveur des Américains fureut appuyés par de nombreuses pétitions des négociants anglais, possesseurs de créances américaines pour plusieurs millions sterling, dont ils n'avaient point à espérer le paiement si l'Angleterre persévérait, à l'égard de l'Amérique, dans les voies de rigueur où elle était entrée. Leurs requêtes furent entendues; mais le parlement adopta un moyen terme qui, en donnant une satisfaction apparente aux esprits , maintenait ce|>endant les principes contre l'application desquels ils s'étaient soulevés. 11 y avait ainsi, comme le fit remarquer lord Camden dans la chambre des pairs, une contradiction maiwsnimions nifeste dans les résolutions auxquelles le parlement
contradictoires
du s'arrêta *, et dans les deux nills qu'il adopta conformé- ,,nr,emcn, ment au vœu de Pitt. L'un de ces bills était un acte déclaratoire de l'autorité suprême, en toute matière, du Révocation pa ri < ' j 1 1 mi t anglais sur les colonies; par le second, l'acte
du
biii du timbre du timbre était révoqué 2. Ce dernier bill semblait ainsi n'être qu'une concession faite à l'insurrection et un en-
1. Loid Campbell, Vie du lord chancelier Camdt», toi. v, p. 511.
2. 1,'inlcrrogaîoire du docteur Franklin I la barre des commune» ne fui pai tans influence »ur ce résultai. Il montra dans ses réponse*, cette raie habileté^ ce sens pratique et ingénieux qui le caractérisaient. Il iuaista follement sur la distinction cuire le droit de taxation k l'intérieur et le droit de douane. Pressé de s'eipliquer, il répondit que l'Angleterre violait les privilèges de» colons, en les taxant a l'intérieur; mais que la mer élan! sou domaine, il u'élail pas contraire a l'équité qu'elle perçût quelques droits pour les marchaiidisesimporléea a travers celte partie deson empire, aGu de rentrer dan» une partie des frai» qu'elle faisait pour aasun-r, par sea flotte*, contre les pinte», la sùre'é du co . merce maritime Franklin insista en outre »ur la f rmedéieriniualion des colons de repousser tous les produits des manufactures aogUi«*, si le m 4% timbre nYt.it révoqué.
couragement à la renouveler, tandis que le premier créait pour les colonies une menace perpétuelle. L'effet de ces bills fut dans la suite, très-contraire à celui qu'on en espérait, mais ils ramenèrent, pour quelque temps du moins, un calme apparent et provisoire.
D'autres mesures conciliatrices et populaires, soit dans les colonies, soit à l'intérieur, furent votées par le parlement et obtinrent l'assentiment de la couronne. Les nouveaux droits de douane furent abolis ou abrogés pour beaucoup de denrées importées en Amérique : l'importation de la soie étrangère fut prohibée dans le royaume, la taxe sur le cidre fut révoquée : le parlement enfin déclara contraires aux lois protectrices des citoyens, les mandats d'arrêt rédigés en termes généraux et sans désignation spéciale Toute la faveur que le ministère put conquérir par ces actes compensait mal sa faiblesse : il luttait sans boussole tout à la fois contre l'opposition des Grenvillc, des amis ou créatures de lord Bute, et du parti populaire : il manquait d'une impulsion forte, d'une direction unique et puissante, surtout dans les communes où Pitt seul avait encore un ascendant souverain. Les vues judicieuses, les excellentes intentions de son chef le marquis de Kockingham n'étaient pas contestées; mais le cabinet était sans cohésion et fut encore affaibli par la retraite du duc de Grafton, secrétaire d'Etat, qui se démit de sa charge, en déclarant publiquement, dans la chambre des lords, qu'il ne connaissait qu'un seul homme en état de diriger le gouvernement avec succès, qu'il était prêt à servir sous lui en quelque
