Chronique sans titre
était assuré d'y être dans six jours, on attendrait bien. — Vous y serez demain, dit Jeanne, » et son avis entraîna le conseil.
L'héroïne monte à cheval, son étendard au poing : elle met en besogne chevaliers, écuyers, manœuvriers et autres gens de tous états, commande qu’on apporte fagots, poutres, tables, fenêtres et chevrons dont elle fait des retranchements et approches contre la ville; elle y braque bombardes et canons, se multiplie elle-même, dirige tout, fait à la fois office de chef et de soldat aussi bien, dit le vieux historien de ces temps, que l’eût su faire un capitaine qui eut été en guerre tout le temps de sa vie Témoins de ces sinistres apprêts, les habitants et la garnison é|iouvantés n’osent affronter le péril : l’étendard de Jeanne d’Arc flottant autour des murs leur causait un insurmontable effroi, à ce point qu’ils s’imaginaient, dirent-ils, voir des légions d’esprits sous forme de papillons blancs voltiger à l’entour. L’évêque sort des murs suivi d’une multitude de bourgeois et de gens de guerre, il se présente avec eux au camp français et demande à parlementer. Le roi les reçoit gracieusement, accorde aux habitants abolition générale pour le passé, et aux Anglais et soldats bourguignons liberté de sortir eux et leurs biens : on avait oublié de stipuler, dans le traité, en faveur des prisonniers français que les Anglais considéraient, d’après les lois de la guerre, comme étant leur propriété. Ceux-ci défilent devant Jeanne d’Arc, emmenant avec eux leurs captifs : à la vue des Français qu’ils conduisent garrottés, le cœur de l’héroïne s’é-
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HENRI VI