VHK IV. I.IIAI'ITKK III
mt corps, <|tii n'a jamais eu de repos tant qu’ila été joint à mon âine , le puisse tinaleinent rencontrer alors qu'il en sera séparé. Secondement , je prie Votre Majesté «pie je ne sois point suppliciée en quelque lieu caché, mais à la vue de mes domestiques et autres personnes qui puissent rendre témoignage de nia foi et obéissance envers la vraie Kg lise , et défendre le reste île ma vie et mes derniers soupirs contre les faux bruits que mes adversaires pourraient répandre. En troisième lieu, je requiers que nies domestiques, qui m'ont servi parmi tant d’ennemis et avec tant de fidélité, se puissent retirer librement ou ils voudront, et jouir des petites commodités que ma pauvreté leur a léguées dans mon testament. Je vous conjure, Madame, par le sang de Jésus-Christ , par notre parenté , par la mémoire de Henri septième notre père commun, et par le titre de reine que je porte encore jusqu’à la mort, de ne point refuser des demandes si raisonnables et de me les assurer par un mot de votre main, et là-dessus je mourrai comme j'ai vécu, votre affectionnée sœur et prisonnière. »
Cetle lettre, qui peut-être ne fut pas remise à la reine resta sans réponse. Elisabeth cependant flottait toujours irrésolue : l’indifférent Jacques Yl, jusque-là insensible au sort de Sa mère, s’était entlii ému et avait écrit à la reine d’Angleterre une lettre ferme et menaçante 1 2. Henri II avait également député vers elle annonçant le projet d’intervenir à main armée
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pour venger Marie Stuart si elle périssait sur l'échafaud : le ressentiment du roi d’Espagne était à craindre aussi : Elisabeth, enfin, redoutait l’opinion qui déjà partout en Europe s’élevait contre elle. D’autre part, cependant, les ennemis de l’infortunée reine répandirenf île fausses rumeurs touchant l’audace croissante de ses partisans à l’étranger et à l’intérieur aussi longtemps qu’elle serait en vie, sachant bien que le plus sûr moyen d’étouffer dans lame d’Elisabeth toute compassion et toute miséricorde était de la faire trembler pour elle-même. Ainsi assiégée, partagée entre des considérations contraires, en proie à des sentiments violents qui se livraient combat dans son cœur, elle devint taciturne et sombre, recherchant la solitude et répétant souvent à voix basse cette sentence latine : Me feriare feri. « Si tu ne frappes, tu seras frappée.» Elle eût voulu que ses ministres prissent sur eux seuls la responsabilité de l’exécution de l’arrêt mortel en l’ordonnant euxmêmes; mais ils savaient tous que, l’arrêt accompli, elle les eût désavoués : ils n’acceptèrent point celle responsabilité dangereuse. Réduite ainsi à agir ellemême, et pressée par son conseil privé, elle prit des mains de Burleigh l’ordre d’exécution, le signa et le remit à son secrétaire Davison; puis le retirant presque aussitôt, elle engagea Davison, ainsi que Walsingham, à sonder sir Amyas Paulet, gardien de l'illustre captive, en lui insinuant qu’il mériterait bien de sa sou-
sa mère auprès d'Elisabeth, fut accusé par les Ecossais de tenir en secret un luuga;c tout différent, et de lui avoir souvent répété à l’oreille celle odieuse parole: mnrlua non mordit (une morte ne mord pa*).
Dernier*
moments
et
supplice
de
Marie Stuart.
veraine s’il la délivrait secrètement et par un meurtre de sa rivale. Paulet, malgré sa farouche rudesse, avait horreur de l’assassinat; il répondit : «Mes biens, ma place et ma vie sont à la disposition de Sa Majesté, et je suis prêt à les abandonner demain si c’est son bon plaisir, mais Dieu me préserve de faire un aussi pitoyable naufrage de ma conscience ou de laisser une aussi grande tache à ma postérité que de verser le sang sans l’autorisation de la loi et sans un acte publie.»
