I. Interrogatoire, séance ilu I i mai* I 1Ü
‘2. Ibidem.
digée en secret, communiquée seulement à un |>ctit nombre d’assesseurs et non à l’accusée. Rédigée dans un esprit de colère et de haine, elle présentait toutes les réponses de Jeanne comme autant de motifs de condamnation; elle devait être envoyée aux docteurs les plus renommés, et surtout à l’Université de Paris, sous forme de consultation. On a vu que ce corps célèbre, égaré par la passion politique, avait déjà réclamé avec acharnement pour que l’infortunée captive fût mise en jugement: à la lecture de l’acte d’accusation ainsi rédigé, il la condamna tout d’une voix. On obtint par des moyens encore plus odieux l’assentiment du chapitre de Rouen, et, après avoir abusé Jeanne sur la signification de l'Eglise militante, on la lui fit voir représentée tout entière par ses deux juges, par l’inquisiteur Jean Lemaître et l’évêque de Beauvais, en qui elle ne voyait que ses persécuteurs.
Rien ne fut négligé, d’ailleurs, pour effacer de sa pensée le conseil utile qu’elle avait reçu lorsqu’elle déclara se Soumettre aux conciles et au pape, et l'indigne prêtre qui avait perfidement capté sa confiance, le détestable l'Oyseleur, fut mis en œuvre pour lui faire entendre qu’en déclarant implicitement qu’elle se soumettait à l'Eglise militante , elle donnerait à ses ennemis des armes contre elle, et serait toute à leur merci
En secret donc on l’excitait à résister, abusant de son ignorance, et en public on la sommait de céder, en la menaçant des plus terribles peines temporelles et éler-
i. Ix Bru» de* r, liai nielle*, llitl de I tanne <1 Are.
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nellcs. « Je crois l'Eglise d’ici-bas, répétait In malheureuse Jeanne; je crois <|ue l’Eglise militante ne peut errer ni faillir; mais quant à mes «lits et à mes faits, je m’en rapporte à Dieu qui m’a fait faire ce que j'ai fait. »
A l’interrogatoire suivant, qu’elle subit comme les précédents dans sa prison, les l>ourreaux furent mandés et l'appareil de la torture fut déployé : mais ce spectacle d’horreur n’intimida point la victime : « L’archange Michel et ses saints, dit-elle à ses juges, lui étaient apparus la veille, et avaient raffermi son courage; et quand même vous me devriez distraire les membres et faire partir l’âme du corps, ne vous en dirais-je autre chose. » L’épreuve ne fut pas poussée plus loin : il était à craindre qu’elle n’v succombât; que son corps, affaibli l»ar une captivité si dure et par une maladie récente et dangereuse, n’eùt point la force de résister aux tourments : on ne voulait point qu’elle périt ainsi dans l’ombre, on la réservait à une mort publique et ignominieuse, et on voulait, avant tout, ensevelir avec elle jusqu’à sa gloire, en la forçant, en quelque sorte, à se renier elle-même.
Une scène publique fut imaginée dans ce but, cl elle eut lieu de la manière la plus solennelle au cimetière Saint-Ouen, où Jeanne dev ait être admonestée et preebée pour la dernière fois. La sentence qui la livrait à la justice séculière, c’est-à-dire au bûcher, avait été rédigée la veille pour être lue après l’admonition , et celle-ci devait être faite publiquement. Deux échafauds furent dresses dans la place Saint-Ouen : sur l’un prirent place l’évêque île Beauvais elle vice-inquisiteur, avec le car-
Jeanne d’Arc à
Sainl-Oucn.
dinal d’Angleterre, plusieurs prélats et trente-trois assesseurs; sur l’autre parut Jeanne d’Arc avec les appariteurs et les notaires, et aussi le docteur en théologie, Guillaume Érard, chargé de l’admonition. A quelque distance, au lieu ordinaire des exécutions *, le bûcher avait été dressé, et le bourreau attendait. La prédication commença, dirigée tout entière, non-seulement contre Jeanne, mais surtout contre le roi de France, qui avait ajouté foi à ses récits et avait eu recours à son ministère; car c'était surtout Charles Vil que les Anglais avaient à cœur d’infamer. Jeanne, dans cette circonstance si terrible, et en face de la mort la plus affreuse, donna l’exemple d’une fidélité vraiment admirable à ce prince qui peut-être l’abandonnait1 2 3. Entendant le prédicateur dénoncer Charles comme hérétique et schismatique, Jeanne l’interrompit : « Parlez de moi, dit-elle, inai3 ne parlez pas du roi; il est bon chrétien... » Et comme il continuait sur le même ton : « Par ma foy, sire, s’écriat-elle, révérence gardée, je vous ose bien dire et jurer sur peine de ma vie, que c’est le plus noble chrétien de tous les chrétiens, cl n’est point tel que vous dites. » « Faites-la taire ! » dit l’évêque en fureur. Et cette prédication, qui n’était du commencement à la fin qu’un tissu d’invectives, fut terminée par une courte formule d’abjuration de la doctrine et des actes attribués à l’accusée : cette formule, au dire de nombreux témoins, était d’environ six à huit lignes de grosse écriture a. Jeanne y ex-