‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés. T. 2Chapitre 30 sur 224 · Hallam, ib\d · texte numérisé non relu

Hallam, ib\d

Prugrèa

des

communes

sous

son régne.

Pétition

hardie.

Progrès

des

Lollards.

Conduite du roi avec

le clergé.

On vit grandir sous ce règne et surtout dans la classe des petits propriétaires et de la bourgeoisie, un esprit déclaré d’opposition au clergé. La secte des Lollards ou des disciples de Wycleff fit des progrès si rapides que les communes se montrèrent en diverses circonstances, et surtout en ce qui est relatif aux biens d’Eglise, animées de l’esprit de ce grand hérésiarque ayant reconnu que le clergé possédait un tiers environ des terres du royaume, elle tirent deux fois, mais en vain, la proposition hardie d’affecter une grande partie de leurs revenus aux besoins de l’Etat, en rétribuant le clergé diocésain, et l’on vil poindre dès lors les premiers symptômes de la grande lutte, assoupie d’abord et longtemps ajournée, qui Unit, deux cent cinquante ans plus tard, par faire triompher simultanément la cause des réformes dans les lois politiques et dans les institutions religieuses du pays.

Henri IV s’était souvenu , sous le règne précédent , de la faveur dont Wycleff jouissait auprès] de Jean de Gand, son père, et il avait ouvertement protégé ses disciples : mais lorsqu’il fut roi et qu’il vit autour de lui la rébellion de toute part renaissante, il n’osa affronter la colère du clergé avec lequel il avait contracté en montant sur le trône , et qui avait favorisé son entreprise en la sanctionnant, donnant ainsi à l’usurpation l'apparence du droit. Le clergé, d’ailleurs, était le plus grand propriétaire du royaume, et par la puissance qu’il avait

4 . Il a cependant été assex bien établi par le docteur Lingard, contre l’opinion de plusieurs historiens, que les communes, tout en partageant l’opiniou do Wycleff sur les biens du clergé, se montrèrent néanmoins dans les premières années de ce règne très-rigoureuses envers ses disciples. Elles changèrent ensuite de langage et demandèrent que des pétitions qu’elle^ avaieot précédemment adressées au roi contre les Lollards fassent rapportées. [Rot. ftarlem.)

HENRI IV

dans les conseils de la nation, il neutralisait , en soutenant le trône, les efforts d'une noblesse hostile et toujours menaçante. Henri IV se crut donc obligé de donner des gages

à l’Eglise : il fit v oir, par les rigueurs où il se porta contre les Lollards , <|ue le zèle religieux était complètement sniui cuoirc étranger à l'appui qu’il leur avait précédemment accordé, et approuva l’actc cruel de Heretico comburendo, par lequel tout individu que l’évêque déclarait hérétique obstiné ou relaps, était livré au magistrat du lieu j>our être brûlé. Plusieurs bûchers furent allumés sous son

règne et sous celui de Henri V, son fils, et parmi ceux qui souffrirent à cette époque pour leur foi, le plus célèbre est sir John Oldcastle, lord Cobliam, vaillant chevalier, qui se comporta devant ses juges ecclésiastiques, Comi«nm«comme il l’avait fait longtemps en face des ennemis ae"t”r,i de son pays, et qui fut condamné au feu pour avoir Cül,h'n'soutenu que le pain de l’autel, après la consécration, est tout ensemble encore du pain et aussi le corps de Jésus-Christ '. Les Lollards, poussés à la révolte par la persécution , s’insurgèrent , ils parurent en armes en divers endroits : ils se vantaient, dit-on, d’avoir cent

mille épées à tirer pour la délivrance d’Oldcastle, et l’on prétendit qu’ils voulaient, après avoir aboli la royauté, fonder la république sous sa présidence. Ces derniers projets, qu’on leur imputa pour les rendre plus odieux, ne sont peut-être que de vagues suppositions, et il est douteux que leur nombre , à cette époque , leur ait

I. Oldcastle s'évada avant le jour fixé pour son exécution et trempa dès lors dans de criminelles entreprises, poussant les Lollards h uue révolte ouverte. Il fut pris trois ans plus tard cl brûlé en vertu de la sentence prononcée antérieurement contre lui par le tribunal ecclésiastique.

l\ UK III. chapitre III.

permis de nourrir îles espérances si exagérées : mais la crédulité publique, sur ce point, est une preuve de l'importance croissante de celte secte et de l'opinion qu’on avait déjà de sa force et de sa puissance.

Kès-'iic de Henri V, dit de Momnoutli.

Le prince qui montait sur le Irène, déjà recommandable par la vaillance avec laquelle il avait combattu les Gallois, était fameux surtout par les débauches et par les scandales de son orageuse jeunesse : mais à peine Henri IV eut il expiré qu'il parut avoir enseveli avec lui dans sa tombe les passions déréglées de son (ils : celuici eut devant les yeux le jugement de la postérité et selon la belle expression du poêle : « la raison, comme un ange descendu du ciel, vint et chassa de son sein le coupable Adam. »

Cette heureuse révolution se manifesta bientôt par des actes honorables : il éloigna de sa cour ses anciens compagnons de débauche et s’entoura des plus sages conseillers de son père, honorant entre autres le grand justicier Gascoigne, contre lequel, n’étant que prince de Galles, il avait tiré l’épée dans une cour de justice, et qui avait osé le faire arrêter et conduire en prison

Au nombre des actes qui honorèrent les débuts du nouveau règne, l’histoire cite le rétablissement de la

Celle scène, si honurablc pour la magistrature, a été reproduite par la peinture il fresque dans la nouvelle chambre des Lords.

