‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés. T. 2Chapitre 209 sur 224 · SS · texte numérisé non relu

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ci de la longue prospérité du règne : malgré les imperfections de la culture et les entraves apportées à l’exportation des produits agricoles, le prix des fermages en quelques endroits quintupla s’il faut en croire Harrison, et même décupla, sous Elisabeth ', et le fermier trouvait encore moyen de faire de grandes économies sur ses profits, et d’ajouter «à son mobilier beaucoup d’objets considérés alors comme articles de luxe. « Les yeomen d’Angleterre, dit Harrison, sont très-supérieurs aux sim pies laboureurs ou journaliers, ils oui de bonnes maisons où ils vivent à l’aise et travaillent pour s’enrichir. La plupart sont des fermiers qui entretiennent euxmêmes plusieurs domestiques, non fainéants, comme ceux des .gentilshommes, mais gens laborieux, travaillant pour le commun avantage de leur maître et d’eux-mêmes. Plusieurs arrivent ainsi à la fortune, de telle sorte qu’ils sont en état d’acquérir les terres des propriétaires ruinés, d'envoyer leurs fils aux écoles publiques et aux universités, ou de leur laisser après eux assez de bien pour mener une vie de loisir et devenir gentilshommes. C’est cette classe d’hommes qui jadis s’est montrée si redoutable aux Français, et bien qu’ils ne soient appelés ni maîtres ni messires comme les gentilshommes et les chevaliers, mais simplement Jean et Thomas, ils ont rendu de grands services dans nos guerres : nos rois ont livré avec eux huit batailles et se tenaient dans leurs rangs qui formaient l’infanterie «le leurs années, tandis que les rois de France se tenaient au milieu de leur cavalerie : le prince, montrait

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ainsi, des deux parts, où était sa principale force » Tels sont les hommes qui, en tout temps, par leur caractère ferme, courageux, |>crsévérant, par leur industrie et leur patriotisme, ont beaucoup contribué à la prospérité nationale. Le puritanisme fit de grands progrès dans cette classe sous Elisabeth, et vers la fin du siècle surtout son iutluence y imprima aux mœurs sociales un caractère différent, mais durant la plus grande partie du règne les vieux usages se conservèrent dans celle partie intéressante de la population. Les besoins des hommes, moins exigeants peut-être, moins difficiles à satisfaire qu’uujourd’hui , leur laissaient plus de loisir, leur |iermellaieut d'entremêler plus de fêles à leurs travaux : les Anglais alors aimaient à multiplier les réjouissances populaires : ils avaient gardé, comme il a été dit plus haut a, malgré les interdictions de l’Église nouvelle el les statuts du parlement, beaucoup d'anciennes pratiques du catholicisme : ils vénéraient la Vierge et les saints, continuaient à visiter en pèlerinage les vieux sanctuaires et observaient comme jadis beaucoup de jours fériés et surtout, avec les grandes fêtes de Noël, de Pâques et de la Pentecôte, celles du jour de l’an, de la Chandeleur, de la Saint-Jean el du premier mai (may day). Celle-ci entre autres donnait lieu à de grandes réjouissances et aussi à de burlesques mascarades, contre lesquelles protestèrent les puritains. La plupart de ces fêtes disparurent bientôt avec les progrès du presbytérianisme, mais leur souvenir demeura iusépara-

1 llarii'oii, i il tU)na. p. 275.

