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R ilaille d'Aziiuouil.
ÇW LlVIlfc III. CHAPITRE III.
gnal son bâton en l’air : Frappez, dit- il [uow strike) ; dix mille archers lui répondirent par un grand cri, et dardèrent leur traits sur l'enueml. Les Français, au grand étonnement de tous, demeurèrent immobiles et comme pétrillés sons leurs lourdes armures : sur cinquante mille qu’ils étaient, deux on trois mille seulement sc déployaient au front de bataille, et le terrain, effondré sous les pieds des chevaux et transformé en fange épaisse et visqueuse, ne permettait à personne de se mouvoir ni de combattre. Les archers firent une seconde décharge, décochant leurs dards au visage, avec une raideur extrême; alors enfin, et non sans peine, deux corps de la cavalerie des ailes s’ébranlèrent dit côté des Français, essayant de prendre les archers en flanc ; mais l’un d’eux reçut les décharges d’une embuscade anglaise cachée dans les bois. Aucun de ces corps 11e fournit sa course sans pertes énormes, et la plupart des survivants vinrent s’enferrer sur les pieux des Anglais. Une multitude de chevaux blessés et épouvantés, désarçonnant leurs cavaliers ou les entraînant malgré eux en arrière, jetèrent le désordre dans l’avant-garde française, serrée de manière à ne pouvoir leur livrer un passage. Voyant ainsi les rangs bouleversés et entr’ouverts , les Anglais franchirent leur enceinte de pieux , jetèrent arcs et flèches , et vinrent avec les haches, les lourdes épées et les massues, démolir ce rempart vivant, cette masse énorme d’hommes et de chevaux qui formait la première ligne de lmtaille de l’armée française, étayant à leur tète leur roi Henri V, ils pénétrèrent jusqu’au milieu de la seconde bataille. Henri courut alors un grand danger. Dix-huit gentils-
HENRI V
hommes français sc conjurèrent et firent vœu de joindre le roi d’Angleterre de si près, qu’ils lui abattraient la couronne de la tête, ou qu’ils mourraient tous, comme ils firent: ils poussèrent jusqu’au roi, et l’un d’eux, de la hache qu’il tenait, frappa sur son casque un si grand coup, qu’il abattit un des tleurons de sa couronne : mais ils furent environnés, accablés par le nombre, et périrent jusqu'au dernier
L’arrière-garde des Français restait seule intacte, mais voyant les deux premières lignes forcées presque sans défense et le sol jonché de morts et de débris, elle attendit tà peine le choc, tourna bride et se dispersa à travers champs. La journée était finie et une immense multitude de prisonniers était tombée au pouvoir des Anglais, lorsqu’on vint dire au roi que son camp était forcé, ses bagages pillés et qu’un corps considérable de troupes fraîches ou ralliées engageait une nouvelle bataille. Henri voyant les siens employés presque tous à la garde des prisonniers qu’ils avaient faits et dont ils espéraient forte rançon, commanda qu’on mît à mort tous les captifs. L’alarme fut reconnue fausse ; mais déjà le plus grand nombre avait péri.
On voyait là misérablement étendus sur le champ de bataille dix mille Français, presque tous gentilshommes, dont cent vingt portant bannière et sept princes, les ducs de Brabant, de Nevers, d’Alençon, trois de Bar, le connétable d’Albret et Montaigu, archevêque de Sens. Les Anglais n’avaient perdu que seize cents hommes et
4. Ils avaient pour chef Lumlrl de Mussurgtiehcrn et Garivl de Douroonvillc. (Lcfrvra Saint-Rémi, c. LXII.)
Guerre cm le en
Fitni-r.
ils no gardèrent que pou de prisonniers, parmi lesquels les plus grands de la noblesse française, le maréchal de Boucicault, inessire Jacques d’Harcourt, les comtes d’Eu, de Vendôme et de Ricliemont, les ducs de Bourbon et d’Orléans. Le roi vainqueur, maître du champ funèbre, le parcourut lentement des yeux et ayant demandé le nom d'un château qu’il voyait proche, une ^oix répondit : « Azincourt. — Eh bien! dit-il, cette bataille aura nom (V Azincourt , maintenant et à jamais1. »
La faiblesse de son armée empêcha Henri V de protiter de sa victoire, il dut regagner Calais, d’où il s’embarqua pour l’Angleterre. Son voyage jusqu’à Londres ne fut qu’une marche triomphale, de toutes parts le peuple se pressait pour saluer le vainqueur, et le parlement lui-même, partageant l’enthousiasme général, accorda au roi, pour toute sa vie, les subsides sur les laines et les cuirs. L’année suivante, l’empereur d’Allemagne, Sigismond second, prince de la maison de Luxembourg, assis sur le trône impérial, vint visiter l’Angleterre, on il fit d’inutiles efforts pour la paix avec la France.
Ce pays malheureux était toujours en proie à une effroyable anarchie. Après la sanglante défaite d’Azincourt, la guerre civile s’était réveillée plus terrible, le comte d’Armagnac, reconnu connétable, régnait à Paris par la terreur, la reine pouvait seule balancer son autorité. 11 obtint contre elle du roi Charles VI un ordre d’çxil à Tours, où il lui donna des gardes et la retint prisonnière. Sa captivité dura peu, le duc de Bourgogne délivra cette princesse qu’il proclama régente du
I, Lefèvre Stinl-Rèmi.
