KI.IS VII ICI II
toi res que sa raison reconnut et qui manquèrent àCharles- Quint, a Philippe II, à Louis XIV, et tandis que celui-ci brisait dans les corps constitués comme dans les institutions tout ce qui lui faisait obstacle, tout ce qui paraissait conserver quelque force indépendante de la sienne, Elisabeth contenait tout sans rien renverser, et comprimait sans détruire. Elle se souvint que le parlement avait proclamé son droit au trône; elle le ménagea en le ployant à ses desseins, et ce fut en affectant un respect profond pour des institutions traditionnelles et populaires qu’elle les transforma en instruments de despotisme. Elle atteignit ainsi sans naufrage au terme de son long règne, laissant le peuple, à sa mort, beaucoup 1‘lus nombreux, plus puissant et plus riche qu’à son avènement, et une mémoire qui n'a point cessé d'ètre en vénération dans toutes les classes de la nation anglaise.
Mais elle laissait aussi, poursessuccesseurs, une situation pleine de périls qui ne tardèrent pas à se manifester. L’Angleterre, menacée par une foule d’ennemis, avait accepté la concentration des pouvoirs dans sa main, lorsqu'une grande force avait été nécessaire pour défendre sa couronne tout à la fois contre le pape, contre l’Espagne et la Ligue, contre les conspirations et les poignards. Mais il y avait au fond opposition sérieuse, anomalie profonde entre le souvenir que le pays gardait de ses privilèges et l’idée exagérée que s’étaient faite les Tudors des prérogatives du trône. Le régime absolu établi par eux était sans racine dans la nation, et cependant les anciennes institutions périssaient, elles avaient perdu leur force avec leur carac-
tèrc : il fallait, pour ranimer tous ces rameaux devenus stériles, tous ces membres desséchés de la constitution anglaise, qu’un souffle puissant passât sur eux : il fallait pour cela qu’à la protestation des intérêts politiques et civils se joignit l’invincible réaction de l’intérêt religieux, la protestation des consciences. Ce fut l’oeuvre des dissidents puritains, qui exagérèrent sans doute les principes auxquels ils obéissaient; mais en qui se montra la force des libérateurs d’Israël. Un conflit prochain était à prévoir : il devint inévitable quand le zèle religieux eut grandi dans la nation, et lorsqu'on face de ces hommes qui ne plovaient pas le genou pour s’abreuver aux sources terrestres \ se rencontrèrent tout ensemble sur le trône, dans une famille de princes, des prétentions sans bornes et une incapacité singulière, l’orgueil des Césars et la fatalité des Pélopides.