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jusque dans les cabarets et les lieux de débauche. Luther parut alors : cet homme fameux, moine de l’ordre des Augustins, tonna contre ce coupable commerce, et tenta d’abord de réformer les abus de l’Eglise, ce qui fit donner le nom de réforme à la révolution qu'il opéra. Son accomplissement fut l’œuvre de deux siècles, et son origine date de l’époque où la grande féodalité expirait, cl où le pouvoir monarchique atteignait le plus haut degré de sa force dans les grands états constitués au xv* siècle.
Luther, en qui la puissance intellectuelle s’alliait à un caractère violent et inflexible, aussi incapable de temporiser que de dissimuler, eut bientôt dépassé le but qu’il s’était d’abord proposé d’atteindre, et, en l’année 1320, une bulle de Léon X condamna quarante-cinq propositions extraites de ses écrits et le déclara lui-même hérétique obstiné, excommunié et livré à Satan pour la destruction de sa chair, s'il ne se rétractait dans l'espace de soixante jours. Par cette bulle enfin tous les princes séculiers étaient requis, sous peine de déchéance, d’arrêter Martin Luther, afin qu'il fût puni selon ses mérites. .Mais celui quelle frappait fit, en la brûlant sur la place publique de Wittemberg, un acte d’audace inouï jusqu’alors : l’Europe en fut saisie de Wormi. d’étonnement et Charles Quint convoqua une diète à (IS2I) Worms, afin, disait-il, d’arrêter le progrès des opinions nouvelles et dangereuses pour la paix de l’Allemagne. Luther parut à cette diète avec un sauf-conduit de l’empereur et sous la protection plus efficace de l'Electeur de Saxe, Frédéric le Sage, et de cent chevaliers armés. Il défendit avec énergie ses doctrines dans
HENRI Mil.
lesquelles il attaquait surtout la confession auriculaire, l’intercession des saints, le dogme du purgatoire, celui de la transubstantiation, le célibat des prêtres et l’autorité de l’Eglise. La diète lui permit de se retirer et aussitôt après elle le mit hors la loi. L’Electeur de Saxe le fit enlever par des gens masqués et conduire dans la forteresse de Wartbourg, où il demeura enfermé neuf mois, ignoré de scs amis et de ses ennemis. C’est là qu’il commença sa traduction de la Bible et qu’il composa une multitude d écrits empreints de son génie logique, fougueux, irascible, parfaitement propre, par sa trivialité même, à gouverner les esprits encore grossiers de son siècle.
Cette grande révolution intellectuelle et religieuse eut pour principaux auteurs, en Allemagne, Luther et le savant Mélanclhon son disciple préféré, l'un des premiers restaurateurs des lettres; en Suisse, Ulrich Zwingle et en France Jean Calvin, qui établit, en 1584, à Genève, la religion réformée et le gouvernement démocratique. Elle donna lieu à des guerres qui durèrent nlus d’un siècle et se formula d’une manière diverse dans les confessions de foi des contrées où elle triompha. Les caractères les plus généraux de la réformalion du xvi* siècle furent, premièrement : la substitution de l’autorité des Ecritures, considérées comme inspirées dans l’esprit et dans la lettre, à la tradition et à l'autorité de l’Eglise ; et en second lieu, la reconnaissance et la consécration du principe par lequel aucune vertu, aucune valeur réelle n’exislc dans les actes extérieurs, si ceux-ci n’ont leur source dans des intentions pures, dans une conscience éclairée de la lumière divine et pénétrée par-dessus tout de la foi en
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Jcsus-Clirist et dans les mérites expiatoires et infinis de son sacrifice pour la justilication des pécheurs. Ce principe auquel s’attacha Luther et qui devint le dogme célèbre de la justilication par la foi, porta un grand coup à la croyance établie dans le mérite d’une foule de pratiques extérieures, recommandées et prescrites par le clergé romain , et il ébranla profondément l’Eglise catholique elle -même; il fut admis, au xvT siècle, comme base fondamentale dans les Eglises réformées et il fut l’un des traits les plus universels du protestantisme1.
