‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés. T. 2Chapitre 39 sur 224 · VHE 111. CIIAI’ITHE IV · texte numérisé non relu

VHE 111. CIIAI’ITHE IV

lié

et couronné en la ville de Reims, et serex lieutenant du roi des cieux qui est roi de France. » Alors la tirant à part, le roi, qu’elle nommait presque toujours dauphin, parce qu’il n’était pas encore sacré, s’entretint longtemps avec elle, et pour mieux le convaincre de la vérité de sa mission, Jeanne, au dire de tous, lui révéla en secret une particularité qui n’était connue que de lui

Le fait de l’inspiration paraissait établi, mais de <(uelle source venait-elle? Du ciel ou du démon, voilà ce qui était encore incertain , surtout à cette époque , où la croyance en la sorcellerie et dans le pouvoir occulte des charmes magiques et infernaux était générale. Ce doute préoccupait fortement le roi, il voulut l’éclaircir, et Jeanne fut de nouveau soumise à un long et minutieux examen devant des prélats et d’autres grands personnages qui la renvoyèrent aux théologiens et aux docteurs de l’université de Poitiers. Interrogée par eux, scs réponses furent remarquables par la précision et l’énergie : « Jeanne, lui dit un dominicain pour l’embarrasser : tu dis que Dieu veut délivrer le peuple de France : si telle est sa volonté, il n’a pas besoin de gens d’armes. — Les gens d’armes batailleront, dit-elle, et Dieu don-

4. Les bruilf le* plus affligeants étaient répandu! sur la conduite de la reino Isahcau de Bavière, femme de Charles M, et ils tendaient h faire considérer la naissance de Charles MI comme illégitime. Celui-ci on avait connaissance et voyant sa couronne en un péril citrème, il entra un matin seul dans un oratoire cl là (il une prière à Dieu dans laquelle il le requérait picu'rmcut, à savoir que jr'il était vrai qu’il fût bien descendu de la noble maison de France, et q ne justement le royaume dut lui appartenir , il ptùt à Dieu de le défendre et de te tui conserver. C'est celle secrète prière que Jeanne rappela au roi en secret, cl elle ne pouvait la connaître que par inspiration. Ce fait nous a été révélé par r.«uleur contemporain, 11. Sala, qui dit le tenir do la bouche du seigneur de |kmsif à qui Charles Ml le raconta.

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nera la victoire. — Quelle langue, lui demanda aigrement un docteur limousin, parlent ces prétendues voix célestes? — Cette langue-là, répondit-elle vivement, est meilleure que la vôtre. — Crois-tu en Dieu, dit le docteur; il ne veut pas qu’on ajoute foi à ta parole, à moins que tu ne fasses voir un signe. — Elle répliqua : Mon signe sera de faire lever le siège d’Orléans; qu’on me donne des hommes d’armes, peu ou beaucoup, j’irai. » Et comme on la fatiguait encore de questions captieuses et théologiques, elle dit : « Je ne sais ni a ni b, mais je ferai lever le siège d’Orléans, et je conduirai le roi à Reims i»our y être sacré. » Elle annonça encore que Charles VII rentrerait dans Paris, et que le duc d’Orléans, prisonnier des Anglais depuis quatorze ans, reverrait la France.

Orléans cependant était à la dernière extrémité : Dunois demandait avec instance des vivre9 et des renforts, et l'héroïque pucellc répétait sans cesse que l’on perdait un temps précieux. Tous les rapports recueillis dans son pays et ceux des docteurs 1 et autres graves personnages lui étaient favorables : sa vertu enfin était sortie triomphante d’une enquête délicate confiée par le roi à la reine de Sicile et à quelques dames du plus haut rang : déjà son nom était dans toutes les bouches, l’enthousiasme gagnait le peuple et l’armée, le roi s’y laissa entraîner, il décida que les services de Jeanne seraient acceptés, elle fut équipée militairement par scs ordres, et eut le rang et la maison d’un général d’armée ou

I. Il coimeul do lire la 1rcs*rcmar<|iulilc coiiMillaliüii du celcbrc Genou, au Mijel do Jeanne d’Arc. [ttitt. de J tan ne d'Arc, par Le Drun de» Dliarmellt».)

