I. Je uYn pouvais mais. (Proci* Je Jeanne (TArc
HENRI VI
elle veut se soumettre à l’Église universelle, elle s’j soumet avec joie. On distingue alors, on lui demande si elle se soumet à l’Église triomphante qui est dans le ciel ou à l’Église militante qui est sur la terre : « Je suis venue au roi de France, de par Dieu, de par la vierge Marie, de par les saints du paradis et l'Église victorieuse de là haut, et à celle-là je soumets tous mes bons faits et tout ce que j’ai fait ou à faire. »
C’est sur ce point principalement que ses ennemis fondèrent l’espoir du succès de leur odieuse trame en la convainquant d’hérésie. Ils insistèrent pour qu’elle avouât s’en remettre aveuglément et en tout à l’Église militante, sans qu’elle sût et sans qu’ils voulussent même lui apprendre en qui celle Église résidait. — « Je crois l’Église ici-bas, disait-elle, je l’aime et la voudrais soutenir de tout mon pouvoir pour notre foi chrétienne, mais de mes faits et dits je m’en rapporte à Dieu. — Avertie de son extrême péril elle répond enfin : « Je m’en rapporte à l’Église militante pourvu qu’elle ne me commande chose impossible. » Interrogée sur ce qu’elle entend par chose impossible, elle répond qu’elle ne peut révoquer ni scs visions, ni ses révélations, ni tout ce que notre Seigneur lui a fait faire, commandé et commandera et que, sur le bûcher même, elle ne saurait dire autre chose.
Jamais un seul moment elle ne met en oubli la sainte pudeur : pressée de subtiles questions théologiques auxquelles souvent de grands docteurs eussent difficilement répondu; accablée de demandes sur ses visions, sur les choses qu’elle a faites , sur l'habit d’homme qu’elle porte, et dont ses juges lui font un crime, elle sc débat.
elle se défend avec sa foi, avec sa raison, avec son inexpérience. Tout d’un coup l'idée de sa lin la saisit, et elle conjure les seigneurs de l’Eglise de lui faire donner à sa mort une longue chemise de femme et un chaperon pour sa tête.
Si les pièces du procès de révision n’existaient pas, on ne pourrait croire à quels artifices, à quelles indignes violences descendit, pour abuser et pour épouvanter l’infortunée prisonnière, l’évêque Pierre Cauchon, au nom duquel l’histoire a associé, pour les flétrir, ceux du comte de Warwick, gouverneur de Houen, et du procurateur Jean d’Estivct, faisant, dans cette occasion, office d’accusateur public, et il serait difficile de dire lequel de ces deux hommes se montra le plus cruel '.
Jeanne d’Arc tomba gravement malade dans sa prison, et fut en péril de mort. Ses ennemis eurent à ce sujet les (dus vives inquiétudes. Le cardinal d’Angleterre,
1. Il irest que trop prouvé qu’un prélre infâme, Nicolas l'Oyseleur, familier de l’évéque de Beauvais (a), avec l'autorisation Je ce prélat cl du comte, fui introduit auprès de la puccllo comme un compagnon de captivité, afin de surprendre ses secrets dans l'épanchement de la confiance cl de la douleur, tandis que l’évéque, aposté derrière la muraille cl à portée de sa voix, recueillait ses paroles. Il est également reconnu que le misérable l’Oyseleur renient) i I plusieurs fois cil confession, et que ce fut lui qui, après avoir obtenu par ces moyens odieux un entier crédit sur elle, en usa pour lui donner des avis perfides cl la conduire à sa perle. Lorsque, mieux conseillée par un autre, elle eut déclaré qu'elle se soumettait au concile général alors séant à Laïc cl au pape, et qu'elle en appelait au souverain pontife : « Taisez-vous de par le diable, • dit l'évéque en fureur à celui qui avait suggéré 1» la puce! le cette réponse qui l'eût sauvée, cl il défendit qu'il eu fut fait mention au procès (6) : « Vous incitez tout ce qui est contre moi, s'écria l’infortunée, cl vous passez ce qui fuit pour moi ! »
I* Déposition «!<• Gui bume Manchon, g refiler principal, rl J.- plusieurs autres.
I à ) Déposition* dit mr* .
IIEMU VI.
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alors à Rouen, et le eomte tic Warwick, mandèrent en hâte plusieurs médecins renommés. Warwick leur apprit la maladie de l'héroïne, ajoutant que (tour rien au inonde le roi ne voudrait qu’elle mourut de mort naturelle : « Il l’a |»ayée assez cher, dit-il, et ne veut pas qu’elle meure autrement que par justice , et entend qu’elle soit brûlée. » Les médecins obéirent à cette injonction barbare, et Jeanne fut conservée pour l’échafaud. Cependant, malgré l’acharnement de ses persécuteurs, et de rapides instants où elle entrevoyait le sort qui l’attendait, elle recevait des consolations intérieures; scs saintes, dit-elle, lui apparaissaient souvent; ses voix lui disaient: « Prends tout en gré, ne te soucie de ton martyre; tu t’en viendras enfin au royaume du Paradis, et seras délivrée par grant victoire » Dieu permit qu’elle ne comprît pas le sens véritable de ces paroles; elle crut y voir l'assurance d'une délivrance terrestre; elle ne vit dans le martyre annoncé que le tourment qu’elle souffrait en prison. « Ne sçay, dit-elle, si plus grand souffrirai; mais m’en rap(>orte à notre Seigneur I. 2. »
Enfin, un acte d’accusation fut dressé en douze articles qui étaient censés reproduire les réponses de Jeanne dans ses divers interrogatoires; mais il fut convenu que celles-ci ne seraient point rapportées textuellement, et qu’on en rendrait seulement le sens, dans les douze articles, d’après des conjectures vraisemblables. Cette nouvelle pièce, d’une si haute importance, fut ré-