L’arrêt signé par Elisabeth et remis à Davison fut transmis au conseil privé, qui résolut de te faire exécuter sans en parler davantage à la reine et l’envoya aux comtes de Shrewsbury et de Kent chargés d’assister à l’exécution. Les deux comtes se rendirent immédiatement à Forlheringay et signifièrent à Marie Stuart qu’elle eût à se préparer à la mort. Après la lecture de l’arrêt qu’elle écoula avec calme : « Loué soit Dieu, dit-elle, de la nouvelle que vous m’apportez. Je n’en pouvais recevoir une meilleure, puisqu’elle m’annonce le terme de mes misères et la grâce que Dieu me fait de monrir pour l’honneur de son nom et de son Eglise. • Marie demanda en vain aux deux comtes que son aumônier l'assistât dans ses derniers moments : elle sollicita inutilement aussi un court délai pour écrire son testament, et apprit d’eux qu’elle mourrait le lendemain malin à huit heures.
Marie Stuart avança l’heure du souper afin de pouvoir consacrer toute la nuit à écrire et à prier. Avant de se lever de table elle appela ses serv iteurs et but a leur saule à tous en tes invitant à lui faire raison. Ils tombèrent à genoux fondant en larmes et lui dciunn-
KIISABKTH.
lièrent pardon îles offenses iju'ils avaient pu commettre contre elle. Marie répondit (|u'ellc leur pardonnait de bon cœur et les priait de lui pardonner également, puis elle les exhorta à demeurer fermes dans la religion catholique et à vivre en paix et en amitié les uns avec les autres. Elle écrivit ensuite durant plusieurs heures des lettres et son testament dont elle (U le duc de Guise exécuteur principal, recommandant à Henri 111 sa mémoire et scs dernières dispositions. Puis elle dit qu’elle n’avait plus qu’à songer à paraître devant Dieu, et fit passer nne lettre à son aumônier, retenu hors de sa présence dans le château, pour le prier de passer avec elle la nuit en prières et lui donner son absolution. Elle voulut qu’une de ses femmes lui lût l’histoire du bon larron, comme l’exemple le plus rassurant de la démence divine : « C’était un grand pécheur, dit-elle, mais pas si grand que moi. Je supplie Notre Seigneur, en mémoire de sa passion, d’avoir souvenance et mercy de moi comme il l’eut de lui à l’heure de sa mort '. «
Se sentant fatiguée, elle se mit au lit afin de retrouver des forces pour le dernier moment : ses femmes étaient toujours en prières, et quoique les yeux de la reine fussent fermés, on voyait au léger mouvement de ses lèvres et à une sorte de ravissement répandu sur son visage, qu’elle s’adressait à son Père céleste. Au point du jour elle se leva et dit qu’elle n’avait plus que deux heures à vivre. Elle choisit un de ses mouchoirs à franges d’or pour serv ir à lui bander
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les veux sur l'échafaud cl s'Iialiilla splendidement en veuve et en reine. Rassemblant ensuite scs serviteurs, elle .leur fit lire, par son médecin Bourgoin, son testament quelle signa, leur remit ses lettres, ses papiers et les présents destinés aux princes de sa famille et à ses amis; puis elle leur donna îles bourses qu’elle avait préparées pour eux et où elle avait enfermé, par ladites sommes, les 5,000 écus qui lui restaient. Elle mêlait avec grâce et boute ses consolations à ses dons, les fortifiant contre la douleur qu’ils auraient de sa mort . et on ne remarquait en elle , dit un témoin oculaire . aucune altération ni dans la voix ni au visage '. Elle se rendit ensuite dans son oratoire, s’agenouilla devant l’autel qu’elle y avait fait dresser et lut avec ferveur les prières des agonisants. Avant qu’elle eut achevé on vint heurter à la porte, mais elle continua de prier. Huit heures sonnèrent, on heurta une seconde fois : la reine fil ouvrir. Le sheritf entra, une Imguetlc blanche à la main. « Madame , dit-il , les lords vous attendent et m’ont envoyé vers vous.» — «Oui, répondit Marie, allons. » I n crucifix lui fut présenté par son médecin, elle le baisa, le fit porter devant elle et, tenant un livre d’heures à la main, elle marcha au supplice soutenue par deux fidèles serviteurs, tandis que les autres, qu’on voulait éloigner, se jetaient à ses pieds, baisaient ses mains avec des sanglots et des gémissements et refusaient de la quitter *.