Il EMU V.
royaume, et s’autorisant de son nom , il vint avee soixante mille hommes mettre le siège devant Paris, dont une des portes lui fut ouverte. Maîtres de la capitale, les Bourguignons s’y livrèrent à d’affreuses vengeances, déchaînèrent la populace contre les Armagnacs, s’alliant pour les égorger à la puissante corporation des bouchers et les massacrant par milliers dans les prisons et dans leurs demeures, sans distinction de rang, d’âge ou de sexe. Le connétable fut enveloppé dans ce massacre et les égorge u rs assouvirent leur rage sur ses restes mutilés. Le jeune dauphin, Charles, seul et dernier survivant des 111s du roi *, (ut préservé de la mort par le dévouement d’un de ses officiers, Tanneguy du Cliàtel, qui l’enleva de son lit en l’enveloppant de ses draps et le mit en sûreté. La reine Isabeau fit son eutrée triomphale dans la ville souillée de tant d'horreurs et, maîtresse de la personne du vieux roi insensé, elle prit en main l’autorité souveraine. La faction opposée d’Orléans conduisit le dauphin à Poitiers, le reconnut régent et créa une administration rivale. Il y eut ainsi eu France, au milieu des calamités de la guerre étrangère, deux gouvernements distincts, plus hostiles l’un a l’autre qu’à l’ennemi qui envahissait le royaume, et avec lequel ils traitaient tous deux, achetant à l’envi sou concours par des concessions désastreuses.
Henri V alors poursuivait en France le cours de ses succès; il avait repassé la mer et ramené d’Angleterre une armée florissante, avec laquelle il envahit la Normandie, faisant valoir sur cette belle et riche province
(. Dp n\ dauphins, sr» ficics, étaient ni«rli en lias Age,
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I Mlle- Aillais.
• 03 î IVRE III. CHAPITRE lit.
les anciens droits de ses ancêtres. Mais deux siècles s 'étaient écoulés depuis qu’elle avait été détachée de la couronne d’Angleterre; les Normands étaient devenus Français par le temps, par l’habitude, par la puissance des mœurs et des coutumes; ils ne virent dans les Anglais que des étrangers cl des spoliateurs, et ils leur résistèrent avec une héroïque bravoure; mais aucune armée ne vint à leur aide. Que pouvaient les bourgeois des villes et quelques corps isolés livrés à eux-mêmes contre les efforts savamment combinés d’un ennemi victorieux? En peu de mois, la Basse-Normandie fut réduite, cl Henri V vint en personne, avec toute son armée, mettre le siège devant Rouen. Cette grande ville, où s’étaient jetés quatre mille hommes d’armes sous les ordres du vaillant capitaine, Guy le Bouteiller, fut défendue en outre par quinze mille de ses citoyens, entre lesquels Alain Blanchard, qui paya de sa tête son généreux patriotisme, acquit un renom immortel. Vaincue enfin par la famine, beaucoup plus que par tout l’effort des assiégeants, la ville ouvrit ses portes et le chemin de Paris fut ouvert aux Anglais.
Ceux-ci affaiblis, quoique vainqueurs, par un séjour prolongé sur une terre étrangère et hostile, aspiraient à conclure un traité qui leur livrât la France sans de nouveaux combats, et Henri continuait à négocier tour à tour avec les deux partis rivaux et surtout avec le duc de Bourgogne et la reine Isabeau; il demandait, indépendamment de la couronne, la cession en toute souveraineté de la Normandie et des provinces cédées a l’Angleterre par le traité de llrétigny. Mais tandis qu’il se flattait d’abuser tour à tour les deux factions qui se par-
IIENRI V.
lageaient la France, il était lui-mème joué |«ir elles : un secret rapprochement avait eu lieu entre le duc de Bourgogne et le dauphin. Ces deux princes se virent en public à Meulan, s’embrassèrent, s’engagèrent mutuellement à oublier leurs querelles et à s’unir contre l’ennemi commun. Si l’effet eût suivi les promesses, de cruelles calamités eussent été épargnées au royaume, et les Français unissant leurs forces eussent prompte*ment expulsé les Anglais de leur territoire. Ceux-ci faiblissaient et beaucoup mettaient en doute le succès de leur entreprise, lorsqu’un nouveau crime vint donner un aliment à des inimitiés implacables à peine assoupies et déchaîner de nouvelles tempêtes sur la France.
Le dauphin avait assigné au duc de Bourgogne un rendez-vous sur le pont de Montcrcau ; le duc, après avoir longtemps hésité s’y présente et, comme il fléchissait le genou devant le dauphin, Tanneguy du Cliâlcl lui assène un coup de hache sur la tête et le lue sous les yeux de son maître '. Ainsi mourut assassiné Jean sans Peur, assassin du duc d’Orléans, accomplissant en sa personne cette parole des Saints Liv res : « Celui qui aura tiré le glaive |>érira par le glaive. »
Cet assassinat rend la i>aix impossible et maintient la funeste alliance des Bourguignons et des Anglais Le fils de Jean sans Peur, Philippe le Bon, nouveau duc de Bourgogne, offre, pour venger son père, la couronne
4. Celle version est de Lefcvrc de Saint- Itémi, officier du duc de Bourgogne, en général très-bien informé. Tanneguy *c défendit plus lar.l d'avoir frappe Jean sans Peur, mais le meurtre avait eu beaucoup de témoins cl Sainl-ltéuis a dû savoir par eus la vérité. (Voy. scs A/c moire*., collection Buclinn, cli. ICYli.
Assassinat
de
Jean >ans Peur
a Moulcrcart,