‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés. T. 2Chapitre 58 sur 224 · Hume, Met. d'Angleterre · texte numérisé non relu

Hume, Met. d'Angleterre

l»ourjr, à lui céder l’infortunée Jeanne d’Arc qui, à cette nouvelle, saisie d’une inexprimable douleur et pressentant le sort affreux qui lui était réservé, tenta d’v échapper en s’élançant de la tour du château de H eaurevoir, où elle était renfermée. Brisée de sa chute elle ne put fuir et fut trouvée évanouie au pied de la muraille : livrée aux Anglais elle fut enfermée au château de Crotov en Picardie, et de là transférée à Rouen, dans la grosse tour du château. On vit alors se produire l’esprit de parti dans son expression la plus hideuse : on put reconnaître, à la fureur avec laquelle les Anglais s’acharnèrent sur l’infortunée qui les avait fait trembler, que ce qu'il y a de plus impitoyable au monde est le ressentiment de la peur et de l'amour-propre humilié.

Des motifs politiques s’unirent aussi contre l'infortunée Jeanne d’Arc, aux suggestions de la vengeance. Le conseil de Henri VI, craignant l’effet que produirait, sur l’esprit des peuples, le sacre «le Charles Vit, qu’il n’avait pu empêcher, avait résolu d’opposer à celte solennité religieuse le couronnement du jeune roi d’Angleterre à Paris : il fut donc décidé que ce prince viendrait en France, accompagné de l’armée la plus forte qu’il serait possible de réunir à Douvres et à Sandwich, et des ordres furent publiés à cet effet dans tout le royaume. Mais les imaginations étaient frappées : la population tout entière semblait saisie d'une insurmontable frayeur, peu de chefs et de soldats accoururent se ranger autour du jeune roi, et le conseil crut devoir publier une proclamation contre ceux que retenait la crainte des enchantements de la puccllc '. Ce

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manifeste ajouta au mal qu’il avait pour but de combattre, et l’elfroi général s’en accrut : Henri VI passa la mer et vint à Calais, faiblement accompagné, en mai 1430. Peu de jours après, on apprit en Angleterre la prise de cette pucelle si redoutée; et la terreur qu’elic inspirait, <|uoi<|ue captive, était si grande encore <|ue, six mois plus tard, le duc de Gloceslcr, gardien du royaume en l’absence du roi, jugea nécessaire d’envoyer aux sheriHs de Londres et des cantons du sud, des lettres-patentes leur prescrivant d’emprisonner tous ceux cjuc la pucelle épouvantait et détournait de leur devoir ’. Durant six mois, le conseil de Henri VI n’osa hasarder le voyage à travers la France, et ce 11e fut qu’en décembre, qu’il se crut assez fort pour gagner Paris, où Henri fut sacré roi de France, et couronné en grande pompe. Le gouvernement anglais jugea nécessaire de faire les plus grands efforts non-seulement pour se délivrer à jamais de l’ennemie redoutable à laquelle il attribuait tous ses revers, mais pour la ruiner entièrement dans l’esprit des peuples. C’était Charles VII qu’il s’agissait de frapper en frappant la pucelle : c’était le parti français tout entier qu’il fallait flétrir en montrant l’enfer solidaire avec lui, c’ctaient les armées épouvantées dont il importait de relever le courage, en leur faisant voir celle qui causait leur effroi, inhabile à se sauver elle-même, et révélant, s’il était possible, son imposture par son impuissance.

Les Anglais avaient soif de son sang innocent, mais ils ajournèrent la vengeance et ils la rendirent d’autant

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la pucelle.

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plus terrible qu’ils la ilissimulèrcnt davantage, qu’ils la déguisèrent sous un voile de justice et d'hypocrite piété. Leurs coups enfin furent d’autant plus cruels et douloureux que la main qui les j>ortait se cacha davantage : ils montrèrent la religion intéressée au supplice de leur captive, et voulurent que celle qui s’était dite envoyée de Dieu pour délivrer la France, pérît condamnée par l’Église et de la main des Français.

L’Université de Paris, dans cette occasion, se couvrit d’une honte ineffaçable : son amour-propre était intéressé à la ruine de la malheureuse Jeanne d’Arc; les quatre facultés s’étaient prononcées contre Charles Vil pour Henri; comment le Ciel aurait-il pu intervenir en faveur d’une cause condamnée par tant de savants docteurs, et dès lors si une puissance invisible combattait pour Charles Vil, ce ne pouvait être que celle des ténèbres. L’Université de Paris demanda donc que Jeanne d’Arc fût livrée à l’inquisition comme suspecte de magie et de sortilège 1 2 : l’inquisition fit valoir ses droits et il se trouva un évêque de Beauvais, Pierre Cauchon, ennemi personnel du roi Charles Vil, et tout dévoué aux Anglais, |>ar vengeance et par ambition, qui prêta son indigne ministère à leur fureur, qui reconnut une de ses brebis dans l’infortunée, prise, disait-il, sur son diocèse, dans sa juridiction, et qui la réclama avec ardeur non

1. Grosses du prntès de la pucelle parmi les manuscrits de 1a bibliothèque du roi.

2. Depuis le roi saint Louis, il y avait en France un office de l iuquisilion cou lié au provincial des dominicains oufrcre> prêcheurs et aui gardiens des fifcres mineurs de Paris.... Ils devaient procéder de leur propre mouvement et implorer le Lias séculier contre les hé; étiques ; mais ils ne pouvaient juper que d’ne ci»H avec l’évéqnc du diocèse ' Ile l'uranie, lli*l •furs ite lïovrffoffur

HK.NHI M.

pour en prendre soin el veiller sur elle, mais pour l’immolerAlors commença la plus horrible des tragédies, le sacrifice d’une vierge héroïque et pure. Prisonnière de guerre, elle fut livrée par les Anglais au tribunal ecclésiastique de l’évêque de Beauvais et à l’inquisition, comme coupable de maléfice, d’hérésie et d’imposture, et lorsque menacée du sort le plus cruel, elle invoqua du moins l’unique et triste avantage de sa situation, celui d’être détenue dans les prisons ecclésiastiques où l’honneur d’une femme semblait plus en sûreté, elle fut laissée dans la prison civile où elle languit, accablée de fers I. 2 et d’outrages, sous la garde de soldats brutaux el féroces : aucun conseil ne lui fut donné pour la défendre, ses juges furent choisis parmi ses plus cruels ennemis, tous zélés Bourguignons et dévoués aux Anglais : infidélités, atroces menaces et sacrilèges, tout fut mis en œuvre pour consommer sa ruine.

Et c’est, dans le temps môme où la puissance civile et l’autorité ecclésiastique se liguaient pour convaincre une vierge d'imposture et d’alliance avec le démon, qu elle opposait aux subtilités de la théologie, aux haines perfides ourdies par une haine impitoyable, les inspirations de la conscience la plus ingénue, les éclairs d’une raison droite el supérieure qui confondait ses ennemis eux-mêmes. On essayait de conclure de ses réponses qu’elle s’était posée en divinité recevant un

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