‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés. T. 2Chapitre 125 sur 224 · II · texte numérisé non relu

II

Disgrâce Anne Bolewi.

ci* souvenir l’accabla : « Il est trop beau pour moi, ditelle; Jésus, ayez pitié de moi! » Elle s’agenouilla encore, versa un torrent de larmes, et fut saisie au milieu de ses pleurs d’un accès de rire hystérique. Des femmes placées auprès d’elle pour l’espionner rapportaient au roi avec un zèle impitoyable chaque mot qui lui échappait dans son délire, puis tourmentaient l’infortunée par des questions insidieuses et barbares, interprétant contre elle et à sa ruine jusqu’aux cris que lui arrachait la frénésie du désespoir. Cependant elle n'avait cessé, disait-elle, d’ètre épouse fidèle du roi, et elle protesta jusqu’à la fin, de son innocence.

L’archevéquc Craniner fit un etl'ort pour la sauver; il écrivit a Henri VIII, implorant sa merci en faveur de celle qui avait été si récemment sa vie et ses seules délices. Anne elle-même adressa au roi une lettre où elle lui disait, entre autres paroles belles et louchantes : « Vous m’avez choisie dans un humble rang pour être votre reine et votre compagne, ce qui était beaucoup plus que je ne méritais et que je ne désirais. Si Vous m’avez alors trouvée digne d’un tel honneur, que votre Grâce ne souffre pas qu’une légère fanlaisie ou les mauvais conseils de vos ennemis détournent de moi votre faveur, et que ce reproche, cet indigne reproche d’avoir eu un cœur déloyal à l'égard de Votre Grâce, jette une tâche si infâme sur votre épouse très-soumise,

et sur la jeune princesse votre fille Mais si vous

avez déjà décidé de mon sort, ma dernière et seule prière sera que je puisse supporter seule le fardeau du déplaisir de Votre Grâce, et qu’elle ne tombe pas sur les innocentes âmes de ces pauvres gentilhommes, qui, comme

IlKMtt VIII.

je l’apprends, sont aussi détenus en prison à cause de moi. Si j’ai jamais trouvé grâce à vos yeux, si jamais le nom' d’Anne de Boleyn a été agréable à vos oreilles, accordez-moi celte prière '. »

Le tyran fut inflexible : ils étaient quatre et furent tous s*

condamnation.

condamnés à mort et execules au milieu des témoignages de l’indignation publique et d'une sympathie universelle.

Un seul, nommé Sineaton, eut l’infamie de témoigner contre la reine, espérant racheter ainsi sa propre vie; sa lâcheté ne le sauva pas, il périt avec les autres. Le frère de la reine, George lîoleyn, vicomte deRochefort, accusé comme eux de s être laissé séduire par ses artifices, fut également mis a mort. Elle parut la dernière devant ses juges ou plutôt devant ses plus cruels ennemis: mais éprouvée par tant d’horribles angoisses, son âme s’était élevée au-dessus des terreurs de la mort qui déjà lui apparaissait comme un soulagement. Sa défense fut admirable, et quand la sentence eut été prononcée, elle s’écria, joignant les mains, et levant les yeux au ciel : « O père des hommes, toi qui es la voie, la vérité et la vie, tu sais si j’ai mérité une pareille mort. » Conduite deux jours après son jugement à Lambeth, où son mariage avait été solennellement bénit, elle l’entendit rompre et déclarer nul pour certains empêchements demeurés secrets, par le même homme qui l’avait consacré, par le primai Cranmer, qui n’osa se dérober à tant d’infamie. Anne, le matin du dernier jour, prolesta de nouveau -de son innocence devant le lieutenant de la

i. Un fac-similé d'une partie Je celle lettre célèbre existe au musée britannique. Elle a été trouvée dans la correspondance de Kingston. lieutenant de la Tour h celle époqne.

Tour, Kingston : elle s'affligea <l’un relard de. quelques heures apporte à son exécution : puis, passant la main sur son cou, elle dit en riant qu’étant fort mince, il ne serait pas très-difficile à trancher. Si l’on songe de quel faîte elle était tombée, on comprendra, par ces simples paroles de Kingston . qui ne la quitta point dans ses derniers moments, tout ce qu’elle eut a souffrir : « J’ai vu dit-il, exécuter des hommes et des femmes, et ils montraient beaucoup d’affliction; mais cette dame trouve du plaisir et de la joie dans la mort. »

Elle pamt être sur lechafaud la seule personne qui eût conservé tout son calme. Elle s’agenouilla et pria Dieu pour le roi sans lui reprocher sa mort, le remerciant même des bontés qu’il avait eues pour elle, évitant avec soin toute parole , toute expression qui aurait pu provoquer de nouveau sa colère et mettre en péril leur fille Elisabeth : elle fit elle-même les derniers et funèbres apprêts, tandis que la plupart des assistants fondaient en larmes, et s'agenouillant de nouveau avec humilité, elle répéta plusieurs fois : « Jésus, daigne accepter mon âme!» et elle reçut le coup mortel.

Aucun fait ne fut prouvé contre elle, et il n’y a rien à conclure au préjudice de son honneur, de quelques paroles incohérentes qui lui échappèrent dans le délire, ou des aveux d’un misérable, démentis par ceux qu'il nommait ses complices, et bien moins encore de la sentence qui la déclara coupable sous un règne pendant lequel la vertu était le plus sur chemin de l’échafaud. la conduite de Henri VIII dans cette circonstance, comme dans la condamnation de sir Thomas More, a été noblement stigmatisée |>ar un célèbre historien déjà cité : L’homme a

il K Mi I VIII.

des lirailes, dit-il, dans le mal comme dans le bien; mais par ces deux faits de barbarie épouvantable, Henri approcha peut-être du modèle idéal d’une monstruosité parfaite, autant que le permet la faiblesse de la nature humaine Henri VIH, après avoir par ses cruautés porté la plus profonde atteinte à la morale, et sapé, par la soustraction d'obéissance au saint-siège, l’un des principaux fondements de la foi catholique romaine et le dogme le plus important peut-être en ce qui louche l’unité de la doctrine, eut l’inconcevable audace de se donner pour le défenseur de l’orthodoxie catholique; il ordonna que toute personne atteinte et convaincue d’hérésie et refusant d’abjurer son erreur, fût remise au pouvoir séculier pour être brûlée publiquement atin de servir d’exemple. Peu après, eu 1536, parut un autre statut ou acte du parlement par lequel tout officier public, civil ou ecclésiastique, tout individu tenant une place ou un fief de la couronne, ou élant au service du roi, tout religieux profès, toute personne recevant les saints ordres ou prenant un grade dans une université, devait prêter serment de renoncer à l’évêque de Home et à son pouvoir, et de considérer le roi comme étant le seul chef de l’liglise d’Angleterre , sous les peines portées contre le crime de haute trahison. L’Angleterre fui alors placée dans une situation qui ne ressemblait à celle d’aucun autre état de la chrétienté, soumise d’une part à la (foclrine de l’Eglise catholique romaine, et reconnaissant, d’autre part, dans le roi un chef laïque à la tête de rétablissement religieux.

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