Toutes ces Eglises rejetèrent d’un commun accord le dogme de la transubstanliation dans le sacrement de l’Eucharistie, mais plusieurs réformateurs, à l’exemple de Luther, substituèrent à ce mystère celui de la con-
I. Le principe de U justification dé la foi , entendu dans de certaines limites et avec de sages réserves, comme la conséquence de celle vérité exprimée par Lutlier, que les hommes ne deviennent pas justes eu faisant certaines actions extérieurement bonnes, mais qu'il importe qu’ils soient d’abord justes daus le lor intérieur, après quoi leurs actions deviendront vertueuses (a); ce principe, dis-je, ainsi rom pris, est incontestable cl se concilie avec la raison et la plus saine morale. Mais ayant vculu en déduire des conséquences extrêmes avec une rigueur logique, la plupart des réformateurs l'obscurcirent cl arrivèrent A des conclusions fausses et même dangereuses, par lesquelles tous ceux que n’avait point éclairés la lumière de l'Evangile, furent considérés comme incapables d’aucune action nonne ou véritablement juste. Les vertus des plus grands hommes de l'antiquité lurent niées nu dédaignées et attribuées toutes à l'orgueil : la foi fut ainsi mise ouvertement au-dessus de la morale et il y eut une tendance trèsprononcée dans la plupart des Eglises, à attribuer à l’adoption de certains formulaires ou aux confessions de foi une importance exagérée beaucoup plus grande qu’à la pratique des œuvres. Cette doctrine fut avidement accueillie et il en devait ètie ainsi, parce qu'il est toujours plus facile de croire ou de se persuader que l’on croit, que de lutter contre scs penchants et de les vaincre.
(a) Ipui. Luther., fipalat. Oit tJtIC. — tapi Milnrr, lette |T.
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subslantialion; d'auires, comme Ulrich Z\v ingle, ne \ irent, dans le rite ancien et vénérable de la consécration dn pain el du vin pour la communion des fidèles, qu'une simple commémoration de la mort de Jésus-Christ.
Le dogme de l’élection ou de la prédestination absolue, qu'on trouve exposé dans quelques-uns des écrits des Pères, et en particulier dans ceux de saint Augustin, fut admis dans beaucoup d’Eglises au xvi* siècle, mais il fut rejeté, après la mort de Luther, par Mélancthon et par le grand corps de l’Eglise luthérienne. Ce dogme demeura, dans la suite, le caractère distinctif des sectateurs de Calvin. Ceux-ci adoptèrent pour leur Eglise, indistinctement connue dans la suite sous les noms (l’Eglise réformée cah iniste ou presbytérienne, une constitution démocratique, qui donnait à tous leurs ministres le même rang et le même pouvoir. Les luthériens, nommés chrétiens évangéliques ou de la confession d’Augtbourg, d’après une confession de foi que Mélancthon remit à la diète de cette ville, conservèrent les évêques en limitant considérablement leur juridiction et leurs revenus. Tous les chrétiens qui, en s’éloignant de l’Eglise de Home, adoptèrent les principes les plus généraux de la réformation, reçurent, dans la suite, le nom de protestants , jwree que les représentants de leurs diverses Eglises protestèrent en commun contre un édit intolérant d’une diète impériale tenue à Spire. C’est à tort que, de nos jours, au nombre des principes reconnus pour fondamentaux dans les Eglises protestantes, par les premiers réformateurs, on a compté celui du libre examen ou du droit pour chacun d’interpréter librement les Écritures selon les lumières du sens in-
dividuel ou de la raison. Ce principe, quoique mis en pratique par les réformateurs du xvT siècle, ne fut ni avoué par eux comme le droit de tous, ni dogmatiquement formulé comme une des doctrines fondamentales des Eglises qu’ils fondèrent, et soit qu'ils ne se fussent pas bien rendu compte de l’instrument auquel eux- mêmes avaient eu recours, en se séparant de Rome, soit qu’ils en redoutassent l’emploi en d’autres mains que dans les leurs, nul n’cn transmit volontairement le libre usage comme un droit à ses disciples. Tous parurent convaincus, et il était difficile qu’il en fût autrement , qu’au delà des limites où ils s’étaient arrêtés, il n’y avait plus de vérités à découvrir, il y eut bientôt presque autant d’arbitres souverains