I. Céttieot les mandat» conou» tous le nom de gênerai warrants.
qualité que ce fût, comme chef ou comme soldat, employé la pioche à la main, aux défenses de la place, et dans cet homme qu'il ne nommait pas, il désignait tacitement le grand commoner, William Pitl. Cette déclaralion si publique, faite par un des hommes les plus éminents de l'administration, fut le coup de grâce du cabinet. Le roi surmonta de nouveau sa répugnance pour les prineipes de Pitt, trop libéraux à ses yeux, comme pour les formes graves, solennelles et hautaines de son langage et de ses manières; il le savait indépendant et fier, implacable ennemi du joug des partis et des coalitions : il haïssait lui-même les prétentions d'une oligarchie qui aspirait a tenir la couronne en tutelle et dont s'indignait avec lui un groupe d'hommes politiques et de servil<« leurs dévoués connus sous le nom d'amis du roi qu'ils
is du roi. ... » .... .1
se donnaient a eux-mêmes et qui étaient au sein du parlement les organes habituels et les instruments actifs de la politique personnelle du monarque. Celui-ci, pour lutter contre cette ligue importune des puissantes maisons whigs des Rockingham, des Bcdford, des Grenville, avait enfin mis son espoir dans la force de Pitt et dans sa popularité ; il le manda auprès de lui et le chargea de former un cabinet (juillet 1766).
Avant de parler du second ministère de Pitl il faut Sitmiio» reporter nos regards vers l'orient et dire ce qu'était de- U con1pâBni« v«nue dans l'Inde la puissance des Anglais depuis les dant"ic.*inde» lriomPhes obtenus Par leurs armes, sous la première administration de ce grand homme. Leurs possessions déjà immenses avaient été vaillamment conquises, niais elles étaient mal garanties et mal administrées : les
agents de la Compagnie ne songeaient qu'à s'enrichir avec promptitude, et l'état des choses alors existant dans les Indes, permettait beaucoup plus que la situation présente, d'y faire des fortunes rapides et colossales Les trois présidences de Bombay, de Madras et de Calcutta étaient restées indépendantes l'une de l'autre, il n'y avait sur les lieux aucune autorité forte et centrale, en état de tenir en bride la cupidité des agents de la Compagnie, ou qui eût caractère pour modérer leurs exactions ou pour les réprimer : la cour des directeurs siégeant à Londres n'entrait pas dans les détails de l'administration intérieure; il suffisait à ces marchands, lyra„ni devenus potentats, de toucher chaque année d'énormes dc*
17 ' autorité» •
dividendes; ils laissaient leurs ofÛciers spéculer pour g»«'*««. leur compte, opprimer, piller, rançonner sans merci la population indigène et faire en un mol peser sur ces contrées malheureuses, une tyrannie semblable à celle qu'exerçaient les proconsuls de Rome dans les provinces soumises à leur autorité. De là sortirent, dans le Bengale d'abord, des révoltes, des trahisons, des guerres et de nombreux désastres.
Le soubadar Mecr Jafûer, qu'on a vu précédemment élevé par les Anglais à la vice-royauté de cette vaste contrée, conspira contre eux et fut détrôné : ils vendirent sa succession à Meer Cossim, son gendre, qui tenta bientôt de se soustraire à l'autorité de ceux dont il avait acheté le trône : il voulut même contraindre les
I. Il confient de lue, à cel égard, le> retueigneiiienU lumineui donne» par lord Macaulay, dant ton article tur la fie de Clire|*r Malcolm. — Edimburgk [irvifw .
RpTollCt trafiquants anglais à acquitter les droits convenus par •m l'inJc leg ancifins traité8, et pour assurer davantage son iodé- Guerre d»iif. pendance, il recula sa résidence à deux cents milles plus I7C3 loin de Calcutta, et la transféra de Morshedabad à Menghir. Mais ceux qui l'avaient élevé le renversèrent ; ils proclamèrent de nouveau Meer Jaffier qu'ils soutinrent par leurs armes : le major Adams à la tête de dix huit cents hommes, dont six ceuts anglais, entra vainqueur dans Morshedabad puis à Menghir et rétablit Meer Jaffier sur le trône (1763). Une seule place considérable restait à son rival, celle de Patna où se trouvait une factorerie anglaise. Meer Cossim en sortit pour chercher un abri à la cour de son voisin Sujah Dowlah, vice- roi de la province d'Oude; mais avant de fuir, il commit un acte de vengeance atroce, et réunissant ses prisonniers et tous les membres de la factorerie, hommes, femmes et enfants, il les fit tous indistinctement massacrer ». h Sujah Dowlah était alors un des plus puissants princes de ces contrées : une récente circonstance avait ajouté une grande force morale à son autorité. Dehli, centre de l'empire, avait été surpris et emporté par les Mabrattes. Le grand mogol Se ha h Allum, avait fui devant eux et avait trouvé un asile dans les murs d'Allahadab, cité célèbre, résidence du vice -roi d'Oude, où Meer Cossim se réfugia aussi et qui l'abrita contre la vengeance des Anglais. Ces trois princes réunis marchèrent avec cinquante mille hommes et une formidable artillerie au devant de lar-
1. t'a nul homme rVlisopa, le chirurgien Fullarton, el loi leal a fait »»• nelirt les détails de celle horrible exécution.
