Isa beau de PivitK
HENRI VI
chemin avec une adresse et une force merveilleuses, courant sur les chevaux qu’elle menait paître et les manœuvrant comme eût fait un habile cavalier. C’est ainsi qu’elle croissait, se préparant dans l’obscurité pour ses grandes destinées, cachée au monde, qu’elle allait bientôt étonner. Jamais la France ne parut avoir autant besoin de l’assistance du Ciel qu’à cette époque, où les plus forts et les plus sages semblaient également impuissants pour la défendre et pour la sauver *.
Lorsque le temps fut venu pour elle d’accomplir la mission qu’elle n’avait osé révéler à son père a, son oncle, Uuraud Laxard, qui habitait le village voisin, cédant à ses instances, la conduisit à Vaucouleurs au mois de mai de l’année 1428, chez le sire de Beaudricourt, gouverneur de cette ville pour le roi. Rebutée d’abord par lui comme une fille hors de sens, elle vécut quelque temps encore dans la retraite et l’obscurité ; diverses circonstances néanmoins tirent impression sur Beaudricourt : le bruit d’anciennes prédictions qui attribuaient la délivrance du royaume à une fille des marches de Lorraine commençait à se répandre; Beaudricourt vint lui-même la visiter et l’interroger, et l’année suivante, durant le carême, pressée de nouveau par la voix intérieure d’ac-
4. Le roi et les sujets de son obéissance n'avaient plus nul espoir, et tous s'attendaient prendre la fuite («). Tout était désespéré , et Vgn ne se flattait do recevoir aucun secours, h moins qu’il ne fût envoyé de Dieu (6).
2. L’honneur était héréditaire dans cette famille : le père de Jeanne A’ Arc avant rêvé que sa fille s’en irait arec des çens d’armes au pays de France, avait dit qu’il la noierait plutôt de sa main.
(«) Déposition du frire Séguin, Jüjro de la Faculté do théologie de l'vilirr», au procès do révision.
(s) Déposition de maître Jean Barbier, axooot do roi.
complir son œuvre, elle retourna à Vaucouleurs où, puises instances, par celles »le deux gentilshommes qui avaient foi en elle, et par la conviction profonde qui respirai! dans son langage, elle obtint enfin de ce seigneur qu’il l’envoyât vers le roi sous l’escorte de ces gentilshommes et de son frère Pierre d'Arc et de quelques serviteurs '. lleaudricourt lui donna une éj>ée, étayant obtenu, par cotisation, un cheval et des vêtements d'homme indispensables dans un si long voyage à travers un pays occupé par l’ennemi, elle se mil en chemin et, après onze jours de marche, elle gagna Chinon, où Charles Vil tenait sa cour. Elle avait alors dix-huit ans. Elle nous est représentée par des conlem|>orains à cette époque de sa vie comme étant d'une taille moyenne, svelte et de proportion parfaite; ses cheveux noirsi. 2 flottaient jusqu’à ses épaules sur son cou d'une beauté remarquable; son air et sa physionomie plaisaient aux yeux; sa voix était douce et d'une expression insinuante : elle parlait avec aisance et modestie, chevauchant et portant sa lance comme un chevalier accompli.
Arrivée A son arrivée, elle demanda de nouveau à cire intro- Joennè d'Arc duite où était le roi et à parler à sa personne : elle déclara k 'ïr '1UL‘ *e ro* des eieux l’avait envoyée pour accomplir deux chéri» vu, choses, pour faire lever le siège d’Orléans et conduire le 1 " " " roi à Heinis pour y être sacré. Charles Vil la fit interroger par des personnages éminents en dignité et dont le rapport lui fut favorable : on rappela plusieurs proohéties relatives à une jeune fille appelée à sauver la
i. Il y avait aussi arec eux un archer cl un homme que Ton dit avoir été un messager du roi.
2 Philippe de Bergame, De clarté mulitribut.
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France et qui semblaient se rapporter à Jeanne «l’Arc; tout en elle, d'ailleurs, annonçait une fille pieuse et sage. Un événement extraordinaire , une mort subite prédite par elle à un homme qui l’avait insultée et qui se noya presque aussitôt, fit incliner en sa faveur même les incrédules '. L’état des affaires enfin était si désespéré qu’aucune assistance, même la plus faible, ne paraissait méprisable. Toutes ces considérations réunies déterminèrent le roi à voir cette jeune fille qui avait fait miraculeusement, disait -on, cent cinquante lieues en pays ennemi pour le servir, et il ordonna qu’elle fût introduite en sa présence.
C’était le soir, à une heure déjà avancée ; cinquante torches éclairaient l’appartement : là se tenaient une foule de chevaliers de toute naissance et plusieurs seigneurs splendidement vêtus, plus richement que n’était le roi. Un témoin oculaire, le seigneur de Gaucourt, dit qu’elle se présenta humblement et simplement comme une pauvre petite beryerette ; cependant, guidée par ses voix, elle distingua sur-le-champ le roi au milieu de la foule, et, allant droit à lui, le salua profondément en s'agenouillant selon l'usage. « Ce n’est pas moi qui suis le roi, dit Charles, essayant encore de dissimuler, et, montrant à Jeanne un seigneur de sa cour, il ajouta : Voici le roi. — Gentil prince, répliqua Jeanne, c’est vous et non autre : » Charles alors cessant de feindre : « Je viens, lui dit-elle, noble dauphin, et suis emoyée de la part de Dieu pour prêter secours à vous et au royaume, et le roi des cieux vous mande par moi que vous serez sacré