‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés. T. 2Chapitre 157 sur 224 · I. Km Paoîo · texte numérisé non relu

I. Km Paoîo

Abdication de l’empereur Charlc«-Quint.

lées; mais il était mort : l’archevêque d’York lui avait succédé dans sa charge de chancelier, et n’opposa aucune digue au torrent. Un hill fut présenté pour autoriser la restitution |>ar la couronne de tout ce qui lui restait de biens appartenant à l’Eglise, et pour octroyer un subside considérable destiné à en remplacer les revenus. Ce bill fut rejeté, ainsi qu’un autre qui avait pour but de rendre plus active encore la poursuite de l’hérésie. La reine, irritée, prononça la dissolution du parlement, et, n’ayant pu obtenir des subsides réguliers, elle eut recours à des exactions arbitraires, frappant, par des moyens violents, le commerce et la grande propriété d'impositions onéreuses et multipliées. En paix alors avec l’Europe entière, c’était moins pour elle-même qu’elle pressurait ainsi ses sujets que pour l’époux qu’elle aimait avec une passion jalouse et non partagée, et elle espérait, en subvenant à ses besoins, se l’assujettir par les liens de la reconnaissance.

Philippe n’était plus alors en Angleterre: il était allé sur le continent recueillir le vaste héritage paternel. Le puissant cmpcreurqui,pendanttant d’annécs,avait agité l’Europe par son ambition, reconnaissait enfin le néant des grandeurs humaines. Il convoqua les états généraux à Bruxelles : là, sur le trône, entouré pour la dernière fois de la pompe la plus imposante, il abdiqua la souveraineté dcsPavs-Bas en faveur de Philippe, son (ils, qu’il présenta à l’assemblée, et il exposa d’une voix émue les motifs de son abdication. Il recommanda à son successeur, comme le grand et unique but d’un souverain, le bonheur du peuple qui lui est conlié, et il avoua qu’il s’en était trop souvent écarté. Il s’appuyait, en partant ainsi, sur l’é-

M.VMIE.

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paulc du jeune Guillaume de Nassau, prince d'Orauge, chef de l'une des plus illustres maisons de l’Europe , en qui l’empereur avait distingué le germe de grandes qualités, et qui devait grandir plus tard pour l'abaissement de sa maison eide la monarchie espagnole. Peu de mois après, Charles -Quint se démit encore de la couronne d’Espagne et de ses possessions en Italie et dans les Indes. Tous ses titres et ses immenses possessions devinrent le partage de Philippe II, à l’exception de la dignité impériale et des états d’Autriche , de Hongrie et de Bohême, qui échurent à Ferdinand, roi des Romains et frère de l’empereur.

Après avoir abdiqué, Charles-Quint se retira au monastère de Saint-Just, oii il vécut deux années, méditant sur les grandeurs humaines qu’il regretta peut-être, partagé entre les pratiques religieuses et les travaux mécaniques, par lesquels il trompait ses ennuis. Il fabriquait, dit-on, des horloges et des montres, et avant reconnu l’insurmontable difficulté de les mettre parfaitement d'accord, il comprit enfin qu’il n’était pas possible d’obtenir des hommes agités par tant de [tassions, et d’humeurs si diverses, une complète uniformité dans lesvastes champs de la pensée. Tandis que ce monarque belliqueux et infatigable offrait ainsi au monde un grand exemple du mépris des choses humaines et du renoncement à ses vanités et à ses pompes, l’irascible et orgueilleux vieillard qui occupait le siège pontifical, Paul IV, donnait un s|tectacle tout différent. Implacable ennemi de la maison d’Autriche, altéré de vengeance et enivré de son pouvoir, il ne songeait, quoique touchant à la décrépitude, qu’à satisfaire ses ressentiments et son ambition, et il excitait le roi

ii. *«*

Guerre du p:ipe

de Hemi II cou Ire l’E» partie.

