I. Mae-lnlol», ttist. d'Angl
Situation tout exceptionnelle de
Y Angleterre relativement a l’Eglise.
Destruction
des
tu disons religieuses et
des ordres monastiques.
Thomas Cromwell, devenu premier ministre , fut nommé à cette époque vice-gérant du roi pour l’administration de la justice dans tous les cas concernant la juridiction ecclésiastique et le redressement des erreurs, hérésies et abus introduits dans l’Eglise. Son pouvoir était à peu près sans bornes, et il en fit tout d’abord usage pour consommer une odieuse et immense spoliation. Les corporations, que leur état, leur foi, leur discipline et leur organisation spéciale rendaient plus particulièrement opposées à tonie altération des rapports qui soumettaient les catholiques au saintsiège, étaient les divers ordres monastiques, perpétuellement en contact par leurs prédicateurs avec les classes inf rieures, tandis que leurs généraux siégeaient à Rome sur les marches mêmes du trône papal. Ils avaient, depuis des siècles, obtenu en don de la générosité des fidèles, l*our des œuvres pieuses et charitables, d’innombrables domaines qui tentaient la cupidité du roi et de ses favoris, et qui les armaient en même temps de redoutables moyens d’opposition au milieu de populations habituées à les respecter, et dont une partie vivait de leurs aumônes. Leur destruction fut résolue : mais Henri VIH n’v procéda qu'avec prudence et par degrés, et avec l’appui d’un parlement qui n’avait d’autres volontés que les siennes.
L"n premier acte de ce parlement ferma et donna au roi toutes les maisons religieuses des deux sexes dont Te revenu annuel était inférieur à 200 livres sterling; des pensions furent promises aux chefs de. ces maisons, et les autres membres furent recommandés au roi pour êfreVlacés dans les grands monastères non supprimés.
HK.NHI VIII.
Ml
Ceux-ci furent plus tard fermés a leur tour, ou contraints de sc racheter de la destruction en payant au roi des sommes immenses. Les statuts frappèrent trois cent soixante-seize monastères, légitimes propriétaires d’une grande partie des biens territoriaux du royaume, et tous eurent peu à peu le même sort : leur ruine cependant ne s’accomplit pas sans résistance de la part du peuple : il vit avec douleur la chute de tant d’édifices magnifiques regardés depuis des siècles comme la décoration et la gloire des lieux où ils florissaient, et la destruction des chapelles dont les reliques vénérées attiraient en tout temps les pèlerins. Chaque monastère avait ses légende* miraculeuses cheres au souvenir des habitants du pays, qui constituaient souvent toute leur histoire, et qui, en charmant leur imagination depuis l’enfance, entretenaient la pieté au fond des âmes : c’était là aussi que le peuple des campagnes recevait des consolations et des secours dans ses souffrances, et ainsi se formaient les liens intimes et impérissables qui l’attachaient au sol où il était né. Lorsqu’il vit ces hommes qu’il révérait et qu’il ne connaissait la plupart que par leurs prières et leurs aumônes, expulsés des asiles oii ils avaient coulé leurs jours, exi>osés aux privations et réduits à la misère à un âge où la plupart étaient hors d’état de subvenir à leur existence par le travail de leurs mains, il fut saisi de compassion, et en beaucoup de lieux il passa rapidement de la pitié a la menace et à la révolte.
Ces dispositions hostiles s’accrurent encore par des actes du vice-gérant, qui touchaient d’une manière plus directe au culte, prescrivant nu clergé de proclamer chaque dimanche que le pouvoir usurpé de l’évêque île
Insurreclion*.
Nouumux
supplice*.
Home n’était |»as fondé sur la loi de Dieu, de s'abstenir de vanter le pouvoir des reliques, des images et des pèlerinages, et lui ordonnant enfin de prier en langue vulgaire. Le clergé dans ses prédications présenta au peuple ces mesures comme le prélude du triomphe de l’hérésie et comme liées, pour renverser l’Eglise, aux actes qui ordonnaient la destruction des abbayes et des couvents : il parvint ainsi à enflammer la fureur populaire. Des insurrections, promptement étouffées, éclatèrent sur divers points. Elles furent suivies, en 1537. d’une persécution plus rigoureuse et d’une sévère recherche des monastères encore subsistants. Un tribunal fut créé pour l’administration des biens confisqués, sous le titre de cour d’augmentation des revenus du roi; de riches églises furent spoliées et des châsses renfermant les reliques les plus vénérées, entre autres celles de saint Thomas de Cantorbérv, furent pillées ou détruites. Des procédés odieux furent mis en œuvre pour obtenir des dépositions contre les religieux d’un certain nombre de monastères, afin de justifier, au moins en apparence, les rigueurs dont ils étaient l’objet et l’on eut enfin recours aux supplices contre les réfractaires : de ce nombre étaient les abbés de Keading, de Glastonbury et de Colchesler et plusieurs autres d’un rang moins éminent; ils furent condamnés et mis à mort, tandis que les supérieurs ecclésiastiques qui avaient trahi leurs communautés en reconnaissant, pour plaire au roi, qü’ils ne tenaient leurs biens qu'à titre de fidéicommis, furent comblés par Henri de faveurs en proportion de leur bassesse. En cinq années, la confiscation des biens du clergé fut complète. Le cinquième ou le quart des
Il EMU VIII.
propriétés du royaume passa ainsi à la couronne, des co»s».«iion sommes immenses entrèrent dans les coffres du roi, <pii h“, au lieu de donner aux revenus très-considérables des ,lu c,rrR'’' établissements monastiques un nouvel emploi d'utilité publique, conforme aux vues des donateurs, en fit des largesses aux principaux lords du parlement et à ses favoris, afin de perpétuer les spoliations, en grossissant le nombre de ceux qui avaient intérêt q les maintenir *.
