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meut : « En mon Dieu, s’écrie-t-elle, ils ne les emmèneront pas; » et à sa prière ils furent délivrés, le roi acquitta leur rançon. Charles VII traversa la ville en grand appareil de guerre et poursuivit sa roule vers Heinis, la pucelle tout armée menant l’avant-garde.
Châlons ouvrit ensuite ses portes; le peuple de cette ville, conduit par son évêque, vint au-devant du roi lui faire obéissance. Charles VII arrive enfin sous les murs de Reims, au glorieux terme du voyage : les habitants déposent les clefs à ses pieds, et il fait dans la ville une entrée triomphale avec ses chevaliers et toute son armée, et « là, dit la chronique, était Jeanne la pucelle, qui fut moult regardée de tous '. »
La cérémonie du sacre fut fixée au lendemain 17 juil- s»"* let : toute la pompe d’usage y fut déployée : l’huile sainte chérie* vu, oignit le front de Charles VII dans l’antique cathédrale, 4 d,m‘‘ en présence de tous les chefs et seigneurs dont le roi O'29) s’était fait accompagner. Jeanne d’Arc, qui voyait ainsi les grands desseins de Dieu sur le royaume accomplis l>ar ses mains, se tint debout à l’autel, ayant en main son étendard. Le matin même de ce grand jour, elle écrivit uue lettre pleine d’énergie et de patriotisme au duc de Bourgogne, le requérant, au nom du roi des deux, de faire prompte et bonne paix avec le roi Charles Vil : « Pardonnez l’un a l’autre de bon cœur, ditelle, ainsi que doivent faire loyaux chrétiens, et s’il vous plaît guerroyer, allez sur le Sarrasin1 2. » Hile parlait,
1. Elle était alors a peu Je distance Je Domrémy, et elle vil ion père, «on oncle cl plusieurs babitauls Je sou village Jans'cellc foule émerveillée, cl qui avaient moins J’yeui pour le roi Je France que pour clic.
2. Mém. pour servira V histoire de France. (Coll. MichauJ cl Poojoalat.)
ISO LIVRE lll. CHAPITRE IV.
elle dictait comme de puissance à puissance, au nom du roi du ciel, son souverain seigneur, et pourtant, dans ce rôle si élevé, le plus étonnant peut-être de l’histoire moderne, elle ne s’enorgueillit pas, elle ne se regarda jamais que comme un humble instrument dans les mains de Dieu. Après la cérémonie du sacre, sachant sa mission accomplie, elle se jeta aux pieds du roi et, embrassant ses genoux, elle lui dit : « Gentil roi, or est exécuté le plaisir de Dieu qui voulait que je levasse le siège d’Orléans et vous amenasse en cette cité de Reims recevoir votre saint sacre en montrant que vous êtes vrai roi, celui auquel le royaume de France doit appartenir. » On assure qu’elle demanda avec instance et en versant d’abondantes larmes qu’il lui fût permis de quitter l’armée et de retourner près de ses parents, au lieu de sa naissance. Mais le secours que Charles recevait de sa présence à la tête des troupes était trop efficace pour qu’il y renonçât, et plusieurs généraux et grands personnages joignirent leurs instances à celles du roi pour la retenir au milieu d’eux. Et d’ailleurs, en quels lieux serait-elle allée où ne l’eût point suivie sa gloire répandue dans toute l’Europe? Quelle retraite assez profonde l’eût mise à l’abri de la fureur des Anglais et des Bourguignons? Ceux qui lui ont reproché de n’avoir point opposé dans cette occasion assez de résistance aux vœux du roi n’ont j>as vu qu’une existence obscure et cachée n’était plus possible pour elle nulle part : aucun asile n’eût arrêté l’implacable vengeance de ses ennemis : il n’y avait en un mot sûreté pour Jeanne d’Arc qu’au milieu de l’armée française, et elle y était comme enchaînée et rivée au premier rang. Elle conti-
IIKNHI VI.
nua donc à servir le roi à la guerre avec le même courage, mais non avec la même confiance , ni toujours avec le même bonheur. Elle eut de secrets et infaillibles pressentiments du sort qui la menaçait, et savait trop que l’envie ne pardonne pas. Gomme on lui demandait , dans ses jours de triomphe, si elle ne craignait point la mort dans les batailles , elle répondit : « Je ne crains que la trahison. » Et en effet les généraux de Charles VU, tout en admirant ses actions, tout en profitant du prestige qui s’attachait à sa personne, ne voyaient point sans colère toute leur gloire éclipsée aux yeux des peuples par ceUe d’une femme, d’une simple fille des champs. Souvent ils lui opposèrent dans le conseil une résistance opiniâtre, et ils se montrèrent plus d’une fois peu empressés à la suivre et à la seconder ou à la secourir. Déjà elle avait dit qu’eUe ne durerait guère plus d’un an; mais quels que fussent ses tristes pressentiments, son dévouement à son pays et à son roi 1 n’en fut point altéré; son courage héroïque semblait même s’en accroître. On eût dit, à voir son ardeur à se précipiter au-devant du péril, que la mort dans les combats eût été considérée par elle comme une délivrance.