Rupture

de

l'Angleterre

avec

ta France.

Henri II à rompre la trêve conclue pour deux ans entre la France cl l'Espagne : il lui promettait, pour prix de sa docilité, le recouvrement du royaume de Naples et des anciennes possessions de la France en Italie, que Henri revendiquait encore. Il commença le premier les hostilités, et il obtint contre le duc d’Albe, vice-roi de Naples, l’assistance d’un corps de troupes françaises. Philippe 11, voyant la guerre rallumée, exigea que l’Angleterre y prit part et quelle s’associât à sa cause. La violente passion qu’il avait inspirée à la reine l’emporta tout à la fois dans le cœur de Marie sur sa répugnance à faire la guerre à la France et au pape, et sur l’intérêt de son peuple, qui demandait le maintien de la paix entre les deux couronnes. Philippe ayant déclaré qu’il ne remet- trait plus le pied sur le sol anglais si la reine n’embrassait sa querelle, cette menace la décida : elle saisit le plus frivole prétexte pour rompre avec la France, bravant ainsi l'opposition de son conseil, le cri de son peuple et celui de sa conscience : elle accusa Henri II de connivence avec quelques réfugiés protestants, qui, après avoir équipé un navire dans le voisinage de Calais, avaient abordé en Angleterre les armes à la main , sous la conduite de Thomas Stafford, et s’étaient emparés du château de Scarborough , ou ils furent tous faits prisonniers : tel fut le motif qu’elle allégua pour colorer sa rupture avec Henri II, et elle soutint cet acte impoliliquc par les mesures les plus violentes.

Des subsides pour une guerre impopulaire n’étaient point à espérer du parlement : Marie leva une forte contribution sur la ville de Londres, décréta plusieurs taxes arbitraires , arma une Hotte de leur produit , enleva.

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pour l’approvisionner, les blés de plusieurs comtés et chercha à s’assurer contre les factions intérieures en arrachant secrètement de leur famille un certain nom* bre de personnes des premières maisons du royaume quelle retint en otage à la Tour La reine, en usant de semblables moyens, parvint à lever et à équiper dix mille hommes qu’elle envoya au secours des Espagnols, dans les Pays-Bas, sous le comte de Pembroke.

L’arméeanglo-espagnole réunie était d’environ soixante mille hommes, sous les' ordres de Philibert, duc de Savoie, l’un des plus grands généraux de son siècle. Le connétable de Montmorency commandait l’armée française, fort inférieure en nombre, et tentait de ravitailler la ville de Saint-Quentin, assiégée par les Espagnols et défendue par l’amiral Gaspard de Coligny, si fameux dans la suite. L’armée française, surprise par le duc de Savoie à peu de distance de cette place, fut taillée en pièces ; Montmorency demeura prisonnier. Le chemin de la capitale était ouvert; mais Coligny, après ce désastre, prolongea dix-sept jours encore la défense de Saint-Quentin; ce fut le salut de la France. Henri II eut le loisir de rassembler une autre armée sur la frontière du nord, et il rappela de Naples pour cet objet l’armée d’Italie et son illustre chef, le duc de Guise. Celui-ci se rendit en Flandre au cœur de l’hiver et fil une brillante conquête qui vengea la défaite de Saint-Quentin et pénétra les Anglais de douleur. La ville de Calais était depuis plus de deux sièclts en leur possession, elle était la porte par laquelle ils arrivaienten France, et fortifiée par eux avec le

!. Hume. 214. — Strypc. elc.

l’rite de Calais par le duc de Guise.