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chef de guerre '. Le roi lui Ht faire une armure complète, elle voulut avoir un étendard blanc fleurdelysé * , euiin elle annonça qu’en fouillant le sol à Sainte-Catherine de Fierbois, près du maître-autel, on trouverait une épée portant sur la lame cinq signes particuliers. On la trouva en effet, et elle en lit la sienne. Elle ne voulait s'en servir pour tuer jærsonne, et elle disait souvent que, quoiqu’elle aimât son épée, elle aimait son étendard quarante fois plus. « Je la vis, écrivit à cette époque un contemporain, monter à cheval, armée de toutes pièces, et tout en blanc, sauve la tête, sur un grand coursier noir, et lors se tourna vers la porte de l’église qui était prochaine et dit en voix de femme : Vous les prêtres et gens d’église, faites procession et prières à Dieu. Puis se retourna à son chemin en disant : Tirez avant, tirez avant; et avait son estendard ployé que portait un gracieux page et sa hache petite en la main3. »

Déjà le bruit s'était répandu de toutes parts et jusque dans Orléans que les puissances des deux intervenaient en faveur de Charles, et qu’un être inspiré, qu’une héroïque pucelle allait marcher à la tète de ses escadrons. L’armée destinée à secourir la ville assiégée fut rapide-

4. Ou lui donna pour écuyer uii bravo chevalier de mœurs honorable!, nommé Jean d'Aulon, ei elle demanda pour coufesteur Jean Paqucrul, moine uugusiiti dont la réputation était venue jusqu'à elle; elle eut aussi deux pages, deux hérau’», un maître d’hôtel et des valets.

2. Dieu était représenté sur ccl étendard entre deux anges, tenant le monde dans scs mains.

3. Lettre'de Guy de Laval écrite du lieu ou se tenait la cour à s.i mérc cl a sou aïeule («).

(a) Celle lettre est mi îles iDonnmrnls les plus précicwi de l’rpoqiu» et un des mnJelrs le* plus parfaits de l’r'prÜ et de la loyaoM çIhjv alcrMque» au it* *iccl>-.

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ment réunie à Blois : elle montait à environ sept mille hommes : le roi en donna le commandement aux maréchaux Saint-Scvere et de Itetz, mais il voulut que rien 11c se fit que du conseil et de l’aveu de Jeanne. Au bruit de l’expédition, le vaillant La Hire et plusieurs braves capitaines accoururent empressés d’en partager les périls et la gloire. Jeanne mettant en Dieu toute sa contiance, appela les secours de la religion et les pompes du culte en aide à son entreprise : elle ordonna que l’armée fùl précédée par un cortège des prêtres de Blois chantant des hymnes et de saints cantiques : elle exhorta tous ces guerriers endurcis dans les horreurs des guerres civiles à quitter les femmes débauchées, à se confesser, à élever leur âme vers ce Dieu de qui, dit-elle, viendrait l'assistance, et envoyant une sommation aux Anglais, elle dicta une lettre par laquelle invitation était faite au roi d’Angleterre de par le roi des deux de rendre les clefs de toutes les bonnes villes de France et à tous les étrangers de sortir du royaume, sous peine de totale destruction '.

La petite armée, escortant un convoi de vivres et de munitions, se mit en marche le 29 avril de l’année 1429. Jeanne voulait passer le fleuve à Blois et aborder Orléans par la rive droite sur laquelle la ville est placée: les Anglais avaient réuni de ce côté le plus de forces; mais Jeanne annonçait qu’ils ne mettraient aucun obstacle à l’entrée du convoi et de son escorte. Ce parti ce|>endant fut jugé trop dangereux par les généraux :

4 , Celle lettre se trouve dans la collection de M. de LarerJv, cl il faut la lire telle qu’elle est donnée avec les rcclificaiion» nécessaires dans V Histoire de Jeanne d' Arc, par M Le Brun det Cliannelles, t. I, p. 148.

Jeanne J’Arc marche avec l’armée au secours d’Orléans.

ils suivirent la rive gauche, et, parvenus jusque devant la ville, ils tentèrent le passage; niais, contrariés par le vent et par le courant , leurs efforts furent inutiles. Jeanne alors annonça que le vent, jusque-là contraire, allait changer et que des barques pourraient sortir d’Orléans et recevoir le convoi : sur son conseil, l’armée remonta jusqu'au port de Cléry, à deux lieues à l’est, où les munitions et les vivres furent déchargés. Le vent, d’après le témoignage formel de plusieurs témoins oculaires, ayant changé soudain comme elle l’avait prédit', un grand nombre de barques remontèrent le courant, reçurent à leur bord les provisions de toute espèce, puis redescendirent le fleuve et rentrèrent dans la ville en rasant la forte bastille de Saint-Loup sans être inquiétées par ses défenseurs. L’armée rebroussa chemin jusqu’à Blois où elle passa le fleuve : elle revint ensuite par l’autre rive comme la pucelle l’avait tout d’abord conseillé. Mais Jeanne, à la prière de Dunois, et |>our satisfaire à l’impatience du peuple d'Orléans , s’était séparée de l’armée pour s’embarquer , accompagnant le convoi dans la ville avec Dunois, le maréchal Saint-Severe, La Hire et deux cents hommes. A son approche, toute la population sortit au-devant d’elle et se crut déjà délivrée. L’héroïne, armée de toutes pièces, sur un coursier blanc et son étendard déployé devant elle, fit son entrée à la clarté des torches et aux cris d’une multitude ivre de joie et d’enthousiasme.