Tout fléchissait devant Henri VIII ; un des|iolisme i>«poiinno
de
oriental et comme l’Europe n’en avait pas connu jus- iimn vm qu'a lors, était maintenant établi de fait en Angleterre.
Les grands corps de l’Etat, les pairs et les communes, également paralysés par l’effroi, s’empressaient d’obéir au moindre signe du monarque. Mais l’autorité religieuse, qui en Orient balance presque partout celle du prince ou la modère, était maintenant réunie avec toute l’autorité temporelle dans les mains du despote qui aspirait à régir les consciences comme les actes extérieurs de ses sujets. Ses ministres les plus serviles et à ce titre les plus élevés dans sa faveur, étaient d’abord son vicegérant, Thomas Cromwell, dont la fortune fut au nombre des événements extraordinaires de ce règne, le duc de Norfolk, toujours prêt, sur un signe royal et au
I. L*j partage d'une si grande partie du territoire du royaume entre les nobles et les gentilshommes, l'élévation de tant de familles nouvelles, ('accroisvcntenl d'opulence des plu* anciennes, leur donnèrent, par la suite, plus de poids dan» la balance politique de l'Klat. Presque toutes les familles considérables de notre époque, investies ou non de la pairie, commencèrent a le faire remarquer sous les rois de la maison deTuJnr, et en suivant la trace de leu» s* biens, on reconnaîtra qu’ils leur vinrent, en grande partie, directement ou indirectement des dépouilles des etablissement» religieux, (liai loin. ffi si. confit/
( t'Angl c. II. J
330 LIVHE IV. CIIAI'ITKE I.
sein même de sa famille, à trouver uii coupable dans un accusé, le chancelier Audley enfin, ingénieux à inventer jtour le roi de nouvelles formules d'adulation après chaque nouveau crime dont il se souillait. L’histoire a conservé quelques-uns de ses panégy riques ou la bassesse rivalise avec l’hyperbole. Un a vu le roi répudier la reine Catherine pour posséder Anne Bolevn et ensuite, impatient d’épouser Jeanne Seymour, traîner l’infortunée Anne sur l’éphafaud. Voici maintenant le il o|.ou«c motif que donne le chancelier à ce troisième mariage
Jeanne Scvtnour. ...
aux communes assemblées en presence du roi luimême, siégeant sur son trône. « En rappelant, dit-il, les grandes peines d’esprit et les inquiétudes sans nombre occasionnées au roi par le premier de ces deux mariages et les grands périls qu’il a encourus par le second, quel homme de condition ordinaire ne reculerait à la pensée d’un troisième, et cependant notre très-excellent prince a pris en considération l’Iuimble pétition de sa noblesse, pour qu’un héritier soit donné à la couronne, et condescend par celle cause et non par aucun désir charnel à conclure une troisième union. »
Les communes se retirèrent et pour répondre à une si grande bonté de la part du roi, elles élurent pour les présider le solliciteur général Rieh, qui avait prêté un si honteux appui aux poursuites de la couronne, dans les derniers procès d’Etat et dont la déposition perverse avait fait tomber la tète de sir Thomas More. Le lendemain, ayant à répondre, comme président de la chambre, au discours de la veille, Itich outrepassa le chancelier luimême en basse adulation pour Henri VHl ; il vanta, en exposant ses motifs, pour la convocation d’un parlement,
IIKMII VIII.
tout ce qu’avait fait dans sa sollicitude pour le bien de sou peuple, un prince doue des dons les plus merveilleux de la nature et de la grâce divine et qui, à la force et au courage de Samson, unissait les charmes d’Absalon ainsi que la justice et la prudence du roi Salomon.
Le bill le plus inconstitutionnel et le plus arbitraire fut présenté par Audley dans le parlement et sanctionné immédiatement par les deux chambres. Ce bill contirinait la dernière sentence de divorce et déclarait illégitimes les enfants issus des deux premiers mariages du roi. C’était trahison d’affirmer la légitimité d’aucun d’eux ou de douter des droits des enfants que le roi aurait de son mariage avec Jeanne Seymour ou de toute autre union subséquente. Quiconque refuserait son adhésion sous serment à chaque article de ce bill, serait déclaré traître; au cas où le roi n’aurait pas de postérité légitime, le bill lui reconnaissait le droit de disposer à son gré de la couronne et de créer d’autres principautés dans le royaume J.
Les changements que le roi avait faits en ce qui touche la religion étaient tous dans l’intérêt de sa puissance et de son trésor. Il s’était substitué au pape et il avait dépouillé l’Eglise à son profit; il se dit d’ailleurs invariablement attaché à la doctrine orthodoxe et l’implacable ennemi des opinions nouvelles répandues en Allemagne et en France. On vit ainsi le tyran le plus cruel et le plus étranger aux lois de la morale et de la justice, se poser en arbitre suprême et en vengeur du dogme, et exiger, dans les choses spirituelles, la soumission abso-