de la doctrine que de chefs de secte et ceux-ci, sans toutefois prétendre à l’infaillibilité, s'arrogèrent sur les consciences et sur l’opinion d’autrui une autorité despotique, plus révoltante que les prétentions qu’ils avaient combattues dans l’Eglise romaine. Nul, plus que Henri VIII, ne donna l’exemple d’une si choquante inconséquence, lorsqu’il eut rompu avec Rome. Rien d’abord ne fit pressentir cette rupture et le temps était loin où le nouveau culte devait être appelé à devenir celui de l’Angleterre; et cependant, depuis un siècle et demi, les premières semences d’une grande réforme religieuse y avaient été jetées par Wvcliffe, qui fut véritablement le précurseur de Luther. Une multitude de disciples de ce fameux hérésiarque peuplaient le royaume et un grand nombre avaient rendu témoignage de leur foi sur les bûchers; mais ils appartenaient en général aux classes inférieures de la nation, et, lorsque Henri VIII monta
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sur le trône, le catholicisme, quoique ébranlé par la licence des mœurs du clergé , autant que par la renaissance des lettres profanes et par la propagation beaucoup plus rapide des livres saints , avait conservé en apparence toute sa force et sa splendeur premières. Aucun prince même n’était, à celte époque, plus attaché que le roi d’Angleterre à la cour romaine : destiné à l’Eglise, du vivant de son frère aîné, par leur père Henri VII, qui toujours ménager de son argent et comme père et comme roi, avait voulu ouvrir dans la carrière ecclésiastique une voie à l’ambition de son second fils, sans qu’il lui en coûtât aucun sacrifice à lui-même, Henri VIII avait été initié de bonne heure aux connaissances théologiques ; il lit sa principale étude des ouvrages de saint Thomas d’Aquin, où il apprit l’art des subtilités scolastiques, si dangereux sous une plume royale, et il montrait un grand zèle pour les pratiques extérieures du culte; il entendait quelquefois, dit un contemporain, jusqu’à cinq messes dans un jour: enfin il se rangea, dès l’origine, parmi les plus ardents adversaires de Luther et réfuta ses doctrines dans un traité dont il fit hommage au pape et qui lui valut en retour le titre de défenseur de la foi, qu’il transmit à ses successeurs, malgré leur séparation de l'Eglise romaine.
Mais Henri, dans l'observation de la religion et de la morale qui en découle, était observateur de la lettre et nullement des principes, et il était à prévoir que lorsque ceux-ci seraient en opposition avec ses passions, il les méconnaîtrait, si du moins l’apparence des formes pouvait être conservée. Cette circonstance se présenta, pour
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Affaires du continent.
la première fois, vers 1327, lorsque le roi eut conçu une violente passion pour Anne Bolevn, fille d'honneur de la reine Catherine, et que, n’ayant pu la séduire, il eut résolu de l’épouser.
Plusieurs prétextes de divorce s’offrirent à l’esprit du roi et, à scs yeux, la dispense (pic le pape avait accordée pour son mariage avec la veuve de son frère n’était pas valable, pour trois motifs : elle avait été sollicitée à son insu et sous un faux prétexte, et elle était contraire, selon lui, à un précepte d’autorité divine, qui interdit le mariage avec sa belle-sœur1. Sa conscience, disait Henri, n’avait cessé île l’en avertir depuis vingt années , et ses scrupules religieux s’étaient enfin réveillés avec une force nouvelle et irrésistible. Toutefois, les deux premières raisons qu’il alléguait étaient d’une grande faiblesse et la dernière cause de nullité était détruite elle-même par un autre précepte, également d’autorité divine, contenu dans le Deutéronome, et qui invite , au contraire, à épouser la veuve d’un frère, lorsqu’elle n’a pas eu d’enfant de son mariage '. Un obstacle plus grand encore s’opposait aux désirs de Henri VIII ; la reine Catherine d’Aragon, sa femme, était tante de Charles Quint, et il était à prévoir que le pape Clément VH hésiterait à provoquer, pour satisfaire le roi d’Angleterre, les ressentiments du redoutable empereur.
L’Italie, à celte époque, avait été de nouveau le théâtre de grands événements : François I", continuant