HENRI V. DI

maison de Percy dans ses biens el ses dignités. la liberté rendue au jeune comte de Mardi, héritier des titres de la maison d’York, et les honneurs funèbres, expiatoires peut-être, qu'il rendit en grande pompe à Westminster, aux restes infortunés du roi Hicliard , dont lui-même mena le deuil *.

La guerre avec la France, fut le grand événement et le principal intérêt du règne de Henri V. Ce royaume était alors accablé de tous les maux que peuvent infliger, à un grand pays, une cour dissolue et un monarque insensé. Un meurtre effroyable commis quelques années auparavant, y avait semé de profondes divisions et fomenté des haines implacables. Le duc d’Orléans, frère du roi, était mort assassiné en 1407, par son cousin Jean sans Peur, duc de Bourgogne, et la France, depuis longtemps divisée, était de nouveau partagée tout entière entre deux factions rivales, les Bourguignons d’une part, et de l’autre les Armagnacs vengeurs du duc d’Orléans. Tour à tour vainqueurs et vaincus, les deux partis déployaient leur fureur dans des combats acharnés et d’épouvantables massacres. Les États convoqués dans cette anarchie demeuraient sans voix comme sans force 1 2, le roi n’était que le jouet des vainqueurs, et sa femme, Isahcàu de Bavière, soutenant tour à toitr

1. Après de splendides funérailles faites au roi Richard, Henri V ordonna que quatre lampes bi nieraient jour cl nuit autour de son tombeau aussi long* temps que le monde durerait : il décréta la célébration d’un office pour lui un jour par semaine, el fit en même temps une fondation perpétuelle pour les pauvres.

2. Ces États, qualifiés d' Étals- Généraux par quelques historiens, ne fuient qu'une assemblée de notables des principales villes du royaume.

Grands trouble* en France.

'Jî LIVRE III. CHANTRE III.

chaque parti, affermissait sa puissance sur la ruine commune.

Ces troubles offraient à l’ambition de Henri, des chances favorables : il fit donc revivre sur la couronne de France, les prétentions de son grand-|»cre Edouard 111, et il la revendiqua comme héritier de Philippe le liel, I»ar les femmes, Pour conjurer l'orage, la cour de France veut négocier; mais Henri repousse tout accommodement et déclare devant le conseil sa résolution de recouvrer son héritage par les armes. Ses prétentions n’avaient aucun fondement légitime; mais Henri avait adopté la politique de son père, et il reconnaissait le besoin d’occuper son peuple au dehors pour maintenir le calme au dedans. Ses appréhensions à cet égard étaient fondées : déjà au début de son règne , il avait eu à réprimer, comme il a été dit plus haut, l’insurrection des Lollards ou sectateurs de WyclefT. Le parlement s’associa au roi pour cet objet et rendit un statut terrible par lequel tous les magistrats devaient prêter serment de seconder les évêques à l’effet d’exterminer les hérétiques Ce danger n’était pas le seul dont il se vît menacé, et au moment même où il méditait de subjuguer le royaume voisin, il découvrit dans le sien et parmi ses proches une conspiration redoutable, tramée contre lui par son cousin Richard, frère du duc

Ce même parlement, si rigoureux envers les Lollards, excita Henri V h disposer d'une partie des bieus du clergé devenus immenses. Le judicieux ilapin I boiras fait observer que le désir de vaincre sur ce dernier point la ré* sistancc du roi et de se laver des soupçons d'hérésie, contribua peut-être b rendre la majorité des communes plu» impitoyable à l’égard des sectateurs de Wyclcff.

HENRI V

d’York, récemment créé comte de Cambridge, et qui avait pour principaux complices sir Thomas Grev et lord Scrope de Masharn. Celui-ci, familier du roi, était, à la table comme à la chasse, son comjmgnon inséparable : on ignore quel motif l’entraîna dans le complot : les conjurés avaient résolu de rassembler des troupes, de conduire le comte de Mardi sur les frontières du pays de Galles et de le proclamer roi. Se voyant découverts, ils avouèrent leur crime. Aucune formalité ne fut observée dans leur jugement : Thomas Grey, condamné par un jury tiré des communes, fut aussitôt mis à mort. Le comte de Cambridge, prince du sang, et lord Scrope, réclamèrent le privilège de leur pairie et une cour de dix-huit barons fut convoquée pour les juger : les deux accusés ne furent ni interrogés, ni confrontés, ni entendus, et le roi [tressa leur condamnation et leur supplice.

Henri, à cette époque, était déjà à Southampton: invité sous main 1 par le duc de Bourgogne, à envahir la France, et rêvant gloire et conquête il rassemblait sa flotte et son armée. Il mil à la voile le 12 du mois d’août de l’année 1415, et entra dans la Seine, avec quinze cents bâtiments 2 portant vingt-quatre mille fantassins ou archers et six mille hommes d’armes. La France n’avait pas un vaisseau à opposer aux envahisseurs : ils débarquèrent sans obstacle et investirent Harfleur, ville d’une grande importance militaire, commandant l'entrée de la Seine, et une des clefs du royaume. La France, avec

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