4. Le roi reconnut le» immenses service» qu’il avait plu à Dieu de rendre pir les faibles mains d’uue femme k sa cause. II anoblit toute la famille de Jeanne d’Arc b perpétuité, et, par uue exception unique , mais parfaitement compréhensible, il fut dit que la noblesse se transmettrait dans cette famille par les femmes, et les considérants qui accompagnent cette grâce royale seraient, k défaut d’autres documents, d’une très-grande valeur pour l’histoire de celle époque. Elle obtint, peu de temps après, la plus douce, la plus pure des récompenses par l’édit royal qui exempta de tailles <i perpétuité les villages do Graux et de Domrémy, où elle était née et où s’était écoulée son enfance.
LIVttE III. CHAPITRE IV.
Not: veaux lociri
l'oniuS*
française.
La révolution o|)éréc dans les cœurs des Français comme dans les affaires du royaume par celle fille héroïque fut si complète, qu’avant sou apparition , dit une chronique contemporaine, deux cents Anglais mettaient en fuite cinq cents Français, tandis que, depuis le jour oiï elle parut à la tôle des armées, cinq cents Anglais étaient chassés par deux cents Français seulement, et jamais les Anglais ne recouvrèrent leur ascendant en France jusqu’à leur expulsion totale du territoire ’.
Après le sacre de Charles VU, plusieurs places, Laon, Soissons, Provins, Coulommicrs et quelques autres se soumirent; les bruits qui volaient de tous côtés sur l’assistance miraculeuse que lui donnait le ciel attiraient au roi le cœur des peuples. La pucelle était regardée comme l’ange des combats envoyé de Dieu même pour lui rendre sa couronne. L’armée royale se dirigea d’abord sur Soissons et de là sur Château-Thierry, d’où elle gagna Prov ins en se rapprochant de Paris. L’effroi se répandit dans cette capitale, où les Anglais et le parti bourguignon craignaient à tout instant de voir apparaître les Armagnacs ayant à leur tète le roi Charles et l’invincible pucelle. Le régent , qui s’épuisait en efforts pour conserver la glorieuse conquête de son frère Henri V, se rendit en Normandie pour hâter l’arrivée de nouvelles troupes anglaises, et entre autres des quatre mille hommes sous les ordres de son oncle lleaufort de Winchester, cardinal d’Angleterre, primitivement des-
4. Avant l'apparition de Jeanne d’Arc, dit aussi le comte de Dunois dans sa déposition , deux cents Anglais mettaient en fuite huit cents ou mille boimues de l'armée du roi ; et depuis, quatre cents Français tenaient en échec toute la puissance des Anglais. (Procès de Jeanne d'Arr , Quirhcral, I. III, p. 8.'
HENRI VI
tinés à combattre clans la croisade de Bohême contre les Hnssites. Bedforl les amena dans Paris, puis entrant de nouveau en campagne , il s’avança jusqu'à Montcreau- sur -Yonne , avec l’intention de mettre l’armée royale entre la capitale et lui ; mais craignant bientôt de voir couper ses communications avec elle, il y rentra précipitamment. Les Français cependant s’étaient avancés par les [«laines de la Brie jusqu'au château de la Motte de Nangis: ils franchirent la Marne, gagnèrent la Fcrté- Milon et de là Crespy en Valois. l)e toutes parts, les habitants des v illes et des campagnes accouraient au-de- ~vant de l’armée pour voir le roi et l’héroïque pucelle, dont ils entendaient raconter tant de choses merveilleuses *.
On rapporte que, tandis que le roi s’avançait de Crespy en Valois vers Dammartin, les pauvres gens des campagnes accoururent ivres de joie, criant Noël sur son passage, chantant le Te Deum cl regardant surtout la pucelle, laquelle saisie de tristesse à leur vue, répandit des larmes 1 2 ; « Voici un bon |>cuple, dit-elle tout émue à Illinois et à l’archevêque de Heinis, chancelier de France, entre qui elle cheminait à cheval, et je n’ai encore vu aucun autre peuple qui se soit tant réjoui à la vue d’un si noble roi. Plût à Dieu, quand je serai morte, que
1. Ils se pressaient en foule autour d’elle, baisant avec transport ses vèlements et ses mains. Malgré ce concours cl ces hommages enivrants, l'orgueil n’eut point accès dans sou cicur: « Mon fait, répétait-elle toujours, n’est qu’un ministère. > Kl comme ou lui disait : a Ou ne vil jamais de telles chose*, ou ne lit rien de semblable dans aucun livre : — Dieu, répondit-elle , a un livre dans lequel oneques aucun clerc ne lit, tant «oit-il parfait rn clét’icaturc.a (Déposition du frère Jean Paqucrel.)