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plus grand soin, elle passait pour imprenable. Le duc de Guise conçut l’espoir de s’en emparer dans un temps où la garnison était loin de redouter une attaque. Guise dissimula soigneusement son projet ; il dirigea divers corps de troupes vers la frontière, puis les réunissant tout à coup à peu de distance de Calais, il fondit sur cette place avec toutes ses forces et l'assaillit brusquement par terre, tandis que des vaisseaux français croisant dans le canal et subitement réunis en rade devant la place, la foudroyaient par mer et battaient ses fortifications en brèche. Plusieurs forts se rendirent, la citadelle fut à son tour emportée, et cette ville qui avait retenu Edouard III près d’une année sous ses murailles, retomba en huit jours aux mains des Français. 8a chute fut ressentie de toute l’Angleterre comme une honte pour le lègue et comme une calamité nationale pour le pays : l’impopularité de Marie s’en accrut, et elle en conçut une douleur amère qui hâta les progrès du mal dont elle était minée sourdement.

L’Ecosse était alors étroitement unie à la France par suite du mariage de la jeune reine avec le dauphin. La cour de France, et surtout les Guises, oncles de Marie Stuart, s’étaient hâtés de conclure cette union, et, aux articles du contrat, ils en avaient ajouté quelques-uns de secrets dont la découverte fut, dans la suite, fatale à l'infortunée reine d’Ecosse. Après avoir ouvertement reconnu le comte d’Arran, duc de Châtelleraull, pour son héritier, au cas où elle mourrait sans enfants, elle signa trois articles qui transmettaient après elle sa couronne au dauphin et déclaraient nul l’engagement qu’elle venait de prendre. Henri il obtint aussi la coopération de

MARIE

l'Ecosse dans la guerre <|ue lui faisait l’Angleterre, et ce dernier royaume vit ses frontières menacées. Ce nouveau danger rendit le parlement docile : non-seulement il n’élcxa aucune plainte contre les abus que la reine avait faits de la prérogative en levant des taxes par des moyens irréguliers pour soutenir une guerre impolitique, il lui accorda encore les subsides nécessaires pour la continuer. Le parlement passa aussi un acte pour confirmer les aliénations de terres que la couronne avait faites ou même pourrait faire encore durant sept années, et un membre des communes s’étant récrié sur les conséquences d’un tel acte qui étendait outre mesure la prérogative de la couronne, il fut mis en prison comme ayant manqué de respect envers la majesté royale.

La guerre avec la France, entreprise sans motif suffisant, fut de peu de durée : une division de la flotte anglaise porta le ravage sur les côtes de Bretagne et une escadre de dix vaisseaux contribua puissamment, en Flandre, au gain de la bataille de Gravelines par les Espagnols, sous le comte d’Egmont, et à la déroute des Française!! les foudroyant sur le rivage.

Les deux principales armées de France et d’Espagne, sous les ducs de Guise et de Savoie, étaient alors en présence sur les frontières de la Picardie : des deux côtés, la paix était désirée, et au milieu des négociations entamées à ce sujet, survint la mort de la reine d’Angleterre. Elle languissait, affligée d’hydropisie depuis plusieurs années, et la souffrance aigrissait encore son humeur difficile. Sa fin fut hâtée peut-être par la douleur de l’abandon où la laissait son époux, par de poignantes inquiétudes pour le maintien du culte auquel

Mort

Je U reine (4538)

elle avait sacrifié l’affection de ses sujets, et par l’amer chagrin qu’elle ressentit de la perle de Calais, l’un des plus beaux fleurons de sa couronne. Sur le point de mourir, elle dit aux assistants : « Ouvrez mon corps, et vous trouverez Calais écrit sur mon cctur. » Elle eut des qualités, elle fil, dans le bien comme dans le mal, ce qu’elle crut dicté par son devoir, et si une étroite et sombre superstition n’eût perverti son esprit, elle aurait pu laisser après elle un nom généralement respecté. Sensible à l’honneur national, elle connut aussi l’amitié, et l’étroite affection qui l’unissait au cardinal Pôle était réciproque : il expira le lendemain de la mort de Marie et parut heureux de ne pas lui survivre. Le cardinal avait remplacé Cranmer sur le siège de Canlorbéry : il était doux et bienveillant; mais il fut entraîné, par l’esprit du siècle aussi bien que par la reine sa parente, dans la voie des rigueurs auxquelles, quoique à regret, il eut le malheur de souscrire. Si elle eût vécu, la religion réformée auraitdisparu, peut-être noyée dans des flots de sang, et aucun obstacle n’eût été apporté à un projet conçu pour l’exterminer dans toute l’Europe, par les rois de France et d’Espagne, qui se réconcilièrent dans ce but '. La haine du protestantisme et une violente passion pour

