‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés. T. 2Chapitre 48 sur 224 · Déposition du duc d'Alençon · texte numérisé non relu

Déposition du duc d'Alençon

HENRI VI

venaient en belle ordonnance , par la Beance, en bien grand train* et suivaient de très-près l’avant-garde. Quelques chevaliers des plus hardis et des mieux montés furent détachés en avant pour découvrir l’ennemi, et galopèrent l’espace de cinq lieues sans le rencontrer.

Ils se croyaient égarés, quand un cerf, effrayé de leur approche, s’élança du milieu d’un taillis et prit sa course vers le nord-est. Bientôt une grande clameur s’éleva du même côté: elle était poussée par l’arrière-garde des Anglais, où le cerf s’était précipité s. Ces cris révélèrent la présence de l’ennemi aux coureurs français : ils en donnèrent avis à l’année, qui chevaucha hardiment en avant, jusqu’à ce qu’elle eût aperçu les Anglais. Ceux-ci quittèrent alors la position qu’ils occupaient pour en prendre une meilleure, à une lieue de distance environ, entre un bois et le village de Patay.

La Hire et Xaintrailles, qui menaient l’avant-garde, avaient reçu l'ordre d’empêcher l’ennemi de se fortifier,

de

ce qu’ils firent, galopant toujours et se niant à travers p»uy. les Anglais avant que leurs archers eussent achevé d’en- ^ j2u) foncer en terre les pieux aigus dont ils se faisaient un rempart contre la cavalerie, ils les attaquèrent si soudainement et si vigoureusement, qu’ils les mirent tout d’abord en désordre : le capitaine Falstatî et beaucoup d’autres tournèrent bride saisis d’une terreur panique et cherchèrent leur salut dans la fuite. Le corps de bataille des Français arriva en ce moment et acheva de vaincre; en vain Talbot se surpassa lui-même, il rendit par son

I. Guillaume Grucl , lluloire d' irltu III , comte de Richement. S. Mumlrclel, Chronique.

4 ii I.IVIIE I». r.UAWTBE IV.

opiniâtreté «a défaite pins sanglante : les Anglais furent mis en démute complète : on en lit un grand carnage : la plupart périrent ou furent faits prisonniers; de ce nombre fut lord Scales et le fameux Talbot, qui rendit son épée à Xainlrailles '. La perte des Anglais fut évaluée à plus de quatre mille combattants 2, et, chose incroyable! il n'en coûta, dit-on, la vie qu’à un seul Français 3. Jeanne d’Arc parcourant le champ de bataille après le combat, ne put retenir ses larmes à la vue de tant de cadavres dont le sol était jonché, et montra la plus tendre pitié pour les pauvres prisonniers anglais , qui n’ayant pas de grosse rançon à offrir aux vainqueurs, en étaient traités avec barbarie; et, là comme ailleurs, elle fit donner aux blesses les secours de la religion et leur prodigua des soins touchants 4.

Après cette journée célèbre, la première où les Français eussent vaincu les Anglais en bataille rangée dans cette guerre, et où Jeanne d'Arc, au dire de tous les capitaines , déploya des talents militaires égaux à son courage; un grand nombre de forteresses furent évacuées et abandonnées à l’armée royale, qui rentra triomphante avec la pucelle dans Orléans. Jeanne d’Arc alla ensuite trouver le roi, qui s’était rapproché et tenait sa

♦ . Ta I bol fui présenté par Xainlrailles il Charles VN, qui, b la demande de VainlraiDet lui-même, accorda la liberté b l'iltuslre captif, sur rançon.

2 Déposition de Illinois. Ce nombre est porté b cinq mille dans la Chronique contemporaine dilc Chronique sans litre.

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