mée anglaise, commandée par sir Hector Munro et victoire forte seulement de huit mille hommes, dont plus des dcl trois quarts étaient cipayes ou soldats indigènes. L'ac- Bux4r- (ion s'engagea en octobre 1764, près de Buxaret la vie- i76i toire, comme de coutume, se déclara pour les Anglais; l'ennemi s'enfuit abandonnant son artillerie et laissant quatre mille des siens sur le champ de bataille. Le même jour le grand mogol se présenta dans le camp du vainqueur, où il fut reçu comme l'héritier d'Aureng-Zeb, et le dispensateur nominal d'un pouvoir dont il n'use- oppression rail que pour l'avantage des Anglais et par leur entre- crur,,^etfrc*e mise. La puissance de la Compagnie fut ainsi raffermie u Comptfw*. dans l'Inde ; mais en multipliant ses victoires, elle accroissait à proportion les moyens d'en abuser. Ses agents obtinrent, |>our leur intérêt particulier, des faibles prin ces qu'ils avaient couronnés, le monopole de presque toutes les branches du commerce intérieur; ils forcèrent les malheureux indigènes à acheter fort cher et à vendre a prix inférieur, bravant les autorités, les lois et les tribunaux du pays. D'immenses fortunes furent ainsi rapidement accumulées à Calcutta, pendant que trente millions d'êtres humains étaient réduits au dernier degré de la misère. Un auteur musulman contemporain, s'exprime ainsi sur les Anglais, dont il admire l'habile conduite et l'indomptable bravoure dans la guerre : « Si ce peuplé, dit-il, joignait aux qualités nécessaires pour conquérir les empires, des talents de même ordre pour les administrer, aucune nation ne serait plus digne qu'eux de commander au monde; mais les peuples sous leur domination sont réduits à une extrême détresse : 0 Dieu, daigne assister tes serviteurs affligés et
délivre-les de l'oppression sous laquelle ils gémissent 1 ! » losuUrd.o.i.on Le mal enfin atteignit dans l'Inde à son dernier pé-
et
anarci.ic. n0^c •' *es divers services dans l'administration comme dans l'armée furent désorganisés : tous les officiers de la Compagnie négligèrent ses intérêts pour ne songer qu'aux leurs : les soldais indigènes mal payés, mal entretenus, dans un pays épuisé, secouèrent toute discipline et désertèrent en masse, l'insubordination et l'anarchie étaient partout, et les dividendes de la Compagnie diminuèrent rapidement. Alors seulement on songea au remède, un nom fameux fut dans toutes les bouches, celui de Clive; lui seul, disait-on, aurait la force de sauver l'empire qu'il avait fondé. Mais la cour des directeurs était partagée, et à la tête du parti opposé à Clive était Sullivan, son ennemi personnel et président actuel de la cour La nécessité aplanit tous les obstacles : Sullivan perdit son poste et Clive fut nommé commandant en chef et gouverneur des établissements anglais au Bengale. Il se fit donner des pouvoirs extraordinaires et fut autorisé, par exception, à agir dans une parfaite indépendance de son conseil.
Troi.ieme Clive fit alors son troisième voyage aux Indes, et avant dJTiive son arrivée de nouveaux changements survinrent dans «Un» le. ind«. ie gouvernement du Bengale. Meer Jaffier mourut, son I7i.s héritage fut encore une fois mis à l'enchère et cent quarante mille livres sterling furent distribuées à talculta entre les membres du conseil de la présidence : à ce prn, un fils enfant de Jaffier obtint de s'asseoir sur le trône de son père. Clive apprit en débarquant (mai .1765) cette hon-