EDOUARD III
prix, et, après l’avoir dépouillé, elle l’abandonna. Ce roi fameux, si remarquable par la rare distinction de son langage et de ses manières , et si vanté |«r ses talents et sa valeur, et qui avait ébranlé des royaumes, ne vit près de lui, à son lit de mort, qu’un simple prêtre, et reçut de sa main, avant d’expirer, un crucifix qu’il baisa en l’inondant de ses larmes. Il mourut le 21 juin 1377, âgé de soixante-cinq ans et après avoir régné un demisiècle. Il avait assez vécu pour perdre, avec tous les fruits d'une guerre injuste, le grand prince son fils, compagnon de ses travaux et glorieux instrument de ses inutiles victoires, et il connut ainsi la vanité des conquêtes qui n’ont d’autre but que la satisfaction d’une ambition aveugle et toute personnelle.
Les guerres d’Édouard III, sur le continent, et les revers qui suivirent scs étonnants succès, furent favorables au développement des prérogatives du parlement et des libertés nationales. Le besoin de se procurer des subsides pour chaque campagne fit multiplier les édits de convocation et les porta sous ce règne au nombre de soixante-dix, qui rendirent en quelque sorte les parlements annuels. Ces assemblées étaient, depuis le règne d’Édouard II, divisées en deux chambres : dans la première siégeaient les pairs spirituels et temporels et quelques autres personnes convoquées par un ordre spécial du roi ou en vertu de leurs charges '.
La seconde chambre était composée de deux ordres, savoir : des chevaliers des comtés et des représentants des cités et des bourgs. Les premiers, au nombre de
1 . Vovot ci -après, pour la composition cl les attributions des deux chambres, de plus amples détails dans la dernière partie du litre III.
Mort
d'Edouard 111.
Composition
du
parlement
soua
cc règne.
Ailef
I ('giflai ifs.
Hestrictiou du d oit de
pourroy^nce.
Désignation
des cas de
trahison.
soixante-quatorze, étaient choisis dans les cours des comtés; les seconds étaient élus par les habitants des villes. Les uns et les autres recevaient un salaire de leurs commettants : cette charge pesait principalement sur les petits bourgs qui se montrèrent souvent plus empressés à décliner l’honneur d’être représentés au parlement qu’à le solliciter. Les deux chambres délibéraient séparément, et la réunion des chevaliers des comtés et des représentants des bourgs dans la chambre dite des communes, fut de bonne heure très-favorable en Angleterre à la fusion des ordres, ou à la réunion de la noblesse inférieure et de la bourgeoisie en une seule classe connue dans la suite sous le nom de jenlry et qui embrasse aujourd'hui toutes les familles du royaume entre la pairie et le commun peuple.
La fréquence des parlements et l’autorité qu’ils acquirent, lit tomber sous Édouard III beaucoup d’abus et entre autres celui du droit arbitraire de pourvoyance, par lequel, lorsque le roi était en voyage, tous les chevaux et les voitures, à un mille à la ronde, étaient mis en réquisition pour la famille royale et sa suite; celle-ci s’élevait quelquefois à mille personnes que les habitants des voisinages étaient -tenus de loger et de nourrir à discrétion. Ce privilège, que s’arrogeaient également les ofticiers de la couronne, fut restreint et donné seulement au roi, à la reine et à l’héritier du trône.
Un statut important restreignit encore sous ce règne l’action du despotisme, en spécifiant les cas de haute trahison politique qui furent limités aux trois suivants : le complot contre la vie du roi, la guerre ou la révolte armée contre le trône, l'introduction d'ennemis étran-
EDOl'ARI) III.
gers dans le royaume : dans ces trois cas seulement, le fief du condamné faisait retour à la couronne; dans les autres cas réputés autrefois trahison et qui n'étaient plus que de simples félonies, les fiefs confisqués faisaient retour au seigneur immédiat : ce statut fut donc aussi avantageux à la fortune des barons qu’à la sûreté des citoyens et eut un caractère tout féodal.
Trois principes essentiels de gouvernement parlementaire de la Grande-Bretagne furent établis sous le règne florissant d’Édouard, l’illégalité, des impôts levés sans le consentement des deux chambres, la nécessité de leur concours pour changer la loi, et enfin le droit reconnu aux communes de s’enquérir des abus, d’exercer des poursuites contre les conseillers du roi et de les traduire en jugement.
La loi, dit sir Matthieu Haie, fut portée sous ce prince à un rare degré de perfection et ce règne fut aussi marqué par d’heureux progrès dans la civilisation, dans la langue et les arts. Le poète Chaucer florissait à cette époque, et la langue anglaise, ennoblie par son génie, fut alors adoptée pour les actes publics : on vit renaître l’architecture civile, dont le palais de Windsor est un des plus célèbres produits. Les jeux militaires, les tournois et l’institution de l’ordre de la Jarretière 2, avec