ÉLISABETH

ble du règne dans les traditions du pays qui se nommait encore la joyeuse Angleterre < Merry England). Elisabeth aimait ces amusements publics, ces vieux usages dont le souvenir lui survécut et contribua à rendre sa mémoire populaire : elle les défendait contre les tendances nouvelles du zèle religieux : elle-même se plaisait au milieu des fêtes pompeuses que lui donnaient, dans leurs châteaux, les seigneurs de sa cour; et la plus célèbre, entre toutes celles dont les chroniques du temps passé fassent mention, est la grande fête que son favori, le comte de Leicester, lui donna en juillet 1375, dans son château de Kenilworth. Là, furent déployées toutes les magnificences de l’époque : tout fut mis en œuvre par Leicester, chasses, tournois, féeries, jongleurs, combats d’ours, représentations mythologiques et drames modernes, pour fêter sa royale souveraine, et l’on vit [tendant quelques jours, dans sa splendide résidence, comme un échantillon de toutes les civilisations, curieux et bizarre mélange du genie antique, des traditions du moyen âge et de l'esprit des temps nouveaux qui déjà commençait à se faire jour dans les lettres et sur la scène La culture des lettres, longtemps resserrée en Angleterre dans une sphère très-restreinte, jusque vers le milieu du xvi” siècle, y devint alors générale, comme nous savons qu’elle l'était déjà précédemment dans plusieurs contrées de l’Europe. La renaissance due à plusieurs causes et surtout à la découverte des chefs-d’œuvre de l'antiquité multipliés par l’imprimerie fut [dus tardive chez les Anglais; mais elle s'annonça, sous le

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règne d'Elisabeth, avec un éclat remarquable. « Jamais peut-être, dit un critique célèbre, le génie de la Grande- Uretagne ne brilla d’une plus vive lumière et ne conserva plus d’originalité qu’à celle éjioque » La reine donnait l’exemple : la noblesse, toutes les classes supérieures, les dames elles-mêmes et les jeunes filles furent remplies d'un généreux enthousiasme pour la cause des lettres. La nouveauté de ces éludes, la curiosité qui portait à explorer, à s’approprier les trésors du monde grec et romain, le voile qui en dérobait encore une grande partie aux regards, l’imagination exaltée par l’inconnu, tout contribuait à entretenir une ardeur inouïe pour les éludes et pour les livres. Les palais de la souveraine, le château ducal, le manoir du baron, étaient convertis en académies, et leurs possesseurs s’y montraient glorieux de leurs riches bibliothèques. « La reine, disait sou précepteur Ascliam, lit plus de grec en un jour qu’un chanoine ne lit de latin durant toute la semaine » et tandis qu’elle traduisait Isocrate ou Sénèque, ses tilles d’honneur ne demeuraient pas indifférentes aux plaisirs de l’esprit et au mouvement général du siècle. « Les dames de la conr, dit Harrison, lisent assidûment les Saintes Ecritures, composent des livres ou font des traductions eu latin ou dans l’idiome national 2. » Si de semblables occupations étaient celles du beau sexe, on peut comprendre avec quelle énergie s’y livraient les hommes : les esprits se rendaient familiers non-seulement les langues grecque, et latine, mais aussi la litléra-

f . Hailiil. Leçons sur la littérature dramatique dans U sierte d'Elisabeth. 2. Chronique d llohnshcd, V, l , .13 .

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ture îles autres nations européennes, celles de l'Espagne, de la France et de l'Italie dont les productions étaient avidement recherchées, et quelques érudits se firent alors un nom par leur zèle, pour découvrir et accumuler les trésors de l'intelligence; enfin parmi les noms qui arrivèrent alors à la célébrité, l’Angleterre honore encore ceux de sir KobertCotton et de sir Thomas Uodley, bibliomanes fameux dont les collections sont une des richesses du Muséum britannique.

a Les écrivains de cet âge, dit Hazlitt, conservèrent presque tous leur caractère et leur physionomie personnelle: ils ne cherchaient point hors d’eux ce qu'ils devaient être : leurs œuvres sont remarquables par la force du langage plus que par l’esprit d’imitation ou les raffinements de l’art; ils s’inspiraient de la nature et la trouvaient en eux-mêmes ‘. L’Angleterre lit aussi très-peu d’emprunts, sous ce règne, aux littératures étrangères du continent, par l'effet naturel de la guerre soutenue contre les puissances catholiques, contre [tome, la ligue et l’Espagne : elle étudia curieusement tes littératures mais ne les imita point 1 2. La réformation est au nombre des grandes causes qui contribuèrent, à cette époque, avec l’invention de l’imprimerie, a féconder les intelligences : ce fut elle qui, en brisant les anciennes formes dans lesquelles l’esprit était retenu captif depuis des siècles, donna une secousse puis-

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