4 . Ce projet fut mûri au printemps de 1 158, dans les conférences privées de Perrenot, évêque d’Arra», plus connu dans l’histoire sous le nom qu’il porta ensuite, de cardinal Granvelle, avec le cardinal de Lorraine k Péronne. Le secret de celle conspiration fut découvert accidentellement a celui même que sa desti^ née appelait à la faire avorter. Sclou l'usage de ces temps, le jeune Guillaume de Nassau, prince d’Orange, fut envoyé a Paris à la tête des otages qui furent donnés pour garantir l’eiécution du traité de Cateau Cambresis (signé en 1559). Il fut reçu avec les honneurs qu’on rend a un souverain indépendant, et traité avec le respect du a su haute naissance. Henri U lui laissa une entière liberté

M.IKIE.

Philippe 11, le plus grand persécuteur des protestants, furent les principaux mobiles des actes de Marie et leur imprimèrent une même direction. La persécution religieuse est, à proprement parler, toute l’histoire de leur règne, et cette princesse, qui eut des vertus privées, mais qui fut libre, pour son malheur, de s’abandonner dans la vie publique, à ses |>cnchants vindicatifs et cruels, reçut son nom sinistre de la postérité, qui la nomme encore, non sans justice, Marie la sanguinaire : The bloody Mary.

Le parlement, sous son règne comme sous les précédents, n’eut qu’une ombre d’autorité : il donna sa sanction à quelques mesures sages, favorables au commerce national et soumit les marchands du Steel yard, dont les

comme b un homme qui avait vécu dans l'appartement de l'empereur, qui connaissait toutes les pensées de ce grand monarque, cl qu’on croyait alors admis dans les conseils les plus secrets du roi sou nouveau maître, comme il l’ava-l été dans ceux de (.harles V. A une partie de chasse, Henri et le prince étaient dans la même voilure, le roi parla à Guillaume comme a quelqu'un qui connaissait les stipulations secrètes existant entre les deux couronnes pour l’extirpation de l’hérésie. Guillaume parla peu, et, habituellement modeste et taciturne, il put se taire sans affectation. Cachant ainsi son ignorance, il put, sans recourir au mensonge, laisser le roi de France lui dévoiler peu a peu toute l’étendue des desseins des deux monarques alliés. «J’appris, dit-il, de la propre bouche du roi Henri que te duc d’Albe était convenu avec les ministres français des moyens à prendre pour exterminer tous ceux qui étaient suspects de protestantisme eu France, dans les Pay»-Bas et dans toute la chrétienté, en établissant partout une inquisition plus sévère et plus cruelle que celle d'Espagne. J’avoue que je fus ému de pitié eu songeant que tant d'hommes de bien étaient dévoués au massacre, et je résolus de faire tous mes efforts pourchasser l’armée espagnole, instrument de ses odieux projets, d’un pays auquel j’étais lié par les nœuds les plus sacrés (o). a

(«) Ajwlogi* de Cuit , prince d'Orange. 13 ilécrmt r* 1580, dan* Duuionl. ton etp. diplom. , t. V, p rt. l, p. 191 — V.»l(f YinWt, TrtmiUt titt I, tKO. — Wq nnr, I. \xi.

«. XI, part, il, p. 35. — Citation ci traite de Mac-lolo*b, llulout U'.4ngletcrrt , irjm d»* Marie.

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