Le lendemain , elle inspecta les bastilles des Anglais, qu’elle aurait voulu attaquer immédiatement , avant

4. I N>|>o»i l ions (Je lui uni», de sire de Gaucouit, elc., au pioccs de rtitision.

HENRI VI

même l’arrivée de l’armée : elle s’approcha à portée de la voix de la bastille des Tournelles et somma de nouveau les Anglais d’en sortir. Glasdale, que les Français nommaient Galcidas, l’un des meilleurs capitaines de l’armée anglaise, y commandait : il répondit à la sommation de Jeanne par des paroles grossières et outrageantes pour elle. L’héroïque Me les ayant entendues, en conçut une douleur extrême : elle pleura et dit à l’insulteur que les Anglais seraient chassés, mais qu’il ne vivrait pas pour en être témoin. Les menaçantes prédictions de Jeanne volaient de bouche en bouche, amis et ennemis les répétaient avec des sentiments tout opposés, attribuant, les uns à l’influence céleste, les autres aux esprits infernaux, le pouvoir mystérieux qu’elle exerçait et qui, en exaltant le courage et l’espoir des Français, glaçait leurs adversaires d’étonnement et d’épouvante. Ceux-ci se tenaient à couvert dans leurs bastilles dont ils n’osaient sortir, et c’est à cette cause sans doute qu’il faut attribuer l’absence de tout effort de leur part pour empêcher l’entrée du convoi dans la ville. Dunois et le maréchal Sainl-Scvere allèrent rejoindre l’armée qui revenait à Orléans par blois : la pucelle demeura dans la ville parcourant les fortifications, examinant les bastilles et renouvelant ses sommations aux Anglais. Lorsque enfin, le J mai, l’armée libératrice fut signalée du haut des murs, Jeanne accourut à sa rencontre avec cinq cents cavaliers afin de contenir l’ennemi et de le repousser dans ses murailles s’il eût osé en sortir. Mais Talbot et Suffolk et les autres chefs anglais voyant leurs soldats saisis de crainte jugèrent prudent de ne rien entreprendre jusqu’à ce que le temps et l’habitude eussent raffermi

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leur courage '. Ils restèrent dans leurs lignes, l’aspect et la voix d’une femme rendant timides des hommes aguerris durant vingt ans dans l’horreur des batailles et jusque-là invincibles. L’armée française approcha donc librement d’Orléans à la vue de l’ennemi qui ne tenta rien (tour l’arrêter. Devant elle flottaient les bannières de la ville suivies d’un cortège de prêtres qui s’avançaient chantant des hymnes, et Jeanne, entourée des généraux, rentra dans la place avec ceux qui venaient la secourir, acclamée de tous avec trans|>ort, et faisant |>asser son héroïque confiance dans 1’àme des plus endurcis : « Dans cinq jours, disait-elle, Orléans sera délivré2, c’était trop que les Anglais qui tenaient le duc en leur puissance tinssent aussi le duché. »

Kien n’est plus extraordinaire dans le fait de cette héroïne, et il n’v a point d’indice plus concluant d’une assistance surnaturelle ou d’une inspiration véritable, que la promptitude avec laquelle, au dire unanime des gens du métier et des hommes de l’art, cette simple fille des champs se trouva tout à coup à la hauteur des plus habiles, soit |*our l’exécution, soit pour le commandement. Ce qui étonne peut-être encore plus, c’est l’aisance de ses manières, la facilité noble et touchante de son langage avec ce qu’il y avait de plus grand dans le

4. L’historien Munie fail a ce sujet quelques réflexions fort judicieuses : le comte de Suffolk, dit-il, donna à de dangereuses préventions le temps de sc graver plus profondément dans les esprits. Les Anglais se sentant domptés et abattus, eu inférèrent que U vengeance divine pesait sur eux. Les Français tirèrent la même conclusion d’une inaction si nouvelle. Tout changea a la fois dans l'opinion des hommes et l'audace, résultat naturel d'une longue suite de succès, passa subitement des vainqueur» aux vaincus. (Hume, ttiitoire H’ Angleterre.)

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